Enquête parlementaire

visant à élaborer une politique en vue

de lutter contre les pratiques illégales

des sectes et le danger qu'elles

représentent pour la société

et pour les personnes,

particulièrement les mineurs d'âge

______


RAPPORT


FAIT AU NOM DE LA COMMISSION

d'enquete (1)


PAR

MM. duquesne et willems

______



(Partie I)



table des matieres

______


Introduction


Premiere partie : Constitution, Mission, Methode de travail

I. Constitution de la commission d'enquête

II. Mission de la commission d'enquête

III. Méthode de travail

A. Règlement d'ordre intérieur

B. Organisation des travaux

C. Initiatives prises par la commission sur le plan judiciaire

D. Désignation d'experts


Deuxieme partie : Auditions de temoins

I. Liste des témoins

II. Résumé des auditions publiques

A. Membres du gouvernement

1. Le vice premier ministre et ministre de l'Intérieur

2. Le ministre de la Justice

3. M. Coppens (directeur général (adjoint linguistique) de l'Administration centrale de l'Inspection spéciale des impôts, représentant du vice premier ministre et ministre des Finances et du Commerce extérieur)


B. Magistrats

1. M. Van Oudenhove (procureur général près la cour d'appel de Bruxelles), M. Cornelis (avocat général près la cour d'appel de Bruxelles) et M. Duinslaeger (magistrat national)


2. M. Cambier (premier substitut du procureur du Roi, parquet de Bruxelles)

3. M. Godbille (premier substitut du procureur du Roi, parquet de Bruxelles)

4. M. Van Espen (juge d'instruction, Bruxelles)

C. Responsables des services de police et de renseignement

1. M. Deridder (commandant de la gendarmerie)

2. M. de Vroom (commissaire général de la police judiciaire)

3. M. Georis (chef du Service Général du Renseignement et de la Sécurité des forces armées)

D. Représentants de services administratifs et d'organismes relevant des autorités fédérales ou communautaires

1. M. Spreutels (président de la cellule de traitement des informations financières)

2. M. Lelièvre (délégué général aux droits de l'enfant et à l'aide à la jeunesse de la Communauté française)

3. M. De Geest (conseiller en chef du “ Comité voor bijzondere jeugdzorg ” de Gand)

E. Représentants des milieux académiques

1. M. Ringlet (vice recteur de l'Université Catholique de Louvain)

2. M. Denaux (chargé de cours principal à la faculté de théologie de la “ Katholieke Universiteit Leuven ”)

3. M. Van den Wyngaert (professeur de philosophie au “ Hoger Pedagogisch Instituut van de Kempen ” et fondateur de la “ Vereniging ter verdediging van persoon en gezin ”)

4. Mme Morelli (professeur à l'Institut d'étude des religions et de la laïcité de l'Université Libre de Bruxelles)

5. M. Dobbelaere (professeur à la faculté des sciences sociales de la “ Katholieke Universiteit Leuven ”)

6. M. Nefontaine (collaborateur scientifique à l'Université Libre de Bruxelles)


F. Auteurs

1. M. Lallemand (journaliste au quotidien “ Le Soir ” et auteur de “ Les sectes en Belgique et au Luxembourg ”)

2. M. Abgrall (psychiatre, criminologue, expert près la cour d'appel d'Aix en Provence et les tribunaux)

3. M. Vuarnet (auteur de “ Lettre à ceux qui ont tué ma femme et mon fils ”)

4. M. Facon (écrivain)

5. M. Lips (auteur de “ Internet en Belgique ”)


6. M. Devillé (auteur de “ Het Werk. Een katholieke sekte ? ”)

G. Représentants d'associations de défense des victimes

a. En Belgique

1. Mme Nyssens (Association de défense de l'individu et de la famille)

2. Mme Degrieck (“ Vereniging ter verdediging van persoon en gezin ”)

3. M. De Droogh (“ Vereniging ter verdediging van persoon en gezin ”)

4. M. Berliner (docteur en médecine et représentant de l'Association des victimes des pratiques illégales de la médecine)


b. A l'étranger

1. Mme Tavernier (Union nationale des associations de défense des familles et de l'individu)

2. M. Fisch (Cercle de défense de l'individu et de la famille)

H. Adeptes, ex adeptes et membres de la famille d'(ex )adeptes

1. M. Vandenneucker

2. M. Verriest

3. Mme Paulis

4. M. Devillé et Mmes Cochet, Decock, Brabants Martens, Van Bulck et Achten Wynants

5. M. Janssen

6. M. Ouardi

7. Mme Sterk et M. Nösselt

8. M. Declercq

I. Représentants des organisations qui ont demandé à être entendues

1. MM. Vaquette et Vermeulen (Eglise de Scien 

tologie)

2. Sahaja Yoga

3. M. Ries et Mme Bommerez (L'Œuvre)


4. MM. de Caravalho et Corne (Ogyen Kunzang

Chöling) et Mme Wouters, avocate


5. R. Spatz, Lama Kunzang Dorje (Ogyen Kun 

zang Chöling)

6. M. Figares (Nouvelle Acropole)

7. MM. Corticelli et Aird (La Famille)

8. M. et Mme Dumaine (Eglise du Christ de Bruxelles)

9. MM. Borghs et Vandecasteele (Société an 

throposophique en Belgique)

10. MM. Lefebre et De Groeve (Sûkyô Mahikari)


11. MM. Carbonell et Nawezi Daems (Mouvement raëlien)

 

III. Eléments d'information fournis lors des auditions à huis clos

1. La secte de l'Ange Albert

2. Antroposophie : Société anthroposophique en Belgique et pédagogie Steiner

3. Aoum

4. Association du Saint Esprit pour l'Unification du Christianisme Mondial (Moon)

5. Association internationale pour la conscience de Krishna (AICK)

6. Au cœur de la communication (ACC)

7. Chevaliers du Lotus d'or (Mandarom)

8. Communauté du Caillou ou les “ Jeudis du Caillou ” ou “ La Cité ”

9. De Groep

10. Ecole de Philosophie

11. Ecoovie

12. Eglise de Scientologie

13. Eglise du Christ de Bruxelles

14. Eglise universelle du Royaume de Dieu (Igreja Universal do Reino de Deus)

15. Elewout Centrum

16. Energie Humaine et Universelle (HUE)

17. Energo chromo kinèse (ECK)

18. Ex Deo Nascimur

19. Fraternité Blanche Universelle

20. Institut gnostique d’anthropologie

21. Kreatieve Energie

22. La Famille (ex Enfants de Dieu)

23. La Foi Mondiale Baha’ie

24. Méditation transcendantale

25. Mouvement du Graal

26. Le Mouvement (humaniste)

27. Nouvelle Acropole

28. Ordre Souverain et Militaire du Temple de Jérusalem (OSMTJ)

29. Ordre du Temple Solaire (OTS)

30. Le Père Samuel

31. Les “ Pinkstergemeenten ”

32. Sahaja Yoga

33. Sathya Sai Baba

34. Siddha Shiva Yoga

35. Sierra 21

36. Soka Gakkai

37. Sûkyô Mahikari

38. Les Szatmars

39. Témoins de Jéhovah

40. Les thérapeutes

a. M. Van Orshoven

b. l’INDIP

c. autres cas signalés


troisieme partie : commission rogatoire relative a l'ordre du temple solaire.


quatrieme partie : examen du dossier judiciaire concernant la secte “ ecoovie ”.



cinquieme partie : un phenomene multiforme a la dangerosite evolutive : constats.

 


sixieme partie : conclusions et recommandations.




(Pour le détail de ces quatre dernières parties, voir la partie II du présent rapport).





Mesdames, Messieurs,


Votre commission a consacré 58 réunions à la réalisation de la présente enquête, qui a débuté le 25 avril 1996, et a entendu 136 témoins.




Introduction


La commission d’enquête parlementaire a cherché à mener ses travaux dans un esprit tenant compte des exigences de la société contemporaine : l’objectivité, la vérité, la transparence, le pluralisme, le dépassement des clivages obsolètes, la responsabilité.


Le rapport rend compte de l’exécution du mandat de la commission. Celle ci entend soumettre au débat public de la Chambre et en même temps des citoyens, les constatations, analyses, propositions ou recommandations, celles qu’elle a enregistrées comme celles qu’elle a adoptées, et ce dans un esprit d’ouverture mais en même temps de prise de responsabilité.




Ainsi que cela a été exprimé à maintes reprises au cours des travaux de la commission, il n’est jamais entré dans ses intentions de déclencher une quelconque chasse aux sorcières.

Les libertés fondamentales garanties par la Constitution sont intangibles et doivent être intégralement respectées. Ce qui, par contre, doit être vigoureusement combattu, c’est l’abus qui en est fait par certaines personnes ou associations. Tel est l’unique objectif de la mission de la commission.


Par ailleurs, la commission n’ignore pas l’usage abusif, fait dans le langage courant, du terme “ secte ”.

Est trop souvent qualifié de secte, et pas toujours de manière innocente, tout groupe dont les membres ont un comportement bizarre, anormal, voire simplement inhabituel dans leurs croyances, leur façon de se soigner, leur comportement social ou sexuel, voire dans leur façon de dépenser leur argent.



D’autre part, suite aux exactions parfois criminelles de certaines associations, le terme secte est devenu porteur de la notion de danger.

La commission tient à dénoncer tout amalgame, qu’il soit volontaire ou non, entre des associations dangereuses, d’une part, et des comportements simplement atypiques, d’autre part.

Il n’y a donc jamais eu, de la part de la commission, volonté de normalisation des comportements ni de moralisation quelconque. C’est dans cet esprit que le rapport doit être lu et compris.

L’ampleur de l’enquête, le nombre d’auditions et le caractère volontairement contradictoire de celles ci montrent à souhait que la commission a entendu se livrer à une enquête objective, sans a priori. Il est clair cependant que l’objectivité n’est pas synonyme de passivité ou de pusillanimité.


La commission aurait trahi sa mission en cachant à l’opinion publique un certain nombre de constatations et de vérités désagréables mais hélas confirmées. Peut être les conclusions de la commission ont elles d’autant plus de poids qu’elles sont le fruit d’un travail objectif. Nous l’espérons.


La structure du rapport se présente comme suit :

La première partie est consacrée à la mission de la commission d’enquête parlementaire : constitution de la commission, compétences et méthode de travail adoptée par la commission.

La deuxième partie comprend le résumé des auditions publiques, ainsi qu’une synthèse des éléments d’information fournis au cours des auditions à huis clos.

La troisième partie traite de la commission rogatoire qui a chargé, le 31 mai 1996, le premier président de la cour d’appel de Bruxelles de désigner un juge d’instruction afin de procéder aux devoirs d’instruction relatifs à l’Ordre du Temple Solaire, demandés par la commission d’enquête.


Ses résultats peuvent être appréciés au travers de la synthèse des deux auditions de M. B. Bulthé, doyen des juges d’instruction au tribunal de première instance de Bruxelles, qui fut chargé de cette enquête.

Dans la quatrième partie figure l’examen du dossier judiciaire concernant la secte Ecoovie.

Dans la cinquième partie, la commission procède à une série de constatations. La première section est consacrée à une approche théorique du phénomène. Après avoir esquissé une approche de définition, la commission s’est attachée, dans un deuxième chapitre, à cerner le contexte européen dans lequel se situe sa démarche et à décrire l’organisation du phénomène sectaire sur le plan international.

Elle a également examiné les principaux créneaux porteurs exploités par les mouvements concernés, ainsi que les diverses analyses (sociologique, psychologique, psychothérapeutique et autres) dont ce phénomène fait l’objet.

La deuxième section est basée sur une approche pratique de la question.

Le premier chapitre est consacré à la jurisprudence.

Le deuxième chapitre décrit l’action des principales associations de défense des familles et de l’individu, tant au niveau national qu’international.


Le troisième chapitre étudie les pratiques des associations sectaires identifiées par la commission : le recrutement, les stratégies de persuasion et l’endoctrinement, le mode de vie au sein de la secte, la rupture avec le milieu familial et social. Il développe également les thèmes suivants : les enfants et les sectes, les sectes et le pouvoir politique, ainsi que les aspects financiers liés au phénomène sectaire.

Le quatrième chapitre aborde successivement les abus constatés sur le plan de la législation économique, fiscale et sociale, ainsi que sur celui du droit civil et pénal.


Enfin, le cinquième chapitre reprend les principales suggestions formulées par les témoins au cours de leur audition.

Dans la sixième partie, la commission formule, d’une part, une série de constatations quant à la perception de la problématique par l’ensemble des autorités et services potentiellement concernés et relève, à ce niveau, une série de lacunes et d’insuffisances tant en ce qui concerne leur approche que leur action concrète en la matière.

D’autre part, elle soumet à l’appréciation de la Chambre une série de recommandations destinées à améliorer, voire compléter le fonctionnement des structures existantes et à parfaire notre arsenal juridique en ces matières.

Enfin, sur la base des informations recueillies tout au long de ses travaux, la commission a décidé de publier un tableau reprenant les noms des mouvements portés à sa connaissance par les témoins et les diverses instances officielles interrogées en ce sens. La commission tient à souligner le caractère non exhaustif et provisoire de ce travail qui devra faire l’objet d’un suivi permanent.



PREMIERE PARTIE


CONSTITUTION, MISSION,

METHODE DE TRAVAIL



I. CONSTITUTION DE LA COMMISSION D’ENQUETE


La commission de la Justice a examiné les 10 janvier, 14 et 28 février 1996 la proposition de M. Duquesne et consorts tendant à instituer une commission d’enquête parlementaire chargée d’élaborer une politique en vue de lutter contre les sectes et les dangers que représentent ces sectes pour les personnes et particulièrement les mineurs d’âge. Le texte de la proposition, ainsi que son intitulé, ont été amendés par la commission (Doc. nos 313/1 à 6 95/96).

En séance plénière du 14 mars 1996, la Chambre a, à son tour, adopté la proposition (Annales parlementaires nos 41 et 43 des 13 et 14 mars 1996, pp. 1322 et suivantes et 1415).

La commission, qui se compose de onze membres, a été constituée le 28 mars 1996 (Annales parlementaires n° 48 du 28 mars 1996, p. 1579).

Le Bureau de la commission a été constitué comme suit le 25 avril 1996 :

Président : M. S. Moureaux

Vice présidente : Mme N. de T’ Serclaes

MM. A. Duquesne et L. Willems ont été désignés comme rapporteurs.

Membres : MM. A. Borin, P. De Crem, J. Eeman, J. Huysentruyt, H. Schoeters, T. Smets et J. P. Viseur.

Le 8 octobre 1996, la répartition des sièges a été modifiée conformément à l'article 12.3 du Règlement de la Chambre. Toutefois, M. Jean Pierre Viseur a continué à suivre les travaux de la commission d'enquête.

L’article 4 du texte adopté par la Chambre des représentants stipule que “ la commission fera rapport à la Chambre le 31 décembre 1996 au plus tard ”.

Toutefois, le 5 décembre 1996, la Chambre a décidé de prolonger les travaux de la commission d’enquête jusqu’au 31 mars 1997 (Annales parlementaires n° 117, p. 4232)

Le mandat de la commission a été prolongé à une seconde reprise jusqu'au 30 avril 1997 (décision de la Chambre des représentants du 20 mars 1997 —compte rendu analytique de la séance plénière no 144, p. 3495).



II. MISSION DE LA COMMISSION D’ENQUETE


L’article 1er du texte adopté par la Chambre des représentants est libellé comme suit :

“ Il est institué une commission d’enquête qui est chargée :

— d’étudier le phénomène des sectes en Belgique sur la base d’auditions des autorités compétentes, d’experts, des associations de défense des victimes et de leur famille ou de toute personne utile à cette analyse;

— d’étudier plus particulièrement les modes de recrutement ainsi que les pratiques à l’intérieur des sectes en Belgique de manière à déterminer les abus éventuels, de préciser leur organisation, les moyens dont elles disposent ainsi que les pratiques violant notamment les législations sociales et fiscales;


— d’établir un rapport sur l’arsenal juridique existant, en ce compris la jurisprudence, permettant de sanctionner les illégalités commises par les mouvements sectaires;

— de proposer, s’il échet, des aménagements à notre ordre juridique fédéral en vue de réprimer les agissements illicites des sectes dont seraient victimes tant les personnes majeures que les mineurs;


— de faire toutes recommandations utiles tant au niveau fédéral qu’international en vue de prendre les mesures destinées à attirer l’attention des acteurs concernés sur l’étendue du phénomène, ses formes, ses dangers, les moyens pour le combattre et sur l’intérêt à porter aux victimes et à leur famille. ”





III. METHODE DE TRAVAIL


A. Règlement d’ordre intérieur


La commission a approuvé le 3 mai 1996 un règlement d’ordre intérieur établissant les principes suivants :


1. Publicité


Conformément à l’article 3, alinéa 3, de la loi du 3 mai 1880 sur les enquêtes parlementaires, les séances au cours desquelles on entendra des témoins ou des experts sont publiques, à moins que la commission d’enquête ne décide le contraire. Les délibérations ont toujours lieu à huis clos (1).


(1) Cette loi a été modifiée par la loi du 30 juin 1996 (Moniteur belge du 16 juillet 1996). L’article 3, alinéa 3 (nouveau) dispose que “ les réunions des commissions sont publiques. La commission peut cependant à tout moment décider le contraire ”.


Chaque membre de la Chambre peut assister aux réunions de la commission, y compris celles qui se tiennent à huis clos, sans toutefois pouvoir y prendre la parole. Les collaborateurs des groupes politiques peuvent assister aux réunions aux mêmes conditions que celles fixées par l’article 24 du règlement de la Chambre, à moins que la commission n’en décide autrement.

Au maximum un collaborateur par groupe politique peut assister aux réunions, à condition d’accompagner au moins un membre du groupe concerné.


Les chefs de groupe communiquent au début des travaux le nom du collaborateur qui assistera aux réunions.

Les collaborateurs doivent observer le même devoir de discrétion que les membres et fonctionnaires faisant partie de la commission d’enquête (2).


(2) Articles 3 et 8 de la loi du 3 mai 1880, modifiée par la loi du 30 juin 1996.


Les dates et heures de réunions de commission et des auditions ainsi que la liste des témoins convoqués pour être entendus en séance publique, seront communiquées à la presse par l’intermédiaire de l’agence Belga.


2. Convocation


Les témoins et les experts seront convoqués par simple lettre et ne seront cités par huissier de justice, dans un délai raisonnable, qu’au cas où, sans raison valable, ils ne se rendraient pas à la convocation.



3. Compte rendu


Un compte rendu sténographique des auditions sera établi. Le témoin ou l’expert sera invité à signer le procès verbal de l’audition après lecture et après avoir confirmé qu’il persiste dans ses déclarations. Chaque membre de la commission recevra une copie des comptes rendus des auditions publiques.


Quand un témoin a été entendu à huis clos, le compte rendu sera déposé au secrétariat de la commission, où il pourra être consulté par les membres de la commission, sans déplacement.

La commission fait régulièrement rapport sur l’état d’avancement de ses travaux. Ces rapports intérimaires ne comportent pas de conclusions.


4. Serment


Conformément à l’article 8 de la loi du 3 mai 1880, les témoins et les experts prêtent serment conformément à la formule usitée devant la cour d’assises (1).


(1) L’article 8 de la loi du 3 mai 1880, modifiée par la loi du 30 juin 1996 (entrée en application le 26 juillet), dispose que “ toute personne autre qu’un membre de la Chambre qui, à un titre quelconque, assiste ou participe aux réunions non publiques de la commission, est tenue, préalablement, de prêter le serment de respecter le secret des travaux. Toute violation de ce secret sera punie conformément aux dispositions de l’article 458 du Code pénal.


Les témoins, les interprètes et les experts sont soumis devant la Chambre, la commission ou le magistrat commis, aux mêmes obligations que devant le juge d’instruction.

(¼)

Les témoins et les experts prêtent (¼) le serment de dire toute la vérité et rien que la vérité. ”



Les témoins sont avertis qu’ils ont le droit de garder le silence lorsqu’ils craignent de s’accuser en faisant des déclarations (2).


(2) L’article 8, dernier alinéa, de la loi du 3 mai 1880, modifiée par la loi du 30 juin 1996, dispose que “ sans préjudice de l’invocation du secret professionnel visé à l’article 458 du Code pénal, tout témoin qui, en faisant une déclaration conforme à la vérité, pourrait s’exposer à des poursuites pénales, peut refuser de témoigner ”.




5. Rythme des réunions


La commission décide de se réunir le vendredi. Des réunions supplémentaires seront prévues si nécessaire.

Chaque réunion publique sera précédée d’une courte réunion à huis clos afin de se mettre d’accord sur les travaux.


B. Organisation des travaux


Lorsqu’elle entama ses travaux, le 3 mai 1996, la commission d’enquête décida d’entendre tout d’abord le témoignage, sous serment, de représentants d’un certain nombre d’instances officielles susceptibles de l’éclairer sur les différents aspects de la problématique sectaire et des interventions dans ce domaine : membres du gouvernement, représentants du pouvoir judiciaire, responsables ou membres des services de police et de renseignement, membres du comité “ R ” et responsables administratifs (instances fédérales et communautaires). La commission a également souhaité recueillir le témoignage d’un certain nombre de professeurs d’université, de scientifiques et d’auteurs ayant des connaissances théoriques ou pratiques dans ce domaine.


Dans une deuxième phase, la commission a interrogé des représentants d’associations de défense des victimes d’agissements sectaires, ainsi que des anciens adeptes de mouvements sectaires et des membres de la famille d’adeptes ou ex adeptes.

Enfin, la commission a également tenu à entendre (à leur demande) le témoignage de représentants de différents mouvements considérés comme sectaires afin de leur permettre d'exposer leur point de vue en la matière tout en complétant son information.



Pour des raisons de confidentialité et de sécurité publique ou personnelle, un certain nombre de témoins ont été entendus à huis clos à leur demande.



Une partie de ceux ci a même uniquement été entendue par le Président, assisté par des membres du bureau de la commission, afin que soit préservé leur anonymat.

Enfin, quelques rares témoins ont préféré transmettre à la commission une déposition écrite.

Par ailleurs, la commission a également décidé de transmettre un courrier à septante et une associations qui, dans le cadre de ses travaux, avaient été évoquées par des instances officielles belges comme pouvant revêtir un caractère sectaire (notamment sur la base des critères de la commission d’enquête parlementaire française) et représenter un danger pour la société ou pour l’individu. Ces associations ont été invitées à adresser un mémorandum à la commission exposant les buts poursuivis par leur organisation et réfutant, le cas échéant, leur caractère sectaire et dangereux éventuel. Quarante sept organisations ont donné suite à cette démarche. L'information transmise par celles ci a été utilisée par la commission dans le cadre de l'élaboration du présent rapport. Par ailleurs, comme indiqué ci dessus, la commission a procédé à l'audition des mouvements qui avaient demandé expressément à être entendus.



C. Initiatives prises par la commission sur le plan judiciaire


Au cours de ses travaux, la commission a pris les décisions suivantes :

1. après avoir entendu les témoignages de MM. Van Espen, juge d’instruction (tribunal de première instance de Bruxelles) et Cambier, premier substitut du procureur du Roi (parquet de Bruxelles), la commission a chargé son président de demander à M. Van Oudenhove, procureur général près la cour d’appel de Bruxelles, de lui transmettre le dossier judiciaire relatif à la secte Ecoovie (lettre du 29 mai 1996). Par lettre du 6 juin 1996, M. Van Oudenhove a répondu favorablement à cette demande (voir quatrième partie du présent rapport);

2. conformément à l’article 4 de la loi du 3 mai 1880, ensuite modifiée par la loi du 30 juin 1996, la commission a également décidé d’adresser une commission rogatoire à M. P. Van de Walle, premier président près la cour d’appel de Bruxelles, en vue de procéder à certains devoirs d’instruction concernant les activités de l'Ordre du Temple Solaire en Belgique (lettre du président de la commission du 31 mai 1996). M. B. Bulthé, doyen des juges d’instruction au tribunal de première instance de Bruxelles, a été désigné par ordonnance par le premier président aux fins de procéder aux devoirs d’instruction demandés (lettre de M. Van de Walle du 12 juin 1996) (cf. troisième partie du présent rapport);

3. enfin, la commission a décidé de transmettre le compte rendu sténographique des auditions des 8 et 26 novembre 1996 concernant “ l'Œuvre ” (cf. deuxième partie du présent rapport, chapitre II, H, 4 et I, 3) à M. Van Oudenhove, procureur général près la cour d’appel de Bruxelles, compte tenu des éléments d’infraction qui y sont mentionnés (article 10 de la loi du 3 mai 1880, modifiée par la loi du 30 juin 1996) (cf. lettres du président de la commission des 26 novembre et 11 décembre 1996). Par lettre en date du 11 février 1997, le procureur général Van Oudenhove a indiqué qu'il avait transmis le dossier au procureur général de Mons, le siège de l'A.S.B.L. L'Œuvre Het Werk étant fixé à Ath (Villers notre Dame). L'examen des auditions transmises n'a pas permis au parquet général de Bruxelles de mettre en évidence une infraction commise dans son ressort.



D. Désignation d’experts


Afin de l’assister dans ses travaux, la commission a désigné M. Marcel Trousse, président émérite du tribunal de première instance de Liège, comme expert lors de sa réunion du 15 juillet 1996. Cette désignation a été confirmée par la conférence des Présidents du 19 juillet 1996.


Celui ci a été chargé d’une quadruple mission :


— faire une analyse du dossier judiciaire “ Ecoovie ” (voir quatrième partie du présent rapport);

— assister le président de la commission dans le suivi de la commission rogatoire concernant l’Ordre du Temple Solaire (voir troisième partie du présent rapport);

— assister le président pour entendre des témoins que la commission ne pourrait entendre;


— regrouper, tenant compte des témoignages et des listes fournies par les différents services de police et de renseignements, les éléments à charge de certaines organisations sectaires et examiner le caractère contradictoire de ces éléments avec les déclarations plus favorables de certains témoins ou experts.



Lors de sa réunion du 18 octobre 1996, la commission a désigné un second expert, M. Johan Goethals, professeur à la KUL, spécialisé en criminologie et victimologie. Cette désignation a été confirmée par la conférence des Présidents du 6 novembre 1996.



Tout en collaborant avec M. Trousse dans l’étude des dossiers (cf. point 4 de sa mission), M. Goethals a été plus particulièrement chargé d’étudier à travers les témoignages le phénomène d’un point de vue sociologique et psychologique.


En outre, dans le cadre des conclusions des travaux de la commission, les deux experts ont également été chargés d’examiner des propositions d’ordre législatif (modification de dispositions existantes, insertion de nouvelles dispositions).

Les deux esperts ont également collaboré très activement à la rédaction de différentes parties du rapport.



DEUXIEME PARTIE


Auditions de temoins



I. Liste des temoins


HC = huis clos

RP = réunion publique


10 mai 1996


— M. Van Lijsebeth, administrateur général de la Sûreté de l’Etat (HC)

— M. Georis, chef du Service Général du Renseignement et de la Sécurité des forces armées (RP)

— M. Godbille, premier substitut du procureur du Roi (parquet de Bruxelles) (RP)

— M. Van Espen, juge d’instruction (tribunal de première instance de Bruxelles) (RP)

— M. Cambier, premier substitut du procureur du Roi (parquet de Bruxelles) (RP)


24 mai 1996


— M. Deridder, commandant de la gendarmerie (RP/HC)

— M. de Vroom, commissaire général de la police judiciaire (RP/HC)

— M. Coppens, directeur général (adjoint bilingue) de l’administration centrale de l’Inspection spéciale des impôts, au nom du vice premier ministre et ministre des Finances et du Commerce extérieur (RP)

— Le ministre de la Justice (RP)


31 mai 1996


— M. Spreutels, président de la cellule de traitement des informations financières (RP)

— M. Van den Wyngaert, professeur de philosophie au “ Hoger Pedagogisch Instituut van de Kempen ” (RP)

— M. Berliner, docteur en médecine (RP)


— Mme Morelli, professeur à l’Institut d’études des religions et de la laïcité à l’ULB (RP)


7 juin 1996


— M. Dobbelaere, professeur ordinaire à la KUL (Faculteit sociale wetenschappen, departement sociologie) (RP)

— M. Lallemand, journaliste (Le Soir) et auteur (RP)

— M. Van Oudenhove, procureur général près la cour d’appel de Bruxelles (RP/HC)

— M. Cornelis, avocat général près la cour d’appel de Bruxelles (RP)

— M. Duinslaeger, magistrat national (parquet près la cour d’appel de Bruxelles) (RP)


14 juin 1996


— M. Denaux, chargé de cours principal à la KUL (Faculteit godgeleerdheid) (RP)

— Mme Tavernier (Union nationale des associations pour la défense des familles et de l’individu (UNADFI)) (RP)

— le vice premier ministre et ministre de l’Intérieur (RP)

— M. Nefontaine, collaborateur scientifique à l’ULB (RP)


21 juin 1996


— M. Ringlet, vice recteur de l’UCL (RP)

— M. Coppens, directeur général de l’administration centrale de l’Inspection spéciale des impôts (HC)


— M. De Droogh et Mme Degrieck, représentants de la “ Vereniging ter verdediging van persoon en gezin ” (VVPG) (RP)


28 juin 1996


— Mme Nyssens, Association de défense de l’individu et de la famille (ADIF) (RP)

— M. Facon, auteur (RP)

— Membres de la Sûreté de l’Etat (HC)


5 juillet 1996


— M. Abgrall, psychiatre, criminologue, expert près la cour d’appel d’Aix en Provence et les tribunaux (RP)

— M. Vuarnet, auteur (RP)

— Le frère Hens (HC)


12 juillet 1996


— 2 témoins, dont un délégué de la VVPG à la FECRIS (HC)

— Membres du comité “ R ” (HC)


8 novembre 1996


— M. Devillé, prêtre et auteur (RP)

— 8 ex adeptes de L'Œuvre, dont 5 ont témoigné en réunion publique : Mmes Cochet, Van Bulck, Achten Wijnants, Decock et Brabants Martens



— M. Lelièvre, délégué général aux droits de l’enfant et à l’aide à la jeunesse de la Communauté française (RP/HC)

— M. De Geest, conseiller en chef du “ comité voor bijzondere jeugdzorg ” de Gent Eeklo (Communauté flamande) (RP/HC)

— Mme Walsac, conseillère auprès du “ comité voor bijzondere jeugdzorg ” de Tongres (Communauté flamande) (HC)


12 novembre 1996


— Adeptes, ex adeptes ou membres de la famille d’adeptes ou ex adeptes : MM. Vandenneucker, Janssen, Verriest, Declercq, Mme Paulis et M. Ouardi (RP/HC)

— MM. Vaquette et Vermeulen, représentants de l’Eglise de Scientologie (RP)


22 novembre 1996


— Ex adeptes et membres de la famille d’adeptes ou ex adeptes, dont deux ont témoigné en réunion publique : Mme Sterk et M. Nösselt



26 novembre 1996


— Le prof. Ries et Sœur Bommerez, représentants de L'Œuvre (RP)

— Mme Lameere, auteur de “ Dix ans dans une secte ”(HC)

— MM. de Carvalho et Cornée, représentants de Ogyen Kunzang Chöling (RP)


6 décembre 1996


— M. Figares, représentant de La Nouvelle Acropole (RP)

— M. Bulthé, doyen des juges d’instruction au tribunal de première instance de Bruxelles (RP/HC)



10 décembre 1996


— MM. Corticelli et Aird, représentants de La Famille (RP)

— M. et Mme Dumaine, représentants de l’Eglise du Christ de Bruxelles (RP)

— MM. Borghs et Vandecasteele, représentants de la Société anthroposophique en Belgique (RP)



31 janvier 1997


— M. Lips, auteur de “ Internet en Belgique ” (RP)

— MM. Degroeve et Lefebre, représentants de Sûkyô Mahikari (RP)


21 février 1997


— MM. Carbonell et Nawezi Daems, représentants du Mouvement Raélien (RP)

— M. Spatz, représentant de Ogyen Kunzang Chöling (OKC) (RP)


15 avril 1997


— M. Bulthé, doyen des juges d'instruction au tribunal de première instance de Bruxelles et M. François, gendarme (RP)


Le Président, assisté de membres du Bureau de la commission, a également entendu à huis clos 3 adeptes, ainsi que 39 ex adeptes et membres de la famille d’adeptes, les 31 octobre et 5 et 27 novembre 1996, les 17 et 21 janvier et 4 et 5 février 1997 (1).


(1) Le Président a été habilité à cet effet par la commission lors de sa réunion du 17 juillet 1996.


Il a également entendu :

— M. J. A. Fisch (Cercle de défense de l’individu et de la famille — CDIF). Le résumé de son témoignage figure également ci après avec son autorisation

— M. Joiris (Association de défense contre les agressions mentales — ADCAM)

— Mmes Debroux et Moreau (Contact et information sur les groupes sectaires — CIGS).

Enfin, le 24 juillet 1996 et le 7 mars 1997, le président a reçu à chaque fois un témoin souhaitant conserver l’anonymat.

Il avait été initialement prévu d’entendre des représentants de Sahaya Yoga le 22 novembre 1996. Toutefois, le jour même de la réunion, M. B. Cuvellier, chargé de la coordination en Belgique, a fait parvenir un fax au président de la commission lui demandant de “ bien vouloir annuler ou reporter l’audition ”.


M. Cuvellier ajoute : “ J’ai appris ce matin en effet que des contacts avaient été pris avec la Cour des Droits de l’homme de Strasbourg pour voir ce qui pouvait être fait pour faire respecter nos libertés les plus élémentaires. Comme je l’ai mentionné dans la lettre ouverte que vous avez reçue cette semaine, nous avons subi depuis quelques mois des attaques provenant de différents côtés. Ces attaques nous nuisent collectivement en essayant de nous empêcher de nous réunir et individuellement certains membres de notre groupe ont été attaqués personnellement dans leur vie privée ou dans leur travail.


Cette situation se répétant dans différents pays comme l’Autriche, la France, la Suisse et la Belgique, nous avons décidé d’étudier la possibilité d’acter collectivement à Strasbourg. En conséquence, nous souhaitons qu’il n’y ait pas actuellement de la part de Sahaja Yoga Belgique de prise de position publique pouvant interférer avec une probable action à Strasbourg. ”

Par ailleurs, trois témoins devaient être entendus le 21 février 1997 concernant l’Opus Dei. Ces trois personnes se sont cependant désistées pour des raisons d’ordre personnel.



II. resume des auditions publiques



La commission attire l'attention sur le fait que seules les auditions qui ont eu lieu en réunion publique figurent ci après. Ces témoignages ont été résumés mais ont néanmoins été restitués le plus fidèlement possible. Les résumés ont d'ailleurs été soumis à l'approbation des témoins avant leur publication.




A. Membres du gouvernement


1. Audition du Vice premier ministre et ministre de l'Intérieur


a) Cadre légal


Le vice premier ministre et ministre de l'Intérieur précise d'emblée que la liberté fondamentale d'avoir une opinion personnelle et de vivre conformément à celle ci ne peut être remise en cause. Il s'agit seulement de rechercher et de réprimer au besoin les formes de privation de liberté (manipulation spirituelle, limitation disproportionnée de la liberté, abus de la vulnérabilité, etc.) et les infractions qui peuvent être liées au phénomène sectaire (par exemple, le travail au noir, la fraude fiscale, l'abus sexuel, etc.).

La problématique des sectes ne doit toutefois pas être considérée exclusivement sur le plan du droit pénal. Il convient également de tenir compte des aspects relevant du droit de la famille. Ainsi, il arrive que des parents se plaignent de ce que leur fille a été enlevée, alors qu'en réalité, elle est devenue membre, en toute liberté, d'un groupe déterminé, que ce soit ou non à la suite de tensions familiales. Toutefois, lorsqu'il s'agit de problèmes relevant exclusivement du droit privé, n'ayant aucune dimension délictuelle ou criminelle, les Communautés sont compétentes et le pouvoir fédéral doit s'abstenir de toute intervention.

Certaines sectes peuvent ainsi représenter un danger pour l'ordre juridique en place, pour des raisons autres que celles d'ordre purement pénal. C'est le cas lorsqu'elles recrutent à dessein des membres de l'appareil de l'Etat (justice, gendarmerie, armée, etc.). La question de savoir s'il s'agit dans ce cas d'infiltration reste toutefois ouverte.

Ces différents aspects témoignent de la complexité de la problématique en question. Une intervention purement policière ne donnera probablement guère de résultats. Des actions doivent également être entreprises au niveau de l'éducation et de l'environnement social.

Le ministre plaide toutefois en faveur d'une intervention efficace des autorités lorsqu'il y a suffisamment d'indices que des sectes s'organisent en bandes et envisagent d'exercer ou de dissimuler des activités punissables.

Il y a lieu de prévoir un cadre légal, étant donné que les sectes sont, par définition, des groupes fermés et que les formes de privation de liberté et les infractions dont les sectes se rendent coupables ne peuvent faire l'objet de constatations explicites. Il ne faut pas nécessairement définir ce qu'est une secte, mais il faut préciser ce qui est autorisé et ce qui ne l'est pas. Il faut se fonder à cet égard sur des critères déterminant les cas où une intervention s'impose. Les interventions des autorités — et leur portée — doivent aussi être définies avec précision, sans quoi celles ci risquent d'être impliquées dans une sorte de chasse aux sorcières et de vider de leur sens les libertés démocratiques dont elles sont garantes dans l'Etat de droit.


b) Listes semestrielles


Le ministre renvoie à une déclaration du commandant de la gendarmerie relative aux systèmes qui sont mis en œuvre pour suivre des groupes qui constituent une menace pour l'ordre public. Une méthode de travail analogue pourrait être appliquée en ce qui concerne les sectes.

Le ministre compétent — la matière en question ne relève en effet pas de la compétence du ministre de l'Intérieur mais du ministre de la Justice — déterminerait tous les six mois par exemple, sur la base des critères établis par la Chambre, les groupes à suivre. En cas de doute, un groupe serait placé dans “ l'anti chambre ” de la liste effective. Après six mois, on vérifierait la conformité de la liste en fonction de la réalité. Le groupe surveillé ne continuerait à figurer sur la liste que si des élements nouveaux surgissaient et ce, afin d'éviter le développement d'une psychose de poursuite aveugle.



c) Techniques policières spéciales


Les sectes étant par définition des groupes fermés et les autorités partant du principe — à partir du moment où elles ont décidé de faire figurer un groupe déterminé sur une liste — que celui ci “ tend ” à faire quelque chose qui est interdit par la loi, on peut se demander comment seront faites les constatations qui s'imposent. Il s'indique en fait d'agir de manière proactive, donc avant qu'aucune infraction ne soit commise. Cette méthode comporte toutefois des risques. En effet, si les autorités recourent, par exemple, à des techniques d'écoute et portent atteinte à la vie privée et à la liberté d'association avant qu'aucune infraction n'ait été constatée et s'il ne peut être prouvé ultérieurement qu'une infraction allait être commise, cette méthode peut jeter le discrédit sur l'appareil de l'Etat. Une telle situation constituera un frein pour l'avenir.

Le ministre n'est pas partisan des techniques d'infiltration, même pas dans le cadre du crime organisé. Il estime que le risque est en effet grand de voir les policiers aboutir ainsi dans le milieu.

En ce qui concerne le recours aux indicateurs, il faut aussi faire preuve de prudence, car il arrive que leurs informations servent à exploiter la police et la justice plutôt qu'à les aider.


d) Réseau de données


Vu la rareté des informations sur ce qui se passe réellement au sein des sectes, informations obtenues en outre “ spontanément ”, il faudrait mettre en place un réseau de correspondants de trente à cinquante personnes couvrant toutes les administrations. L'enquête sur la traite des êtres humains en a déjà montré l'utilité. Le développement du système des jeunes filles au pair dans la région flamande, l'augmentation du nombre d'autorisations de séjour et celle du nombre de vols de cartes d'identité sont autant de phénomènes qui vont dans la même direction. On ne peut tirer de conclusions exactes que de données exactes. Or, ces renseignements ne peuvent être collectés que grâce à un réseau de contacts administratifs auquel on peut faire appel en permanence. En matière de sectes, on pourrait donc prévoir des contacts à l'administration des Finances et à celle des Affaires sociales. Par ailleurs, la sûreté de l'Etat serait la mieux placée — mieux placée en tout cas que les services de police — pour collecter et comparer toutes les informations fournies par les différents contacts.


e) Groupe de politique générale


Le ministre estime enfin qu'il est primordial que les ministres de la Justice et de l'Intérieur vérifient, régulièrement, à l'instar de ce qui prévaut en matière de traite des êtres humains, si les pouvoirs publics peuvent mener une action ciblée, structurelle et proactive sur la base des analyses criminelles. En matière de sectes, il pourrait se réunir trois à quatre fois par an avec le ministre de la Justice, qui dirigerait les opérations, pour examiner les options politiques, fixer les priorités et définir les actions à entreprendre.


2. Audition du ministre de la Justice


Dans un premier temps, le ministre entend exposer la façon dont il appréhende le phénomène des sectes en tant que ministre de la Justice, les initiatives qu’il a déjà prises et celles qui se concrétiseront prochainement. Il rappelle, à ce propos, que l’approche du phénomène est multiforme et donc pluridisciplinaire.

Aux yeux du ministre, il y a lieu de distinguer les cultes des sectes. En effet, pour qu’un culte puisse bénéficier de la reconnaissance légale, les critères suivants doivent être rencontrés :

a) réunir un nombre suffisant de fidèles;

b) être structuré;

c) être installé dans le pays depuis une assez longue période;

d) présenter un intérêt social;

e) n’avoir aucune activité contraire à l’ordre public.

L’intervenant évoque ensuite le rôle de la Sûreté de l’Etat. Il précise qu’en1993, son prédécesseur a demandé à la Sûreté d’entreprendre une étude approfondie du phénomène en Belgique. En décembre 1994, le Ministre a lui même confirmé le rôle central que la Sûreté était appelée à jouer dans la récolte et l’analyse des informations relatives aux sectes, en vue d’en déterminer l’importance, de suivre leur évolution et de permettre, le cas échéant, de réagir de façon adéquate en cas de pratiques illégales et dangereuses.


Cette intervention est justifiée par le danger que certaines sectes peuvent faire courir à la société civile par leur action néfaste sur l’équilibre psychologique des personnes, les ruptures familiales qu’elles provoquent ou encore les détournements et captations de biens qu’elles causent.

Elle s’impose également par le risque qu’une fois bien implantées et devenues économiquement et politiquement influentes, certaines d’entre elles s’en prennent aux structures mêmes de l’Etat.

La Sûreté doit dès lors avoir un rôle d’information en vue de renseigner les autorités compétentes et de permettre, en cas d’infraction, l’intervention des services de police et des autorités judiciaires. Dans la mesure où les activités des sectes s’étendent souvent sur le territoire de plusieurs pays, la Sûreté doit aussi établir des contacts au niveau international.

Abordant le rôle des autorités judiciaires, le ministre précise que les parquets n’ont pas pour vocation de prendre l’intiative d’enquêter sur des groupements sectaires, afin de rechercher les éventuelles infractions dont se rendraient coupables les responsables, voire leurs simples membres. Ils ne déclenchent l’action publique que sur la base de plaintes de particuliers ou de dénonciations faites par des services publics ou des organismes privés.

Comme il avait eu l’occasion de le déclarer au cours des travaux de la commisson de la Justice, préalables au vote de la proposition instituant la commission d’enquête, le ministre ajoute que si la consultation des procureurs généraux réalisée par son prédécesseur avait permis de confirmer la présence de sectes dans différents arrondissements judiciaires, le nombre de plaintes déposé semblait insignifiant au regard des informations véhiculées dans les médias et de l’activité des organismes privés de défense des droits des individus et de la famille. Il estime néanmoins qu’il faut faire attention à l’aspect évolutif de la situation. Se pose alors très clairement la question de savoir s’il convient de créer un service spécialisé en matière de sectes dans chaque parquet, à l’instar de ce qui se fait dans des domaines aussi particuliers que la délinquance économique et financière, la protection de la jeunesse, les stupéfiants, le roulage, etc. Cette question devra être débattue au sein du collège des procureurs généraux.

Le ministre est cependant d’avis que la grande diversité des pratiques illégales de certaines sectes justifie que soit préférée à la spécialisation d’une section du parquet et à la centralisation au sein de celle ci de tous les dossiers concernant les sectes, l’attribution à un magistrat du parquet de la responsabilité d’établir le lien entre toutes les affaires des différentes sections présentant un lien, aussi faible soit il, avec une secte.


Tous les autres magistrats auraient mission d’informer ce “ magistrat de référence ” de l’existence et du contenu des dossiers susceptibles de l’intéresser, tout en conservant la gestion de ceux ci.


S’il devait, par exemple, apparaître, au cours d’une procédure devant le tribunal de la jeunesse, qu’un parent fait participer son enfant aux activités d’une secte et le tient éloigné de toute scolarité, le substitut aurait alors mission d’ouvrir un dossier au sein de la section jeunesse, d’en aviser le magistrat de référence et de le tenir informé des suites de l’affaire.

Il en irait de même si l’information pénale à charge des responsables d’une société commerciale ou d’une A.S.B.L., pour des faits d’escroquerie ou de fraude fiscale, révélait l’existence de pratiques sectaires.


Les avantages d’une telle gestion de la problématique des sectes seraient les suivants :

1) un lien pourrait être établi entre divers dossiers de nature tout à fait différente mais concernant un même groupement;


2) la nature très particulière de certaines pratiques illégales justifie que la gestion du dossier reste confiée à un magistrat spécialisé dans le domaine du droit concerné;

3) une meilleure vue d’ensemble quant à l’ampleur du phénomène, au sein de l’arrondissement, est ainsi possible.

Ce magistrat pourra aussi assurer un premier traitement des plaintes dirigées directement et explicitement contre une secte. Avec l’aide des assistants sociaux, chargés de l’accueil des victimes au sein des palais de justice, il pourra également accueillir les victimes, en vue de recevoir leurs plaintes et de les diriger vers les services d’aide compétents.


Le magistrat de référence doit donc être, dans le futur, l’interlocuteur privilégié, toujours via son chef de corps, du procureur général et du magistrat national. A ce titre, il interviendra en cas d’actions judiciaires préparées à l’initiative de la Sûreté.


La désignation d’un magistrat de référence au sein du parquet fera l’objet d’une discussion au sein du collège des procureurs généraux. Toutefois, ce système ne peut fonctionner qu’à condition que ces magistrats bénéficient d’une préparation et d’une formation adéquates.

Plus largement, le parquet doit être mobilisable à l’occasion du dépôt de plaintes ou de l’examen d’affaires faisant l’objet d’une enquête judiciaire.

Il faut aussi examiner la façon d’intégrer les services de police dans cette problématique. Cette question est d’ailleurs d’actualité, à un moment où l’on discute de la spécialisation de ces différents services. Il faudra voir notamment si l’on confie les sectes à un service de police particulier ou si chacun d’entre eux (la gendarmerie et la police judiciaire) devra prendre ses responsabilités.



Au niveau d’une politique de coordination, des initiatives doivent être prises. A l’instar de ce qui se fait pour la traite des êtres humains, des réunions de coordination devront être organisées sous la houlette du département, pour faire le point sur les actions en cours et pour en planifier d’autres avec les différents services concernés, même externes à la Justice.



La périodicité de ces réunions devrait permettre de cerner l’ampleur précise, le développement, les mutations, ainsi que l’approche globale du phénomène des sectes. Elles pourraient d’ailleurs démarrer assez rapidement.



Le ministre ajoute qu’au niveau fédéral, la discussion au sujet de la criminalité organisée est en cours. Il note qu’une série de ses caractéristiques se retrouvent auprès des sectes. Pour ce qui concerne cette criminalité organisée, on détermine, pour l’instant, un cadre global, non pas pour établir une définition fixe, mais pour énumérer une série de caractéristiques et développer des méthodes tant proactives que réactives permettant de disposer d’une base légale pour s’attaquer à ce phénomène. Ce qui se fait pour cette criminalité pourra, à l’évidence, servir pour le suivi de la problématique des sectes.


Le ministre aborde ensuite la question des A.S.B.L., dont la législation organique date de 1921. Il en existe actuellement 80 000 et leur nombre croît d’environ 3 000 par année. Le problème est de savoir ce qu’il faut faire à l’égard de cette législation à la fois simple et accessible. En tout état de cause, il y aura lieu de l’adapter, vu notamment la pression exercée à ce propos par la Commission européenne, qui fait valoir que les conditions de nationalité sont inacceptables. On pourrait peut être en profiter pour augmenter la transparence de ces associations.


En réponse à une question relative aux activités de l’A.S.B.L. “ Humana ”, le ministre indique qu’il est dans l’impossibilité de dire si les actions de cette association sont contraires ou non à la législation. De toute façon, l'article 18 de la loi du 27 juin 1921 sur les A.S.B.L. dispose “ qu’on peut prononcer la dissolution de l’association, qui serait hors d’état de remplir les engagements qu’elle a assumés, qui affecterait son patrimoine ou les revenus de son patrimoine à des objets autres que ceux en vue desquels elle a été constituée, ou qui contreviendrait gravement soit à ses statuts, soit à la loi, soit à l'ordre public ”. Cette procédure peut être entamée à l’invitation d’un associé, d’un tiers intéressé et même du ministère public.

Le ministre livre à ce sujet les pistes de réflexion suivantes :

— une meilleure centralisation de l’information sur les A.S.B.L.;

— un dossier de constitution plus étoffé;

— l’organisation d’un contrôle plus approfondi.

Ces innovations permettraient ainsi de rendre plus aisé l’accès aux informations relatives aux A.S.B.L. liées aux sectes.

Pour le reste, le ministre rappelle que la commission d'enquête a pour but notamment de réfléchir à la question de savoir si l’arsenal existant est suffisant pour combattre efficacement les pratiques des sectes. Il ajoute qu’une série de propositions formulées lors des auditions précédentes lui semblent intéressantes à discuter :

— les propositions du juge d’instruction Van Espen relatives à la notion de “ déstabilisation mentale ”;

— le fait de rendre les tribunaux belges territorialement compétents pour des faits graves commis à l’étranger par un Belge ou un étranger établi en Belgique, même en l’absence de plainte ou d’avis officiel des autorités étrangères;


— les propositions concernant l’abus de la situation de faiblesse d’un individu.

Interrogé sur son action immédiate en la matière, le ministre rappelle que la discussion sur la répartition des tâches entre les différents services de police est en cours. La responsabilité du gouvernement est, en effet, d’essayer de créer une spécialisation, une synchronisation entre ces services. Toutefois, le ministre n’a pas l’impression qu’il sera utile ou même opportun de décider que tout ce qui concerne les sectes devra relever exclusivement de la gendarmerie. Dans les sectes, comme dans la criminalité organisée, on arrive finalement au même constat : des éléments s’orientent plutôt vers la gendarmerie, d’autres vers la police judiciaire. Quant aux magistrats de référence, le ministre se déclare persuadé qu’ils joueront un rôle crucial dans le futur.

Dans les dossiers existant déjà dans les parquets, ce magistrat sera chargé d’un rôle de coordination et au besoin, il informera le magistrat national, qui fera le lien, s’il y a lieu, avec la Sûreté de l’Etat. Par contre, les dossiers qui seront ouverts sur information de la Sûreté feront l’objet d’une appréciation du magistrat national, qui développera la stratégie à adopter et s’assurera la collaboration du ou des parquets concernés.


Le rôle central du magistrat national sera encore renforcé par la législation en discussion concernant le collège des procureurs généraux.

En réponse à une question en ce sens, le ministre fait valoir qu’il ne faut pas perdre de temps à définir la notion de “ secte ”. Cela n’aidera pas les services concernés. Cependant, si la commission d'enquête estime que des actions spéciales, des poursuites, des qualifications, des incriminations sont nécessaires, il faudra bien passer par une définition.


Ainsi, en matière de grande criminalité, on a finalement constaté qu’il n’était pas possible d’aboutir à une définition et que ce n’était même pas opportun. Il valait mieux travailler sur la base des critères.


Quant à la liste, elle n’est, aux yeux du ministre, également pas essentielle. Toutefois, si elle existe, il faut la mettre à la disposition des services. Cette discussion à propos d’une liste ne peut cependant servir d’alibi.

Le ministre rappelle, à cet égard, qu’il est de la responsabilité du politique et du collège des procureurs généraux de fixer une politique criminelle relative aux sectes et d’assumer en la matière ses responsabilités. Si la fixation d’une liste est considérée comme un élément de la politique criminelle, il faudra alors l’établir.

Le ministre ajoute qu’en la matière, le travail accompli depuis plusieurs mois a déjà permis de réaliser de grands progrès. Des actions concrètes pourraient bientôt être décidées. La Sûreté a également réuni beaucoup d’informations.


Interrogé à ce propos, le ministre précise que les commissions rogatoires et le travail à l’échelle internationale constituent un grand problème en matière de criminalité. Cela ne fonctionne à l’évidence pas bien, ce qui entraîne des difficultés dans de nombreux dossiers. Déjà délicat dans le cadre de l’Union européenne, ce problème se pose de façon encore plus criante dans d’autres pays. Le ministre est cependant d’avis que c’est au niveau européen et international que l’initiative doit être prise à ce sujet.


Enfin, en ce qui concerne l’établissement d’une section de la Fecris (Fédération européenne des centres de recherche et d’information sur le sectarisme) en Belgique, le ministre se déclare prêt à examiner le problème.


3. Audition de M. L. Coppens, directeur général (adjoint bilingue) de l'administration centrale de l'Inspection Spéciale des Impôts, représentant le Vice Premier Ministre et Ministre des Finances


M. Coppens précise d’entrée qu’aucune législation de type fiscal ne contient une disposition visant particulièrement les sectes. Jusqu’à présent, l’administration fiscale n’a pas pris de mesures spéciales pour débusquer ces organisations. La question est d’ailleurs de savoir si celles ci sont revêtues d’une forme juridique. Dans la négative, la situation est alors particulièrement complexe, puisqu’il faut alors trouver les personnes physiques véritablement responsables, ce qui n’est guère aisé.


L’orateur ajoute que les sectes peuvent, le cas échéant, bénéficier de deux avantages spécifiques sur le plan fiscal :

l’exonération du précompte immobilier, pour autant que l’association soit propriétaire des lieux qu’elle occupe et qu'elle l'affecte à l'exercice public d'un culte. Le pouvoir de décision réside auprès des directeurs régionaux de l’Administration des contributions directes.

Même si au départ, seuls les cultes publics sont visés, il est à noter que l’A.S.B.L. “ Témoins de Yéhovah ” a obtenu gain de cause, à ce sujet à la suite d'une procédure en appel. De même, l’A.S.B.L. “ Assemblée spirituelle des Baha'is ” a été exonérée du précompte sur la base d’un arrêt de la cour d’appel de Bruxelles.


Cependant, par exemple, la cour d’appel de Liège n’a, en 1949, pas reconnu le caractère de culte public à la société coopérative “ Le foyer spiritualiste ” et l’A.S.B.L. “ Le culte antoiniste ”;


la déduction fiscale de dons

Les associations qui entrent en ligne de compte doivent être reconnues par le ministre des Finances. Dans ce cas, les donateurs, qu’ils soient entreprises ou personnes physiques, peuvent déduire les dons effectués de leur revenu imposable.


Les sectes ne figurent pas en tant que telles dans la liste des bénéficiaires mais il pourrait arriver que des A.S.B.L. ayant des relations avec une secte se fassent reconnaître, pour autant qu’elles remplissent toutes les conditions requises. Ainsi, une partie des recettes pourrait être transférée à la secte.

L’intervenant rappelle, à cet égard, que le législateur n’a jusqu’à présent pas estimé utile de légiférer spécifiquement sur les sectes. Si mission lui en est donnée, l’administration mettra à l’étude la rédaction de règles éventuelles. M. Coppens confirme, par ailleurs, qu’il n’y a pas eu, jusqu’à présent, de condamnations prononcées pour des délits fiscaux dans le chef de sectes ou de personnes physiques s’y rattachant.

M. Coppens précise qu’il existe parfois de fausses A.S.B.L., mais il ne peut confirmer si cela touche aussi les sectes. Les fausses A.S.B.L. sont taxées à l’impôt des sociétés, tandis que les A.S.B.L. qui se conforment à la législation en la matière sont soumises à l’impôt des sociétés. En réponse à une question en ce sens, l’intervenant indique qu’une A.S.B.L. doit, en tout état de cause, pouvoir disposer de recettes si elle compte subsister. Ainsi, il est tout à fait possible qu’en respectant ses statuts et en récoltant des millions de recettes, une A.S.B.L. connaisse un fonctionnement tout à fait correct et légal.

En fait, il est évident que si l’on veut taxer une secte, il faut qu’elle soit établie en Belgique.


A partir de ce moment, on peut mener une enquête, faire des vérifications et éventuellement déterminer un bénéfice taxable. Dans le cas contraire, cela s’avère impossible.



B. magistrats


1. Audition de M. A. Van Oudenhove (procureur général près la cour d’appel de Bruxelles), P. Cornelis (avocat général près la cour d’appel de Bruxelles) et P. Duinslaeger (magistrat national)


(Résumé de la partie publique de l’audition)



M. Van Oudenhove indique que le ministère public s’intéresse au problème des sectes dans la mesure où les activités de ces mouvements ou le comportement de certains de leurs membres révèlent des comportements d’ordre pénal (manœuvres d’escroquerie, violences, infractions relatives à la protection de la jeunesse, etc.).

L’autorité judiciaire est consciente du problème et du danger que les pratiques illégales de certaines sectes pourraient représenter pour l’ordre public. Elle est donc soucieuse de collaborer étroitement avec la commission d’enquête. Les tragiques événements survenus depuis 1978 dans divers pays montrent que le risque est réel.

M. Van Oudenhove tient à rappeler les responsabilités en matière pénale des procureurs généraux près les cours d’appel.

La première responsabilité concerne l’exercice de la police judiciaire. Celle ci consiste, conformément à l’article 8 du Code d’instruction criminelle, en la recherche des infractions, au rassemblement des preuves et en la mise à disposition des tribunaux des auteurs identifiés. La police judiciaire est exercée sous la direction des procureurs du Roi, eux mêmes placés par l’article 27 du Code d’instruction criminelle sous les ordres du procureur général. Le procureur général exerce en outre la surveillance sur tous les officiers de police judiciaire, sous l’autorité du ministre de la Justice (article 148 du Code judiciaire). Le ministre de la Justice peut, en vertu de l’article 5, alinéa 2, de la loi du 5 août 1992 sur la fonction de police, donner des directives générales pour l’exécution des mesures de police judiciaire.




Les procureurs généraux disposent également d’un pouvoir de décision en ce qui concerne l’exercice des poursuites devant les juridictions pénales (article 143 du Code judiciaire). Cette action s’exerce également sous l’autorité du ministre de la Justice qui peut, en vertu de l’article 274 du Code d’instruction criminelle, formuler des injonctions positives de poursuites dans les délits dont il a connaissance.

Enfin, ils se concertent avec le ministre de la Justice pour définir la politique criminelle (article 1er de l’arrêté royal du 14 janvier 1994 créant un service de la politique criminelle).


M. Cornelis estime que le risque que présente l’activité des sectes est plus grand lorsque celles ci s’adressent à des personnes faibles ou vulnérables en raison de leur état psychique ou de leur situation sociale circonstancielle ou permanente. Plus que les autres, les mineurs se trouvent dans une situation où ils ne peuvent pas réagir à des manœuvres que ce soit de séduction ou de manipulation psychologique, à des sévices ou à des négligences.

Les questions qui peuvent se poser en matière de protection de la jeunesse dans ce contexte concernent le recrutement éventuel de mineurs par des sectes, les infractions ou dangers dont les mineurs pourraient être victimes du fait de l’appartenance de leur famille à une secte et les renseignements que les procédures civiles peuvent fournir sur les troubles causés par les sectes dans la vie des familles.


Les informations disponibles ne mettent pas en évidence un recrutement direct de mineurs d’âge mais plutôt de jeunes adultes. On ne doit cependant pas exclure la possibilité de filières qui conduisent progressivement des jeunes gens à adhérer à des sectes via la pratique d’arts martiaux, par exemple, des conférences ou des projections relatives à des programmes d’éducation ou de formation, ou encore des traitements psychologiques ou de désintoxication. En Belgique, il semble néanmoins que ce soient plutôt les parents qui entraînent leurs enfants dans le cadre de leurs activités au sein d’une secte.

Par ailleurs, il n’existe pas d’informations ou de procédures judiciaires mettant en évidence des sévices dont auraient été victimes des mineurs dans le cadre de l’activité d’une secte. Des faits de pédophilie et de privation de soins ont été suspectés dans le cas du dossier Ecoovie, mais il n’a pas pu être établi qu’ils avaient lieu en Belgique. D’autre part, les autorités judiciaires ont connaissance d’accusations portées à l’étranger contre la secte des Enfants de Dieu, devenue entre temps La Famille. Aucun élément d’infraction n’a cependant été révélé en Belgique.


Peu de dossiers protectionnels ont été ouverts à la suite d’états de danger dans lequel se trouveraient des mineurs en raison de l’appartenance de leur famille à une secte, à l’exception du refus de certains actes médicaux, comme la transfusion sanguine ou les opérations qui entraînent une transfusion sanguine, chez les témoins de Jéhovah. L’attitude généralement suivie en la matière en cas de danger grave et immédiat consiste à saisir le juge de la jeunesse, qui placera l’enfant dans un établissement hospitalier et donnera lui même l’autorisation d’intervention.

Ceci ne signifie pas que des activités sectaires ne peuvent pas avoir une interférence dans d’autres dossiers, notamment dans le cadre de difficultés pédagogiques dues au fait que des parents affiliés à une secte veulent appliquer des principes d’éducation trop rigides à leurs enfants ou les contraindre à des activités de prosélytisme ou de culte. A cet égard, M. Cornelis tient à signaler que, dans certains cas, l’influence d’une secte s’est néanmoins révélée positive pour donner une structure à des familles dépourvues de points de repère.


Assez fréquemment, des dissensions et des litiges en raison d’activités sectaires sont invoqués dans les procédures au fond en divorce, dans les procédures de mesures provisoires en référé et dans le contentieux familial civil du tribunal de la jeunesse : dissensions qui proviennent de méthodes éducatives différentes, d’un régime alimentaire imposé par un ou plusieurs membres de la famille, de loisirs disponibles ou non en raison d’activités de prosélytisme et de (l’absence de) contacts sociaux, certaines sectes coupant leurs membres de toute relation amicale ou familiale. L’intérêt de l’enfant peut parfois être gravement compromis. Ces procédures permettent parfois de révéler l’existence et les activités suspectes d’une secte jusque là inconnue.


Le parquet de Bruxelles dispose d’un numéro d’indice particulier pour les dossiers sectes : le numéro 57, autour duquel l’information peut depuis 1990 être centralisée. Toute information ayant trait à l’appartenance à une secte (plaintes concernant l’exercice du droit de visite, problèmes de droit de garde, etc.) est transmise au magistrat désigné par le procureur du Roi pour s’occuper de ce problème. Il est ainsi informé de l’existence de la secte dans l’arrondissement judiciaire, de l’évolution de ses activités, ainsi que de l’importance de ces activités en fonction du nombre d’informations reçues.





MM. Cornelis et Van Oudenhove indiquent que le dossier relatif à l’Ordre du Temple Solaire est un dossier 57. Par contre, la classification 57 n’existait pas encore au moment où le dossier Ecoovie a été traité.

M. Cornelis ajoute qu’il est probable que si un problème concernant la protection de la jeunesse (comme, par exemple, un enfant présentant certaines carences alimentaires dues au régime imposé par la mère, adepte des témoins de Jéhovah) se pose dans le cadre d’un dossier de divorce en référé, cette affaire donnera lieu à une classification 57. Il ne peut répondre de manière formelle si cela se produit dans d’autres contextes.

M. Van Oudenhove indique qu’au niveau du parquet général, il existe déjà des magistrats de référence. Tous les problèmes qui se rattachent à la protection de la jeunesse, y compris la drogue, l’immigra  tion, la bio éthique, les problèmes qui ont trait à la dignité humaine, au respect de la vie privée, etc., sont rapportés à la section dirigée par M. Cornelis. Il a à sa disposition des magistrats et divers collaborateurs.

A la question de savoir pourquoi les signaux perçus par l’appareil judiciaire sont aussi faibles concernant le phénomène sectaire, M. Cornelis évoque la situation de dépendance des membres, l’état psychologique des personnes décidant de sortir d’une secte, mais surtout le fait qu’il s’agit d’infractions commises dans le cadre de la vie privée. Afin de respecter les libertés constitutionnelles (liberté d’opinion, de culte et d’association), il est en effet exclu d’opérer des recherches policières à titre préventif : l’intervention ne peut avoir lieu qu’en fonction d’indices préalables ou de plaintes adressées à l’autorité.




En outre, la protection de l’enfance en danger est dorénavant confiée aux instances communautaires, c’est à dire le “ Comité voor bijzondere jeugdzorg ” en Région flamande (décrets coordonnés du 4 avril 1990 du Conseil flamand), le conseiller de l’aide à la jeunesse en Région wallonne (décret du 4 mars 1991 du Conseil de la Communauté française) et le Conseil de l’aide à la jeunesse en Communauté germanophone (décret du 20 mars 1995 du Conseil de la Communauté germanophone).


Les autorités judiciaires ne sont plus compétentes qu’à l’égard de la jeunesse délinquante et, exceptionnellement, en cas de danger grave et imminent, elles peuvent intervenir à l’égard d’un enfant en danger. De ce fait, la compétence des policiers est elle aussi réduite.

Poursuivant l’exposé, M. Duinslaeger indique que le magistrat national est placé sous l’autorité directe, fonctionnelle et juridique du collège des procureurs généraux mais qu’il entretient, dans le cadre du mandat qui lui a été conféré par le ministre de la Justice et le collège, des contacts directs avec les procureurs du Roi et les juges d’instruction des 27 arrondissements judiciaires. Le magistrat national est en quelque sorte le bras opérationnel du collège pour des affaires qui couvrent plusieurs ressorts ou qui nécessitent une coordination sur le plan national ou international, ce qui sera certainement le cas pour la lutte contre les sectes dangereuses. Le témoin renvoie à l’organigramme suivant :


Les missions du magistrat national sont de plusieurs ordres. En ce qui concerne ses missions opérationnelles, le magistrat national a pour mission la coordination et la centralisation au niveau national et international des recherches, enquêtes et poursuites en matière de criminalité grave, notamment les affaires de grand banditisme, de terrorisme, de criminalité organisée, y compris les affaires de trafic de stupéfiants, ainsi que la lutte contre les sectes nuisibles.

Le magistrat national centralise ces enquêtes en donnant son avis ou en faisant des propositions et des recommandations au procureur du Roi ou au juge d’instruction qu’il assiste. Il intervient également en cas de situation conflictuelle dans des matières relevant des différents ressorts, soit à la demande des autorités locales compétentes, soit sur propre initiative, mais toujours avec l’obligation d’en aviser le procureur général ou les procureurs généraux compétents, le collège ou le doyen.


Le magistrat national est l’interlocuteur privilégié de la Belgique pour les relations avec les autorités judiciaires étrangères dans toutes les affaires où une intervention judiciaire urgente s’impose.

Il joue également un rôle de plus en plus important au niveau de l’entraide judiciaire et de la coopération policière. Dans le cadre de cette mission, il essaye d’établir des contacts directs avec ses collègues étrangers pour régler ou résoudre les problèmes pratiques liés à la coopération judiciaire internationale, y compris les problèmes de l’échange de l’information et de la coordination opérationnelle entre les autorités judiciaires et de police dans les pays concernés, dans le respect des instruments internationaux existants (convention Schengen, ¼) et avec l’accord des autorités compétentes, notamment du ministre de la Justice.



Le magistrat national peut en outre prendre toutes les mesures urgentes qui s’imposent dans le cadre de l’exercice de l’action publique, aussi longtemps qu’aucun procureur de Roi n’est compétent sur le plan territorial, c’est à dire pour les affaires non localisées.


Enfin, il est notamment l’interlocuteur de la Sûreté de l’Etat au niveau judiciaire.

M. Duinslaeger indique qu’une concertation a lieu entre le magistrat national, la Sûreté de l’Etat, la gendarmerie et la police judiciaire, toujours au niveau des organes centraux, c’est à dire la brigade nationale, qui est en fait le bras opérationnel du commissariat général aux délégations judiciaires, le bureau central des recherches, ¼


A la question de savoir si le commissaire général n’est dès lors pas mis au courant, le témoin répond qu’il s’agit d’un problème interne à la police judiciaire.

Toute tentative de définition du phénomène sectaire est, selon l’orateur, peu judicieuse, voire même inutile, dans la mesure où une définition générale des sectes, et des sectes dangereuses en particulier, n’apporte aucune plus value lorsqu’il s’agit de déterminer la nécessité de s’attaquer à une secte particulière.

Par contre, il serait très utile de disposer d’un ou de plusieurs critères permettant de juger si un phénomène criminel déterminé — et cela peut être le cas pour une secte dangereuse — est de nature telle qu’il nécessite une approche spécifique ou la mise en œuvre de moyens spécifiques. De là l’importance d’une description opérationnelle du phénomène.

Une définition générale des sectes (dangereuses) n’est en outre pas sans danger dans la mesure où elle ne peut tenir compte que de la situation hic et nunc, alors que le phénomène sectaire est en soi évolutif et présente une grande diversité de forme et de fond.


Une telle définition risque également d’entrer en conflit avec les garanties constitutionnelles en matière de liberté d’opinion, de religion, d’association et de réunion, voire même d’enseignement.

Dans ce contexte, M. Duinslaeger fait remarquer que la simple adhésion à une secte ne peut être considérée comme un fait délictueux; on ne vise dans ce cas que la victime. Seuls les dirigeants ou les membres occupant une fonction dirigeante au sein de la secte doivent pouvoir être poursuivis. A cet égard, la question se pose en outre de savoir si l’influence, voire la manipulation exercée par le gourou n’est pas telle que certains cadres de la secte ont également perdu leur libre arbitre et sont contraints d’agir par une “ force à laquelle ils n’ont pas pu résister ” (article 71 du Code pénal), si bien qu’il n’y a pas d’infraction. Dans certains cas, on pourrait même se demander si le gourou de la secte lui même ne se trouve pas dans un état de trouble mental qui relève davantage de la psychiatrie que du système répressif, même si le danger qu’il représente pour les autres membres du groupe est, dans ce cas, tout aussi important. Afin de juger en tout état de cause, il y a lieu d’examiner alors le but social, l’animus societatis de la secte. Ainsi, il est, par exemple, évident que Sun Myung Moon tente d’accumuler un maximum de richesses non pas pour être en mesure de se consacrer pleinement à la réflexion spirituelle, mais au contraire pour s’asseoir une puissance économique absolue. Il ne peut donc être question de déstabilisation mentale dans son cas, que du contraire.


Concernant l’éventualité d’une définition, outre la difficulté d’atteindre un consensus en la matière, M. Duinslaeger insiste sur le fait que cela conduirait rapidement à prévoir une nouvelle incrimination rendant passible d’une peine pénale la participation à l’organisation d’une secte. Vu le caractère évolutif du phénomène, un certain nombre de sectes dangereuses risqueraient toutefois de ne pas tomber dans le champ d’application de cette incrimination. Par contre, si pour éviter cela, le législateur tente de définir de manière précise autant d’éléments différents que possible, cela risque de créer de nombreux problèmes juridiques, étant donné que chaque élément constitutif pris séparément pourra faire l’objet d’une contestation.

L’organisation et la coordination de la lutte contre le terrorisme et la criminalité organisée a posé à l’origine des problèmes identiques. C’est pourquoi il a été décidé d’élaborer une définition purement opérationnelle sur la base d’une série de critères. La définition de la criminalité organisée empruntée au Bundes Kriminalamt et acceptée par l’ensemble du monde judiciaire et policier est libellée comme suit :


1. la perpétration planifiée d’infractions d’une importance considérable à elles seules ou dans leur ensemble;

2. motivée par l’aspiration au profit ou au pouvoir;

3. où plus de deux personnes impliquées agissent ensemble;

4. durant une période assez longue ou indéterminée;

5. avec répartition du travail;

6. a) en se servant de structures commerciales et/ou;

b) en ayant recours à la violence ou à d’autres moyens d’intimidation, et/ou;

c) en exerçant de l’influence sur la vie politique, les médias, l’administration publique, la justice ou la vie économique.

Selon l’orateur, les activités d’un certain nombre de sectes connues peuvent correspondre à la définition ci dessus.

Il s’agit de la constatation d’un phénomène et non de l’énumération de faits punissables par la loi. Il serait d’ailleurs très difficile de transformer chaque partie de cette définition en une incrimination vu le caractère très vague du libellé.


Par contre, la définition opérationnelle a démontré son utilité à trois niveaux.

Sur la base de cette définition il y a en effet moyen :

— d’établir si un problème se pose;

— si ce problème requiert une approche spécifique;

— si cela vaut la peine de mettre en œuvre des moyens spécifiques tels que l’analyse criminelle, l’observation, l’infiltration ou d’autres pratiques “ undercover ”.

Une telle définition opérationnelle peut également être adaptée très facilement à l’évolution de la situation.

Une méthode de travail analogue pourrait être utilisée dans la lutte contre les sectes dangereuses. La liste des critères établie par la “ direction générale des renseignements généraux ” et publiée en 1995 par la commission parlementaire d’enquête en France, ainsi que les caractéristiques spécifiques retenues par la Sûreté de l’Etat en Belgique semblent constituer une bonne base de départ. Tant la gendarmerie que la Sûreté de l’Etat sont demandeurs d’une telle définition opérationnelle car la définition générale utilisée jusqu’ici par la Sûreté de l’Etat a déjà dû être modifiée à plusieurs reprises.


Dans une telle démarche, il y aurait lieu de déterminer si les critères de la commission Gest ont tous la même importance et s’ils doivent être utilisés de manière cumulative ou séparément. La question se pose en effet de savoir si un certain nombre de caractéristiques spécifiques ne doivent pas être réunies en ordre principal d’un point de vue opérationnel afin de déterminer s’il s’agit d’une secte dangereuse, alors que d’autres critères ne doivent être pris en considération qu’en ordre subsidiaire.

Outre le poids relatif des indices retenus, M. Duinslaeger estime que les critères français tiennent insuffisamment compte de la finalité des méthodes utilisées par les sectes. Le but de la déstabilisation mentale n’est en effet pas la déstabilisation en elle même, mais la dépersonnalisation totale en vue de l’assujetissement intégral de l’adepte au profit du gourou ou de la secte.


Les critères français tiennent également insuffisamment compte de l’organisation et de la structure des sectes. Le danger représenté par certaines sectes réside en effet également dans le fait que leurs activités présentent une certaine continuité, pendant de longues périodes, qu’elles agissent méthodiquement et sont organisées en fonction d’une structure hiérarchique, généralement pyramidale, autour du leader. L’influence nuisible (manipulation mentale) exercée sur l’individu n’en sera que plus importante.

Pour le reste, un certain nombre de critères, tels que les exigences financières exorbitantes et la rupture avec l’environnement d’origine, sont très semblables aux phénomènes rencontrés dans la criminalité organisée, la maffia, voire même des groupes terroristes. Toutefois, ce dernier critère se retrouve également dans certains ordres religieux contemplatifs, certains internats, voire même lors de certaines préparations sportives (isolement afin d’affûter l’esprit d’équipe).

D’autres critères sont également insuffisants pour opérer une distinction entre le phénomène sectaire et d’autres formes de criminalité : atteinte à l’intégrité physique et détournement de circuits économiques (cf. la maffia et la technique du racket), infiltration des pouvoirs publics (cf. la problématique de la corruption, de la criminalité organisée, de la maffia).

L’élaboration d’une définition opérationnelle doit se faire en collaboration avec tous les acteurs concernés, à savoir les services de police et de renseignement, les départements concernés et le ministère public, sans négliger l’aspect préventif et l’aide aux victimes.

M. Duinslaeger suggère de tenir compte d’un critère supplémentaire : le fait qu’une secte qui opère en Belgique a des liens ou entretient des relations sur le plan idéologique ou spirituel, financier, de l’organisation ou de la logistique, avec d’autres sectes qui ont été impliquées dans des événements dramatiques survenus à l’étranger (suicides collectifs, ¼). Ainsi, on pourrait entamer une enquête sur l’existence en Belgique de sections, filiales ou organisations sœurs de ces sectes, dont on peut dire a priori qu’elles sont dangereuses.



On peut s’interroger non seulement sur la nécessité d’une définition opérationnelle, mais également sur l’utilité et la nécessité d’une définition juridique légale, d’une incrimination spécifique. Les qualifications retenues actuellement sont des incriminations distinctes, existant par elles mêmes, qui ne sont pas nécessairement liées au phénomène des sectes. On peut songer notamment aux incriminations suivantes : menaces, coups et blessures, détention arbitraire, association de malfaiteurs, enlèvement, escroquerie, extorsion, traite d’êtres humains, infractions relatives à la protection de la jeunesse, infractions à la législation sur les armes, stupéfiants, faits de mœurs, abstention coupable, blanchiment et fraude fiscale, contrebande et fraude sociale, exercice illégal de la médecine et homicide.

M. Duinslaeger souligne par ailleurs le problème posé par la collecte d’informations sur des dossiers existants. Même s’il existe à Bruxelles un numéro spécifique pour les sectes, il convient toutefois de faire observer que l’on tient compte, lors de l’introduction d’un dossier, de la gravité des faits. C’est ainsi qu’une affaire de drogue, dans laquelle une secte serait impliquée, risque fort d’être répertoriée comme une affaire de drogue, vu l’importance que l’on accorde à la lutte contre la drogue.


S’agissant de la définition légale, il faut soulever le problème des libertés constitutionnelles. Ces libertés et droits constitutionnels s’arrêtent là où une certaine contrainte, physique ou morale, est exercée à l’égard des adhérents ou lors du recrutement de membres potentiels. Le problème est que l’on doit tenter de traduire ce fait en une incrimination spécifique. On devra recourir à cet effet, nécessairement et inévitablement, à des notions vagues qui ne peuvent finalement être appréciées et concrétisées que par le juge, ce qui n’exclut pas toutefois que l’on puisse songer à une incrimination spécifique visant à protéger contre les abus, d’une manière plus générale, l’individu se trouvant dans l’une ou l’autre position vulnérable ou précaire.


A l’heure actuelle, la loi ne prévoit qu’un certain nombre d’infractions contre l’intégrité physique et économique de la personne humaine. Par contre, il n’est fait allusion à l’intégrité psychique que dans un certain nombre d’articles de la loi, et ce, au titre de circonstances aggravantes. On part, par exemple, du principe que le fait d’être mineur d’âge prouve la vulnérabilité de la victime. Pensons également aux circonstances aggravantes en cas de viol. Dans la loi du 13 avril 1995 sur la traite des êtres humains, il est également tenu particulièrement compte du critère de vulnérabilité de la victime.

En ce qui concerne l’application des incriminations susvisées relevant du droit commun, il convient également de mettre l’accent sur le problème de l’administration de la preuve. Il est difficile de pénétrer et d’infiltrer une secte, compte tenu des possibilités de cloisonnement interne, de l’existence de structures de protection vis à vis de l’extérieur, de pratiques d’intimidation, d’épreuves initiatiques, etc. Les éléments importants pour l’administration de la preuve doivent venir de l’intérieur mais, pour d’évidentes raisons de dépendance, les adeptes ne sont pas disposés à déposer.

Les plaintes d’anciens adeptes ne sont pas toujours dignes de foi ni objectives. Elles sont souvent difficilement vérifiables et sont généralement déposées bien longtemps après les faits incriminés.

A cela s’ajoute encore le fait que les personnes qui adhèrent à une secte, sont généralement déçues des structures d’accueil existantes, des religions traditionnelles et des réseaux sociaux dont font partie la police et la justice.

Si la secte déçoit une fois de plus, ces personnes ne se tourneront pas facilement vers les structures d’accueil dont, dans un premier temps, elles s’étaient détournées.

Il existe en outre un certain nombre de sectes qui ont des ramifications internationales et qui disposent d’antennes dans plusieurs pays où elles exercent leurs activités sous la forme d’A.S.B.L. Pour la gestion de leurs avoirs, elles utilisent des structures financières établies dans des paradis fiscaux ou des sociétés off shore.

M. Duinslaeger déclare que, nonobstant l’existence de toutes ces difficultés, les services de police et le ministère public sont disposés à s’attaquer au problème des sectes.

Conformément à la décision de faire jouer au magistrat national le rôle de point de contact, des contacts préliminaires ont été établis récemment avec la Sûreté de l’Etat, avec les services de police et, plus particulièrement, avec la gendarmerie, étant donné que celle ci peut, dans le cadre de sa mission administrative, recueillir des informations importantes, dans le but précisément de procéder de manière plus coordonnée sur la base de la définition opérationnelle à élaborer et après une analyse plus approfondie du phénomène.

On aborde à nouveau en l’occurrence le problème des capacités des différents services, ainsi que celui des priorités et de la détermination de la politique criminelle, pour laquelle le ministre de la Justice, en collaboration avec le collège des procureurs généraux, est responsable.

Il convient donc aussi de faire clairement un choix politique.

S’agira t il d’une nouvelle priorité distincte ?

Quels effectifs et quels moyens faut il mettre à disposition et éventuellement au détriment de quel autre domaine ? Pour répondre à cette question, il faut d’abord connaître l’ampleur du problème. Selon la gendarmerie, il y a, selon les estimations, une centaine de sectes, dont la plupart ne sont pas nuisibles. M. Lallemand évalue le nombre de sectes entre 100 et 150. La Sûreté de l’Etat fait mention d’une cinquantaine de sectes nuisibles. Le recours à une définition opérationnelle permettrait aussi de clarifier les choses en l’occurrence.

On peut en outre se demander si l’arsenal actuel d’instruments, tant au niveau opérationnel que juridique, et tant au niveau des recherches que des poursuites, ne doit pas être adapté et, si oui, dans quel sens.

Si l’on décidait de faire une priorité de la lutte contre les sectes, resterait le problème de l’attribution des moyens aux instances qui seront chargées de cette lutte. Cette demande de moyens ne peut consister seulement en une demande de ressources humaines plus importantes ou de moyens matériels; elle doit surtout consister en une demande d’instruments plus performants pour les recherches et les poursuites. Il s’agit en outre souvent de décisions qui ont une incidence budgétaire très limitée. L’orateur cite comme exemples un meilleur contrôle des A.S.B.L., le renversement de la charge de la preuve en ce qui concerne les avoirs d’origine suspecte, les possibilités d’infiltration, avec les programmes de protection des témoins qui y sont liés, une réglementation pour les témoignages anonymes, la suppression des éléments gênants dans la législation relative à la protection de la vie privée et le réexamen des différentes compétences des différents acteurs (services de police, ministère public et juges d’instruction) qui interviennent en matière de recherches et de poursuites.

M. Duinslaeger estime que l’on invoque parfois l’argument de la violation de la vie privée pour empêcher les instances chargées des recherches et des poursuites de combattre des phénomènes criminels, phénomènes qui constituent eux mêmes une atteinte sérieuse à la sécurité publique et, partant, à la vie privée du citoyen. Par ailleurs, il n’est parfois guère tenu compte de la proportionnalité des mesures. En effet, il est aujourd’hui plus simple de procéder à une perquisition chez une personne ou de la priver de sa liberté que d’écouter ou de contrôler ses conversations téléphoniques, voire d’identifier son numéro de téléphone ou son numéro GSM, alors que les atteintes à la vie privée paraissent tout de même plus importantes en cas de perquisition ou de privation de la liberté.

Lorsque le choix définitif aura été opéré, on pourra, en ce qui concerne l’organisation et la coordination au niveau de l’approche tactique, se baser, comme pour la définition opérationnelle, sur le système qui existe actuellement en matière de criminalité organisée.

L’intervenant fournit à cet égard les deux schémas suivants :



Il s’avère que la brigade spéciale de la police judiciaire et le Bureau central des recherches (BCR) de la gendarmerie remplissent une fonction de soutien à l’égard des brigades et des districts. Cette considération vaut également pour le magistrat national à l’égard des parquets, étant entendu qu’il est relié, à son tour, au collège des procureurs généraux.


Dans le premier schéma, il existe une cellule distincte pour les sectes. Cette solution appelle toutefois un certain nombre de questions. Sous quelle autorité sera placée cette cellule ? Qui contrôlera son fonctionnement ? Comment sera réglée la question du devoir de discrétion ou de l’obligation de secret ? Selon quelles méthodes travaillera t elle ? Comment devra t on régler les échanges d’informations avec les agences externes ? Comment concilier le secret de l’instruction avec la nécessité d’information sharing et comment garantir que l’on tiendra suffisamment compte de la finalité juridique, notamment en ce qui concerne la loyauté et la régularité de l’administration de la preuve ?

Le deuxième schéma est plutôt basé sur le fonctionnement des cellules nationales “ hormones ”, “ traite des êtres humains ” et “ disparitions ”. Ces deux dernières cellules traitent des infractions qui peuvent présenter des liens directs avec les sectes. C’est la raison pour laquelle l’intervenant estime qu’il faudrait pouvoir créer un interface entre ces deux cellules. On pourrait dès lors envisager d’insérer la cellule “ sectes ” dans l’organe central de police générale, comme c’est le cas pour les autres cellules.


Etant donné que les deux cellules précitées fonctionnent déjà au sein du BCR pour tous les services de police et que la gendarmerie a une compétence nationale, tant sur le plan administratif que judiciaire, l’intervenant estime que l’on pourrait doter la nouvelle cellule d’une structure analogue. Elle constituerait un service d’appui pour tous les services de police et toutes les instances et départements concernés et serait tenue de faire rapport à un certain nombre d’autorités.

Cette cellule devrait travailler sur le mode pluridisciplinaire à tous les niveaux.

Sur la base de l’analyse et du traitement des informations fournies par les différentes instances concernées, on identifie les zones à problèmes et on examine dans quelle mesure une approche axée strictement sur le dossier est possible. Dans la dernière phase, le dossier est introduit auprès de l’autorité judiciaire compétence, qui peut naturellement toujours compter sur l’aide de la cellule. Le magistrat national est également tenu, dans ces affaires, d’en référer au collège des procureurs généraux.


En attendant une décision, on pourrait envisager d’instaurer un formulaire uniforme comparable aux formulaires généraux de déclaration pour la prostitution, la traite des êtres humains et les stupéfiants, qui sont centralisés par le Service général d’appui policier.

En ce qui concerne l’échange d’informations, on pourrait songer à obliger les parquets à faire rapport au magistrat national, qui centraliserait les informations fournies par les parquets.


Il peut également s’avérer important de tenir compte des activités des sectes qui ne sont pas physiquement présentes en Belgique, mais qui utilisent une structure belge. Il s’agit en effet d’un phénomène international qui se situe souvent à la frontière de la criminalité organisée réelle.

Bref, que l’on lutte contre la criminalité organisée, les sectes, les stupéfiants, les hormones ou la traite des êtres humains, la finalité du combat reste identique. Les instruments, l’arsenal législatif et les procédures doivent également être identiques, du moins dans les grandes lignes.

Le rôle de la Sûreté de l’Etat est, à cet égard, particulièrement important, tout comme il est essentiel qu’il y ait une bonne collaboration, y compris au niveau de l’approche tactique et de l’échange d’informations.

A la question de savoir si la mise en place d’une cellule qui regrouperait les sectes, les disparitions et la traite des êtres humains ne risque pas de provoquer certains amalgames entre le phénomène sectaire et celui de la prostitution, M. Duinslaeger répond que les cellules “ disparitions ”, “ traite des êtres humains ” et “ sectes ” doivent continuer à travailler de façon séparée, avec la possibilité d’échanger certaines informations. Selon lui, il y a malgré tout un lien entre la problématique de la traite des êtres humains et celle des sectes. Dans les deux cas, il y a abus d’une situation précaire, notamment chez les mineurs.

En conclusion M. Van Oudenhove indique que d’une manière générale, le recensement des informations, telles qu’elles ont pu être observées au niveau judiciaire, permet aujourd’hui de dégager un certain nombre de caractéristiques concernant les dossiers sur les sectes.

Le nombre de plaintes est peu élevé. Apparemment, les personnes concernées considèrent que les relations qu’elles peuvent nouer dans le cadre des sectes relèvent essentiellement de la vie privée. C’est donc souvent à l’occasion de conflits familiaux ou de conflits de voisinage que les faits sont portés à la connaissance de la police.

En règle générale, les plaintes ne concernent ni des faits de violence, ni des faits de séquestration, ni des faits de mœurs, ce qui réduit considérablement le nombre de dossiers qui seraient susceptibles d’évoluer vers une procédure judiciaire devant les tribunaux.

En outre, il ne semble pas y avoir en Belgique, actuellement, de communauté sectaire importante qui serait rassemblée dans un milieu déterminé.

L’activité des sectes et des filières de recrutement sont multiformes. Elles prennent parfois simplement l’aspect de programmes éducatifs destinés à la jeunesse, de thérapies de désintoxication, parfois même de restaurants végétariens, d’interventions de médecins ou de praticiens de l’art de guérir ou de progammes de protection de l’environnement, ¼

On constate également que certaines sectes tentent de s’introduire dans les écoles par la diffusion de vidéocassettes ou la présentation de programmes de formation. Ceci est particulièrement caractéristique de l’Eglise de Scientologie.

On relève, par ailleurs, que les membres de sectes changent de résidence lorsqu’ils se sentent surveillés. Ils s’installent alors dans une autre région ou à l’étranger.

Quoi qu’il en soit, les observations réalisées confirment incontestablement la nécessité d’une vigilance des services de police et des autorités judiciaires, avec une attention particulière des sections spécialisées des parquets en matière de protection de la jeunesse, ainsi que d’une coordination poussée des échanges d’informations.

Enfin, à la question de savoir si le camouflage par les sectes d’activités commerciales en A.S.B.L. fait également l’objet d’un contrôle, M. Van Oudenhove répond affirmativement. Il ajoute qu’il serait peut être utile d’attirer l’attention des magistrats, et notamment des jeunes substituts, par des instructions internes sur certains aspects particuliers, propres aux sectes, de dossiers qui, au départ, semblent être d’un autre type (financier, ¼).



2. Audition de M. V. Cambier, premier substitut du procureur du Roi (parquet de Bruxelles)


M. Cambier indique que, comme M. Van Espen (voir ci après, point 4), il n’a abordé le phénomène sectaire que de manière ponctuelle au travers d’un dossier exclusivement financier concernant le gourou de la secte Ecoovie (voir partie 4 du présent rapport).


Les activités de la secte se sont limitées en Belgique aux sociétés commerciales et A.S.B.L. créées par le gourou. Seuls les lieutenants de la secte séjournaient d’ailleurs dans notre pays. D’importantes irrégularités ont été constatées (cf. entre autres les “ promissory notes ” pour un montant de 30 millions de dollars en Belgique et quelque 2 milliards de dollars au total).

Un travail d’enquête laborieux a été réalisé mais n’a pas pu apporté tous les résultats escomptés suite à certains incidents (intervention intempestive de certaines autorités de police, archives déménagées avant toute perquisition, etc.).


Concernant les plaintes déposées par certains parents dont un enfant était membre de la secte, il y a lieu de constater que rien de concret ne se passait en Belgique et que par conséquent le témoin n’a pas pu intervenir puisqu’il n’avait pas juridiction sur ces faits là.

M. Cambier souligne également que si une plainte est déposée pour fait de secte, il faut obligatoirement lui donner une qualification pénale (association de malfaiteurs, infractions financières, délits sexuels, etc.) afin de la situer dans les normes existantes car notre législation ne comporte aucune disposition spécifique visant les activités des mouvements sectaires.



Cette problématique devrait d’ailleurs être envisagée en termes préventifs plutôt qu’en termes répressifs. Car toute intervention dans un contexte d’infraction constatée est synonyme d’échec.

Selon le témoin, l’arsenal législatif existant est suffisant pour combattre la délinquance qui pourrait se commettre dans le cadre des sectes comme d’ailleurs dans le cadre de toute autre société commerciale ou A.S.B.L.

Concernant les dispositions visant la séquestration arbitraire, M. Cambier constate néanmoins qu’il n’y a généralement pas de réel emprisonnement physique dans les sectes. C’est pourquoi il serait peut être souhaitable d’élargir la définition de la séquestration arbitraire de manière à couvrir également la détention par la voie de contraintes matérielles, physiques ou morales (soumission aveugle au gourou ou à une idée, déstabilisation mentale, etc.).



3. Audition de M. J. Godbille, premier substitut du procureur du Roi (parquet de Bruxelles)


Le témoignage de M. Godbille repose sur son expérience au sein de la section financière du parquet de Bruxelles.

Le témoin a été confronté au phénomène des mouvements sectaires par le biais d’un dossier purement financier qui concernait les dirigeants d’un groupe multinational : la s.a. Pianto, dont le siège social se trouvait au Grand Duché de Luxembourg. Ce groupe avait pour objet la fabrication et la commercialisation d’un produit diététique miracle diffusé par une secte religieuse dite des “ Trois Saints Cœurs ”, dont les fondateurs étaient les frères Melchior.

Le 1er octobre 1987, le tribunal correctionnel de Bruxelles condamnait Robert Melchior notamment pour infractions aux lois fiscales et aux lois coordonnées sur les sociétés commerciales, pour faux en écritures et faits d’extorsion.

Certains membres de la secte, connue à Mons, ont également fait l’objet d’une procédure judiciaire pour enlèvement de mineur.

La police judiciaire a mené une longue et minutieuse enquête sur les pratiques commerciales de cette société. Dans ce type de dossiers, il est souvent très difficile de recueillir des preuves testimoniales. Toutefois, la convergence d’une série d’indices a permis, dans ce cas précis, d’établir qu’outre les délits fiscaux, il y avait extorsion, violence morale et atteinte à l’autonomie de la volonté des adhérents.


L’enquête a tenté de déterminer si la société en question respectait les règles du jeu commercial. Or, il s’est avéré qu’il n’y avait pas affectio societatis et qu’il n’existait pas de réelle prise de risque. A l’examen des comptes bancaires, il est apparu qu’il n’y avait pas eu dépôt de cautions. En outre, de faux procès verbaux d’assemblées générales ont été rédigés pour des assemblées qui n’ont jamais eu lieu. Outre diverses infractions visant à éluder l’impôt, de nombreux faux en écritures (fiches de rémunérations, comptes individuels, etc.) ont été commis.



Il est particulièrement intéressant de noter qu’au travers de ces faits, il a également pu être établi que “ la discipline du “ groupe ” était fondée sur une “ aliénation psychologique ” provoquée et constitutive de violence morale et une soumission sans condition excluant toute réaction constructive pendant la présence dans le “ groupe ” et même ultérieurement après la fuite de ce milieu ” (cf. les attendus du jugement du 1er octobre 1987).


Les comportements sociaux des membres de la secte, décrits notamment au travers du procès de Mons, traduisent une emprise, une manipulation au moment du recrutement. Souvent les personnes concernées vivent des moments difficiles et se trouvent en position de faiblesse psychologique. Après un certain temps, l’attitude de convivialité observée au départ au sein de la secte disparaît , à un point tel que la personne ne peut plus quitter le groupe de son plein gré. On assiste à un éloignement induit par rapport à la famille et au milieu d’origine.

Par ailleurs, les droits et obligations des membres diffèrent largement en fonction de la hiérarchie du groupe. Ainsi, l’ascèse imposée aux membres de la secte n’est pas partagée par le gourou.

Il est également fait usage de la langue de bois. Les membres de la secte n’hésitent pas à mentir et refusent toute forme d’audit externe qui pourrait contredire les vérités proférées au sein du groupe.


Il est également apparu, au cours de l’enquête, que les adhérents sont obligés de verser leurs biens à la secte. Les dons sont souvent considérables. En s’attaquant aux biens de l’adhérent, on tente de déstructurer sa personnalité en l’insécurisant. Il est forcé de rester au sein de la secte. La personne qui exprime sa volonté d’en sortir devient un objet de haine et est rejetée par le groupe.


En conclusion, on constate, au niveau des actes civils et commerciaux qui sont posés, une soumission aveugle du sujet de droit à une force coercitive, à un tiers dominateur, qui non seulement utilise la crédulité d’autrui mais aussi trompe les membres de son groupe. Il y a déstructuration de la personnalité, violence morale et extorsion.


A la lumière de ces différents éléments, M. Godbille insiste sur la nécessité d’une approche pluridisciplinaire (comme dans le cadre de la grande criminalité), ainsi que d’une centralisation des informations.

Actuellement, aucune section du parquet n’est directement en charge des délits liés aux sectes, si bien qu’on ne peut faire état de statistiques quant à l’ampleur de ce phénomène. Les magistrats et les enquêteurs sont toujours saisis en fonction de l’infraction constatée (atteintes aux personnes, captation d’héritages, enlèvement d’enfants, délits financiers, affaires de mœurs, etc.).


La plupart des dossiers relatifs aux sectes ont dû être classés sans suite faute de priorité et de moyens matériels et humains suffisants. Les enquêteurs disponibles sont commis à d’autres tâches considérées comme prioritaires.


Aucune information en la matière n’a été transmise au témoin par les services de police, de la gendarmerie ou de l’administration fiscale. Il n’y a pas non plus d’échanges de renseignements entre les différentes sections du parquet, les magistrats étant tenus, de par leur fonction, à ne pas divulguer d’informations.

Peu de plaintes sont déposées. Elles sont souvent anonymes, peu précises et peu circonstanciées. Il est toutefois évident que si des dossiers aboutissaient plus souvent, on assisterait sans nul doute à une multiplication du nombre de ces plaintes.

M. Godbille insiste également sur les limites de la territorialité du droit pénal face à une délinquance parfaitement organisée au niveau international.

Compte tenu du fait que ce ne sont pas les sectes qui sont visées en tant que personnes morales, mais les infractions commises par leurs membres, le témoin estime que l’arsenal législatif actuel est suffisant. En ce qui concerne la prévention d’extorsion, il serait cependant particulièrement utile de pouvoir renverser la charge de la preuve, comme cela est déjà le cas dans la législation fiscale en matière d’avantages anormaux et bénévoles.

A la question de savoir s’il a subi personnellement des pressions de la part de certains membres de sectes, M. Godbille répond négativement.

Enfin, le témoin souligne que la prévention et l’information (1) doivent rester la priorité essentielle, même s’il est évidemment nécessaire de donner aux victimes d’agissements délictueux commis par des sectes les moyens de se défendre efficacement. Toute solution judiciaire n’est, selon lui, qu’un constat de faillite de cette action préventive.


(1) Le témoin insiste tout particulièrement sur le rôle des églises officielles, des cours de religion et de morale, déplorant une éducation en cette matière trop déficiente qui laisse prise aux manipulations des sectes.


4. Audition de M. J. C. Van Espen, juge d’instruction (Tribunal de première instance de Bruxelles)


M. Van Espen retrace l’instruction qu’il a menée du 12 décembre 1988 au 6 février 1991 et qui a conduit à la condamnation de M. Pietro Maltese, alias Norman William, gourou de la secte Ecoovie (voir également partie 4 du présent rapport), à trois ans de prison et 2 000 francs d’amende par défaut. Le jugement retient notamment une série de faux et usage de faux, détournement de fonds et escroquerie. Les attendus du jugement soulignent “ que l’examen du dossier démontre clairement que le prévenu a mis sur pied un mécanisme de délinquance spécifique, parfaitement structuré et international, dont il connaissait tous les rouages; que ce prévenu entraîne également par son activité d’autres personnes à commettre des infractions, qu’il abuse et trompe de manière systématique la confiance d’autrui, mettant ainsi gravement en danger la sécurité indispensable qui doit protéger les relations financières (¼) ”.




Préalablement, Norman William semblerait également avoir eu des ennuis avec la justice canadienne et française.

Tout comme le témoin précédent, M. Van Espen insiste sur le fait que son instruction n’était pas dirigée contre la secte. C’est en effet à l’occasion de cette instruction qu’il a collationné bon nombre de renseignements sur la manière dont pouvait s’organiser une secte et quels en étaient les dangers.

Le mode de vie des membres de la secte Ecoovie s’inspire des traditions indiennes; ils professent un discours écologique et pacifiste. Ils vivent dans des conditions d’hygiène déplorables, sont soumis à des jeûnes répétés de sept jours, ne sont autorisés à dormir que quelques heures par jour et travaillent sans aucune protection sociale. Tout cela conduit à une déstructuration de leur personnalité, à un déséquilibre tant physique que psychique.


La saisie de certains documents et photos peut également faire penser à l’existence d’un réseau de pédophilie. Aucun fait n’a cependant pu être prouvé.


En France et en Belgique, Norman William et un de ses associés, M. Keteleer, ont créé une série d’associations, A.S.B.L. et sociétés commerciales. Ces associations à caractère écologique n’ont aucune activité réelle si ce n’est d’attirer la sympathie de scientifiques, religieux, médecins, diplomates, personnes proches des Communautés européennes, ¼ et de s’infiltrer dans des associations officielles. En marge de ces activités, ils auraient travaillé pour le compte d’un homme d’affaire libanais impliqué dans des fournitures de matériel militaire et d’uranium à l’Iran. Dans le cadre de cette affaire, un certain nombre de “ promissory notes ”, dont l’authenticité est douteuse, auraient été retrouvées en possession des deux hommes pour un montant de 420 millions de francs belges.


M. Van Espen relève cinq incidents qui ont émaillé l’instruction et qui ont pu en altérer le résultat :


1) la gendarmerie de Bruxelles a établi un procès verbal initial, dénonçant des faits en relation avec Ecoovie et sollicitant la mise à l’instruction de ce dossier. Le procureur du Roi a cependant décidé de laisser le dossier à l’information. Lorsque Norman William fut placé sous mandat d’arrêt quelques mois plus tard et qu’une perquisition eu lieu, un premier nettoyage avait déjà été fait;



2) la chambre des mises en accusation a libéré Norman William le 10 avril 1989. Comme il était sous le couvert d’un arrêté d’expulsion, M. Van Espen s’est adressé à l’Office des étrangers afin de retarder celle ci. Malgré les assurances reçues, le prévenu avait quitté le territoire vingt quatre heures plus tard;


3) sur l’ordre du commissaire Navez de Tilff, des documents prélevés au château de Saint Val, racheté par Norman William, ont été en partie brûlés, en partie jetés dans une rivière toute proche, avant toute perquisition. Le commissaire a été condamné à six mois de prison en première instance;



4) M. Van Espen a adressé une commission rogatoire au procureur du Roi afin de vérifier l’authenticité de “ promissory notes ” émises par les autorités indonésiennes et retrouvées en possession de M. Keteleer. Des responsables de la Chancellerie lui ont demandé d’en reporter l’envoi suite à la négociation en cours d’un contrat entre la Belgique et l’Indonésie pour le placement d’un métro à Djakarta. La commission rogatoire ne fut jamais exécutée;



5) M. Van Espen n’a pu instruire, à proprement parler, la vie associative de ce mouvement sectaire, car ce point ne figurait pas dans sa saisine. Il souligne également qu’il n’était pas compétent territorialement pour instruire des délits commis à l’étranger.


Le témoin indique, par ailleurs, qu’il existe actuellement une franche collaboration entre les pouvoirs judiciaires et la Sûreté de l’Etat.

Il constate que le phénomène des sectes est extrêmement difficile à définir en raison de sa structure, des thèmes développés, de ses facettes et activités variées, à la fois officielles ou officieuses, légales ou illégales. Selon lui, l’ensemble des critères de dangerosité définis par la commission d’enquête française peuvent s’appliquer à la secte Ecoovie : déstabilisation mentale et captation de sentiments par le charisme du gourou et les thèmes qu’il développe, exigences financières et instigation d’adeptes à commettre des escroqueries, rupture induite de la société et de la famille, atteintes à l’intégrité physique, embrigadement des enfants et problématique de la captation psychologique, discours antisocial et rejet de la vie moderne, recours à des moyens illégaux (escroquerie, faux et usage de faux, abus de confiance), détournement des circuits économiques traditionnels (cf. promissory notes), structure des A.S.B.L. et des sociétés commerciales et tentative d’infiltration des pouvoirs publics (via la “ Fédération mondiale des villes jumelées ”).





Dans les mécanismes développés par les sectes, on tente d’aliéner et de barrer la route aux droits fondamentaux visés à l’article 10 de la Convention européenne des droits de l’homme et au titre II de la Constitution belge (principalement les articles 11, 16, 19, 22, 23 et 27).


Selon M. Van Espen, notre arsenal législatif est complet et permet de sanctionner les délits commis en matière de famille : l’abandon, la non présentation, le rapt d’enfants, l’abus de confiance, l’art de guérir, l’association de malfaiteurs, la calomnie, les coups et blessures, volontaires ou non, le recel, les faux et usages de faux, l’attentat à la pudeur, le viol, la prostitution, l’outrage public aux bonnes mœurs, la non assistance à personne en danger, les délits en matière de stupéfiants, le non respect de la législation sociale, etc. Cet arsenal juridique a encore été renforcé récemment, notamment par la loi du 17 juillet 1990 modifiant les articles 42, 43 et 505 du Code pénal et y insérant un article 43bis (Moniteur belge du 15 août 1990) (champ d’application le plus large possible en ce qui concerne l’infraction à la base du blanchiment de capitaux) et la loi du 20 juillet 1990 relative à la détention préventive (Moniteur belge du 14 août 1990) (le délai de prescription en matière de faux a été porté à 5 ans).






S’inspirant de l’article 31 de la loi française du 9 décembre 1905 relative à la séparation des églises et de l’Etat, ainsi que des articles 322 et suivants (association de malfaiteurs), 491 (abus de confiance) et 496 (escroquerie) du Code pénal, le témoin suggère d’insérer une disposition spécifique dans ce Code visant :


1. à protéger les victimes des dérives sectaires;


2. à sanctionner le non respect de nos libertés, notamment celles inscrites au titre II de la Constitution coordonnée;

3. à sanctionner les personnes en charge de l’organisation financière de ces mouvements.

Cette disposition pourrait être insérée au titre VI du Code pénal, intitulé “ Des crimes et des délits contre la sécurité publique ”, chapitre Ier : “ De l’association formée dans le but d’attenter aux personnes et aux propriétés ”. Elle pourrait être libellée comme suit :

“ Seront punis d’un emprisonnement de deux à cinq ans et d’une amende de ¼ francs belges ou d’une de ces deux peines seulement, ceux qui, par voie de fait, violences, menaces ou manœuvres de déstabilisation psychologique contre un individu, soit en lui faisant craindre d’exposer à un dommage sa personne, sa famille, ses biens ou son emploi, soit en abusant de sa crédulité pour le persuader de l’existence de fausses entreprises, d’un pouvoir imaginaire ou de la survenance d’évènements chimériques, auront porté atteinte aux droits fondamentaux visés au titre II de la Constitution coordonnée, en l’ayant déterminé ou contraint à faire partie ou à cesser de faire partie d’une association à caractère religieux, culturel ou scientifique, à adhérer ou cesser d’adhérer à une croyance ou une idéologie, à contribuer ou cesser de contribuer à l’activité et au financement de semblable association. ”





Si l’on se dirigeait vers cette solution, il y aurait également lieu d’apporter une modification à l’article 10ter du Code d’instruction criminelle (dans le cas d’Ecoovie, M. Van Espen avait connaissance de faits pour lesquels il n’était pas compétent territorialement).

Enfin, le témoin formule les suggestions suivantes :

— charger certains organismes ministériels communautaires ou régionaux de collationner tous renseignements utiles sur les sectes;


— informer la population du danger des sectes via les médias et les milieux scolaires;

— sur le plan administratif, renforcer les contrôles exercés sur les A.S.B.L., tant au niveau comptable qu’au niveau du respect de l’objet social;


— sur le plan judiciaire, accroître les échanges d’informations, tant au niveau national (gendarmerie, police judiciaire, polices locales et Sûreté de l’Etat) qu’au niveau international (Europol, Interpol);

— inviter les parquets à être plus sensibles à la problématique des mouvements sectaires;

— permettre aux associations de défense des victimes de se constituer partie civile;


— organiser l’aide aux victimes.



C. Responsables des services de police et de renseignement


1. Audition de M. W. Deridder (commandant de la gendarmerie)


(Synthèse de la partie publique de l’audition)



M. Deridder concède, en premier lieu, que la connaissance qu’ont les services de police du phénomène des sectes pourrait être meilleure. Cela est probablement dû au fait que celles ci ressortent, à l’instar de groupements philosophiques, de la liberté d’expression, de culte et de réunion et donc des droits et libertés fondamentales de l’individu. L’exercice de ces droits et libertés n’intéresse donc les services de police que pour autant qu’il donne lieu à des délits ou, sans qu’on en soit déjà à ce stade, à des troubles de l’ordre public.


De plus, il faut bien admettre que l’intérêt porté à la problématique sectaire en Europe occidentale est récent dans le chef de la population et des pouvoirs publics. Enfin, il est acquis que les personnes, qui, au contact de certaines sectes, ont été les victimes de certaines pratiques malhonnêtes, ne sont généralement pas pour autant disposées à témoigner ou à porter plainte en ce sens.

Le tout fait que les services de police et la gendarmerie ont à faire face à ces “ obstacles ” qu’il n’est pas toujours aisé de franchir, ce qui limite quelque peu leur connaissance du sujet.


Le commandant de la gendarmerie fait aussi valoir que la difficulté principale réside dans le fait qu’il n’y a pas de véritable politique en la matière. Si les autorités publiques parvenaient à en déterminer une, la gendarmerie s’en trouverait moins démunie et pourrait donc mieux orienter ses actions de recherche et sa collecte d’informations. A cet égard, les services de police ont à faire à tellement de phénomènes différents qu’il apparaît grand temps de déterminer ceux qui sont véritablement prioritaires.


M. Deridder plaide donc en faveur d’une politique de sécurité, dont un volet serait consacré aux sectes. Il s’agira alors de décider si la gendarmerie s’en occupe ou non.


Plus généralement, les services de police sont demandeurs qu’on établisse des critères permettant de déterminer si un groupement constitue ou non une secte. Les critères retenus par la commission d’enquête française semblent, à cet égard, être un bon point de départ. A l’évidence, ces critères doivent être fonctionnels. Pour l’instant, la gendarmerie est, en effet, amenée à s’intéresser à ce phénomène mais ses efforts sont limités, dans la mesure où une véritable définition fait défaut. Cela a pour conséquence que l’approche est liée aux faits et est donc par essence “ réactive ”, alors qu’elle devrait, au contraire, être “ proactive ”. De même, la formation et l’information internes devraient être améliorées.



Aux yeux de M. Deridder, si la gendarmerie venait à être chargée de cette mission, elle se devrait de mettre sur pied un cycle d’information et de recherche, en vue d’une approche pluridisciplinaire et intégrée du phénomène, que ce soit au niveau local, supralocal et même international. Ce programme devrait également préciser le rôle des brigades sur le terrain, notamment pour ce qui concerne l’information aux écoles, aux jeunes et aux familles.


En réponse à une question en ce sens, le commandant de la gendarmerie précise qu’il n’existe pour l’instant, au sein du corps qu’il dirige, aucune définition — même provisoire — de la notion de secte.


La gendarmerie s’intéresse à des groupements qui pourraient être classés comme tels, en partant de leurs activités, surtout sur le plan pénal. Cette démarche présente l’inconvénient d’entamer des enquêtes judiciaires sans connaître le contexte exact dans lequel ces faits se situent.


M. Deridder renvoie à la solution adoptée en 1981 pour les groupements dits “ subversifs ”. On a, à l’époque, dressé une liste des groupements qui, selon les différents services concernés, représentaient un danger potentiel pour l’ordre public. Cette liste est établie par le ministre de l’Intérieur, à la suite du rapport fourni par la gendarmerie. Sur la base de renseignements complémentaires, la liste est adaptée tous les six mois. Certains groupements sont alors ajoutés et d’autres rayés. Depuis 1981, un rapport est régulièrement fait sur tous les groupements qui se trouvent encore sur la liste. Dans la liste figure pour l’instant une seule secte.



Le commandant de la gendarmerie rappelle également la difficulté, dans l’état actuel de la législation, d’enregistrer et d’archiver des informations. Il n’existe donc pas de documentation “ organisée ” sur les sectes.

Il ajoute aussi qu’il peut apparaître opportun de compléter le Code pénal à ce même égard, sans pour autant vouloir donner une définition trop complète de la notion de “ secte ”, qui finirait à la longue par limiter les possibilités d’action. Il serait préférable de s’en référer à leur nocivité ou à leur dangerosité. Cela permettrait d’adapter plus aisément les listes de groupements quand le besoin s’en fait sentir.


En outre, on pourrait prévoir dans le Code pénal une disposition visant à pénaliser l’abus de la situation de faiblesse d’une personne, à l’instar de ce qui existe déjà en matière de prostitution ou de traite des êtres humains.

Plus largement, le commandant de la gendarmerie fait valoir que son corps devrait disposer de moyens supplémentaires, pas seulement en argent mais aussi en formation. Se pose aussi la question des écoutes téléphoniques dans le cadre de recherches pro actives. Quel que soit le service policier retenu, l’autorité devra préciser ce qu’elle souhaite en obtenir. En fait, un cadre suffisamment clair, bien défini et orienté sur l’action est nécessaire.


D’ailleurs, en réponse à une question en rapport avec les activités criminelles de la secte Aoum, le général Deridder confirme que la gendarmerie aurait éprouvé des difficultés à obtenir des informations préalables sur ces évènements. Il estime, à cet égard, que l’arrestation du leader de la secte a finalement été assez rapide.


Enfin, le commandant confirme qu’il y a une coopération de plus en plus grande entre les services de la Sûreté de l’Etat et ceux de la gendarmerie.


2. Audition de M. Ch. de Vroom, commissaire général de la police judiciaire



(Synthèse de la partie publique de l’audition)



M. de Vroom précise d’entrée que durant ces trois dernières années, la police judiciaire a mené 38 interventions en matière de sectes. Ces interventions se font de manière réactive, la PJ étant un service essentiellement réactif. Cependant, le phénomène n’a pas été attaqué dans son ensemble. Plus généralement, l’utilisation de techniques spéciales en ce qui concerne les sectes est pratiquement impossible. D’une part, parce que les “ infiltrants ” courent de trop grands dangers et, d’autre part, parce qu’on n’est pas certain qu’ils soient à l’abri d’une contrainte morale. A l’instar de ce qu’on fait pour les bandes organisées, il y aurait peut être une possibilité d’appliquer l’analyse criminelle aux groupements sectaires. Toutefois, la prudence est de mise, dans la mesure où l’on risque de toucher à la liberté individuelle.


L’intervenant est d’avis que l’observation est la manière la plus douce d’aborder une secte et d’éviter des problèmes. Il est également possible d’utiliser l’information latente, provenant des services de police de première ligne.

La difficulté essentielle réside dans le fait que l’appartenance à une secte ne constitue pas une infraction en soi. La police ne s’en occupe donc que lorsqu’il y a infraction ou lorsqu’il y a un doute sur le sort de personnes, notamment de mineurs d’âge.

Pourtant, dans les enceintes internationales, il est peu question de la problématique sectaire. Pour avoir fait partie de groupes “ TREVI ” pendant douze ans, l’orateur déclare n’en avoir jamais entendu parler.

Selon M. de Vroom, les trois sectes les plus importantes dans notre pays sont :

— la secte Sahaya Yoga, à ses yeux la plus dangereuse, puisqu’elle préconise la séparation entre la mère et l’enfant;

— l’Eglise de Scientologie, dont le recrutement s’opère même au sein des services de police;

— Sûkyô Mahikari.

A titre d’exemple, l’intervenant cite aussi, parmi les sectes présentes en Belgique, l’association “ Nouvel âge ”, la Fraternité blanche universelle, la secte de l’abbé Motmans et l’Ordre du Temple Solaire.


En fait, pour aborder une enquête à ce sujet, les membres de la PJ se posent sept questions :

1. La liberté des membres est elle garantie ?

2. Y a t il une demande d’allégeance inconditionnelle ?

3. Les membres peuvent ils recevoir des soins et conservent ils leur libre arbitre dans le domaine médical ?

4. Les membres sont ils obligés de verser une cotisation qui ne sert pas à la vocation proclamée du groupe mais à l’enrichissement des dirigeants ?


5. Les mineurs reçoivent ils une protection suffisante dans le cadre de la législation sur le travail, la scolarité et les soins médicaux ?

6. Prône t on une philosophie fanatique, allant dans le sens d’une déstabilisation de l’Etat ou de troubles graves de l’ordre public ?


M. de Vroom ajoute que la crédulité des adhérents est au départ frappante. Par la suite, ceux ci perdent leur libre arbitre. La promesse d’un monde meilleur est omniprésente. A ce moment, des mécanismes d’escroquerie sont mis en œuvre à travers la promesse d’un profit intellectuel, psychologique et même émotionnel. On en arrive alors à l’asservissement psychique et physique.


Dans ce processus, la dominance du meneur est essentielle. Les sectes sont d’ailleurs le domaine d’un certain type d’intellectuels, nourris souvent de théories orientales et d’une recherche d’un autre monde. On y rencontre ainsi de nombreuses professions médicales et paramédicales, particulièrement dans le domaine de la psychologie.

Cependant, il faut bien constater que les personnes qui se trouvent encore à l’intérieur d’une secte ne déposent jamais plainte. Même lorsqu’elles en sortent, les informations sont difficiles à recueillir, ce qui complique encore le travail de la police.

Pour le reste, les infractions rencontrées le plus souvent sont :

— l’escroquerie;

— l’exercice illégal de la médecine;

— la fraude fiscale;

— le blanchiment d’argent;

— un mauvais usage de la législation sur les A.S.B.L.

M. de Vroom est d’avis que la législation belge permet, pour l’essentiel, de santionner les délits commis dans le cadre d’une organisation sectaire. Cependant, certaines lois doivent être renforcées ou mieux ciblées. L’orateur songe plus particulièrement à la loi de 1965 sur la protection de la jeunesse, qui est à ses yeux obsolète. On pourrait ainsi en arriver à la définition de la notion de “ non assistance à personne en danger moral ”, qui est plus difficile à cerner. Il y a aussi lieu de revoir, à certains égards, la législation sur les A.S.B.L.


M. de Vroom renvoie aussi aux 11 caractéristiques que reprend Wilson, dans son ouvrage “ Le leader charismatique ”, pour définir les sectes :


— on peut adhérer à la secte librement et non par la naissance;

— on est autorisé à se faire membre sur la base d’une connaissance reconnue et visible par le dirigeant de la secte, d’une expérience du vécu ou apprise d’un membre plus ancien;

— les caractéristiques de cette connaissance sont exclusives et confidentielles. Qui ne s’en tient pas aux règles est exclu;

— la secte se considère comme l’émanation d’une élite, a une vision particulière des choses et se considère investie d’une mission spécifique;

— on y tend vers une perfection personnelle;


— il n’existe pas de différence principielle entre prêtres et non prêtres;

— l’occasion est donnée de manifester spontanément son appartenance personnelle à la secte;

— la secte est hostile ou indifférente à toute vie sociale et vis à vis de l’Etat;


— l’appartenance à la secte est plus exclusive et plus fermée que l’appartenance à une religion;


— il est question d’une idéologie propre, reconnaissable et identifiable;

— ceux qui ne respectent pas les règles sont considérés comme traîtres et sont punis ou exclus pour leurs fautes.

Le commissaire général souligne qu’en dehors de quelques points qui relèvent d’une forme de spiritualisme, ces règles se rapprochent fort de celles définies pour la criminalité organisée.

Les procureurs généraux ont d’ailleurs donné de cette criminalité une définition en huit points. Au moins trois de ceux ci se retrouvent dans les sectes : hiérarchie, punition et infiltration de divers milieux, qu’ils soient de la politique, de la presse, etc.

Cependant, si les services de police s’adaptent petit à petit à différentes formes de criminalité, l’adaptation au phénomène sectaire est plus difficile, puisqu’un spécialiste devrait être à la fois spécialisé dans les domaines de la finance, de la protection de la jeunesse, des mécanismes propres à l’escroquerie, ¼


En réponse à une question en ce sens, M. de Vroom confirme qu’il y a peu de contacts à ce sujet avec ses collègues des services de police étrangers.


En réponse à une autre question, l’orateur ajoute que la PJ n’a pas les moyens de s’intéresser, de manière systématique, aux sectes, notamment parce que les effectifs sont déjà notoirement insuffisants pour faire face à la criminalité organisée. Etant donné le nombre d’heures que les groupes d’observation et que les infiltrants doivent prester pour la délinquance habituelle, la problématique des sectes est un problème secondaire pour les services de police.

Enfin, M. de Vroom ajoute que dans les enquêtes qu’il a menées, il n’a jamais pu constater que les sectes étaient liées à des personnes ayant des pouvoirs de décision importants, dans le monde politique, économique, etc.


3. Audition de M. P. Georis, chef du Service Général du Renseignement et de la Sécurité des forces armées (SGR)


M. Georis indique que le SGR s’est intéressé sporadiquement aux sectes et surtout aux buts qu’elles poursuivaient, dans le cadre du système d’habilitation de sécurité qui permet de définir le degré de confiance accordé à un individu en vue de lui confier certaines responsabilités au sein des forces armées. Les habilitations de sécurité donnent lieu à une appréciation de la fragilité psychologique des personnes, d’une part, et de leur appartenance éventuelle à des mouvements extrémistes, d’autre part. Les enquêtes portent non pas sur les sectes elles mêmes, mais sur le danger que peut présenter un individu pour les forces armées, compte tenu de son appartenance à une secte et de son degré de dépendance vis à vis de celle ci, y compris d’éventuels problèmes financiers qui pourraient l’entraîner à adopter des comportements engendrant une forme d’instabilité.



Par ailleurs, le SGR a parfois été amené à rassembler des informations sur certaines sectes à la demande des autorités militaires. Quant aux éventuelles menées subversives de certains groupes sectaires vis à vis de l’Etat, selon le témoin, cette question relève plutôt des services de la Sûreté de l’Etat.

Les agissements de la secte Aoum au Japon et les suicides ou assassinats liés à l’Ordre du Temple Solaire ont à nouveau attiré l’attention du SGR sur les dangers potentiels que pouvait présenter le phénomène des sectes, et plus particulièrement les manifestations de tendances extrémistes.


Concernant le risque éventuel de constitution de groupes sectaires au sein des forces armées et, concomitamment, les risques liés à l’utilisation abusive d’informations classifiées ou de pièces d’armement, M. Georis estime que le nombre de personnes susceptibles d’appartenir ou d’être en contact avec une secte est très marginal.

Il ajoute qu’il n’a eu connaissance d’aucun renseignement (y compris de la part de la Sûreté de l’Etat) permettant de croire que des militaires seraient membres de la secte Moon. Par contre, un militaire évolue dans la sphère de l’Eglise de Scientologie par l’intermédiaire de membres de sa famille.


Le témoin indique encore qu’à sa connaissance, il n’y a pas eu de contacts entre la secte Ecoovie et les services secrets.

A la question de savoir si l’appartenance d’un militaire à une secte qui pratique la déstabilisation mentale ne réprésente pas en soi un danger pour les forces armées, M. Georis répond que l’élément de risque est toujours présent à partir du moment où on confie certaines responsabilités à une personne. Si elle est membre d’un groupe sectaire, on essaye, dans le cadre des habilitations de sécurité, de déterminer quel est son degré de dépendance vis à vis de ce groupe. Ces informations sont transmises à la hiérarchie, qui peut toujours intervenir si elle constate une modification dans le comportement de l’individu en question.

M. Georis déclare, par ailleurs, que la coopération avec la Sûreté de l’Etat, notamment l’échange d’informations concernant les sectes considérées comme nuisibles, est insuffisante à l’heure actuelle.

La collaboration du SGR avec la plupart des services de renseignements étrangers est, par contre, excellente. A ce jour, le SGR ne leur a toutefois pas demandé d’informations à propos de sectes, étant donné qu’il s’intéresse prioritairement aux individus et non aux mouvements sectaires. Pour la même raison, le SGR estime qu’il n’est pas nécessaire de travailler avec des informateurs dans ce domaine.




D. representants de services administratifs et d’organismes relevant des autorites federales ou communautaires


1. Audition de M. J. Spreutels, président de la cellule de traitement des informations financières


M. Spreutels indique que la cellule de traitement des informations financières n’a, à ce jour, pas encore pu identifier de cas concret de blanchiment de capitaux provenant, directement ou indirectement, de l’activité d’une secte.

A partir des textes légaux en vigueur en Belgique, à savoir, d’une part, l’article 505, alinéa 1er, 2°, 3° et 4°, du Code pénal et, d’autre part, la loi du 11 janvier 1993 relative à la prévention de l’utilisation du système financier aux fins du blanchiment de capitaux (Moniteur belge du 9 février 1993), telle que modifiée par la loi du 7 avril 1995 (Moniteur belge du 10 mai 1995), il est possible de définir les comportements visés sur la base de trois catégories :

— la conversion ou le transfert de capitaux ou d’autres biens dans le but de dissimuler ou de déguiser leur origine illicite ou d’aider toute personne qui est impliquée dans la réalisation de l’infraction d’où proviennent ces capitaux ou ces biens, à échapper aux conséquences juridiques de ses actes. Il s’agit d’une dissimulation active;

— l’acquisition, la détention ou l’utilisation de capitaux ou de biens dont on connaît l’origine illicite. Ce comportement vise des personnes qui peuvent être plus étrangères à l’infraction principale, notamment tous les intermédiaires économiques et financiers. Ce comportement peut s’apparenter au recel élargi;

— de façon plus large, tout comportement qui vise la dissimulation ou le déguisement de la nature, de l’origine, de l’emplacement, de la disposition, du mouvement ou de la propriété des capitaux ou biens dont on connaît l’origine illicite. Dans ce cas, la dissimulation n’implique pas la réalisation d’un acte matériel sur les biens illicites. Il peut s’agir d’une simple abstention ou d’une fausse déclaration ayant pour objet de dissimuler la véritable origine des biens.


Sur le plan pénal, le législateur belge a opté par la loi du 17 juillet 1990 modifiant les articles 42, 43 et 505 du Code pénal et insérant un nouvel article 43bis dans ce même Code (Moniteur belge du 15 août 1990) pour un champ d’application le plus large possible en ce qui concerne l’infraction à la base du blanchiment.



En effet, chaque avantage patrimonial qui provient d’un crime, d’un délit ou d’une infraction quelconque, ainsi que l’avantage patrimonial qui lui est substitué ou les revenus de cet avantage, ou ce qui leur est substitué, peuvent mener à l’application de l’article 505 du Code pénal. Cet article a été modifié par la loi du 7 avril 1995, de sorte que le délit de blanchiment n’est plus simplement un recel élargi mais bien un délit autonome.


Par contre, pour ce qui est de l’approche préventive, la loi du 11 janvier 1993 précitée (transposition de la directive européenne n° 91/308 du 10 juin 1991) ne vise que les formes les plus graves de la criminalité, énumérées limitativement. Il s’agit de la criminalité organisée, du trafic illicite de stupéfiants, du trafic illicite d’armes, de biens et de marchandises, du trafic de main d’œuvre clandestine, du trafic d’êtres humains, de l’exploitation de la prostitution, du trafic illicite d’hormones, du trafic illicite d’organes ou de tissus humains, de la fraude au préjudice des intérêts financiers de l’Union européenne, de la fraude fiscale grave et organisée, de la corruption de fonctionnaires publics, des délits boursiers, de l’appel public irrégulier à l’épargne, de l’escroquerie financière, de la prise d’otages, du vol ou de l’extorsion à l’aide de violences ou de menaces et de la banqueroute frauduleuse.

La cellule de traitement des informations financières créée par ladite loi et placée sous le contrôle conjoint des ministres de la Justice et des Finances, est dirigée par un magistrat, détaché du parquet. Il s’agit d’une autorité administrative autonome qui prend ses décisions en toute indépendance et dont la finalité est en fait essentiellement judiciaire. Lorsque l’analyse des informations dont elle dispose révèle un indice sérieux de blanchiment au sens de la loi, elle doit en saisir le procureur du Roi de Bruxelles, aux fins de poursuites pénales éventuelles.





Chargée de recevoir les déclarations de soupçon de blanchiment émanant des organismes financiers, la cellule peut se faire communiquer tous renseignements utiles par les organismes financiers, les services de police et les services administratifs de l’Etat. Les autorités de contrôle du secteur financier, telle la Commission bancaire et financière, sont tenues de faire part à la cellule de certaines informations en matière de blanchiment. Des accords de coopération ont également été signés avec des autorités étrangères similaires.

Du 1er décembre 1993 au 30 avril 1996, la cellule a transmis 365 dossiers regroupant 4 170 déclarations de soupçon (soit 55,9 % de l’ensemble des 7 640 déclarations regroupées en 1 686 dossiers distincts) au parquet, qui portent sur un montant de 50,8 milliards de francs. Une série de dossiers ont pu aboutir au démantèlement de réseaux liés à la criminalité organisée.


Selon Alain Lallemand, plus de quarante sectes importantes sont établies en Belgique et au Luxembourg. Celles ci représenteraient un patrimoine immobilier de plusieurs milliards de francs et un chiffre d’affaires annuel qui se compte en centaines de millions de francs. Cette masse financière serait accumulée notamment grâce au recours à des sociétés écrans, paradis fiscaux et montages financiers, à l’utilisation de main d’œuvre clandestine, à diverses formes d’escroqueries et surtout à la fraude fiscale pratiquée à grande échelle. La masse de capitaux blanchis par ces groupements devrait donc être important.

Le dispositif anti blanchiment est il de nature à faire face à ce phénomène ? En ce qui concerne le volet pénal, il ne se pose guère de problèmes puisqu’il suffit qu’une infraction pénale quelconque soit commise.

Si le cadre des sectes n’est pas repris comme champ d’activités criminelles dans la loi préventive du 11 janvier 1993, l’article 3, § 2, de la loi énumère cependant la plupart des activités délictueuses qui peuvent être commises dans ce contexte :

a) la criminalité organisée : la cellule a non seulement retenu la référence à l’association de malfaiteurs au sens des articles 322 à 326 du Code pénal, mais a également pris en compte certains autres critères qui semblent pouvoir se retrouver dans les activités des groupements sectaires : utilisation de structures commerciales présentant, le cas échéant, une composante internationale, recours à des moyens violents, certaine permanence des activités criminelles dans le temps, impact des activités criminelles sur la vie économique;


b) le trafic de stupéfiants, le trafic illicite d’armes, de biens et de marchandises (biens et marchandises dont la détention est liée à une infraction et/ou qui font l’objet de transactions ou de mouvements effectuées en fraude des dispositions légales et réglementaires);

c) le trafic de main d’œuvre clandestine : il n’est pas rare que les adeptes d’une secte effectuent toute une série de prestations pour un salaire dérisoire, voire même tout à fait gratuitement et en dehors de toute protection sociale. A. Lallemand cite le cas de sociétés présentant des chiffres d’affaires de plusieurs millions, voire de dizaine de millions de francs, alors qu’elles n’occupent que deux ou trois employés (1);


(1) A. Lallemand, Les sectes en Belgique et au Luxembourg, Bruxelles, EPO, 1994, pp. 60 et 143.


d) la traite des êtres humains : la notion légale dégagée par la loi du 13 avril 1995 par référence aux infractions visées à l’article 77bis de la loi du 15 décembre 1980 sur l’accès au territoire, le séjour, l’établissement et l’éloignement des étrangers et aux articles 379 et 380bis, § 1er, 1° et §§ 2 et 3, du Code pénal (notamment l’abus de la situation particulièrement vulnérable d’une personne en raison de sa situation administrative illégale ou précaire, d’un état de grossesse, d’une maladie, d’une infirmité ou d’une déficience physique ou mentale), ne peut viser une personne embrigadée dans un mouvement hors du cadre de la prostitution ou de la débauche, ou qui n’est pas de nationalité étrangère. La loi anti blanchiment retient une définition plus large, à condition que l’on puisse y rattacher une infraction pénale quelconque;




e) la fraude fiscale grave et organisée : la loi du 7 avril 1995 vise “ la fraude fiscale grave et organisée qui met en œuvre des mécanismes complexes ou qui use de procédés à dimension internationale ”, plus particulièrement les “ carrousels ” en matière de TVA. Selon les travaux préparatoires de la loi, “ la gravité de la fraude peut résulter notamment non seulement de la confection et de l’usage de faux documents ou du recours à la corruption de fonctionnaires publics, mais surtout de l’importance du préjudice au Trésor public et de l’atteinte portée à l’ordre socio économique. Le critère d’organisation de la fraude peut, quant à lui, se définir notamment par rapport à l’utilisation de sociétés écrans, d’hommes de paille, de constructions juridiques complexes, de comptes bancaires multiples utilisés pour des transferts internationaux de capitaux. ” (1);


(1) Doc. Sénat n° 1323/2 1994/1995, p. 9 et n° 1323/1  1994/1995, p. 3.


f) la corruption de fonctionnaires publics : les sectes, en raison de leur puissance financière, sont susceptibles de s’attaquer aux structures de l’Etat par l’infiltration des pouvoirs politiques. La loi du 11 janvier 1993 inclut la corruption de fonctionnaires internationaux;

g) l’escroquerie financière : les frais réclamés par certaines associations à leurs adhérents peuvent être exorbitants. Ce sont parfois des dizaines de milliers de francs qui sont réclamés à l’occasion de l’inscription, de la réalisation de tests ou de la participation à certaines activités. Les dons sont parfois obligatoires. Ces comportements peuvent rentrer dans le champ d’application de l’article 496 du Code pénal dans la mesure où l’association a recouru à des manœuvres frauduleuses pour se faire remettre les fonds.

Par contre la loi du 11 janvier 1993 ne vise que l’escroquerie financière “ dont l’auteur utilise d’une quelconque façon le système financier en vue de la commettre. Ceci vise non seulement les escroqueries dont sont victimes les organismes financiers mais aussi celles dont ils sont l’instrument volontaire. ” (2). Ceci ne recouvre donc pas la majeure partie des situations que l’on rencontre dans les sectes, même si celles ci peuvent également commettre des infractions de ce type;


(2) Doc. Sénat n° 1323/1 1994/1995, p. 4.


h) la prise d’otage : on rencontre plus fréquemment au sein des sectes des cas de rapt, où il n’y a aucune contrepartie, que des cas de prises d’otage visés par la loi du 11 janvier 1993;

i) le vol ou l’extorsion à l’aide de violences ou de menaces : ces infractions peuvent aussi se situer dans le cadre de l’activité des sectes.

En conclusion, l’orateur constate que grâce aux mécanismes mis en place en application de la loi du 11 janvier 1993, la détection du blanchiment de capitaux a été sensiblement améliorée, particulièrement en ce qui concerne le trafic des stupéfiants et la criminalité organisée.

Le dispositif peut certes encore être amélioré. Sur le plan pénal, il est indispensable de ratifier la Convention du Conseil de l’Europe relative au blanchiment, au dépistage, à la saisie et à la confiscation des produits du crime, faite à Strasbourg le 8 novembre 1990 et d’adopter une législation interne permettant les saisies et les confiscations internationales. Des pistes importantes figurent dans l’accord de gouvernement qui envisage, pour certaines formes de crime organisé, de prévoir dans la loi, “ la saisie et la confiscation des patrimoines présumés être d’origine criminelle, la charge de la preuve étant inversée ” (1). Une dernière réforme consiste à assurer une protection juridique de certains témoins lors des instructions et des procès relatifs à la criminalité organisée, notamment en envisageant des formules qui permettent, tout en respectant les principes fondamentaux de notre droit, d’assurer la confidentialité, voire l’anonymat de certaines déclarations de témoins.


(1) Doc. Chambre n° 23/1 1995, p. 45.



En ce qui concerne la problématique spécifique des sectes, le blanchiment de capitaux ou des biens provenant des infractions pénales commises dans le cadre de leurs activités est, comme indiqué ci dessus, entièrement couvert par le délit pénal. La plupart de ces infractions tombent également dans le champ d’application de la loi préventive du 11 janvier 1993.

Si une incrimination spécifique était créée visant particulièrement les sectes, celle ci devrait être reprise dans la liste des infractions de l’article 3, § 2, de la loi du 11 janvier 1993. M. Spreutels n’est toutefois pas partisan d’une nouvelle extension du champ d’application de la loi à d’autres formes de criminalité, afin de ne pas mettre en péril la collaboration active du secteur financier.



A défaut d’une telle incrimination spécifique, la loi anti blanchiment pourrait cependant viser explicitement les infractions “ commises dans le cadre des activités illicites des sectes ”. Ceci permettrait d’attirer l’attention du secteur financier sur ce type d’activité et de milieu. Encore faudrait il que la notion de secte soit clairement définie.


A la question de savoir pourquoi à ce jour la cellule n’a identifié aucun cas de blanchiment lié aux activités d’une secte, l’orateur suppose que ces activités n’apparaissent pas suffisamment anormales ou suspectes aux organismes financiers, et ce pour deux raisons :


1° les sectes utilisent des mécanismes tellement perfectionnés ou une dissimulation tellement efficace que les banques ne se rendent pas compte qu’il y a quelque chose d’anormal;


2° si ces associations agissent à visage découvert et ouvrent un compte au nom d’une église ou d’une quelconque association, les organismes financiers ne se préoccuperont pas de leurs activités au nom du respect de nos libertés constitutionnelles (liberté de culte, liberté d’association, ¼).


En outre, la cellule de traitement des informations financières éprouve des difficultés à établir un lien entre les déclarations de soupçons relatifs à des capitaux suspects et les activités illicites commises par l’une ou l’autre organisation sectaire. Si la loi préventive se référait d’une quelconque manière à certaines activités illicites de sectes, l’attention des organismes financiers serait plus particulièrement attirée vers ce secteur.


Par ailleurs, à la suite des travaux de la commission d’enquête, diverses mesures pourront être prises pour améliorer l’efficacité des services de renseignement et de police dans ce domaine : création de services spécialisés, désignation de magistrats sensibilisés à ce problème, constitution d’un réseau de communication. Ayant accès aux informations policières, la cellule pourra dès lors également établir plus facilement un lien entre des opérations financières suspectes et des activités sectaires.


Il serait aussi utile d’étendre le champ d’application de la loi du 11 janvier 1993 à des professions autres que les organismes financiers, comme les courtiers d’assurances, les agents immobiliers, les transporteurs de fonds, les exploitants de casinos.

En ce qui concerne les notaires, les huissiers de justice, les réviseurs d’entreprises et les experts comptables, se pose le problème du secret professionnel. Des contacts sont actuellement en cours.

Quant aux avocats, il y a lieu de préserver les droits de la défense. Cette question doit encore être étudiée en concertation avec les instances de la profession.

M. Spreutels ajoute qu’il pourrait dès maintenant tenter de sensibiliser les organismes financiers à la problématique des sectes au cours de ses fréquents contacts avec les associations professionnelles représentant ce secteur, mais aussi, à titre individuel, avec chaque organisme financier souhaitant être conseillé par la cellule. En outre, le rapport annuel publié par la cellule à l’intention des ministres compétents a jusqu’à présent toujours été rendu public. La nécessaire application du dispositif anti blanchiment à l’égard des activités illicites des sectes pourrait y être soulignée.


La difficulté d’établir un lien entre un groupement criminel et des opérations qui revêtent toute l’apparence de l’honorabilité constitue l’un des problèmes principaux auxquels sont confrontées les autorités chargées de lutter contre les pratiques de blanchiment. Il y a lieu d’améliorer l’analyse de telles opérations, tant au niveau des organismes financiers que des autorités. La collaboration internationale est très importante à cet égard.


La cellule peut procéder de diverses manières selon le cas. Soit un organisme financier fait une déclaration de soupçon qui peut concerner un groupement sectaire, soit l’analyse d’un dossier par la cellule peut révéler l’identité de personnes, de sociétés ou groupements, belges ou étrangers, qui apparaissent liés à une opération illicite, de façon directe ou indirecte. La cellule peut obtenir toute la documentation financière concernant cette société ou ce groupement. Elle peut également interroger les services de police ou, s’il s’agit d’une société étrangère, ses correspondants dans un des sept pays avec lesquels elle a signé un accord de coopération. S’il apparaît que la police dispose déjà d’éléments déterminants de la participation de cette personne ou de cette société à une infraction, la cellule peut alors décider qu’il y a des indices sérieux de blanchiment et transmettre le dossier au parquet.



A cet égard, M. Spreutels constate qu’il subsiste un manque de coordination en matière de lutte contre la criminalité économique et financière entre les différents services de police.

Enfin, l’orateur tient à souligner que si les services de police sont légalement tenus de transmettre leurs renseignements à la cellule et si certains communiquent d’office à la cellule certains éléments (concernant par exemple les activités de la maffia russe), celle ci ne peut en aucun cas transmettre d’informations aux services de police, même si elle constate une infraction autre que du blanchiment au cours de son analyse, sous peine de se voir poursuivre pour violation du secret professionnel.



2. Audition de M. Cl. Lelièvre, délégué général aux droits de l’enfant et à l’aide à la jeunesse (Communauté française)


(Résumé de la partie publique de l’audition)



M. Lelièvre indique que dans le cadre de sa fonction, il est chargé :

— d’une mission d’information concernant les droits de l’enfant;

— d’une mission de vérification de l’application correcte des lois et des réglementations en la matière;

— de proposer aux autorités politiques un certain nombre de modifications législatives ou réglementaires en faveur des enfants;

— de la réception de demandes de médiation introduites par des enfants ou leurs représentants, ainsi que de plaintes ou d’informations concernant le respect des droits et des intérêts des enfants.


Dans le cadre de cette mission, le témoin n’a traité que sept dossiers ayant un rapport avec un mouvement sectaire. Les personnes qui s’adressent au témoin ont généralement déjà dénoncé un certain nombre de faits, soit auprès d’A.S.B.L. qui s’occupent de la défense des enfants, soit auprès des administrations (conseillers ou directeurs d’aide à la jeunesse) ou des autorités judiciaires, mais ont constaté des lenteurs ou des dysfonctionnements. Ils veulent en fait utiliser le pouvoir d’interpellation du témoin pour “ ranimer ” le dossier.


Les plaintes individuelles déposées auprès du témoin concernent généralement des problèmes de droit de garde et de droit de visite. Dans ce cadre, certains parents font état du danger encouru par l’enfant parce que son père ou sa mère fait partie d’une secte et insistent sur le fait que cette notion de dangerosité n’est pas suffisamment prise en considération par les autorités. Dans ce cas, il a été convenu avec les autorités judiciaires que M. Lelièvre interpelle le parquet général compétent, qui s’adresse lui même au procureur du Roi de l’arrondissement judiciaire concerné. Le degré de collaboration de ces autorités diffère en fonction de l’arrondissement judiciaire et du parquet général.

Quant aux institutions communautaires, le témoin interpelle directement le conseiller ou le directeur d’aide à la jeunesse.


Le témoin estime que le travail de la commission d’enquête parlementaire est indispensable à la mise sur pied d’un programme de prévention au niveau de la Communauté française, celle ci ne disposant pas encore d’une photographie exacte du phénomène sectaire. Le témoin estime qu’un certain nombre de recommandations de la commission pourront s’appliquer à la Communauté française.

Il insiste également sur le fait qu’il ne faudrait pas déduire du nombre restreint de plaintes enregistrées à ce jour que le phénomène sectaire ne représente pas un danger important pour les mineurs d’âge. En effet, les plaintes enregistrées le sont bien souvent dans le cadre de conflits parentaux. Or, il est probable que, dans un certain nombre de cas, les deux parents sont membres d’une secte, dans laquelle ils ont embrigadé leur(s) enfants(s).

A la question de savoir si le témoin a connaissance de faits concernant des pratiques sexuelles impliquant des mineurs dans le cadre d’un groupe sectaire, il répond qu’il n’en a été question que dans le cadre d’un dossier individuel.

Quant à l’éventualité d’un isolement des enfants par rapport à leur milieu familial, le témoin indique que dans les cas où il est intervenu, il a à chaque fois reçu des informations rassurantes de la part des autorités judiciaires. Il se souvient d’un seul cas où la mère a dû abandonner son enfant dans une secte en Espagne, après avoir elle même quitté le mouvement. Cet enfant était en âge d’obligation scolaire.

Par ailleurs, le témoin se déclare frappé par l’action néfaste et dangereuse d’un certain nombre de thérapeutes “ gourous ” ou de pseudo thérapeutes qui exercent une influence parfois extrêmement pernicieuse et dévastatrice sur les enfants et leurs parents.


3. Audition de M. W. De Geest, conseiller dirigeant du “ Comité voor bijzondere jeugdzorg ” de Gand


(Résumé de la partie publique de l’audition)



Après avoir effectué une enquête rapide auprès des 20 comités concernés, le témoin constate que la plupart des cas signalés (des dizaines de dossiers) concernent les Témoins de Jéhovah, qui ne sont généralement pas perçus comme une secte. Il s’agit généralement de conflits opposant des jeunes à leurs parents, les premiers refusant d’être soumis plus longtemps aux normes et valeurs qui leur sont imposées. Ils font appel au comité afin d’assouplir les normes éducatives auxquelles ils sont soumis, certains souhaitant même rompre tout contact avec leurs parents. Dans certains des dossiers concernés, il est même question de maltraitance physique grave. Quelques dossiers ont été transmis au parquet mais le témoin ne s’en rappelle pas l’issue.


Plusieurs comités ont également fait état de dossiers concernant le satanisme. La police de la jeunesse de Gand signale que des locaux sont aménagés dans des immeubles inoccupés en vue d’y organiser des messes noires. La section de la jeunesse de Lierre semble également être confrontée à ce problème.

Le témoin reconnaît que le phénomène sectaire et les dangers qu’il représente pour les mineurs d’âge (notamment la déstabilisation mentale) ne sont pas suffisamment pris en compte par les services d’aide à la jeunesse. Le comportement inexplicable d’un jeune est généralement analysé sur un plan purement relationnel. Il n’est pas tenu compte d’une éventuelle influence extérieure, sauf s’il existe des indices manifestes d’une telle manipulation.

Les assistants sociaux, qui font rapport aux comités d’aide à la jeunesse ou au parquet, se sentent démunis et n’osent souvent pas faire le lien avec une activité sectaire, parce qu’ils craignent de n’être pas pris au sérieux et ne disposent pas des connaissances nécessaires à ce propos.

Il en va de même pour les services de police, et ce alors que le phénomène semble pourtant s’amplifier. En 1995, la police de Gand n’avait enregistré qu’un seul témoignage en la matière. En 1996, elle en a reçu dix. Il se pourrait même qu’un lien existe entre les récentes profanations de tombes et certaines activités satanistes.

Selon le témoin, il existe une franche collaboration entre les comités d’aide à la jeunesse et la police de Gand. Toutefois, il y a lieu de remarquer que c’est seulement lorsque le comité a demandé expressément des informations que la police en a données. Peut être considère t on, tant au sein de la police qu’au niveau des organismes privés de défense des victimes de pratiques sectaires, que les services du témoin ne sont pas suffisamment compétents en la matière pour intervenir dans ce type de dossier ?



E. Representants des milieux academiques


1. Audition du professeur G. Ringlet, vice recteur de l’UCL


M. Ringlet précise d’emblée qu’il n’est pas un spécialiste des sectes mais qu’il est amené à s’y intéresser de très près, plus particulièrement lorsqu’elles s’adressent aux jeunes.

Quelles sont les raisons pour lesquelles des chercheurs, des médecins, des financiers, des journalistes, des cadres supérieurs, des étudiants — beaucoup trop d’étudiants — cherchent des réponses à leurs questions existentielles auprès de mouvements sectaires ?

L’orateur propose trois types d’explications.


En premier lieu, beaucoup de personnes se sentent trop à l’étroit dans le cadre des rituels traditionnels, en ce sens que leur religion, s’ils la pratiquent, ne les comble plus. Ils veulent découvrir d’autres religions mais aussi l’ésotérisme et l’occultisme.

La conjugaison de la multiplication des découvertes scientifiques et de l’explosion de l’offre médiatique suscite une très grande curiosité et une demande culturelle étendue.

Deuxièmement, il existe une demande idéologique. L’évanescence des grandes idéologies traditionnelles provoque souvent la fin des solidarités et la peur de celui qui est différent (le jeune, le vieux, le demandeur d’asile, le handicapé, ¼).

Troisièmement, l’intervenant estime que le succès des sectes correspond aussi et surtout à une demande existentielle.

Le poète Ch. Bobin regrettait qu’à droite comme à gauche, “ on ne s’intéresse plus qu’à la part économique de l’individu. Nous n’existons plus qu’en fonction de notre statut social, d’où l’immense souffrance d’un très grand nombre de nos contemporains qui n’ont pas de statut ou qui l’ont perdu ”.

Cette souffrance est singulièrement accrue auprès des jeunes en raison du stress, de la compétition, de l’échec, du chômage et de l’exclusion et génère un énorme besoin de consolation, d’explication et de sens. Cette vulnérabilité des jeunes de 18 à 25 ans forme un terrain de recrutement très favorable pour les sectes.

Les étudiants sont vulnérables tant dans leur projet académique (on constate 60 % d’échecs en première candidature, toutes universités confondues), que sur le plan affectif et relationnel.

A Louvain La Neuve et à Woluwé, l’on a pu détecter avec précision des groupes comme Sûkyô Mahikari, Humana, l’Eglise du Christ de Bruxelles, l’Eglise de Scientologie, la secte Moon ou encore les Témoins de Jéhovah.

L’intervenant expose l’esprit dans lequel l’UCL tente de faire face au phénomène sectaire.

Il ne s’agit pas d’isoler le phénomène mais plutôt de l’inscrire dans un cadre plus global d’une politique de santé.

La première démarche consiste à recueillir un maximum d’informations, de témoignages, à réaliser des dossiers thématiques et à identifier des personnes susceptibles d’apporter cette information.

Actuellement encore insuffisante, l’information doit être vivante et permettre à toute personne se posant des questions sur un groupe déterminé d’obtenir une réponse circonstanciée et nuancée.

Il est souhaitable que les étudiants participent à l’élaboration de cette information. A cette fin, il est nécessaire d’encadrer et de former les étudiants et les agents chargés de la prévention, ainsi que de constituer une grille d’analyse pertinente mettant en exergue les caractéristiques, sectaires ou non, de tel ou tel groupe.

L’objectif fondamental demeure la garantie de la liberté d’expression, y compris la plus fantaisiste, cet objectif étant intimement lié à la capacité de discernement face à la prolifération des mouvements et associations en tous genres.


Cet objectif explique la volonté de l’UCL de créer un “ observatoire des sectes ”, c’est à dire un lieu de réflexion pluridisciplinaire, chargé de fournir des balises, de proposer des interprétations et d’informer les agents de prévention sur le terrain.


Toutefois, la prévention ne suffit pas. Il convient également d’assurer le premier accueil et d’orienter les personnes vers des intervenants plus spécialisés, juristes et thérapeutes par exemple, et de favoriser la collaboration entre les différents acteurs.


Le professeur Ringlet adresse une requête précise à la commission visant à créer un observatoire fédéral des sectes, à côté d’observatoires locaux et plus spécialisés. Cet observatoire fédéral aurait pour mission de discerner et d’interpréter avec indépendance, distance et compétence. Il s’agirait d’un groupe de référence interuniversitaire et pluridisciplinaire, chargé de fournir des repères, de donner des avis et d’aider les acteurs de terrain. Des moyens devraient être dégagés pour faire face à ce travail préventif.



D’autre part, dans l’urgence, la priorité devrait être accordée aux lieux de rassemblement à forte concentration de jeunes.

L’orateur conclut son intervention par une réflexion ayant trait au “ désir de secte ordinaire ” évoqué par le Dr. Y. Prigent. Ce désir est partout et bien plus proche de chacun qu’il n’y paraît. C’est ainsi qu’on le retrouve dans les écoles de pensée, dans les Eglises, dans les groupes militants ¼ Ce désir obscur de “ laisser à la porte l’ennui de la vie ordinaire, le compromis du quotidien (¼) de mettre à mort sa propre liberté en la confiant à un guide charismatique et à des préceptes bétonnés; (¼) ce désir utopique d’une communication sans ombre, d’une croyance sans mystère et d’un monde qui laverait “ plus blanc que blanc ” ”.

En réponse à la question de savoir, d’une part, comment analyser le raisonnement de certains universitaires qui consiste à démontrer que les sectes sont à mettre sur le même pied que les religions (toute dénonciation de l’activité sectaire visant en réalité à “ nettoyer le terrain ” au profit des grandes religions ou idéologies) et d’autre part, comment opérer la distinction entre une organisation sectaire nuisible et une secte purement spirituelle, ne présentant aucun danger, M. Ringlet se dit convaincu que chaque institution, chaque lieu d’appartenance, y compris les églises, peuvent comporter des aspects sectaires. La liberté intérieure semble être un combat de tous les jours et à recommencer à tout moment. Cela vaut pour chaque être humain, qu’il appartienne ou non à une religion.

Le développement de certaines formes d’enchaînement n’est pas du tout une caractéristique des églises officielles.

Un critère permettant d’établir une distinction entre un groupe sectaire et une église officielle est l’institutionnalisation, qui constitue la garantie la plus importante.

Un deuxième critère réside dans le débat public très développé dans la plupart des grands rassemblements religieux.

Enfin, le critère du système hiérarchique constitue une protection fondamentale lorsque la liberté d’une personne est mise en péril.

Il est souhaitable que des groupes de tendances fort différentes joignent toutes leurs forces pour garantir la plus grande liberté d’expression et d’association. Le débat sur les sectes ne peut en aucune manière restreindre ces libertés mais doit conduire à dénoncer tout comportement leur portant atteinte. A cette fin, les définitions théoriques des sectes ne sont pas pertinentes. Il convient plutôt d’agir de façon pragmatique par le biais de questionnaires relatifs notamment à leur mode de recrutement. Ces questionnaires mettront en lumière les groupes ne manifestant aucune crainte de se dévoiler et ceux, plus ambigus, camouflant leurs méthodes d’approche.




La distinction à établir entre une secte dangereuse et une secte non dangereuse est complexe. C’est pourquoi, la mise en place d’un “ observatoire pluridisciplinaire et pluraliste ”, couplé à un travail concret de terrain, paraît indispensable.


Il s’agit d’élaborer une grille d’analyse décrivant les actions et exigences de chaque groupe sectaire. Ce travail préventif doit permettre d’informer le candidat adepte sur le groupe qui l’a contacté de même que sur la façon dont il fonctionne. Il appartient à ce centre pluraliste, composé de sociologues, de psychologues, de théologiens et de philosophes de tendances différentes, de tenter de fixer quelques balises permettant d’identifier la survenance de véritables dérapages. Ce type d’approche est de nature à prévenir la destruction de la personnalité de même que le décrochage complet par rapport à un projet de vie.


Concernant les travaux de la commission d’enquête française, M. Ringlet estime que l’un des apports incontestables a été de proposer une sorte de répertoire très circonstancié de tous les mouvements et de toutes les églises. Il s’agit d’un instrument très fiable permettant l’identification des groupes, bien qu’il faille faire preuve d’une certaine prudence afin de ne pas empêcher les expressions spontanées d’un certain nombre d’entre eux. C’est pourquoi, il conviendrait de déterminer des critères pour créer ces répertoires.


Un certain nombre d’intellectuels et d’universitaires ont tendance à tirer la sonnette d’alarme dès qu’ils s’aperçoivent d’une quelconque tentative de contrôle sur quelque élément que ce soit. Il convient d’entendre ces critiques dans le cadre d’un débat de fond à l’issue duquel certaines balises seront posées. Ce lieu de débat ne peut être que propositionnel et ne doit pas déboucher sur une législation supplémentaire.

De surcroît, la formation critique de l’opinion publique à l’égard des groupes sectaires constitue l’une des questions essentielles. Comme indiqué ci dessus l’observatoire fédéral des sectes, conçu dans le sens d’un débat pluraliste et interdisciplinaire, doit permettre de mettre en place certains points de repère. Il devra rendre des avis et veiller à l'information du citoyen en la matière.

L’orateur estime que les sectes recrutent aussi bien parmi les larges strates non organisées de la population que dans les milieux intellectuels censés avoir été formés à l’esprit critique. Il est frappant de constater à quel point il peut y avoir un décalage entre la formation scientifique et la formation culturelle et spirituelle de certaines personnes. Cette réflexion conduit à un très vaste débat sur la formation et sa finalité. A cet égard, l’on peut se réjouir que de jeunes étudiants soient soucieux tant de leur formation académique que de leur formation extra académique sous tendant leur engagement de citoyenneté.


Si les sectes touchent davantage les intellectuels, c’est également en raison du rythme de vie stressant et des exigences compétitives auxquels ceux ci sont confrontés et qui engendrent chez eux un besoin de lieux de référence simples, pour ne pas dire simplistes, et chaleureux.

S’agissant de la formation de l’ensemble des citoyens, l’orateur distingue trois plans.

Premièrement, il est fondamental que les intervenants de terrain (principalement les psychologues et les assistants sociaux) soient formés. Ceux ci doivent disposer de références qui ne soient pas uniquement livresques.

Deuxièmement, il serait utile de créer un observatoire chargé de donner des avis sur des questions précises adressées par ces travailleurs de terrain.

Troisièmement, on pourrait envisager d’élargir la mission de cet observatoire afin d’animer le débat public, par le biais des médias par exemple.

Il semble en effet que seul le débat public permette de rencontrer un certain nombre de sectes difficiles à identifier bien qu’elles soient très actives sur le terrain.

La question de savoir si l’observatoire fédéral mentionné ci dessus doit remplir ces deux tâches, et donc s’élargir à d’autres experts que des scientifiques, reste ouverte.

Quant aux mouvements sectaires actifs à l’UCL et correspondant à la grille d’analyse précitée, M. Ringlet précise qu’il n’a cité que les groupes agissant de manière systématique sur les populations étudiantes. Toutefois, il en existe beaucoup d’autres. Les organisations sectaires citées pratiquent le prosélytisme. L’on sait, par exemple, que la secte Moon a infiltré “ le collectif des femmes ”, dont l’objectif est de faciliter l’adaptation des familles d’étudiants du Tiers Monde à la société belge.


Selon l’orateur, la majorité des étudiants ne sont pas concernés par les phénomènes sectaires. Dans l’ensemble, les étudiants restent très critiques et sont particulièrement engagés à l’égard des problèmes politiques et sociaux.

Il incombe à l’université de faire preuve de vigilance en ce qui concerne la partie de la population étudiante se trouvant en rupture et, dès lors, susceptible d’être réceptible aux techniques de recrutement des sectes.

Il faut savoir qu’actuellement l’UCL travaille avec d’autres universités afin de mettre en commun les informations pertinentes en matière de décrochage et d’orientation aux fins de cerner le phénomène sur le plan national. A cet égard, des contacts ont été pris avec les universités de Liège, de Gand, avec l’ULB et avec la KUL.

Ces universités ont le même type d’approche. A Londres notamment, certaines universités ont donné des conférences de presse au sujet de sectes ayant suscité de véritables débats publics.


A la question de savoir s’il considère le phénomène sectaire comme un danger pour la société et une menace pour la liberté de réflexion du citoyen, M. Ringlet répond qu’il est très grave et dangereux de constater que certaines sectes fonctionnent en tant que systèmes mafieux organisés. De plus, ces systèmes sont complexes à cerner et à combattre et peuvent conduire à des meurtres, assassinats ou suicides collectifs.

Toutefois, le véritable combat concerne ce qui se passe dans le tissu social et culturel et vise à former des citoyens responsables et, surtout, qui s’intéressent à la chose publique.


Dès l’instant où un mouvement est susceptible de réduire la qualité du débat pluraliste et la liberté d’expression au sein de notre société, il convient de s’y intéresser.

Quant à la question de savoir si le phénomène sectaire se greffe plus facilement sur des esprits en recherche d’une spiritualité plus “ intégriste ” que celle proposée par Vatican II, M. Ringlet estime que l’on peut distinguer deux types de spiritualités. La première est une spiritualité “ à la guimauve ” suivant laquelle, par définition, on suit des chemins tout tracés et où la liberté intérieure n’existe pas. Cette spiritualité est très répandue dans notre société, que ce soit à l’extérieur ou à l’intérieur des Eglises.

La seconde spiritualité est beaucoup plus ouverte, n’attend pas de points de repère rigides et fermés et, dès lors, est extrêmement exigeante.

Les sectes jouent sur cette attente de beaucoup de nos contemporains à la recherche d’un peu de stabilité. La plupart d’entre elles se réfèrent à des textes fondateurs des religions sans faire preuve du moindre sens critique, élaborent bien souvent des interprétations très fondamentalistes et “ auto ordonnent ” leur clergé.

De surcroît, des personnes remarquablement formées dans un domaine déterminé voient leur personnalité se dégrader sous l’emprise d’un mouvement sectaire.

D’un autre côté, l’on observe qu’un certain nombre de gens créent des “ églises nouvelles ” uniquement par volonté de pouvoir et d’argent.

Il existe un très petit nombre de manipulateurs et un très grand nombre de manipulés, parmi lesquels beaucoup sont sincères et généreux. Ces derniers n’ont hélas pas eu la longue patience de faire l’expérience de la dureté et de l’ambiguïté du quotidien pour trouver leur équilibre et renoncent à ce qu’il y avait de meilleur en eux.



2. Exposé de M. A. Denaux, chargé de cours principal à la faculté de théologie de la “ Katholieke Universiteit Leuven



a) Présentation du témoin

 

Le professeur Denaux, qui a publié en 1982 un ouvrage intitulé “ Les sectes religieuses en Flandre ”, se dit intrigué par le phénomène paradoxal que sont les sectes. En effet, bien que les grandes églises chrétiennes se soient engagées dans un processus de dialogue œcuménique, on assiste à la naissance d’une série de mouvements fondamentalistes qui refusent tout dialogue. Le témoin précise également qu’il existe une distinction essentielle entre une secte et un mouvement religieux radical comme les “ Missionaries of Charity ” de Mère Thérésa en Inde, qui veulent vivre l’évangile dans toute sa pureté. C’est précisément pour cette raison qu’il faut utiliser des critères objectifs — c’est à dire non émotionnels —pour savoir si l’on a affaire à une secte ou non.


b) Définition des sectes


Le professeur Denaux procède à l’évaluation des critères qui ont été proposés par M. Gest, président de la commission d’enquête parlementaire française. Bien qu’il se rallie à l’objectif qui est de donner une définition pragmatique — et non dogmatique — du phénomène, il rejette toutefois trois critères qu’il estime non pertinents.

Le témoin estime que c’est notamment le cas de l’embrigadement des enfants. En effet, les églises chrétiennes prennent également les enfants sous leur coupe par le baptême, sans pour cela être des sectes.

Les hommes politiques se livrent à une critique de la société sans pour cela être membres d’une secte.

Enfin, d’autres institutions — telles que la franc maçonnerie ou l’Opus Dei — peuvent être considérées commes des groupes dont les membres veulent influencer, voire infiltrer le pouvoir politique. Et pourtant, dans ces cas, on n’aura pas nécessairement affaire à des sectes.

L’orateur propose dès lors la définition suivante : “ Une secte est un groupe composé d’individus qui partagent une conviction philosophique ou religieuse, et qui présente un certain nombre de caractéristiques négatives. Ces caractéristiques concernent les relations d’autorité à l’intérieur du groupe, les techniques visant à contrôler les membres, les abus ou l’exploitation dont sont victimes les membres, les relations du groupe avec le monde extérieur et les campagnes de recrutement ou d’autoprésentation douteuses. ”


c) Caractère absolu des relations d’autorité internes


Au sein du groupe, il n’y a guère de possibilité de se forger un jugement personnel ou de prendre une initiative. On exige une obéissance absolue et inconditionnelle des membres. L’autorité du fondateur (Moon, Bhagwan, etc.), du dirigeant ou de l’organe suprême (la Tour de Garde chez les Témoins de Jehova, par exemple) est absolue.


d) Contrôle total des membres


La mise en œuvre de différentes techniques — par exemple, l’isolement de l’environnement familier, la répétition des mêmes slogans ou rites, voir l’épuisement physique — ont pour but de programmer complètement l’individu. L’identité personnelle, les sentiments spontanés et l’esprit critique doivent être anéantis pour faire place à une dépendance morale, émotionnelle et intellectuelle, qui est ou non présentée comme une “ renaissance ”.



e) Exploitation organisationnelle des membres


Dans le secte, on ne travaille pas pour soi même, mais pour l’organisation. Les membres de la secte doivent accorder la priorité aux objectifs de la secte plutôt qu’à leurs soucis personnels, leurs intérêts, leurs études ou le développement de leur carrière. Les sectes ne s’intéressent à leurs membres qu’en tant qu’éléments parfaitement huilés du système, dont lesdits membres ignorent d’ailleurs toutes les activités et ramifications. Dès qu’ils ne répondent plus à ce critère d’utilité, les membres qui auraient, par exemple, émis des doutes sont qualifiés “ d’infidèles ”.


f) Relation dualiste avec le monde extérieur


Les sectes ont une vision dualiste du monde. Le monde en dehors du groupe est caractérisé comme “ satanique ”. Au sein du groupe, on perçoit la lumière et on est près de Dieu. En dehors du groupe, on vit dans la pénombre et on est la proie des mensonges et des apparences. L’aspect positif de cette vision — si l’on peut parler d’aspect positif — est qu’elle donne au membre de la secte — dont la personnalité a été anéantie — un sens aïgu du respect de soi.



g) Autoprésentation douteuse


Les sectes font du prosélytisme. Il s’agit avant tout de recruter de nouveaux membres. Finalement, tout le monde doit y croire. Elles sont toutefois aussi parasitaires, parce qu’elles existent par la grâce des institutions qu’elles combattent : l’Eglise, l’Etat, l’armée, le syndicat, etc.

Elles se présentent souvent sous les formes les plus innocentes, à savoir comme un groupe d’étude de la Bible, un groupe d’entraide, de yoga ou de méditation, ou encore comme une organisation de jeunesse, un groupe de chant, un groupe dont le but est d’éliminer le stress, de comprendre sa propre psyché, de vivre plus en harmonie avec la nature, etc.

Tous ces groupes ne font aucune allusion, surtout au début, aux liens qui les unissent aux organisations connues pour être des sectes. La religion n’est en général qu’un appeau. Le marketing est le maître mot.


h) Centre de documentation ministériel


Parmi les cinq critères précités, il en est trois principaux, à savoir l’obéissance inconditionnelle, la programmation mentale et l’exploitation organisationnelle, principalement parce qu’ils ne reposent pas sur des catégories religieuses.

Cette approche présente un double avantage : premièrement, elle est basée sur des pratiques — on devra souvent vérifier concrètement si un groupe déterminé s’est livré à ces pratiques illicites — et, deuxièmement, les arbres ne risquent pas de nous cacher la forêt, étant donné que le phénomène des sectes présente une très grande variété, tant en ce qui concerne le nombre de leurs membres (d’après des chiffres de 1995 fournis par eux mêmes, les Témoins de Jéhovah sont au nombre de 26 853, alors que d’autres organisations ne comptent qu’une centaine, voire quelques dizaines de membres) qu’en ce qui concerne leur “ croyance ” (New Age, yoga, etc.).

Le professeur Denaux n’est personnellement pas favorable à l’établissement d’une liste de sectes, telle qu’elle existe en France. Il craint que cela ne dégénère rapidement en une chasse aux sorcières, parce qu’une fois sur la liste, le groupement religieux sera souvent considéré a priori comme une secte et ne pourra que difficilement apporter la preuve du contraire. Qui plus est, tout le monde n’est pas familiarisé avec la pensée religieuse ou orientale adoptée par les sectes.

L’intervenant estime que les critères qu’il a évoqués peuvent également s’appliquer à certains groupes thérapeutiques (tels que le Leading Successful People, qui coupent quelque part leurs membres de la réalité en leur faisant croire à leur propre invincibilité) et à des groupements politiques radicaux.


Il propose dès lors la définition suivante : “ Groupements d’individus qui partagent une conviction philosophique et religieuse et qui propagent ou organisent cette conviction d’une manière telle qu’ils portent fondamentalement atteinte à l’intégrité et à la liberté personnelles de leurs membres ”.

Quiconque a une idée de la complexité de l’âme humaine ne pourra nier l’existence de cette contrainte, qui n’est pas tellement basée sur un lavage de cerveau mais plutôt sur l’endoctrinement.

L’intervenant met ensuite en garde contre deux attitudes extrêmes. Ou bien on se lance dans une chasse aux sorcières ou bien on excuse tout et on ne se défend pas contre ce poison lent qui s’attaque aux individus, aux familles et même à l’appareil de l’Etat.


Entre l’alarmisme et le négationnisme, la seule solution consiste à informer davantage et à mieux informer. Le professeur propose, dès lors, la création d’un centre de documentation ministériel chargé d’informer le public et les instances concernées. Ce centre devrait pouvoir compter sur une aide financière et devrait se composer d’un nombre équilibré d’experts issus de diverses disciplines : sociologues, juristes, psychologues et théologiens ainsi que de représentants mandatés des diverses traditions religieuses et philosophiques de notre pays. L’intervenant souligne que le matériel devra provenir aussi bien des membres des sectes que d’ex membres afin de se faire une image la moins partiale possible du phénomène.




i) Le danger des sectes


L’intervenant estime que l’on surestime fréquemment le danger que représentent les sectes. Il s’agit en fin de compte d’un phénomène marginal qui concerne tout au plus quarante mille personnes. Il estime également qu’en raison de leur caractère fermé, elles n’ont qu’un impact social limité. Elles ne sont pas non plus en mesure de perturber l’ordre démocratique. Cela n’empêche toutefois pas qu’un groupe comme la secte d’Aoum Shinrikyo, coupable d’un attentat au gaz dans le métro de Tokyo, puisse entreprendre des actions dangereuses. Il s’agit toutefois de faits exceptionnels. L’arsenal juridique existant suffit pour lutter contre de tels phénomènes.

Par contre, les sectes sont parfois très dangereuses pour les individus. C’est surtout parce que les individus sont un nœud de relations sociales et familiales que l’on peut affirmer que les sectes sont socialement nuisibles et détruisent les valeurs familiales. Il est toutefois difficile de lutter avec les moyens juridiques existants contre la privation de liberté mentale dont elles se rendent coupables, étant donné que légalement, hormis les cas de démence constatés médicalement, on part du principe que les individus jouissent de la plénitude de leurs facultés mentales.

L’orateur estime qu’il n’est certes pas nécessaire d’élaborer une législation spécifique. Il formule toutefois deux propositions visant à permettre d’agir préventivement et curativement : premièrement, organiser une campagne d’information dans les écoles et les médias et deuxièmement, créer par province ou par région, un centre d’accueil pour prendre en charge et, le cas échéant, aider les adeptes et les membres de leur famille concernés.


j) Le besoin de réflexion


Il s’impose de consacrer une réflexion sociale au phénomène des sectes lui même, au pourquoi de leur succès. Les sectes abusent en effet souvent d’impulsions positives, telles que la quête de sens et de certitude et la recherche d’une communauté à dimension humaine. L’émiettement postmoderne de notre existence ébranle de plus en plus les certitudes matérielles et intellectuelles de l’individu au profit d’un rêve de prospérité superficiel et banal. L’homme est, de par sa nature, en quête de sens. Mais l’époque à laquelle nous vivons relègue cet aspect dans la sphère des préoccupations purement personnelles.

L’orateur termine son exposé par une citation de Jean Vernette, délégué épiscopal pour le problème des sectes, qui a déclaré ce qui suit dans le rapport du parlement français :

“ Le rapport a de réels mérites. Mais il demande à être prolongé dans et par une réflexion de fond, en s’ouvrant à d’autres points de vue autorisés, sous peine de ne pas être opératoire pour la solution du phénomène sectaire. Les humanistes et les croyants se rappellent ici que Bergson appelait notre société à un “ supplément d’âme ”. En privé, Malraux pressentait cela comme indispensable pour la survie de notre civilisation. Là se situe peut être le nœud du problème. ”




3. Audition de M. Van den Wyngaert, professeur de philosophie (Hoger Pedagogisch Instituut van de Kempen) et fondateur de la VVPG (Vereniging ter verdediging van persoon en gezin)


M. Van den Wyngaert souhaite centrer son intervention sur la dépersonnalisation systématique pratiquée au sein des groupes sectaires.


Selon lui, il ne convient pas de tenter de déterminer quelles sont les sectes dangereuses, et ce pour deux raisons :

— les pratiques sectaires commises à l’encontre des droits de l’homme dépassent largement le cadre des sectes généralement connues;

— il est illusoire de vouloir interdire les sectes les plus puissantes car elles poursuivront de toute manière leurs activités de manière clandestine.

Il faut donc avant tout veiller à ce que ces groupements respectent la loi et la Convention des droits de l’homme, si bien qu’ils ne puissent plus avoir recours aux méthodes de dépersonnalisation systématique.


Que faut il entendre par dépersonnalisation ?

Comme l’a montré Minsky, un des inventeurs de l’intelligence artificielle, la personne humaine se compose de plusieurs strates qui se construisent successivement l’une sur l’autre au cours de l’évolution. C’est ainsi que nous sommes tous encore “ porteurs ” de notre enfance, de notre période scolaire, etc.

La culture, avec les jugements de valeur qu’elle implique dans tous les domaines, est un élément tellement complexe que nous l’avons reprise purement et simplement d’un nombre restreint de personnes avec lesquelles nous entretenons des liens affectifs privilégiés, notamment nos parents.

Toute notre évolution ultérieure s’accomplit continuellement dans la confrontation avec notre passé. Cela signifie que, normalement, toutes les influences que nous subissons font d’abord l’objet d’un jugement intérieur.

La dépersonnalisation consiste à fermer autant que possible toutes les strates à un moment donné et à y superposer une image tout à fait différente de la personne, image qui ne communique plus avec le substrat mais est alimentée de l’extérieur.

C’est ainsi qu’aux Etats Unis, la secte “ Church of Boston ” a fait réaliser une étude du profil psychologique de ces membres. Il en ressort que les trois quarts des membres présentent un profil extraverti, actif et très sensible, ce qui correspond à l’idéal propagé par la secte. Auparavant, il n’y avait qu’un cinquième des adeptes qui présentait ce profil. Les adeptes ont subi une transformation fondamentale de leur personnalité. Le même modèle a été imposé à tous.

La dépersonnalisation constitue la forme la plus profonde d’influence de la personnalité et s’opère en combinant des méthodes spirituelles (l’art de persuader et de convertir) et des méthodes psychologiques (comme celles utilisées en psychiatrie et dans les régimes totalitaires).

En ce qui concerne les méthodes spirituelles et éthiques, la plus répandue est l’encouragement à l’orgueil ou l’hybris.

Les sectes se caractérisent par la présence d’un chef religieux, un orgueil collectif sans bornes et l’assurance de soi. Vont de pair avec ces caractéristiques, des traits manifestement psychotiques : la perte de tout sens des réalités dans un domaine déterminé. On considère que l’on a le monopole de la vérité, que celle ci est irréfutable. Les adeptes attachent plus d’autorité à leur théorie qu’aux faits, ce qui les rend inaccessibles et non influençables. Cela est, à leurs yeux, une qualité. C’est ainsi que l’énergie et l’enthousiasme du facteur humain sont poussés à leur paroxysme. M. Van den Wyngaert cite, à cet égard, l’exemple des scientologues et des témoins de Jéhovah, qui prestent tous des semaines de soixante heures ou plus.

Il y a encore d’autres traits psychotiques. Ainsi, Marc Galanter explique que les membres de “ Divine Light ” entendent des voix et ont des visions, qui indiquent normalement une psychose mais qui, en l’occurrence, ne troublent apparemment pas les membres.

Les membres de Krishna ont, eux aussi, des visions, qui s’accompagnent d’un sentiment d’unité avec l’univers. Dans la “ Méditation transcendantale ”, il y a souvent une expérience initiale de félicité, que l’on tente en vain de susciter à nouveau. Souvent, on observe une forme de transe au cours de la méditation.

Une variante de l’esprit de démesure est l’obligation de tendre vers l’autolibération et la perfection suprême. Cela ne se fait jamais à la faveur de la grâce, mais par la force du sujet. Escriva, le fondateur de l’Opus Dei, appelle même l’élite à devenir un “ saint canonisable ”. A cet égard, le témoin souligne, par ailleurs, l’existence de certaines pratiques sectaires au niveau des “ numéraires ”.

Les personnes appartenant aux couches supérieures de la population et possédant des diplômes d’études supérieures se laissent plus facilement embrigader, parce que la secte leur donne l’illusion d’être meilleures et plus fortes.

Les dirigeants des sectes utilisent également des moyens psychiques.

Ils essaient notamment de décharger les souvenirs personnels. Dans l’Eglise de Scientologie, les candidats sont connectés à un détecteur de mensonges qui mesure l’intensité du courant. Différents sujets sont traités, jusqu’à ce que l’on constate que l’aiguille du détecteur dévie. Le sujet en question est alors approfondi, de sorte que l’intéressé se souvient d’expériences émotionnelles qui ont laissé des traces dans son psychisme (traces appelées “ engrammes ” par les scientologues). Cette technique psychanalitique est dénommée “ confession ”. Si une expérience intéressante a surgi, le patient doit la revivre sous légère hypnose jusqu’à ce qu’il puisse être confronté à l’événement sans que cela ne le trouble. Le souvenir est déchargé; un lien avec le passé est rompu. L’idéal est de devenir “ clear ”, en fait une forme d’apathie, une sorte d’inaccessibilité.

Une deuxième étape consiste à ressusciter aussi les souvenirs de la vie fœtale et des vies antérieures. La distinction entre la réalité et la fantaisie devient de plus en plus floue. Le sens des réalités est anéanti aussi systématiquement qu’il avait été développé précédemment par les parents et les professeurs.

Le passé personnel est dépouillé de sa teinte émotionnelle et de ses jugements de valeur et noyé dans un certain nombre de pseudo souvenirs.

On essaye par ailleurs d’isoler complètement les membres de la secte. La secte doit remplacer la véritable famille et les véritables parents. Dans de nombreuses sectes, les véritables parents sont ramenés à des parents “ physiques ”. Chez Krishna et Bhagwan, les disciples ont soi disant eu beaucoup d’autres parents au cours de vies antérieures.

Presque toutes les sectes ont un Père divin ou une Mère divine, à l’égard duquel ou de laquelle les membres se comportent de manière infantile.

Tous les autres liens aussi sont ramenés à la jalousie, la manipulation et l’égoïsme. L’Opus Dei met en garde contre les prêtres et évêques, voire même les “ saints ” de l’Eglise catholique. La seule vérité (garantie) se trouve au sein du mouvement.

La réalité antérieure est remplacée à cet égard par un monde fantaisiste.

Selon Piaget, le sens de la réalité signifie que l’on peut reconnaître des objets, que l’on peut se situer dans le temps et l’espace et que l’on perçoit le lien de causalité. C’est ainsi que se forme la véritable personnalité. Dans les sectes, tout cela est anéanti.


Le temps est vécu autrement. Pour les mouvements pentecôtistes et les témoins de Jéhovah, la fin du monde est proche. Dans toutes les sectes, tout est urgent. L’histoire est également réécrite selon leur propre imagination. La secte Moon divise tout en de belles périodes arithmétiques, qui montrent que le Messie va arriver. Pour l’Arche, le monde n’existe que depuis huit mille ans et la théorie de l’évolution est l’œuvre du démon.

La perception de l’espace : pour les adeptes de Moon, la Corée est le centre du monde. Pour Krishna, les Américains ne sont jamais allés sur la lune, tout cela n’était qu’un attrape nigaud.

La causalité : la plupart des sectes sont holistiques et remplacent les causes multiples par une seule. C’est ainsi que, pour la Méditation transcendentale, le stress est la cause de tout : si 5 % de la population faisaient de la méditation, la criminalité diminuerait de manière drastique. Sans parler des guérisons miraculeuses.

Même les objets ne sont plus à l’abri. Sathya Sai Baba crée des cendres médicinales à partir du néant. Les scientologues créent également, au besoin, de la matière, mais celle ci reste invisible aux yeux des autres.

La transe serait une “ preuve ” que la secte détient la vérité. La transe est une forme d’autohypnose. De nombreuses techniques de méditation avec répétition de mantras, etc., y recourent. Cela procure un sentiment de bonheur et conforte la foi des disciples.


Les sectes utilisent également des méthodes qui relèvent de la thérapie du comportement. Un homme vit par ses actions, ses pensées et ses émotions. Si une de ces trois facettes s’écarte trop des autres, on recherchera l’équilibre en l’adaptant (Festinger). Les sectes font tout de suite participer les nouveaux disciples. Les rituels agissent sur leur manière de penser et leurs émotions sans qu’ils s’en aperçoivent.

Les dirigeants donnent en outre toutes sortes de directives pour la vie de tous les jours. Ces prescriptions détaillées excluent tout pouvoir de décision. Les membres des sectes ne sont en général presque plus capables de prendre une décision seuls.

Au début, le disciple bénéficie de toute l’attention du groupe. C’est la période du “ love bombing ”.

Bien vite, il est confronté à un dilemme : sauver le monde avec ce groupe sympathique ou laisser passer sa chance. En cas de doute, la secte fournit un conseiller et les autres sont rendus suspects. Ainsi, la réalité est désormais scindée en un groupe de bons et un monde de mauvais. Pour développper cette conception, on recourt à des notions disjonctives.

Au sein du groupe, on passe alors à un système de récompenses et de sanctions. La sanction consiste à se voir priver d’attentions. Ce système est assez efficace, étant donné qu’entre temps, toutes les relations en dehors du groupe ont été rompues. La résistance est quasi impossible, étant donné que la vie privée et la réflexion personnelle sont tout à fait dévalorisées.

Pour nous, les sentiments sont l’écho de la situation réelle. Dans toutes les sectes, on ne reconnaît plus cette fonction de fait. En revanche, les sentiments font l’objet d’une appréciation morale : ils sont bons ou mauvais. Sont habituellement qualifiés de positifs : l’assurance, l’enjouement, la foi. Sont qualifiés de négatifs : l’incertitude, la tristesse, etc. Les sentiments ne jouent dès lors plus le rôle d’écho de la réalité, ni de signal d’alarme lorsque quelque chose ne va pas. La réaction adéquate est de travailler et de croire davantage.

M. Van den Wyngaert souligne à nouveau que si les droits de l’homme étaient vraiment respectés (cf. Code éthique de l’Eglise catholique romaine et des ordres monastiques), la dépersonnalisation systématique ne serait plus possible. Peut être la loi pourrait elle, à cet égard, être précisée à différents niveaux.

Pour respecter la vie privée, le conseiller (psychiatre, psychologue, médecin, confesseur, conseiller moral) doit être tenu au secret. Tout doit se faire en fonction de la personne qui demande conseil, et non dans l’intérêt de l’organisation. Dans les sectes, la dispensation de conseils est cependant utilisée comme moyen de manipulation. Lors du recrutement d’un nouveau membre, il y a, au sein de l’Opus Dei, un échange d’informations entre le supérieur, le confesseur et le recruteur, et ce, à l’insu du candidat.

Souvent, les membres communiquent tout ce qu’ils savent l’un de l’autre à l’échelon supérieur. Une véritable confidentialité entre les membres est tout simplement expressément interdite.

En outre, l’orateur estime que les centres de formation créés par les sectes devraient déclarer clairement ce qu’ils sont, ce qui n’est clairement pas le cas de l’Ecole de Philosophie.

L’Eglise de Scientologie et l’Opus Dei dispensent des informations en matière de toxicomanie ainsi qu’une guidance dans le domaine des études sans déclarer ces activités comme telles.

Il convient de protéger les personnes vulnérables et les mineurs d’âge. Les sectes interviennent de préférence lors de moments difficiles. Un tel abus est sanctionné dans la législation française et italienne. Il conviendrait d’adapter la loi belge en ce sens. Un certain nombre de sectes entrent en contact avec des mineurs d’âge à l’insu des parents. Elles demandent même le silence.

L’intervenant estime que les enseignants, les médecins, les responsables de mouvements de jeunesse, etc. ne peuvent profiter de leur position pour recruter secrètement des membres pour les sectes.

La liberté d’information doit, elle aussi, être garantie. Une secte ne pourrait interdire à personne de parler avec d’autres. Les lettres doivent être transmises sans avoir été ouvertes.

On déconseille aussi souvent aux membres des sectes de lire ou de suivre l’actualité. Ces personnes sont à ce point submergées, qu’elles n’ont tout simplement plus le temps de recueillir des informations alternatives.

Certaines professions (les psychiatres, les journalistes, etc.) sont systématiquement noircies, notamment par les scientologues. La famille des membres des sectes et les autres églises font aussi l’objet de critiques.

Les membres des sectes devraient aussi pouvoir quitter le groupe librement. Chez les jésuites on aide ceux qui quittent l’ordre. Mais dans les sectes, on crée la phobie selon laquelle il n’y a plus de vie ni de bonheur possible en dehors de la secte et on rend la vie des anciens membres aussi difficile que possible. Tous les liens avec la famille et les amis sont rompus.

On peut aussi se demander dans quelle mesure les dons faits à des sectes peuvent être considérés comme valables, étant donné qu’il n’est pas prouvé que le membre ait marqué son accord.

Le danger des sectes réside dans une large mesure dans l’obéissance aveugle de ses membres. Comme la réalité ne constitue plus une limite pour eux et que la fin justifie les moyens, tout devient possible, a fortiori lorsque le dirigeant détient une autorité divine.

Les personnes qui ont subi une telle dépersonnalisation y restent très sujettes même après avoir quitté la secte.

M. Van den Wyngaert souligne par ailleurs qu’il est quasi impossible de rester marié à un membre d’une secte. Souvent la secte insiste pour que le membre divorce. Lors de l’attribution de la garde des enfants, il ne faut pas seulement tenir compte de la liberté de religion, mais aussi du milieu fanatique et fermé, qui n’a aucun respect pour les droits de l’homme, que constitue une secte.

En guise de conclusion, M. Van den Wyngaert déclare qu’il est convaincu qu’il convient d’examiner prioritairement les pratiques sectaires et leur incidence. Il conviendrait ensuite d’en dresser la liste et de mentionner l’endroit où elles apparaissent. Une telle liste présenterait beaucoup plus d’intérêt qu’une liste de bonnes et de mauvaises sectes.

Il est également important d’organiser une campagne d’information à grande échelle, notamment dans l’enseignement, auprès des magistrats, des médecins et des travailleurs sociaux.

Les sectes étant des groupements totalitaires, il est primordial d’empêcher que certains de leurs membres ne puissent infiltrer les rouages de l’Etat (armée, police, magistrature, etc.).

Grâce à l’action de certaines organisations, les sectes admettent de plus en plus souvent que leurs adeptes puissent rendre visite à leur famille. On peut alors tenter de discuter avec eux tout en respectant néanmoins entièrement leur liberté. L’orateur estime qu’il faut faire pression sur les sectes pour qu’elles permettent la discussion. La seule façon de persuader une personne de quitter une secte est en effet d’essayer au cours de conversations de faire resurgir son ancienne personnalité. En présence d’ex membres d’une autre secte, on peut également tenter de lui démontrer la manière dont fonctionne le système sectaire.

L’orateur estime qu’il est dangereux de cataloguer les sectes en fonction de leur dangerosité. Nous n’avons pas le droit de juger le membre d’une secte car il est généralement de bonne foi. Sa vision de la société est différente de la nôtre. La liberté de culte et d’association doit être respectée. Il nous faut donc exclusivement veiller à ce que les sectes renoncent à leurs pratiques illicites.

Comme le professeur Dobbelaere, le témoin estime qu’il serait bon d’engager le débat avec les mouvements sectaires et de leur proposer un code éthique aux groupements sectaires, en relation avec les droits de l’homme. Il s’agirait d’un moyen de pression important, susceptible de provoquer certaines dissensions au sein de ces groupements quant à son éventuelle application.


4. Audition de Mme A. Morelli, professeur à l’Institut d’étude des religions et de la laïcité de l’ULB


L’oratrice a mené durant 12 ans des enquêtes auprès des sectes avec le concours des étudiants en sociologie des religions. Ces derniers ont suivi les activités d’un certain nombre de sectes, de sorte que 103 dossiers ont été constitués dont plus de 90 concernant des mouvements actifs à Bruxelles.


Selon Mme Morelli, il convient de relativiser l’importance du phénomène des sectes. En effet, les leaders des mouvements, les journalistes de même que les associations anti sectes gonflent le nombre des adeptes.

Les premiers veulent se donner de l’importance, les deuxièmes souhaitent attirer l’attention du lecteur, tandis que les troisièmes visent à obtenir leur reconnaissance assortie de subsides.

De plus, les informateurs de police gonflent également les données statistiques.

Le public cible intéressant les mouvements sectaires est extrêmement diversifié. Il peut s’agir de jeunes, de familles avec enfants, d’anciens soixante huitards ou de prépensionnés actifs, par exemple.


L’oratrice estime que le terme “ secte ” ne doit pas systématiquement être assimilé au terme “ danger ”.


Il existe un certain nombre de groupes dangereux et l’arsenal législatif dont la Belgique dispose permet de les combattre.

Par ailleurs, Mme Morelli estime que les critères appliqués par la commission d’enquête française présidée par M. Gest ne sont pas objectifs. En effet, certaines affirmations comme, par exemple, “ les sectes sont d’apparition récente ” ou “ ce sont des mouvements religieux de petite taille ”, sont dénuées de pertinence.

D’autres sont peu nuancées. A titre d’exemple “ les sectes sont liées à des mouvements politiques douteux ”. Mme Morelli suppose que l’on veut parler de l’extrême droite. Toutefois, pareille affirmation n’est vraie que pour certains cas.

Le critère relatif à la nuisance est particulièrement complexe à définir. Vise t il des personnes s’imposant des mortifications ou adoptant un style de vie peu sain ? Dans l’affirmative, un tel critère s’applique aussi à l’ordre des Chartreux. Dès lors, deux solutions sont envisageables. Soit, on oblige ces personnes à vivre selon les règles sanitaires normales, soit on admet qu’il s’agit d’adultes consentants et qu’ils ne font aucun tort à la société civile.



Le critère des moyens financiers considérables caractérisant certaines sectes nécessiterait un travail de recherche infini.

Dans l’hypothèse où la rupture avec l’environnement familial et l’embrigadement des enfants devaient être retenus, les interventions des autorités seraient innombrables. En effet, dans le deuxième cas, par exemple, les autorités seraient également tenues d’intervenir auprès des groupes charismatiques au sein desquels les parents emmènent leurs enfants.

Le critère de l’infiltration des pouvoirs publics n’est guère praticable. Le témoin considère qu’il est normal sinon légitime que des groupes religieux ou confessionnels tentent d’influencer les décisions politiques.

Enfin, les critères ayant trait à la multiplicité des visages et au langage codé se révèlent inapplicables.


S’agissant des abus tels que l’exercice illégal de la médecine, les escroqueries ou la publicité mensongère par exemple, Mme Morelli estime qu’il convient de mettre en œuvre la législation existante de manière stricte et sans distinction aux fins de les combattre.

Dès lors, une législation prévoyant des peines à l’encontre de personnes contraignant un individu à faire partie ou à cesser de faire partie d’un groupe religieux n’est par opportune en ce sens qu’elle viserait aussi l’association de défense de l’individu et de la famille (ADIF).

D’autre part, une interdiction de cession de biens à une communauté religieuse ou à une secte serait mise en échec par le biais de montages juridiques.


En conclusion de son intervention, le témoin considère que l’on assiste à une individualisation de plus en plus grande de la religion tant à l’intérieur qu’à l’extérieur des Eglises. Une législation ne peut modifier cette tendance.

Le président fait observer que Mme Morelli tend à minimiser le phénomène sectaire, dans la mesure où celui ci serait monté en épingle par les médias. Ce discours accrédite l’idée que le pouvoir politique ne doit pas s’en préoccuper parce qu’il ne pourra le maîtriser. En outre, l’oratrice semble penser que les sectes et les grandes religions ne sont séparées que par une étape historique.



Toutefois, lorsque l’organisation sociale est susceptible d’être perturbée par les sectes, le pouvoir politique est tenu de prendre ses responsabilités. Le président met particulièrement en exergue les hypothèses de meurtres et/ou de suicides.

S’agissant de la distinction à établir entre une secte et une église, le président se réfère à un ouvrage, paru sous l’égide de l’Institut d’Etude des religions et de la laïcité de l’ULB (1), énonçant l’avis du pasteur protestant, M. Hof :


(1) Michèle Mat Hasquin, Les sectes contemporaines, ULB, Bruxelles, 1983 (2e édition).


“ Est église tout groupement religieux qui a la prétention d’englober en son sein tous les hommes appartenant à la communauté où il vit.


En droit, tous les hommes appartenant au groupe social au sein duquel vit l’église lui appartiennent aussi. L’église maintient autant qu’elle peut des relations diplomatiques avec l’Etat; accepte, jusqu’à la limite des concessions possibles, la culture du groupe au sein duquel elle vit, quitte à œuvrer silencieusement pour la faire évoluer dans le sens de son idéal ”.


“ Par contre, sont des sectes les groupements protestataires qui n’acceptent point l’espèce de compromis passé entre l’église et la société, entre l’appel religieux et l’ordre social. La secte se présente à ses adeptes comme l’arche au milieu de la tempête, la planche de salut au milieu de la corruption universelle. Elle ne prétend assurer le salut que d’un petit nombre, d’un reste d’élus, de saints que Dieu a choisi personnellement, individuellement pourrait on dire, en tout cas un par un. La secte présente un caractère nettement marqué d’exclusivisme, de repli sur soi, de retrait. Entrer dans une secte, c’est se retirer du monde et rompre avec lui. ”



“ Puisque tous sont élus au même titre, la secte ne comporte pas ou guère de sacerdoce hiérarchique. Tous sont oints et prêtres. L’accent est nettement mis sur l’expérience religieuse ”.


Les témoignages recueillis par la commission vont dans le sens de la définition précitée.


D’autre part, les ordres religieux fermés ne se caractérisent pas, semble t il, par une mise en cause de la société et de l’Etat ou par une forme de rupture avec le monde.

Mme Morelli observe, en ce qui concerne les suicides collectifs, que la presse a attiré l’attention du public sur les soixante personnes décédées dans le cadre de l’affaire de l’Ordre du Temple Solaire (OTS). Toutefois, à travers le monde, singulièrement en Inde et en Afrique noire, comme en Irlande ou en Israël, des milliers de personnes meurent pour des raisons religieuses et ces faits ne sont plus mis en exergue.


D’autre part, l’on peut se poser les mêmes questions concernant le suicide collectif des juifs de la citadelle de Massada assiégée par les Romains et celui des membres de l’OTS dans la mesure où ces personnes sont présentées comme des “ volontaires ” au suicide. D’un côté, un discours évoque leur sens admirable de la pureté religieuse. De l’autre côté, l’on parle d’escroquerie et de folie.



Concernant la distinction entre une secte et une église, il y a lieu de relever que l’église chrétienne des premiers siècles correspond à la définition des sectes du pasteur M. Hof dans la mesure où celle ci n’entretenait pas de bons rapports avec l’Etat, où elle prônait une rupture avec le monde et où l’on y constatait une absence de hiérarchie. Au cours des siècles, l’Eglise s’est structurée et a composé avec le monde civil.

Il est facile de tolérer des groupes qui nous sont en fait sympathiques mais cette tolérance doit s’appliquer évidemment aussi aux groupes qui nous paraissent de par leurs idées “ insupportables ”, tout en veillant à appliquer les législations en vigueur lorsque ces groupes commettent des abus.


Mme Morelli souligne que tout délit commis par les sectes est susceptible d’être sanctionné par la législation actuelle (détournement de mineurs, captation doleuse d’héritage, escroquerie, publicité mensongère ou exercice illégal de la médecine, par exemple).


En ce qui concerne la protection des mineurs, les interventions par voie d’autorité se justifient. Par contre, l’oratrice estime que l’on ne peut empêcher des majeurs de s’infliger toutes sortes de douleurs, voire de se suicider.

Il faut observer que, s’agissant des enfants nécessitant une transfusion sanguine dont les parents sont Témoins de Jéhovah, une solution est toujours trouvée en Belgique et que jusqu’à présent aucun enfant n’est jamais mort en Belgique pour ces raisons.

A l’égard de la diversité des croyances, la société civile peut adopter deux attitudes : soit elle ne s’en occupe aucunement, soit elle tente d’aménager une convivialité entre les différents groupes, quelles que soient leurs convictions.


Certaines sectes constituent des associations de malfaiteurs dont les responsables utilisent les aspirations religieuses des gens afin de satisfaire leurs intérêts personnels. Toutefois, l’exploitation sur le plan financier est difficile à prouver. En particulier, comment démontrer la mauvaise foi des responsables ?

L’intervenante ne discerne pas les critères qu’il conviendrait de mettre en œuvre à cet égard.

Quant aux abus sexuels, il y a lieu de poursuivre et de condamner leurs auteurs conformément aux dispositions légales en vigueur.


Concernant les informations recueillies par ses étudiants, Mme Morelli indique qu’elles sont accessibles à la bibliothèque de l’Institut d’étude des religions et de la laïcité de l’ULB. Il s’agit de travaux d’étudiants n’ayant pas fait l’objet de publications. Ces travaux ne mentionnent aucun renseignement relatif au financement des sectes ou à l’utilisation des fonds dont elles disposent.

Par ailleurs, en réponse à une question à ce sujet, le témoin indique qu’elle ne s’oppose pas à l’adoption d’une loi érigeant en infraction l’abus de la faiblesse d’une personne pour autant qu’elle ne vise pas spécifiquement les sectes. Le problème essentiel consiste à définir la notion d’état de faiblesse.


Quant à l’activité de groupements sectaires sur les campus universitaires, Mme Morelli précise qu’un certain nombre de groupes orientaux se développent à l’ULB. Il est légitime d’informer et de s’informer sur la teneur de ces groupes.



En conclusion, le témoin constate que les sectes arborent des visages changeants afin d’approcher les gens et de les rassurer en raison de la publicité négative qui leur est faite par les médias. Il est nécessaire d’informer toutes les classes d’âge, en particulier les jeunes et les personnes du troisième âge. L’information doit être détaillée afin de permettre à chacun de discerner ce qui se cache derrière chaque mouvement.

En réponse à la question de savoir s’il n’y a pas lieu d’opérer une distinction entre les personnes qui ont choisi de vivre une vie d’ascète et celles qui le deviennent au terme d’une déstructuration psychologique, notamment par le biais d’une privation de sommeil ou d’une alimentation carencée dont elles n’étaient pas prévenues, Mme Morelli fait remarquer que les privations de sommeil et de nourriture (jeûne) sont courantes dans de nombreux groupes religieux.

Elle souligne par ailleurs que la déstructuration de la personnalité au sein des sectes a donné lieu à l’apparition de “ déprogrammeurs ” dont la mission est en principe de rendre “ normal ” l’ancien adepte. En réalité, le couple déstructuration/déprogrammation donne lieu à un double lavage de cerveau aussi nuisible dans sa deuxième phase que dans sa première.




5. Audition de M. K. Dobbelaere (professeur à la faculté des Sciences sociales de la KUL)



M. Dobbelaere renvoie à une interview parue dans le Standaard des 1er et 2 juin 1996 à la suite d’une conférence donnée à l’université de Liège, interview dans laquelle il a notamment exprimé le vœu qu’à l’instar des autorités anglaises, les autorités belges installent un centre d’information et de documentation qui fournirait de manière neutre des informations sur les minorités religieuses aux personnes qui seraient intéressées.

L’orateur ne croit pas qu’il existe une définition univoque de la notion de “ secte ”.

La définition donnée par Le Robert (“ Groupement d’individus qui partagent une conviction philosophique ou religieuse qui est soumis à l’autorité d’une personne ou d’une hiérarchie ”) pourrait en effet s’appliquer, en premier lieu, à l’église catholique.

Traditionnellement, les sectes ont été définies en Europe (du moins, en sociologie) comme étant des mouvements schismatiques, c’est à dire des mouvements qui ont rompu avec la ligne chrétienne.

Les dix caractéristiques d’une “ secte dangereuse ”, énumérées dans le rapport de la commission d’enquête parlementaire française (Les sectes en France, éditions Patrick Banon, Paris 1996, p. 25), paraissent également insuffisantes à l’orateur.

Certaines de ces caractéristiques pourraient en effet également s’appliquer à d’autres groupements et institutions :

— le caractère exorbitant des exigences financières (certains instituts de formation);

— la rupture induite avec l’environnement d’origine (monastères);

— le discours plus ou moins antisocial (les chrétiens pour le socialisme);

— l’importance des démêlés judiciaires (entreprises, partis politiques, l’Eglise);

— l’éventuel détournement des circuits économiques traditionnels (de nombreuses entreprises);

— les tentatives d’infiltration des pouvoirs publics (la franc maçonnerie, l’Opus Dei).

Le témoin souligne que le fait qu’il ait réalisé des études, en tant que scientifique, sur la Soka Gakkai, les Témoins de Jéhovah, les adeptes de Moon et l’Eglise catholique ne signifie nullement qu’il soit membre (d’un) de ces mouvements.

Il met également en garde contre toute généralisation par trop hâtive de la presse, tendant à mettre toutes les sectes dans le même panier, et contre le lobby très actif des groupements antisectes (principalement étrangers), qui ne se basent que sur des enquêtes effectuées auprès d’anciens membres et auprès de parents malheureux.

Leurs thèses reposent très souvent sur un sondage tronqué et sur une construction sociale. Il est frappant de constater que d’anciens membres, qui n’ont jamais été en contact avec des mouvements antisectes, parlent simplement d’une erreur de leur part. Or, dès qu’ils travaillent avec un groupement antisectes, ils en reprennent — ainsi que des enquêtes le montrent — toute la philosophie et commencent à parler de lavage de cerveau, de manipulations, etc.


L’intervenant estime que les véritables problèmes en matière de sectes sont les suivants :

1. l’application par tous les mouvements religieux de toutes les lois du pays, y compris sur le plan de la sécurité sociale de leur personnel;

2. la nécessité de doter tous les mouvements religieux enregistrés d’un statut uniforme;


3. l’interdiction de recruter activement des personnes qui n’ont pas atteint l’âge de la majorité légale sans toutefois porter atteinte au droit des parents de choisir la religion de leurs enfants.


M. Dobbelaere estime par ailleurs que, lors du recrutement, la secte doit se présenter immédiatement en tant que telle, comme le font les Témoins de Jéhovah et les mormons.

L’intervenant considère également comme essentiel le droit pour les adeptes de prendre contact avec les membres de leur famille et leurs amis. Ce droit devrait également être accordé aux membres de certains ordres monastiques.

Il importe également que l’adepte qui quitte la secte puisse recevoir tous les dossiers qui le concernent, afin d’éviter que l’on utilise ultérieurement ceux ci contre lui.

L’intervenant ne trouve pas anormal que celui qui adhère à un groupe en adopte la culture (cf. l’appartenance à un parti politique).

Il estime que les nouveaux mouvements religieux ou sectaires (par exemple, Soka Gakkai) peuvent créer des associations culturelles ou des instituts d’information ou de formation et, par exemple, organiser des concerts, à condition qu’ils respectent la loi belge (y compris la législation fiscale).

M. Dobbelaere estime, lui aussi, que la loi belge doit également s’appliquer sans restriction en matière répressive.

Les cours que certains groupes religieux font payer à ceux qui les suivent sont effectivement très onéreux (200 000 à 700 000 francs). L’intervenant estime que si ces cours peuvent être suivis par étapes et que l’on peut cesser de les suivre après chaque partie, cela ne pose cependant pas de problème. La renonciation par les enfants à leurs droits successoraux constitue également un problème. Il estime qu’il convient de résoudre ces deux problèmes en promulguant une législation spécifique. Il propose de créer parallèlement au centre d’information et de documentation précité, qui est habilité à demander les informations nécessaires et à informer l’opinion publique au sujet de pratiques illicites, une commission d’agrément comparable à la Charity Commission anglaise.

Celle ci mène une enquête et peut rejeter une éventuelle demande d’agrément. Cela s’est déjà produit. Le nouveau mouvement religieux peut s’adresser au tribunal afin d’essayer d’obtenir ce statut. Dans le système juridique anglais, on détermine alors, au terme d’un débat contradictoire et d’une expertise contradictoire, s’il s’agit ou non d’un mouvement religieux. De cette manière, on peut éviter qu’une personne déclare, à un moment donné, qu’elle représente une religion. On peut rétorquer à cette personne que ce n’est pas le cas, qu’elle ne peut porter ce titre et qu’elle est même susceptible de sanctions parce qu’elle ne dispose pas d’un agrément légal.

Un tel agrément ne doit évidemment pas impliquer en Belgique que les nouveaux mouvements religieux percevraient, à l’instar des cultes reconnus, une aide financière de l’Etat.

Le témoin n’a pas étudié le circuit financier du mouvement Moon. Il n’a pas non plus été autorisé à examiner les finances de l’église catholique ou la situation des prêtres quittant l’église.


Il est exact que certains mouvements religieux tentent de se légitimer de manières diverses.

Sur une base purement scientifique, L’Eglise de Scientologie peut être considérée comme une religion. S’il était toutefois établi que ce groupe possède les caractéristiques requises sur le plan théologique, mais qu’il ne les développe pas en réalité, son caractère religieux pourrait être mis en question.


Cela pourrait être une des missions du centre d’information et de documentation qui devrait être créé par les pouvoirs publics, et qui, comme en Angleterre, relèverait du ministère de l’Intérieur.


M. Dobbelaere pense à cet égard à un institut pluridisciplinaire au sein duquel aussi bien des sociologues, des psychologues que des juristes exerceraient des fonctions de conseillers.

Un institut de ce type permettrait également de coordonner les enquêtes dans le pays et à l’étranger en vue de fournir des informations correctes au sujet des mouvements religieux.

L’intervenant renvoie à cet égard à ses publications relatives à la Soka Gakkai en Angleterre (“ A time to chant ”, Oxford University Press, en collaboration avec Brian Wilson) et aux bouddhistes Nichiren Shôshû en Grande Bretagne.

Dans cette dernière étude, l’auteur insiste fortement sur le fait que de nombreuses personnes adhèrent à un mouvement religieux pour des raisons sociales et non pour des raisons d’ordre religieux (ils veulent résoudre les problèmes actuels auxquels ils sont confrontés). L’auteur présume que cette démarche s’explique par le fait que les églises et institutions existantes n’apportent pas de réponse à ces problèmes.

M. Dobbelaere se félicite que, contrairement à la commission d’enquête parlementaire française, les travaux de cette commission soient publics et que la commission publie la liste des témoins qu’elle entend.

Trois mouvements religieux ont refusé, pour des motifs divers, de participer à une étude dirigée par l’auteur. Il s’agit de La Famille, l’église des Mormons (uniquement l’église centrale de Salt Lake City, l’église belge était pour sa part disposée à collaborer) et le groupement qui a été créé par M. Arm  strong à Los Angeles.

Il est exact que la Soka Gakkai comprend également un mouvement politique qui a fondé un nouveau parti au Japon en s’alliant avec un parti socialiste. En Europe également, il y a des liens entre les églises et les partis. Il s’agit d’un mouvement laïque qui s’insère dans le cadre d’une école bouddhiste que Nichiren a fondée.

L’intervenant ne sait pas si ce mouvement sera condamné ou non (pour fraude fiscale) par la justice japonaise.

Si, dans de nombreux cas, le VVPG (Vereniging ter Verdediging van Persoon en Gezin), effectue du bon travail, elle se base toutefois trop souvent sur des informations émanant de personnes qui ont quitté le mouvement religieux ou sur des plaintes de membres des familles d’adeptes.

En Angleterre, les parents et les établissements scolaires font appel à “ Inform ” pour fournir aux jeunes des informations objectives sous la forme de conférences dans les écoles. L’auteur estime que cette formule garantit davantage le caractère objectif de l’information.

Enfin, M. Dobbelaere répète que si une religion reconnue commet une infraction de nature juridique ou autre, le label de “ religion ” doit lui être retiré.



6. Audition de M. L. Nefontaine, collaborateur scientifique à l’ULB


M. Nefontaine précise que la notion de “ secte ” est difficile à définir.

Les quatre indices de nuisance mentionnés par le ministre de la Justice (Doc. no 313/5 95/96, p. 6) ne lui paraissent pas bien choisis, parce qu’ils peuvent s’appliquer à d’autres communautés liées à une des religions traditionnelles.

L’intervenant ne croit pas qu’il faille élaborer une législation spécifique pour les sectes.

L’établissement d’un répertoire des mouvements sectaires (cf. le rapport de la commission d’enquête française) lui paraît dangereux, parce que cela donnerait également une mauvaise image d’organisations tout à fait honorables (par exemple l’Ecole de la Rose Croix d’or, l’antoinisme, les Hommes d’affaires du plein évangile). Par ailleurs, le fait que des gens tout à fait normaux réfléchissent et agissent au sein de groupes minoritaires suscite en effet souvent la réprobation ou pour le moins la méfiance.

L’établissement d’une telle liste de sectes comporte aussi un risque de confusion entre les vraies sectes et les fausses sectes. Ainsi, il y a, par exemple, toute une série d’associations qui utilisent le terme “ Rose Croix ” dans leur dénomination. Le fait que le nom d’une de ces associations figure, à juste titre ou non, sur une liste de sectes peut toutes les rendre suspectes. La même chose pourrait se produire pour “ la Grande Loge souveraine internationale magique et théurgique de rite égyptien — Cagliostro ”, qui peut facilement être confondue par le grand public avec le rite de Memphis Misraïm.

Enfin, les sectes changent aussi souvent de dénomination, ce qui rend l’établissement d’une telle liste inutile.

L’intervenant met aussi en doute les propos que M. Gest a tenus devant la commission :


“ Le président Gest attire également l’attention sur le danger des manipulations qui peuvent se manifester. Il relate ainsi que peu avant le débat à l’Assemblée nationale sur le rapport de la commission d’enquête, des articles émanant de chercheurs du CNRS et de scientifiques ont paru dans les plus grands journaux. L’analyse a montré que les auteurs de ces articles avaient des liens assez profonds avec les sectes les plus importantes. ” (Doc. Chambre n° 315/5 95/96, pp. 23 24).

Cette affirmation sans aucun fondement (qui jette la suspicion sur toute étude scientifique concernant l’une ou l’autre secte) s’inscrit, selon l’orateur, dans une véritable psychose antisecte. Le rapport Gest Guyard présente également ce travers.

Selon lui, l’établissement d’une liste de “ sectes ” aurait un effet pervers : il isolerait des groupes inoffensifs, ce qui ne ferait que renforcer la tendance sectaire.


Les médias (et, en particulier, la télévision) devraient, eux aussi, donner une image plus nuancée des sectes qu’elles ne le font actuellement. Les témoignages d’anciens adeptes, si précieux soient ils, doivent être traités avec circonspection.

M. Nefontaine estime que si la première partie du rapport Gest Guyard peut prêter le flanc à la critique, les deuxième et troisième parties dudit rapport (notamment en ce qui concerne les critères permettant de reconnaître les sectes dangereuses) sont toutefois très pertinentes.

Certains sociologues français estiment que d’importantes associations qui luttent contre les sectes (en particulier l’ADFI et le “ Centre Roger Ikor ”) présentent des tendances sectaires.

Selon une étude récente de MM. Baffoy, Delestre et Sauzet, il existe également, au sein du catholicisme, des sectes dont certaines sont considérées comme dangereuses.

Dans une publication parue en 1993, M. Nefontaine constate (sur la base de témoignages de parents, dont les enfants ont adhéré à cette organisation, certains avant leur majorité) que l’Opus Dei (une association qui poursuit incontestablement un but religieux) présente également des caractères propres à une secte dans son fonctionnement quotidien, et notamment :

— la manipulation des consciences,

— la vénération excessive du fondateur, José María Escriva de Balaguer,

— le détournement de fonds et la captation d’héritages,

— les numéraires versent une bonne part de leurs revenus au mouvement,

— l’exploitation de la main d’œuvre formée par l’Opus Dei; il semble exister certaines infractions à la législation sociale.

L’intervenant estime que cette institution, reconnue par le Vatican, est l’exemple typique du catholicisme intégral.

Elle ne compte cependant que peu de membres en Belgique (250 à 300) et n’y exerce aucune influence sur la vie politique et économique. L’ Opus Dei recrute avant tout les élites d’un pays, qui sont ensuite chargées de toucher les autres secteurs de la société. Le témoin estime qu’il n’est pas anormal qu’elle veuille s’intégrer totalement à l’église catholique, mais former cependant ses propres prêtres.

En tant qu’organisation, l’Opus Dei n’a pas de doctrine sociale, ce qui n’empêche que ses membres s’occupent de problèmes sociaux. Il est loisible aux membres de quitter l’organisation. Toutefois, les numéraires, qui vivent dans une communauté de l’Opus, risquent de se trouver démunis et d’éprouver des problèmes socio affectifs, dans la mesure où ils ont coupé tous les liens avec leurs anciennes connaissances.

Au sein du judaïsme, il y a aussi, selon l’intervenant, certaines déviances sectaires.

De manière plus générale, M. Nefontaine ne croit pas qu’une secte ait déjà infiltré les institutions publiques en Belgique. Ce qui lui parait plus dangereux, c’est, par exemple, que chez les Témoins de Jéhovah, les membres soient isolés de leur famille.

Il ne partage pas le point de vue d’Anne Morelli selon lequel il n’y aurait aucune différence entre l’Eglise et les sectes. L’Eglise est en effet publiquement présente (bien qu’on ne puisse parler de transparence absolue) dans la société.

Contrairement à l’Opus Dei, la secte Moon et les Témoins de Jéhovah sont, à ses yeux, des organisations bien plus dangereuses.

Il ne tient pas à se prononcer sur l’antoinisme, faute de données. Il a cependant entendu personnellement des témoignages positifs sur cette secte, notamment de personnes qui auraient été guéries tout à fait gratuitement. Peut être la presse se fait elle trop souvent l’écho des témoignages négatifs concernant cette organisation.



F. Auteurs


1. Audition de M. A. Lallemand, journaliste au quotidien “ Le Soir ” et auteur de “ Les sectes en Belgique et au Luxembourg ” (1)


(1) A. Lallemand, Les sectes en Belgique et au Luxembourg, Editions EPO, Bruxelles, 1994.


M. Lallemand a enquêté, de mars 1993 à fin 1994, sur la présence des sectes en Belgique et sur leur impact éventuel sur nos concitoyens. A cet effet, il a appliqué certaines techniques élémentaires d’enquête financière. Après avoir réuni à l’étranger les listes des sectes signalées de par le monde et de leurs paravents associatifs ou commerciaux les mieux connus, le témoin a procédé par mots clés et analogies, afin de vérifier via les publications légales leur présence éventuelle sur les territoires belge et luxembourgeois. Il a, par ailleurs, collecté l’ensemble des documents parus au sujet de ces mouvements dans la presse française, belge, anglaise et américaine, ainsi que les documents publics que sont tenus de publier, en Belgique et au Luxembourg, ces mouvements ou leurs paravents associatifs ou commerciaux. Le cas échéant, il a également obtenu les textes des jugements et condamnations en Belgique, au Luxembourg, en France, en Espagne et aux Etats Unis concernant ces mouvements.




Le témoin a ensuite pris contact avec les responsables des différentes sectes pour un premier entretien ouvert, destiné à les laisser s’exprimer et à essayer de comprendre leur idéal.



Après avoir confronté la teneur de cet entretien avec la documentation récoltée, il a eu un second entretien “ de rupture ”, au cours duquel il a confronté les responsables avec les hiatus existant entre le discours de la secte et les faits constatés par ailleurs (le phénomène sectaire a en définitive fort mal résisté aux outils de recherche utilisés).


M. Lallemand ne souhaite pas entrer dans le principe d’une définition ou d’une liste, comme l’a fait la commission d’enquête française. Son travail s’est essentiellement fondé sur la multiplicité et le poids des plaintes déposées par des lecteurs.

Poursuivant son exposé, le témoin souligne les liens existant entre les sectes et le monde politique. Le cas du sénateur Hamelle soutenant la société mooniste “ Living Water ” en toute connaissance de cause, sur la base d’un argumentaire de liberté religieuse, demeure isolé. Par contre, le témoin s’étonne que malgré des mises en garde parfaitement explicites dans la presse, cinq parlementaires du groupe PSC, à savoir MM. Langendries, Sénéca, Detremmerie, Thissen et Beaufays, aient permis au Parti humaniste, émanation de la secte “ Le Mouvement ”, de déposer ses propres listes électorales en vue des élections européennes de 1994.

Depuis plusieurs années, les sectes ont des visées politiques en Belgique. Outre le Parti humaniste (Humanistische partij), le Parti de la Loi Naturelle (Natuurwetpartij), émanation de Méditation transcendantale, la secte du Maharishi Mahesh yogi, l’ex gourou des Beatles, s’est également présenté aux suffrages des électeurs ces dernières années. A son programme, la constitution d’un “ groupe de cohérence ” national équivalant à 1 % de la racine carrée de la population belge, soit 330 personnes, payées à temps plein, avec pour fonction exclusive de méditer afin de nous préserver des guerres et de résorber le chômage.

Certaines sectes tentent également de s’approcher du monde politique sans dévoiler leur véritable identité. Le service de renseignements de l’Eglise de Scientologie, baptisé “ Bureau des affaires spéciales ” (en anglais, OSA, Office of Special Affairs), qui édite sa propre revue en langue française, a pour objet de constituer sur fichier un réseau de relations le plus étendu possible (monde politique, médias, justice, finance, monde du spectacle, etc.), appelé “ lignes de communications ”.

La volonté de l’OSA d’infiltrer tous les milieux de décision se traduit par un vocabulaire particulier. On ne parle plus de manipuler mais de manier l’opinion; on ne parle plus de convaincre mais de disséminer.



Le service de renseignements de l’Eglise de Scientologie est à ce point organisé qu’il peut, au départ de Los Angeles ou de ses stations périphériques dont la plus importante pour l’Europe se trouve à Copenhague, diffuser des “ fact sheets ”, des feuilles de renseignements qui servent à soutenir des articles de presse ou des interventions politiques et aident tous les scientologues de par le monde dans leur assaut des médias et des décideurs.

Au cours de son enquête, M. Lallemand a été surpris de voir, sur la base de “ fact sheets ” rédigés par la secte au Panama dans le but d’obtenir des articles de presse favorables à la destitution d’Interpol, que des scientologues détenaient la copie d’au moins un document provenant de la Sûreté de l’Etat belge, datant de la fin des années quarante, début des années cinquante. C’était un document interne qui venait d’une antenne d’Interpol à Berlin. Dans ce genre de dossiers, les scientologues ont accès à des sources dont le témoin affirme ne pas pouvoir disposer (comme, par exemple, des briefings au Panama à l’époque de Noriega).

Dans son ouvrage Une secte au cœur de la république (1), Serge Faubert, journaliste de “ L’Evénement du Jeudi ”, a montré de quelle manière les scientologues étaient parvenus à s’infiltrer jusque dans l’entourage direct de François Mitterrand. Il publie en annexe des exemples de fichages et les cotes attribuées aux leaders d’opinions et aux décideurs.


(1) Serge Faubert, Une secte au cœur de la république, Calmann Lévy, Paris, 1993.


Depuis plusieurs années, sous couvert de l’association “ European Human Rights and Public Affairs Office ”, Martin Weightman préside aux destinées de l’OSA pour la Belgique et pour les organes de l’Union européenne. Au moment où s’organisait EUROPOL, M. Weightman a demandé au témoin comment entrer utilement en contact avec le ministre de la Justice. Il souhaitait également disséminer une vision particulière du conflit yougoslave et des solutions qui s’imposaient.


M. Weightman assiste aussi à certains événements organisés par d’autres sectes comme Moon en Belgique.

Dans une note d’août 1987, éditée par le “ Hubbard Communication Office ”, glissée dans le courrier de M. Lallemand, il était notamment indiqué que “ ceux qui critiquent une personne parce qu’elle est scientologue ou qui font des remarques désobligeantes, ne résisteraient pas à une enquête sur leur passé ou sur leurs intentions. C’est là une chose heureuse pour nous, le criminel abhorre la lumière et nous sommes la lumière. (¼) Si vous vous opposez à la Scientologie nous allons vite faire des recherches et nous découvrirons vos crimes pour les porter à la connaissance du public. Si vous nous laissez tranquilles, nous vous laisserons tranquilles. ”


Concernant la législation sur la protection de la vie privée, le témoin fait remarquer qu’elle n’est pas applicable au delà des frontières belges. Une organisation internationale ou intercontinentale peut placer son maître de fichier où elle le désire et consulter ce fichier en toute liberté par le biais de communications téléphoniques ou via le réseau Internet. La législation belge n’est applicable qu’à des entités qui ont un véritable intérêt économique sur notre territoire. A partir du moment où cet intérêt est mouvant et peut être déplacé sans trop de problèmes pour échapper à toute sanction économique ou pénale, cette législation n’est plus que virtuelle !

Pour les connexions de M. Weightman avec Copenhague et Los Angeles, c’est la législation de l’Etat de Californie qui doit s’appliquer.

M. Lallemand considère que l’Eglise de Scientologie est un des mouvements les plus dangereux. La secte a embrassé une palette très large de ce qui peut être fait en matière de délinquance et de crimes communs, entre autres sur le plan fiscal. M. Ron Hubbard a fait l’objet d’au moins une condamnation pour escroquerie. Par ailleurs, des informations judiciaires et des instructions ont été ouvertes pour meurtre dans l’organisation.

Contrairement à ce qu’affirme le prof. Dobbelaere, il y a lieu d’établir une nette distinction entre l’Eglise de Scientologie et une religion acceptable. L’individu doit pouvoir disposer d’une entière liberté philosophique et religieuse pour autant qu’il n’en tire pas des conséquences aberrantes et contraires à ce qui est de l’ordre du vérifiable dans sa vie quotidienne. Or, le scientologue est en rupture par rapport au monde réel vérifiable qui nous entoure. A partir du moment où M. Ron Hubbard prétend qu’il est un “ thétan ” — une âme pure qui, à la suite de règlements de comptes intergalactiques, s’est retrouvée enfermée sur la terre et bombardée de rayonnements atomiques — sa vision du monde s’oppose à des détails pratiques de la vie courante et on n’est dès lors plus en droit de parler d’une église concernant son organisation.

En outre, comme indiqué ci dessus, l’Eglise de Scientologie a commis de manière répétée des escroqueries, des opérations de fraude fiscale et elle est impliquée dans une série importante d’instructions judiciaires. Le fait que cette secte soit reconnue en tant qu’église (aux Etats Unis) ne peut, selon le témoin, servir d’argument pour la laisser commettre une série d’infractions de droit commun. il y a plus de quinze ans, les tribunaux néerlandais ont d’ailleurs demandé que l’Eglise de Scientologie soit interdite.

Avant d’attribuer éventuellement la qualité d’église à une association, il y a lieu de vérifier au moins ses activités économiques et fiscales !

Le témoin apporte également des précisions concernant d’autres mouvements sectaires.

Ainsi, l’Anthroposophie a des racines importantes dans la région d’Anvers. Ce mouvement se développe tant au niveau de l’éducation, avec des résultats non contestables, qu’au niveau de l’agriculture et de la médecine, avec des résultats par contre tout à fait contestables. Dans ce contexte, il y a d’ailleurs lieu de déplorer des cas de morts enfantines. Le témoin renvoie au décès de la petite Annaëlle, décrit par le docteur Berliner (voir ci dessous, point F, 1°, 4). Celle ci fut traitée par un groupe de personnes pratiquant la médecine selon des concepts aberrants développés par Rudolf Steiner de 1921 à 1925. Celui ci prétendait notamment que la circulation sanguine fait battre le cœur et non l’inverse.


Depuis quelques mois, les anthroposophes ont lancé leur propre holding bancaire, la Triodos Bank, et sont devenus les partenaires privilégiés d’associations telles que “ Terre d’Enneille ”. Le “ Mouvement ” fait également la publicité de la Triodos Bank. Le témoin ne dispose pas d’éléments supplémentaires à ce sujet.

L’ensemble des projets liés au mouvement anthroposophique sont importants. Ces personnes disposent de leur propre industrie pharmaceutique et de leurs propres associations de médecins représentant un lobbying relativement fort au niveau du ministère de la Santé publique.

Par ailleurs, une série d’informations concordantes semblent démontrer que l’ensemble des librairies et boutiques ésotériques de l’agglomération bruxelloise est en train de passer depuis quelques mois dans les mains d’un seul opérateur financier, qui est également connu des services judiciaires.

Il existe actuellement un très grand engouement pour les ouvrages ésotériques, qui développent les réflexions pseudo philosophiques ou pseudo religieuses des sectes. A partir du moment où ce phénomène est rassemblé dans les mains d’un nombre limité d’opérateurs, il y a lieu de s’interroger sur la manière dont le phénomène sectaire peut finalement assurer sa rentabilité. Si la commission arrive à mettre sur pied un dispositif législatif vis à vis des sectes, celui ci ne devrait il pas être élargi aux intervenants extérieurs qui tirent profit des activités sectaires ?

A partir du moment où l’ouvrage publié par le gourou de la secte Fraternité blanche universelle a un tel volume de vente dans les grandes librairies belges que la FNAC estime devoir le présenter en rayon même s’il est peut être politiquement incorrect de vendre un tel ouvrage, ne se pose t il pas un problème au niveau de la responsabilité des éditeurs et diffuseurs de ces ouvrages sur le territoire belge ?

L’édition est une source de revenus considérable. Le président de Fraternité blanche universelle pour la Belgique est un avocat connu en Flandre, qui s’occupe également de la gestion de l’entreprise d’édition qui publie les ouvrages de la secte. Il faut donc tenir compte de l’ensemble de la sphère “ business ” qui entoure les sectes. Ainsi, M. Lallemand est interpellé de voir, par exemple, comment une secte comme l’Eglise de Scientologie peut réaliser des bénéfices importants en matière de management d’entreprises.

Concernant la Soka Gakkai, une enquête a été effectuée en 1990 sur la collusion fiscale entre la secte et le groupe Mitsubishi, relative au problème de la déclaration du rachat en double d’un tableau français, qui n’avait d’ailleurs pas d’autorisation d’exportation hors de France. Une équipe de “ The Economist ”, venue récemment s’informer sur les implica  tions financières du redéploiement de la Soka Gakkai en Europe de l’Ouest, a confirmé que cette secte avait fait l’objet d’un important redressement fiscal.


A cet égard, il faut, selon le témoin, que le monde académique se rende compte que chaque fois qu’il prononce l’absolution d’une secte sur des bases parfois fort légères (cf. les arguments de défense avancés par le prof. Dobbelaere concernant cette secte), il lui fournit une protection morale terriblement efficace et, à son sens, coupable.


A la question de savoir s’il a subi des pressions ou menaces, M. Lallemand répond que l’usage littéral mais mal approprié et répété de la législation sur le droit de réponse constitue une des pressions les plus directes et les plus visibles que l’on puisse faire à l’encontre d’un journaliste vu ses relations hiérarchiques à l’intérieur du journal.


La deuxième pression importante est ce que l’on appelle le “ love bombing ”. La secte va tenter d’entourer le journaliste d’une sorte de cocon, d’une atmosphère positive afin de mettre des obstacles à sa hargne.

Si ce n’est le pli déposé dans son courrier par un scientologue (voir plus haut), le témoin indique n’avoir jamais fait l’objet de véritables menaces directes.

Pour ce qui est de l’Ordre du Temple Solaire, M. Lallemand indique que la BSR n’a trouvé aucune indication permettant de penser que la secte aurait un siège à Bruxelles, chaussée de Charleroi. Pour ce qui est de la confrérie du Scorpion citée par M. Facon lors d’un débat télévisé sur RTL TVI, ce caractère emblématique dépasse de loin l’OTS. Dans nombre de pratiques divinatoires ou pseudo divinatoires citées dans les petites annonces de la capitale, on cite Bruxelles comme étant la ville du Scorpion. Il est donc probable que l’on coure après des chimères dans ce dossier.


Après la première vague de suicides, les autorités canadiennes ont demandé aux autorités belges d’identifier une société commerciale que l’on pensait être basée en Belgique et qui aurait un lien avec l’OTS. Même si il est plausible de penser qu’il existe certaines connexions en Belgique, on n’a jamais retrouvé trace de cette société.


A la question de savoir s’il dispose de renseignements concernant les divers ordres templiers, M. Lallemand indique qu’il a connaissance de certains escrocs professionnels qui utilisaient les filières templières ou religieuses pour dissimuler des affaires de mœurs, de faux et usage de faux, des escroqueries diverses, etc. Il cite l’exemple de M. P. Percy Pasleau.


Depuis 1994, le témoin reçoit chaque semaine 5 à 6 appels téléphoniques, souvent désespérés, concernant les sectes, ce qui démontre bien l’ampleur du problème.

Quelles solutions proposer ?

Nos concitoyens ont besoin d’un interlocuteur communautaire (matières personnalisables) qui dispose d’un fonds de documentation informatisé, mis en corrélation avec les fonds de documentation à l’étranger, de manière à pouvoir identifier les mouvements sectaires et à en évaluer le danger. Ce fonds pourrait également servir à alimenter le dossier des plaignants éventuels, qui disposeraient ainsi de plus d’éléments pour saisir de l’affaire leur avocat.




Ce même interlocuteur institutionnel devrait pouvoir ester en justice à sa propre initiative.

M. Lallemand suggère également d’incriminer spécifiquement l’appartenance ou la filiation religieuse ou pseudo religieuse ou philosophique lors de délits et de crimes communs. Une telle appartenance devrait représenter une circonstance aggravante.


Enfin, il serait également intéressant de réfléchir à l’utilité de sanctionner devant les tribunaux la diffusion répétée d’informations délibérément fausses et dangereuses, notamment lorqu’elles ont trait à la médecine.


2. Audition de M. J. M. Abgrall, psychiatre, criminologue, expert près la cour d’appel d’Aix en Provence et les tribunaux (France) (1)


(1) J. M. Abgrall, La mécanique des sectes, 1996, Payot, Paris.



M. Abgrall a commencé à s’intéresser au phénomène sectaire il y a environ dix ans, lorqu’il fut désigné par un juge d’instruction pour procéder à des expertises relatives à l’Eglise de Scientologie. En 1990, ces investigations ont donné lieu au dépôt d’un rapport.


Dès le début de son travail en qualité d’expert, M. Abgrall a fait l’objet à la fois de pressions, d’offres de transactions, de menaces et de tentatives de déstabilisation afin de l’empêcher de remettre à la justice un rapport qui risquait de servir de base à d’éventuelles décisions judiciaires. Il s’est notamment rendu compte qu’on lui volait du courrier, dont des listings de chèques reprenant le nom de ses patients. Un membre de la “ Commission des citoyens pour les droits de l’homme ” (directement liée à l’Eglise de Scientologie) a fait courir le bruit qu’il s’adonnait à des attouchements sur des mineurs et qu’il touchait des pots de vin. Le témoin a également été obligé de faire protéger sa fille. Son véhicule a été saboté à deux reprises. Il a finalement porté plainte, notamment pour tentative de subornation de témoin, pour vol de correspondance, vol de documents, violences verbales, violences aggravées, etc. Après de nombreux incidents de procédure, plusieurs scientologues ont été renvoyés devant le tribunal correctionnel de Toulon en septembre 1996.




Le témoin indique qu’au départ, personne ne le prenait au sérieux lorsqu’il portait plainte. Un juge d’instruction a néanmoins découvert la confession d’un adepte dans un local de l’Eglise de Scientologie. Il avouait avoir volé du courrier de M. Abgrall, avoir enquêté auprès de ses voisins et l’avoir harcelé au téléphone.

Il disait avoir fait cela avec Rémi Petit, sur les ordres de Patricia Forestier, membre de l’ “ Office of Special Affairs ” (réseau de renseignements de l’Eglise de Scientologie). Avant de pouvoir être confronté avec Patricia Forestier, Rémi Petit est décédé d’une cause inconnue.

Selon M. Abgrall, il est bien rare que les procédures menées contre des structures sectaires aboutissent devant les tribunaux français. On ne peut en effet que déférer des individus. Or, dès qu’une personne membre de l’Eglise de Scientologie est identifiée, elle disparaît dans la nature, est insolvable ou est retrouvée morte, comme ce fut le cas dans la procédure en cours devant le tribunal de Toulon.



Des problèmes analogues, même si moins graves, se sont posés lors d’expertises concernant La Famille, les Raëliens, l’Ordre des Chevaliers du Lotus d’or (Mandarom), les Témoins de Jéhovah, ainsi que de petites structures comme Omega, Johanna, etc.


Le témoin est persuadé qu’il existe des interrelations entre les différents groupes sectaires. Ainsi, dans le cadre d’une procédure menée contre le témoin par l’Eglise de scientologie, figuraient parmi les témoins à charge des personnes appartenant au Patriarche et au mouvement raëlien.

Il y a quelques années, les sectes se sont unies au sein de la firephim, la Fédération internationale des religions et philosophies minoritaires, sorte de contrat d’assistance mutuelle entre les sectes lorsque l’une d’elles est mise en accusation ou menacée. Comme la phirephim a rapidement été débusquée, les sectes ont créé une structure parallèle, le cesnur, Centre d’études sur les nouvelles religions, dont le directeur est Massimo Introvigne, professeur à l’athénée pontifical “ Regina Apostolorum ”, relevant du Vatican.





Cet athénée a été fondé par les Légionnaires du Christ, mouvement très proche de l’extrême droite européenne, en fait une extrême droite catholique intégriste. C’est actuellement par ce relais que toutes les sectes européennes essaient d’obtenir une sorte de caution morale, publique et politique.

Ce même Introvigne est, par ailleurs, responsable d’une structure dénommée Alliancia Catholica, l’équivalent romain de Tradition Famille Propriété, qui est une secte d’extrême droite.

Les membres du cesnur défendent des sectes aussi différentes que Moon, La Famille, la Worldwide Church, la religion aumiste (Mandarom), la Soka Gakkai, les Raëliens, le groupe Tradition Famille Propriété, ¼

Il existe également des connexions au niveau des sites Internet. Les sectes recourent à des moyens techniques sophistiqués. Ainsi, l’Eglise de Scientologie dispose du système “ minute man ”, qui est une pyramide de répartition des informations utilisant à la fois le téléphone, le minitel, avec des serveurs et des systèmes de codage, etc.

Il semble également qu’existent ou aient existé certains liens entre l’Ordre du Temple Solaire et le Mandarom.

Les sectes essaient généralement de se donner une certaine légitimité en se dissimulant sous un masque religieux, leur principe de défense étant que les attaquer constitue un refus de la liberté de conscience, de religion, d’expression, etc.

Pour accéder à ce statut de nouveaux mouvements religieux, elles s’attachent les services de personnes qui jouissent d’une certaine crédibilité dans le monde universitaire et qui, soit par conviction, soit parce qu’elles se sont fait piéger, tentent de faire progresser cette idée.

Selon M. Abgrall, la structure sectaire est une structure fermée qui se met en marge de la société et au sein de laquelle les règles de fonctionnement habituellement admises ne sont plus pratiquées de la même façon.

L’orateur se refuse à assimiler les activités d’une secte à un comportement purement religieux. Selon lui, un mouvement sectaire se caractérise en effet par des objectifs et des moyens essentiellement délictueux ou criminels, même s’il n’y a pas toujours un délit commis à l’extérieur de la secte.

Un ordre contemplatif ne pratique aucune forme de recrutement. Le père abbé n’exerce pas de contrainte, ni ne séquestre la personne désireuse de rencontrer ses proches. Au pire, celui qui transgresse la règle de l’ordre, en est exclu. Dans une secte, en revanche,les adeptes souhaitant rencontrer leur famille sont séquestrés. Des privations alimentaires sont imposées par la contrainte.

Quel est l’objectif religieux d’une secte comme la “ Nouvelle Acropole ” , qui prône l’aryanisme ? Quel est le modèle religieux de “ l’Eglise universelle de Dieu ” ? Le seul but poursuivi par le Parti humaniste, émanation du “ Mouvement ”, est la prise de pouvoir politique.

Quant à l’Eglise de Scientologie, elle structure la population en deux groupes : les “ clears ” et les “ wogs ”. Alors que toutes les religions enseignent la capacité de sauver les crétins, l’Eglise de Scientologie décrète qu’ils doivent dégager la planète parce qu’il faut la clarifier etc.

Dernièrement, la Ligue des droits de l’homme a insisté sur le fait que la “ Commission des citoyens pour les droits de l’homme ” n’avait rien à voir avec la Ligue et a dénoncé le recours à une telle ambiguïté sémantique. La question se pose d’ailleurs de savoir s’il s’agit bien d’une organisation non gouvernementale reconnue par l’ONU ou plutôt d’une simple association non gouvernementale comme n’importe quelle autre société civile privée.


L’Eglise de Scientologie semble être très forte dans l’emploi des ambiguïtés sémantiques ou dialectiques du langage. Ainsi, elle recrute à travers des structures comme l’“ Ecole de l’éveil ” destinée aux enfants en difficulté, ou encore l’“ Ecole du rythme ”, qui prône l’enseignement de la musique. Il existe aussi une commission des scientologues contre la discrimination.

Selon M. Abgrall, un seul critère doit être retenu : la liberté de choix des adeptes et leur capacité de libre arbitre. Lorque la secte ne répond pas à ce critère, il s’agit d’un mouvement criminel. C’est le cas de l’Eglise de Scientologie, de Moon, ainsi que des autres mouvements sur lesquels a porté son travail d’expertise.

Au cours de ses travaux, le témoin a pu constater que diverses sectes ont commis des actes criminels ou délictueux :

— Eglise de Scientologie : violence, exercice illégal de la médecine, séquestration, escroquerie, vol, etc. M. Abgrall cite le cas concret d’un jeune schizophrène qui a interrompu des traitements psychiatriques pour y substituer les techniques de la dianétique; il est décédé. Cette affaire a été classée faute de preuves permettant d’établir le lien de causalité entre la mort du jeune homme et l’arrêt de son traitement;


— La Famille, (ex Enfants de Dieu) : attentats à la pudeur et attouchements sur mineurs. Des cassettes vidéo saisies à Paris prouvent que la secte continue à s’adonner à des pratiques pédophiles. La pratique du “ flirty fishing ” existe toujours;


— Chevaliers du Lotus d’Or (Mandarom) : des procédures pour viol sont en cours contre le leader du groupe; la doctrine et la structure du Mandarom est centrée autour du yoga tantrique, c’est à dire un yoga d’énergie sexuelle, et du rapport sexuel “ initiatique ”;

— les Raëliens : des jeunes enfants ont été victimes d’outrages à la pudeur ou de viols, dans le cadre de ce que les Raëliens appellent la “ méditation sensuelle ”. M. Abgrall renvoie au livre de Raël : “ La Géniocratie ” (1977) qui prévoit la création de “ centres d’épanouissement ” pour l’éducation sexuelle des enfants. Un des principes de base de l’ouvrage est de ne donner le droit de vote et d’éligibilité qu’aux gens dont l’intelligence est supérieure à la moyenne. On y prône également le châtiment corporel comme modèle d’éducation.


Le mouvement raëlien a également mis en place une association très lucrative : l’AMIF, l’Association médicale des implants frontaux, en vue de prélever sur les cadavres un morceau d’os frontal et de le conserver dans des banques pour que, lors d’un éventuel retour des elohims sur terre, ils puissent retrouver les leurs.


Les sectes démarchent généralement auprès de populations fragiles, et ce à tous les niveaux de la société. Ainsi, les Témoins de Jéhovah font du démarchage par courrier à partir des avis de décès. Les scientologues recrutent dans les hôpitaux psychiatriques et vont jusqu’à monter des pseudo commissions (“ Commission des citoyens pour les droits de l’homme ”, par exemple) pour amener ces personnes à porter plainte contre les psychiatres et surtout à interrompre leur traitement et à devenir membre de leur association.



La pression exercée en termes financiers est souvent énorme. Pour les adeptes de l’Eglise de Scientologie, les sommes peuvent facilement atteindre 1 à 1,5 million de francs français. Les personnes qui n’ont pas d’argent, doivent travailler pour la structure dans des centres appelés “ missions ”.

Il est également question de travail forcé dans la secte de la Fraternité blanche universelle. On peut aussi être amené à faire du prosélytisme. Les sectes sont en fait des systèmes totalitaires, exploitant leurs membres, ce qui ne cadre pas du tout avec la notion religieuse évoquée plus haut. Nous nous trouvons face à un phénomène d’esclavage moderne, où les gens, mis sous dépendance, doivent payer de leur poche et/ou de leur personne s’ils veulent avoir la chance de progresser dans la structure sectaire.


Différentes sectes ont également des services secrets bien organisés. C’est notamment le cas de l’Eglise de Scientologie qui, comme indiqué ci dessus, a un bureau spécial de renseignements, l’OSA (“ Office of Special Affairs ”).

En réponse à la question de savoir en quoi consiste son travail d’expertise, M. Abgrall répond que ses missions sont très variables. En ce qui concerne l’Eglise de Scientologie, il s’agissait d’établir s’il y avait un lien entre les techniques de formation de la secte (comme moyen de réalisation personnelle) et le suicide d’un adepte. Tout le travail consiste en fait à savoir en quoi consiste la technique utilisée, de savoir quel est son degré de dangerosité, comment elle est appliquée et quels sont ses risques de divergence et ses effets parasites.

Dans ce cadre, la commission d’enquête française s’est trouvée confrontée à la difficulté de définir la manipulation mentale. Introduire cette notion dans le droit est extrêmement difficile car elle est omniprésente (cf. la publicité, la vie politique, etc.). Il faut donc tenter de déterminer dans quelles limites la manipulation mentale est tolérable et à quel moment elle devient un instrument de soumission totalitaire.


Le deuxième obstacle rencontré par la commission française fut la définition de la notion de secte : il est en effet difficile de ne pas tomber dans le piège qui consiste à vouloir définir une structure criminogène à partir de données qui appartiennent à la sociologie religieuse.

Contrairement à ce qu’il croyait à l’époque, M. Abgrall considère néanmoins aujourd’hui qu’il faut faire entrer la notion de secte et celle de manipulation mentale dans le droit positif en les mettant en relation avec des infractions. Il appartiendra ensuite à la jurisprudence d’affiner cette notion au coup par coup, par analogie. Une procédure identique a été suivie pour la notion d’association de malfaiteurs.



C’est un domaine où on travaille sur la notion de discernement, de responsabilité, de capacité pénale et civile des victimes, sur l’impact psychologique et physiologique des techniques appliquées, ainsi que sur le système culturel mis en place. Ainsi, le tantrisme peut être pratiqué de manière consentante par deux adultes dans le cadre d’une recherche initiatique personnelle. Cela ne sous entend pas nécessairement qu’il y ait dépendance.

Mais lorque ce tantrisme est doublé de privation alimentaire, de privation de sommeil, etc., on entre dans un phénomène d’assuétude, de dépendance et de soumission de l’individu.

Pour les sectes, la parution du rapport de la commission d’enquête française a été une nouvelle fois l’occasion de constater que les magistrats sont dans l’impossibilité de qualifier faute d’éléments légaux.

On ne peut attaquer une secte en justice car elle n’existe pas en tant que personne morale. On est donc obligé d’inculper des personnes, généralement des adeptes de la base qui ne représentent rien dans le système et ont simplement servi de prête nom. Les sectes utilisent notamment cette astuce en matière de délits financiers. C’est ainsi que des gens qui sont titulaires du RMI servent à faire transiter des millions de francs pour le compte d’un gourou (cf. l’OTS, par exemple). Ces personnes n’ont pas de véritable capacité pénale.



Quand une instruction est menée à l’encontre d’une personne déterminée, elle ne peut viser que cette personne, qui sera aussitôt remplacée dans la structure de la secte. Par contre, si on inculpe une personne dont on peut prouver qu’elle est membre d’une secte, on peut alors faire des investigations concernant tous les membres de la secte. On peut même obliger le groupe visé à communiquer le nom de tous ses adhérents pour en savoir davantage sur le système.

C’est pourquoi il est nécessaire de faire entrer la notion de secte dans le droit positif, quitte à ce qu’elle soit ensuite peaufinée par la jurisprudence. Il en va de même pour la notion de manipulation mentale, même si celle ci est très difficile à prouver. A cette fin, il serait peut être plus facile de parler de contrainte mentale.

Selon M. Abgrall, on ne peut définir la manipulation mentale car elle consiste en une convergence de techniques. Il n’y a en effet pas de techniques fiables à 100 % pour manipuler les gens. Par contre, on peut mettre en évidence la manipulation mentale au coup par coup si on arrive à prouver qu’un faisceau convergent de techniques physiques, psychiques, chimiques, physiologiques, culturelles, comportementales, etc. permettent de faire disparaître tout le bagage culturel et intellectuel d’un individu pour le remplacer par un nouveau bagage qui est le langage de la secte ou de la structure conditionnante.



“ Contrainte ” est à cet égard un terme beaucoup plus précis. Ainsi, la publicité équivaut à de la manipulation mentale, pas à de la contrainte mentale. La politique peut être de la manipulation d’opinion, pas de la contrainte d’opinion. Par contre, la contrainte mentale supprime le libre arbitre de l’individu.

La notion de contrainte et celle de personne particulièrement vulnérable, de mineur (dépendant), sont des notions qui existent en droit. Tout le problème se situe au niveau de la mise sous protection du majeur : savoir à quel moment ses facultés de discernement s’éteignent, à quel moment sa capacité civile disparaît et donc à quel moment il devient l’équivalent d’un mineur. Cette frontière est difficile à déterminer. La difficulté a cependant été résolue en droit civil. Il n’est donc pas impossible de déterminer cette notion de contrainte mentale de manière expertale (notamment par analyse psychologique ou psychiatrique) dans le droit.

Selon le témoin, actuellement, l’Europe est principalement confrontée à deux dangers : l’extrême droite et les mouvements totalitaires sectaires. Le discours qui se tient dans les milieux sectaires est très proche du discours tenu dans “ 1984 ” de G. Orwell et “ Brave New World ” d’A. Huxley : il s’agit d’une structure élitiste qui réduit des gens en esclavage. Le seul moyen d’y arriver est la contrainte mentale par la contrainte physique. Si l’on ne fait pas entrer ces éléments dans le droit positif ou la jurisprudence, nous prendrons deux longueurs de retard par rapport aux sectes.

Concernant l’Ordre du temple Solaire, l’orateur estime qu’au départ, il s’agissait d’un ordre initiatique, une association ésotérique présentant uniquement des thèmes quelque peu divergents par rapport à la normalité sociale. Les personnes recrutées sont persuadées qu’il existe une vie dans l’au delà. Elles sont en demande d’un nouveau type de pensée, d’une nouvelle stratégie de vie, basée en particulier sur l’alimentation naturelle et une vie d’ascèse.

A un moment donné, il y a émergence de plusieurs personnes, qui ne sont à ce jour probablement pas encore apparues à la surface, décidées à manipuler le système parce qu’il est rentable financièrement.


Certains présentent un côté explosif : Jo Di Mambro et Luc Jouret, d’autres un côté manipulateur : Michel Tabachnik.

Pour rendre rentable un système sectaire, il suffit de s’attribuer des pouvoirs réels ou occultes. C’est ce que vont faire J. Di Mambro et L. Jouret en se présentant comme de grands initiés. C’est ainsi que va se former le groupe sectaire de l’OTS, qui s’extrait alors de la sphère de recrutement qu’étaient les groupes Archédia et Amenta, avec une structure beaucoup plus fermée où commence à émerger la notion d’élite, souvent caractéristique de l’amorce d’un mouvement sectaire.


Au niveau de l’élite, ceux qui occupent les positions supérieures en profitent, les autres “ paient ”. A ce niveau, M. Abgrall partage en grande partie l’analyse de Roger Facon, même s’il ne dispose pas d’éléments suffisants pour l’étayer. A un moment donné la structure va devenir instable et mettre ses chefs en accusation. Il va y avoir convergence à la fois des intérêts d’un groupe manipulateur, d’un déséquilibre interne de la structure et de la doctrine dans laquelle s’est enfermé J. Di Mambro avec sa notion de transit vers Sirius qui conduit à un délire paranoïaque au sein du groupe interne (phénomène initiatique). Cette convergence va conduire aux premiers massacres à Cheiry, Granges sur Salvan et Morin Heights.


Un an plus tard, le groupe a continué à diverger après avoir perdu ses références : seize personnes se suicident ou se font suicider dans le Vercors pour rejoindre leurs maîtres. Aujourd’hui, il y a encore quelque 500 survivants. Même si certains commencent à prendre conscience du phénomène, le discours de l’OTS n’a cependant pas disparu. La doctrine continue à s’autoalimenter, sans n’être plus maîtrisée par personne. Le pire c’est que le germe de la pensée OTS se retrouve chez les enfants des survivants. Ainsi, des psychologues qui n’avaient aucune notion du phénomène sectaire, ont découvert des éléments ininterprétables dans la logique culturelle sociale classique. A partir du moment où on savait qu’il fallait tenir compte d’un enseignement OTS, c’était facile à décrypter. On s’apercevait qu’on avait inculqué à des enfants, à travers un enseignement normal, des idées parasitaires qu’eux mêmes ne maîtrisaient pas complètement. Certains parents n’avaient même pas conscience de cet état de choses. Ainsi, des sectes font passer des idées dans le système social et culturel, qui finissent par être assimilées et deviennent des vérités premières.

M. Abgrall est convaincu que certaines sectes ont réussi à s’infiltrer à de hauts niveaux de la société. Il en veut pour preuve que des investigations ne peuvent pas être menées dans certains dossiers suite à un blocage socio politique.

L’Eglise de Scientologie est en mesure de présenter des masses de documents signés par des juristes et des scientifiques éminents qui ne sont ni plus ni moins que des plaidoyers en faveur de cette organisation. Certaines signatures sont authentiques. La justice a entendu des membres éminents de l’intelligentsia française qui ont confirmé leur position sur le caractère religieux de ces mouvements sectaires. D’autres signatures, en revanche, ont été données avec légèreté sans que ces personnes se soient informées de quoi il s’agissait exactement.

Enfin, à la question de savoir quel est le déclic qui permet à un adepte de rompre avec la secte, M. Abgrall répond que c’est le moment où la victime se rend compte que le discours mis en place n’est pas conforme aux actes réels au sein du système. Il cite l’exemple d’enfants victimes de la secte “ Les Enfants de Dieu ”, à qui on avait enseigné que le fait d’ingérer des crevettes entraînait une mort immédiate car il s’agissait de créatures des ténèbres. Une jeune fille de 17 18 ans, placée dans un foyer d’accueil après avoir été extraite de la secte, en mangea sans le savoir et fut très étonnée de ne pas être morte après avoir appris ce qu’elle avait ingéré. Cet événement fut suffisant pour qu’elle s’interroge sur l’enseignement reçu depuis sa naissance dans la secte.




Un tel processus ne peut avoir lieu que si l’on maintient un minimum de contacts avec l’extérieur : c’est en effet à travers l’information provenant de l’extérieur que l’on dispose d’une capacité de jugement sur sa propre fonction. Il faut donc œuvrer pour que les parents obtiennent le droit absolu de rencontrer les gens de leur famille adeptes d’une secte.


3. Audition de M. J. Vuarnet, auteur de “ Lettre à ceux qui ont tué ma femme et mon fils ” (1)


(1) Jean Vuarnet, Lettre à ceux qui ont tué ma femme et mon fils, Editions Fixot, Paris, 1996.


L’ouvrage cité ci dessus relate les conditions qui ont conduit au décès le 23 décembre 1995 de Edith et Patrick Vuarnet, la femme et le troisième fils du témoin, retrouvés morts dans la clairière du Puits de l’enfer, dans le Vercors, avec quatorze autres adeptes de la secte de l’Ordre du Temple Solaire.



*

* *


M. Vuarnet souligne qu’il a reçu, après la publication de son livre, de très nombreuses réactions positives (environ 1 200 lettres), notamment de personnes dont les proches avaient également échoué dans l’une ou l’autre secte.

Il estime quant à lui que les sectes enfreignent la liberté d’expression et qu’il convient de mettre en garde avant tout les jeunes.

Il fait observer que les sectes recrutent dans toutes les couches de la population, y compris les plus élevées, et qu’elles peuvent même influencer l’action des pouvoirs publics.

L’intervenant déplore à cet égard que les Témoins de Jéhovah soient dispensés du service militaire depuis quelques années en France.


Cette secte est très riche et peut se payer des procès très coûteux. Des problèmes sociaux de toutes natures (notamment le chômage consécutif à une automatisation croissante) et l’absence de valeurs morales poussent les gens à adhérer à une secte, où ils sont exploités par un gourou.

M. Vuarnet plaide en faveur de l’organisation d’une campagne d’information et de la constitution d’un organisme qui aiderait réellement les familles concernées.

Le phénomène doit faire l’objet d’une étude approfondie. La limite entre une conviction honorable et un comportement répréhensible doit être précisée.


Le témoin déplore à cet égard que l’église catholique protège souvent des sectes très dangereuses.


La justice française n’assume pas non plus ses responsabilités, ce qui irrite les adversaires des sectes. Ces derniers disposent toutefois de beaucoup moins de moyens financiers. A propos de ce qui lui est arrivé, M. Vuarnet précise que la secte n’a pas tenté de l’embrigader lui même ou un de ses autres fils.


Son épouse n’a compris que trop tard que l’Ordre du Temple Solaire était bel et bien une secte. A cette époque, il n’était plus possible de la raisonner à ce sujet.

Même lorsque deux journalistes ont informé M. Vuarnet en 1994 — après que les premières victimes furent tombées à Cheiry et à Granges sur Salvan — de ce que son épouse et leur fils Patrick étaient membres de cette association, celle ci a continué à nier le caractère sectaire de ladite association.

Elle était devenue une tout autre personne, qui utilisait son propre langage et sa propre logique. Un fossé s’était creusé entre elle et le reste de la famille.

Elle adhéra à la secte après quelques conférences d’ailleurs très intéressantes (sur l’homéopathie, l’alimentation naturelle, les médecines douces) et assista très irrégulièrement à des réunions qui étaient organisées, sous la direction d’un kinésithérapeute, dans l’appartement d’un des intéressés.


Contrairement à d’autres personnes, elle n’a pas déboursé un franc. Elle avait toutefois un habit de cérémonie (un manteau). Un des membres de la secte était agent de police. Son arme a été utilisée lors des “ suicides ”. Cet homme a habité pendant un mois dans un studio appartenant au témoin.


L’instruction du juge Fontaine a fait clairement apparaître qu’il ne s’agissait pas d’un suicide collectif volontaire. On a en tout cas recouru à la violence contre la compagne du fils cadet de M. Vuarnet (sa mâchoire était fracturée).

M. Vuarnet est convaincu que tous les membres de la secte ne sont pas morts. Il continue de suivre de près l’évolution de cette procédure judiciaire (notamment à l’encontre de M. Tabachnik).


4. Audition de M. R. Facon, écrivain



M. Facon fait, dans un premier temps, valoir qu’il est policier français. Toutefois, il tient à s’exprimer devant la commission à titre privé.

Son expérience en la matière débute par une amitié issue d’une rencontre, au début des années septante, avec M. Jean Marie Parent, aujourd’hui décédé. Officier de renseignement pour l’armée française, il a été, dans les années 1957 1958, amené à s’intéresser aux sectes, à la suite d’un événement important ayant touché la vie politique française. Il y avait eu, au sein de l’armée française, une conspiration portant le nom de grand “ O ”. S’intéressant à cette conspiration, Parent avait découvert qu’elle recelait des racines occultistes en la personne de Rolande Renoux, qui affirmait à l’époque être mandaté par de hauts dignitaires secrets, templiers, pour assurer la défense de l’Occident, en visant à préparer les sentiers du “ Grand monarque ”.


Lorsqu’il a été démobilisé, Parent a continué à s’intéresser au phénomène sectaire à titre personnel. C’est ainsi qu’il a été amené à s’intéresser, avec le témoin, à des groupes templiers créés de toute pièce par Luc Jouret et Jo Di Mambro. Pour ce faire, Parent a utilisé des “ observations agissantes ”, c’est à dire qu’il est allé voir ce qui se passait à l’intérieur de certains de ces groupes. Il s’est rendu compte très tôt que les mouvements qui allaient aboutir à la création de l’Ordre du Temple Solaire reposaient sur une idéologie extrémiste. Ses fondateurs rêvaient, en effet, de poursuivre l’œuvre du Troisième Reich.



Cette idéologie était très ancrée mais enrobée par une autre idéologie, a priori beaucoup moins dangereuse, celle de la spiritualité. Pour ce faire, des textes manipulés étaient utilisés. L’action était basée sur un fonctionnement élitiste. L’existence d’une hiérarchie invisible, “ les maîtres invisibles ”, était également évoquée.


Un ouvrage français paru à ce propos fait état d’une hiérarchie secrète en Europe. Elle pratiquerait parfois, lorsqu’elle le juge utile, l’action directe. Elle se réunirait dans des capitales européennes comme Bruxelles, Copenhague, Londres, ¼ Cette hiérarchie étudierait les pays dans lesquels elle se trouve et leur attribuerait une note de fonctionnement. Si la note est en accord avec le plan préétabli, la hiérarchie “ accompagne ” la vie politique locale. Si elle va à l’encontre de ses intérêts, elle la corrige.





Selon M. Facon, il s’agit là d’une idéologie extrêmement dangereuse, explicitée sous couvert de secrets et de rituels, qui veut que le grand maître ait toujours raison. Celui ci reconnaît qu’il fonctionne à partir d’ordres donnés, de manière clandestine, par une hiérarchie secrète, appelée “ Haut Conseil ”, “ Agartha ” ou encore “ les Compagnons de Maha ”.



Cette terminologie se retrouve au sein de l’Ordre du Temple Solaire.

Selon leurs thuriféraires, ces maîtres disposent de structures, notamment à Zurich, Rome et Londres, dans lesquelles on trouve des cellules d’accueil, où des dirigeants de certaines organisations pseudo initiatiques européennes viendraient se recycler, se ressourcer et suivre des séminaires. Au terme de ceux ci, on leur donnerait des ordres qu’ils appliqueraient une fois de retour dans leurs organisations. C’est ainsi, par exemple, que Jo Di Mambro rencontrait régulièrement des membres de la loge P2.

Leur idéologie est de se substituer aux gouvernements des pays d’accueil et de substituer leur législaton, à savoir celle du profit et du plus fort, à la législation existante.


Parent avait réussi à pénétrer l’Ordre Rénové du Temple (ORT) et à se glisser dans l’entourage d’un de ses maîtres, le fasciste Julien Origas. Celui ci rédigeait, tous les mois, des notes de synthèse politiques à l’intention de ses maîtres de Zurich et de Rome.

Ensuite, Origas s’est rendu régulièrement à Bruxelles, qu’il disait être une place utilisée par les maîtres, dès 1945, pour permettre à l’Occident de se défendre contre la “ barbarie communiste et slavo mongole ”. Il déclarait que les maîtres y venaient régulièrement plancher sur l’avenir de l’Occident. Ces maîtres étaient connus des gouvernants officiels et étaient très liés avec les financiers européens et américains.


Même si ces propos sont quelque peu emprunts d’exagération et de mythomanie dans le chef d’Origas, il faut cependant constater, dans son sillage, la présence d’individus qui l’observaient et l’aidaient. Selon Origas, ces structures bruxelloises se sont ralliées, dans les années 1952 à 1958, aux réseaux “ scarabée ”, réseaux cycliques, dormants pendant un certain temps et actifs lorsqu’on décidait de les réactiver.

Il disait également que le temple où il se rendait régulièrement était situé dans un immeuble de la chaussée de Charleroi, à Bruxelles, où l’on procédait à des rituels tantriques et où l’on tenait également des séminaires politiques.

Il est à signaler que Luc Jouret se réclamait aussi de la chaussée de Charleroi, où il aurait été initié au tantrisme. Le témoin déclare avoir été mis en possession de documents selon lesquels Jouret a été officiellement intronisé au sein de l’OTS en 1982. Pourtant si Luc Jouret arrive à l’OTS en cette année, il ne peut être devenu une année plus tard le patron de l’ORT, ce qui fut pourtant bien le cas. M. Facon explique cette trajectoire par la fréquentation de la chaussée de Charleroi dès 1976. Di Mambro fréquentait également cet endroit entre 1970 et 1976. Ce temple aurait fonctionné jusque début 1991 et n’était pas installé dans une librairie ésotérique.


Il s’agit en fait d’une série de personnages dont l’idéologie d’extrême droite est très ancrée et qui n’ont qu’une connaissance occultiste très fragmentaire. Cependant, ils sont très forts en matière de manipulation mentale.

L’intervenant fait valoir que la trajectoire de l’Ordre du Temple Solaire illustre parfaitement le fonctionnement sectaire. C’est une vaste entreprise d’escroquerie morale, financière et spirituelle. De plus, on n’hésite pas à y recourir au meurtre collectif. M. Facon est d’avis que ce qui s’est passé au sein de ce groupe est interpellant : il faut, en effet, voir comment on peut éviter ce genre de glissements vers des règlements de compte de type mafieux, au nom d’une idéologie cependant respectable (les Templiers ont, par exemple, fait construire les cathédrales gothiques).

En réponse à une question en ce sens, le témoin indique qu’il ne croit pas à la théorie du passage ou de la survie éternelle pour des gens comme Jouret ou Di Mambro, qui étaient plutôt pragmatiques et jouisseurs. Ils ne pouvaient d’ailleurs donner de la spiritualité, puisqu’ils n’en étaient pas détenteurs. Que des gens se soient suicidés est tout à fait possible mais on admet désormais qu’il y a également eu des exécutions.

M. Facon confirme également qu’il est convaincu que l’OTS existe toujours. Il aurait des éléments à apporter en ce sens mais ce faire l’amènerait à sortir de son devoir de réserve. Il indique cependant qu’il est désormais prouvé qu’il existerait une loge mère installée à Zurich. Elle aurait été en liaison avec un cercle ultra clandestin au sein de l’OTS.


L’orateur est cependant convaincu qu’il existe des ordres templiers convenables. Il y a, en effet, des gens tout à fait sincères qui se réfèrent à des réalités qu’ils estiment être d’ordre supraterrestre. Ces réalités sont les maîtres, les “ connaissants ” et les anges. Ces personnes ont des références spirituelles qui ne débouchent pas sur des attitudes coercitives mais qui les poussent, au contraire, vers le partage et la tolérance.


Aux yeux de M. Facon, il y a secte, là où il y a un groupement qui ne respecte pas la législation en place, qu’il juge profane, et des dirigeants qui n’intègrent pas cette législation dans leur approche du sacré.

Interrogé sur une émission diffusée par TF1, où l’on voit un des ordres templiers, avec au sein de celui ci des officiers de l’OTAN, se réunir en grand apparât, M. Facon confirme qu’il s’agit là d’une organisation secrète. D’ailleurs, la fascination pour l’ésotérisme templier de la part de certains hauts dirigeants n’a, selon lui, rien de nouveau.



Les journalistes qui ont réalisé le reportage ont indiqué qu’ils avaient eu un contact avec un général prêt à témoigner sur ces réseaux au sein de l’OTAN. Ce dernier a ensuite estimé ne pas devoir s’exprimer. L’orateur ajoute que certains personnages présents dans la cathédrale en cape templière sembleraient occuper des fonctions importantes au sein d’un parti politique européen.



Quant à l’existence de réseaux dormants, le témoin indique que ceux ci existeraient en France sous le nom des réseaux “ Rose des vents ” et que Origas en faisait partie. Il n’en faisait d’ailleurs pas mystère.

Se référant à l’Ordre des Chevaliers du Temple, du Christ et de Notre Dame (OCTCND), l’intervenant précise qu’il a été créé par des personnes que Parent connaissait très bien. L’un des buts poursuivis était de créer un “ leurre ” qui attirerait certains fascistes, afin de voir comment ils se livraient à certaines techniques de captation. Un résultat a été obtenu en 1985 1986, puisque Jouret et Di Mambro furent à la base d’une opération visant à poser des micros dans une salle de réunion. Ils se sont ainsi livrés à des vols de documents et ont essayé d’orchestrer une manœuvre d’intoxication envers l’ADFI (Association de défense des familles et de l'individu).

En fait, la vocation de l’OCTCND, qui n’est pas achevée, a été de constituer un observatoire pour certaines personnes et d’en attirer d’autres. Le piège a d’ailleurs fonctionné à un certain moment.

Revenant sur le caractère exemplatif de la situation de l’OTS, M. Facon indique qu’il comprenait des gens qui ont interféré avec des réseaux Galdio ou qui étaient dans leur mouvance ou qui étaient dans la mouvance de la collaboration française, de l’espionnage ou encore de la réalisation de l’eurodroite entre l’Italie, la France, l’Allemagne, ¼


Suite à un glissement vers la mythomanie et l’excès, ces personnes ont abouti à une situation criminelle, qui n’aurait peut être pas vu le jour s’ils avaient respecté des normes plus sévères pour la sécurité de leur organisation.

Selon le témoin, les démocraties ont ainsi été directement confrontées à une situation de déstabilisation. Derrière l’aspect mythomaniaque de Di Mambro et jouissif de Jouret, il y a, en effet, une réalité d’extrême droite.


A un certain moment, dans les années 1970, des penseurs et de théoriciens politiques de cette mouvance ont, en réponse à la situation Est Ouest, utilisé la stratégie de la tension, afin de créer un mouvement de sympathie envers un régime fort. On peut se demander si, par les phénomènes sectaires, ils ne sont pas en train de créer un nouveau plan de déstabilisation.


Revenant à la situation en Belgique, M. Facon ajoute que Parent lui a rapporté des propos tenu par Origas selon lesquels, à un certain moment, Bruxelles “ utilisait la manière forte pour détruire ”. Il ajoutait qu’en Belgique, les maîtres avaient décidé de mettre un terme à la “ vermine ” communiste et s’étaient alors débarrassés de Lahaut.


Interrogé sur l’activité actuelle de l’OTS dans notre pays, M. Facon indique que les dernières informations dont il a eu connaissance concernaient le rôle de Dominique Bellaton, ancienne maîtresse de Di Mambro. En 1994, elle serait en effet venue à plusieurs reprises en Belgique, afin de rencontrer à Bruxelles des gens capables d’organiser un massacre. Les mêmes démarches auraient été effectuées dans la région parisienne. Le contrat ne semblait pas viser plus de deux ou trois personnes et valait 2 millions de francs. Certains témoins évoquent la suppression d’un trésorier. Il semble ainsi que l’on ait recherché un pistolet 22 LR. Or, Alberto Jacobino, l’homme qui avait les clés des coffres clandestins de l’OTS est mort à Cheiry. Un 22 LR a été utilisé ¼





Toutefois, M. Facon se demande si Dominique Bellaton, tout comme d’autres, agissant de façon si visible, n’a pas servi de leurre ou d’appât. A ses yeux, deux machines intérieures auraient cohabité pour la préparation de ces liquidations : une machine artisanale, qui livrait son nom de façon grossière là où elle passait pour acquérir du matériel et puis des gens clandestins, plus professionnels, qui ont fait le travail.

Aux yeux de l’intervenant, rien n’a vraiment changé. Dans certains milieux ésotériques, “ Maha ” est plus que jamais agissant ou laisse entendre qu’il l’est. On effectue de plus en plus de rituels l’intégrant lui, ainsi que les “ Maîtres du Monde ”, les “ Invisibles ”. Certains prétendent même qu’un jour, on saura que Jouret et Di Mambro étaient des héros et qu’ils se sont sacrifiés pour la cause de Sirius, de Maha ou encore des maîtres invisibles, préparant ainsi le retour du Grand Monarque.


Le témoin estime que cela n’est guère innocent et que d’aucuns essaient peut être d’utiliser l’affaire de l’OTS pour fondamentaliser certains mouvements ésotériques.


D’ailleurs, l’ORT continue toujours, avec son grand maître et son conseil secrets. Il existe aussi un grand maître secret au sein de l’OTS. l’Ordre comporte d’ailleurs sept cercles intérieurs, dont on n’en connaît que deux. Les cinq autres fonctionnent toujours.



Même si l’on surveille ses membres, l’Ordre n’est pas dissous. Selon M. Facon, sa structure cousine fonctionne encore à Bruxelles et à Rome. Cousine signifie qu’il n’existe pour eux qu’une grande famille : la famille templière installée en Belgique, en France, en Italie, ¼


Interrogé sur l’importance numérique des adeptes ou sympathisants de l’OTS dans le monde, l’intervenant fait valoir qu’on a parlé de 400 à 500 personnes.



5. Audition de M. B. Lips, auteur de “ Internet en Belgique ” (1)


(1) Benoit Lips, Internet en Belgique, The Best of Editions, Bruxelles, 1997


M. Lips indique qu’Internet est un réseau public, accessible dans environ 120 pays. Ce réseau regroupe environ 50 millions d’utilisateurs. Comme outil d’information, il recense 600 000 serveurs, qui diffusent au moins 90 millions de pages.

En Europe, le public a eu accès à ce réseau dès 1992. La Belgique comporte environ 5 000 serveurs d’information et son nombre d’utilisateurs est estimé en moyenne à 300 000. Il faut dire que le réseau est accessible à un public très large et qu’il suffit de disposer d’un ordinateur personnel, d’un modem et d’un abonnement pour s’y connecter.

Si Internet constitue effectivement un outil de communication et de diffusion d’informations, à l’instar de la télévision ou du téléphone, il a des spécificités résultant de son environnement ouvert. En effet, il constitue un élément qui ne connaît aucune centralisation et qui n’a d’ailleurs pas été mis en place par une structure commerciale unique.



Plutôt que de qualifier Internet de réseau, il faudrait plutôt parler d’un ensemble résultant de l’interconnexion d’une dizaine de milliers de réseaux.


Les éléments “ physiques ” de ces flux d’informations sont les câbles posés pour assurer l’ensemble de ces réseaux. Les intervenants peuvent, dès lors, être clairement identifiés. Ainsi, en Belgique, tout passe, pour le moment, par l’unique opérateur téléphonique.

L’orateur attire cependant l’attention sur le fait que dans un avenir rapproché (3 à 5 ans), il est question de mettre en place un réseau de 400 satellites en orbite basse pour reprendre les fonctions actuellement assurées par le câble. Le projet est déjà bien avancé : 200 demandes d’attribution ont été recueillies par l’instance internationale compétente. Ces satellites permettront désormais un accès immatériel au réseau Internet, puisque non lié à des contraintes d’ordre technique ou technologique. Il n’y aura également plus de contrôle possible au niveau des échanges de flux d’informations.

Aujourd’hui, il est en principe possible d’identifier les acteurs qui participent à ce flux, étant donné qu’ils ont une présence physique identifiable. Dans un avenir très proche, cette présence sera plus immatérielle.

Internet se caractérise également par son environnement complètement électronique, qui permet des copies “ anonymes ”. Cet environnement permet notamment de faire des copies d’informations qui paraissent plus originales que les originaux. Cet anonymat n’est cependant que factice car, si la mise en œuvre des procédures permettant l’indentification définitive d’un intervenant est assez complexe, elle n’est pas pour autant impossible. Toutefois, elle peut durer des années.

Face au nombre important d’utilisateurs et à la dimension internationale de leurs échanges, les moyens à mettre en œuvre pour “ tracer ” (identifier de façon définitive) sont en effet impressionnants. Il faut rappeler, à cet égard, que chaque individu est un diffuseur d’informations potentiel.


M. Lips indique, par ailleurs, que les sectes sont bien présentes sur Internet. A l’instar d’un grand nombre de minorités, elles ont compris qu’il s’agit là d’un outil de diffusion d’information particulièrement performant.

Dans le répertoire consacré à tout ce qui est religion, on recense plus de 800 sites d’informations, dont la moitié peuvent être considérés comme étant marginaux. Parmi ceux ci, près de 85 sites d’informations consacrés à des voyages initiatiques organisés, à des sectes ou à des groupuscules sataniques.

On trouve ainsi des sectes clairement identifiées comme telles : l’Eglise de Scientologie (qui diffuse beaucoup d’informations sous une forme très soignée), la WICCA, les Davidiens ou encore Moon ¼

Cette présence est clairement identifiable et rapidement accessible. Elle peut revêtir diverses formes : la diffusion d’informations statiques, la présentation de leurs objectifs, de leurs activités, de leurs opinions ou encore celles de leurs leaders, ainsi que la mise en avant de produits dérivés. Souvent, les sites proposent aussi une série de produits à acheter : cassettes video, livres, revues, ¼ De plus, ils incitent les personnes intéressées à rester en contact en déposant leurs coordonnées de courrier électronique ou leurs coordonnées administratives. Même s’il y a aucune contrainte à le faire, l’incitation à rester en contact est assez directe. C’est ainsi que le site de Moon est quadrilingue : anglais, allemand, espagnol et français. Il envoie près de deux messages par jour : une maxime, ainsi que des informations sur des discours ou préceptes à suivre.


M. Lips observe qu’en règle générale, des moyens d’action sont envisageables à partir du moment où le contenu diffusé au travers d’Internet peut être considéré comme illégitime ou nécessitant un complément d’information. Cependant, tout dépend de la localisation physique de la source d’information, celle ci n’ayant aucune influence sur les possibilités de consultation. Cette source peut se situer n’importe où dans le monde. Cela signifie donc que les juridictions peuvent être différentes et que des “ paradis ” de diffusion libre d’informations peuvent se créer en fonction de la complaisance des autorités locales. Enfin, même si l’on peut aboutir à l’identification de l’outil informatique qui a diffusé les informations, il n’est pas pour autant évident de pouvoir remonter à la structure,à la société ou à l’organisation qui en est à l’origine. Identifier la source des informations n’empêche également pas que celles ci puissent se transformer en autant de copies qu’il y a de personnes désireuses de les diffuser.


Sur Internet, l’information se diffuse également à travers des groupes de discussion, cet environnement télématique incitant visiblement énormément aux échanges. Ces groupes constituent des endroits clairement identifiés par rapport aux thèmes qu’ils abordent. On en compte près de 15 000, dont un certain nombre ont trait à la religion, à des groupes spécifiques ou encore à des sectes. Ces groupes permettent à tout un chacun, partisan ou détracteur, de diffuser de l’information, que ce soit de manière anonyme ou clairement identifiée. N’oublions pas que s’y pratique également la désinformation, certains se faisant passer pour d’autres.



Les moyens d’action par rapport à ces groupes de discussion existent théoriquement. C’est ainsi qu’il y a eu plusieurs cas ces derniers mois — notamment au Royaume Uni et en Allemagne — où l’on a interdit aux fournisseurs d’accès de rediffuser l’information de certains groupes de discussion bien définis. Cependant, le fait d’interdire l’un ou l’autre de ces groupes n’empêche pas les utilisateurs de débattre de ces sujets dans d’autres groupes de discussion. Ce qui fait qu’en définitive, ces interdictions sont relativement inopérantes.

L’intérêt pour Internet provient aussi du fait qu’il n’y a pas de véritables coûts associés à la diffusion de l’information. Que l’on envoie un courrier électronique à une seule ou à un millier de personnes, il n’y a finalement que le premier message qui coûte.

Par rapport aux difficultés qui peuvent se poser quant à une mauvaise utilisation du réseau (par exemple le harcèlement par courrier électronique), M. Lips estime que notre arsenal juridique actuel devrait pouvoir suffire. Le seul problème est qu’il est parfois difficile à mettre en œuvre, de par la rapidité de l’environnement concerné. Ainsi, le fait d’obtenir éventuellement une décision judiciaire ou de pouvoir imposer des sanctions n’empêche pas cet environnement de reproduire le même délit dans les secondes qui suivent, et ce n’importe où ailleurs dans le monde.

En tant qu’utilisateur averti, M. Lips propose cependant qu’à l’instar de ce qu’a fait la police judiciaire en matière de pédophilie, il puisse exister un point de contact sur Internet, où des gens qui souhaitent se plaindre ou dénoncer certains agissements de groupes sectaires puissent déposer leurs informations.


Cette question, ainsi que bien d’autres, sont examinées de façon plus générale, tant au niveau européen qu’international, par diverses instances et commissions, qui tentent d’évaluer les possibilités de contrôle, voire de censure de cet environnement.



Le témoin répond ensuite à diverses questions posées par les membres :


Présence des sectes sur Internet et leur identification comme telles


Les sectes clairement identifiées sont celles qui ont pignon sur rue. Certaines disposent d’un site où l’on peut retrouver leurs adresses de contact et leurs numéros de téléphone. On y trouve également souvent des informations sur ce qui s’y passe ou sur leur organisation matérielle.

Un problème se pose cependant pour les associations ou les personnes qui ne s’identifient pas comme secte ou comme organisation à caractère sectaire. Il est donc difficile de dresser un inventaire exhaustif de ces mouvements.

De plus, Internet n’étant pas centralisé, ses répertoires ne sont pas le fait d’un organisme qui, à la manière du Minitel, rendrait accessible à la fois les informations et leur index. Sur le réseau, ces index sont le fait de sociétés ou de particuliers qui réalisent ce service comme produit commercial. De par la grande quantité d’informations qui circulent et leur renouvellement constant, ceux ci sont donc souvent partiels.



En fait, les auteurs de ces index répertorient les sites dans l’une ou l’autre catégorie, de leur propre autorité et en fonction de leur connaissance du site concerné. Pour ce qui concerne la catégorie “ religion ”, celle ci est subdivisée en une panoplie de sous catégories allant de l’ésotérisme aux religions plus traditionnelles, en passant par les voyages initiatiques.


— Caractère contradictoire du débat d’idées


Dans la mesure où Internet est un réseau qui s’est établi sans l’action concertée d’une structure, il est souvent qualifié d’espace démocratique, où l’on trouve souvent tant les partisans que les détracteurs d’un même point de vue. Un équilibre naturel s’établit entre la “ majorité silencieuse ” et la “ minorité active ”.


Il faut cependant noter que les différents avis ne se retrouvent pas forcément au même endroit. C’est ainsi que le site de Moon ne laisse pas place au débat contradictoire.


— Contrôle du réseau


Un contrôle absolu est utopique de par la nature même de l’environnement et n’est pas souhaitable du point de vue démocratique. Il est cependant important de pouvoir au besoin intervenir en cas de situations préjudiciables.


Le recours à un observatoire des sectes ou à un point contact sur Internet permettrait non seulement de disposer d’une information plus objective mais aussi de créer des possibilités d’interaction avec les autorités comptétentes en la matière. On pourrait ainsi plus facilement recouper les autres informations qu l’on reçoit en la matière sur le réseau. Le recours à ces deux outils est le plus logique, à défaut d’être complet.


De plus, malgré le caractère délictueux de certains faits, peu sont finalement poursuivis. Cela donne parfois l’impression qu’il existe un sentiment d’impunité sur le réseau.


— Identification des diffuseurs d’informations


Il n’y a pas d’anonymat sur Internet, chaque échange d’informations dans le réseau pouvant être identifié par les adresses de l’ordinateur émetteur et récepteur. Il existe donc une trace physique de l’opération.

Cependant, pour remonter à la trace physique de l’émetteur de l’information, il faut que les intermédiaires aient conservé, pendant un laps de temps assez long, les informations relatives au transit de cette information. Si le problème est donc techniquement solvable, le procédure est très lourde à mettre en œuvre.

Cependant, quand on s’en donne les moyens, on peut trouver et remonter à la source.

Il faut par ailleurs constater que ce que l’on réussit finalement à identifier, ce sont les ordinateurs qui ont été utilisés et non pas les personnes physiques qui ont diffusé l’information.

A cet égard, rappellons que les utilisateurs, au cas où ils utilisent des connexions via des fournisseurs d’accès au réseau, vont partager la mème identité que ceux ci. Il faudra donc garder une trace de l’ensemble des activités de chaque utilisateur. Cela devient difficile, lorsqu’on sait que cela doit être fait à l’échelle mondiale pour être efficace.

 

— Fiabilité des informations


Plusieurs sites d’informations institutionnels ont à l’étranger fait l’objet de détournements d’informations. Ces détournements — souvent opérés par jeu — ont souvent été corrigés dans les heures qui suivaient leur constat.

En règle générale, on peut, sur le réseau, prendre des informations, se les approprier, les modifier et les diffuser au travers d’un autre canal d’informations, qui sera, à ce moment là, incontrôlable pour l’émetteur initial. Un tel acte est certes punissable mais il est tout à fait possible techniquement.


Le problème est alors de voir quelle source il faut privilégier par rapport à d’autres. C’est une culture qui doit s’installer et qui dépasse le seul cas d’Internet : ce n’est pas parce que quelque chose est affirmé dans un média qu’il faut tout prendre pour argent comptant.

Dans le cas d’Internet cependant, dans la mesure où n’importe qui peut être investi du rôle d’éditeur ou de diffuseur d’informations, il faut pouvoir exercer un sens encore plus critique.


6. M. R. Devillé, auteur de “ Het Werk. Een katholieke sekte ? ” (1)


(1) Rik Devillé, Het Werk. Een katholieke sekte ? Van Halewyck, Leuven, 1996.


Voir chapitre VIII, Adeptes, ex adeptes et membres de la famille d’(ex) adeptes.



G. representants d’associations de defense des victimes


a. En Belgique


1. Audition de Mme Nyssens, responsable de l’A.S.B.L. “ Association de défense de l’individu et de la famille ” (ADIF)


A l’intention de la commission, Mme Nyssens fournit, dans un premier temps, deux propositions de définition d’une secte. A ses yeux, sur le plan sociologique, un groupe sectaire est un groupe qui suit un chef, lequel prétend avoir la vérité et le salut. L’ensemble agit dans l’intérêt du chef et de ses assesseurs et il n’y a pas de recours externe.



Sous l’angle juridique, il s’agit d’un groupe qui, au nom d’une loi fondamentale, d’une liberté, viole toutes les autres lois (lois de la Belgique fédérale, droits de l’homme, droits de l’enfant, conventions internationales, ¼).

L’intervenante attire aussi l’attention sur le fait qu’aux Etats Unis, les mots “ secte ” et “ culte ” ont une signification différente qu’en Europe.


Elle évoque ensuite la notion de “ changement forcé d’opinion ” (brainwashing), qui se fait en trois phases :

— le plan physique : l’individu adulte ou mineur d’âge est coupé de son environnement, de son habitat, de ses coutumes, ainsi que de sa famille et de ses amis. Ces pratiques visent la déstabilisation de l’individu;

— la phase affective : l’adepte est coupé de son milieu familial, de son travail et de ses amis. Les liens le rattachant à son passé sont brisés. Toutefois, de l’affection et de la gentillesse lui sont donnés au sein du groupe;

— la phase intellectuelle : par un endoctrinement, il faut faire oublier à l’adepte toutes les théories précédentes et lui inculquer les théories du marché.

Dans pareil état, l’individu en arrive à perdre son autonomie, voire sa capacité juridique. Il s’en suit alors parfois des emprunts, des mariages, des divorces, des adoptions et des ventes forcés.


A titre d’exemple, Mme Nyssens renvoie aux jugements intervenus dans l’affaire Melchior (Bruxelles, Mons et Paris), ainsi que dans l’affaire Ecoovie. Elle évoque aussi des précédents concernant l’Ange Albert, Ecoovie, le Patriarche, l’affaire Yarden, Bhagwan Shree Rajneesh ou encore Moon.

A cette occasion, plusieurs problèmes ont été abordés :

— le droit de garde et de visite des enfants;

— la définition de la notion de “ tiers intéressé ” au regard de la loi de 1921 (une A.S.B.L. ne pouvant actuellement pas demander la dissolution d’une autre);

— le renversement de la charge de la preuve dans des dossiers pénaux ou fiscaux;

— la captation d’héritages doleux;

— l’octroi de certains prêts par les banques;


— la reconnaissance des diplômes, surtout dans le domaine médical;

— le problème du vice de consentiment dans certains actes.

Pour ce qui concerne le changement forcé d’opinion, l’oratrice renvoie à la législation américaine et plus précisément à la Guardianship Bill. Aux termes de celle ci, si l’entourage d’une personne entrée dans un groupe constate la dépersonalisation de celle ci, il a le droit de saisir le tribunal, qui peut décider d’une prise de distance avec le groupe ou d’un recours à des spécialistes ou à une famille d’accueil.



A cet égard, Mme Nyssens estime qu’il ne faut pas légiférer à l’égard des groupes sectaires mais surtout faire disposer les individus et les familles d’un arsenal de moyens juridiques d'aide à différents niveaux.


Elle juge utile que les personnes concernées interpellent à la fois les parlementaires et les conseils communaux et provinciaux.

L’intervenante fournit ensuite une liste de critères pouvant mener à l’dentification d’un phénomène sectaire. Elle a été établie pour un congrès tenu à Barcelone en 1987 :


— non déclaration de l’identité du groupe;


— recours intensif à la psychologie individuelle et/ou de groupe;

— manipulation de textes sacrés ou autres;

— prédominance du politique et de l’économique;


— prédominance de l’émotionnel sur le rationnel;


— acculturation ou “ inculturation ”;

— instauration systématique du manichéisme, du synchrétisme, de la gnose, du fondamentalisme et de l’intégrisme;

— structure totalitaire à vocation internationale;


— utilisation du changement forcé d’opinion;

— impossibilité morale et intellectuelle de quitter le groupe;

— critique non objective de la réalité sociale;


— utilisation du pouvoir “ charismatique ” du leader ou de son équipe à son profit sur ses adeptes;


— compromission des autorités civiles et/ou religieuses en vue d’une crédibilité populaire.

Mme Nyssens propose que soit formé un bureau d’études scientifiques sur le phénomène. Il serait basé sur les principes de la dignité de l’homme et du progrès de l’humanité, principes que ces groupements font reculer et rétrograder (base : loi d'octobre 1919).


En réponse à une question en ce sens, Mme Nyssens indique que l’ADIF a été fondé en 1976 à la demande de personnes, après le procès Melchior. Il s’agit d’une A.S.B.L. qui ne reçoit pas de subventions (qu’elle ne demande d’ailleurs pas) et qui fonctionne avec de petites cotisations des membres.

Dans ses statuts, il est stipulé qu’elle a pour objectif de défendre la dignité de l’homme. L’association est en contact informel avec toutes les associations homologues de l’Union européenne et aussi avec les Etats Unis. Elle ne fait pas partie de la FECRIS (Fédération européenne des centres de recherche et d’information sur le sectarisme) pour des raisons de logistique juridique.

A titre personnel, Mme Nyssens se défend d’être antisectes ou de les défendre. Au contraire, elle déclare défendre la liberté de culte, de conscience, d’association et d’enseignement. Cependant, ce n’est pas au nom d’une telle tolérance que l’on peut accepter des violations de la loi. Toutefois, elle est hostile à la “ déprogrammation ”, visant à instaurer une normalisation après un passage dans ces sectes.


Pour le reste, l’intervenant déclare pouvoir trouver des témoins pouvant attester de la dangerosité de Shri Mataji, (Sahaya Yoga), de Moon, de Sûkyô Mahikari, de la Sokka Gakkai et de l’Eglise de Scientologie. Cependant, il faut pouvoir convaincre les gens de venir témoigner, ce qui n’est pas aisé.


Par ailleurs, Mme Nyssens confirme avoir pris contact avec la direction d’un hôtel où devait se tenir une réunion en présence de Shri Mataji. Les gens pensent parfois, en effet, qu’une conférence est valable par le seul fait qu’elle se tient dans un grand hôtel. Après ce contact, l’hôtel a renoncé à ce que la conférence se tienne. Cette démarche a d’ailleurs été entamée à la demande de parents concernés.


Enfin, l’oratrice indique ne pas avoir fait l’objet de plaintes en diffamation mais d’en avoir été menacée par plusieurs groupements.


2. Audition de Mme M. Degrieck, sociologue de la “ Vereniging ter verdediging van persoon en gezin ” (VVPG)


L’association a été constituée en 1976 en tant que groupe d’entraide, qui a donné naissance en 1983 à une association pluraliste, la “ Vereniging ter verdediging van persoon en gezin ” (VVPG), un centre de consultation semi professionnel en matière de sectes.

L’association poursuit 4 activités :

1. fournir des informations (aux personnes, aux associations, à la presse, ¼);

2. faire de la prévention (exposés dans les associations socio culturelles, une brochure d’information est mise à la disposition des enseignants);

3. recueillir de la documentation et la traiter (par le biais d’anciens membres, des revues, des livres, des journaux, de cassettes et de vidéos);

4. dispenser de l’aide (avis et accompagnement d’environ 1 000 familles et personnes depuis 1983).

C’est surtout cette quatrième activité qui mérite d’être commentée plus longuement.

Depuis les années septante, lorsque c’étaient surtout des jeunes de 16 17 ans qui devenaient membres de mouvements sectaires, le problème des sectes a évolué. Les jeunes ne constituent certainement plus le groupe le plus important parmi les membres des sectes.

Dans les années septante, des sectes comme les Enfants de Dieu ou l’Association pour l’unification du christianisme mondial (Moon), caractérisées par l’idéalisme, l’amour et l’esprit de solidarité, attiraient les jeunes qui y vivaient souvent en communauté. A la fin des années septante, l’accent était davantage mis sur le développement du “ Moi ” (Scientologie, Baghwan) et les sectes s’adressaient surtout à la génération des vingt et trente ans. Il était beaucoup moins fréquent de vivre en communauté.

A la fin des années quatre vingt est apparu le New Age, qui a également produit des groupes sectaires. De petits groupes bibliques fondamentalistes ont également du succès. L’âge moyen des adeptes augmente. C’est la génération des trente quarante ans qui devient membre.

Dans les années nonante, ce sont surtout les groupes qui prédisent la fin du monde (à l’approche de l’an 2000) qui ont assez bien de succès, ainsi que les petits groupements (essentiellement de petits groupes thérapeutiques).

Le résultat final est un mélange bigarré de sectes et de problèmes complexes. Jadis, c’était surtout des parents qui demandaient de l’aide; à l’heure actuelle, ce sont plutôt des partenaires, des enfants, des grands parents, etc.

Eu égard à la nature de l’association et de l’aide qu’elle fournit, les tableaux statistiques reproduits ci après ne sont pas complets et ne concernent que les personnes qui ont fait appel à l’association.


Les données se rapportent à la période allant de 1990 à fin 1995 et concernent 530 familles et 601 membres de sectes.


TABLEAU


Qui vient se plaindre ? Il ressort des données que les membres de sectes en proie au doute font également appel à l'association. C'est une évolution très positive. Le fait que d'autres personnes, en dehors des parents, considèrent également l'appartenance à une secte comme problématique et s'inquiètent montre que l'on ne peut réduire ce problème au refus des parents d'accepter que leur enfant choisisse une voie qui ne répond pas à leurs attentes, comme le prétendent certaines théories.


TABLEAU


Depuis que ce problème est plus médiatisé, c'est cette catégorie qui est devenue la plus importante. Auparavant, c'étaient les “ autres organisations d'aide ”.


TABLEAU


Le bureau de l'association se trouve à Anvers, ce qui explique le nombre sensiblement plus élevé de plaignants provenant de cette province, bien que l'association devienne, chaque année, de plus en plus connue en dehors d'Anvers.

Il n’est donc pas exact qu’il y a plus de sectes implantées à Anvers.


TABLEAU


Il s’agit en l’occurrence des personnes qui font appel à l’association, et non de la composition de la population des sectes.

Il faut noter que le pourcentage de femmes augmente chaque année.


TABLEAU


Le pourcentage élevé de personnes mariées au moment de l’adhésion prouve qu’il ne s’agit pas en l’occurrence d’un problème limité aux jeunes. Dans la catégorie des célibataires, il y a également beaucoup de cohabitants ou de personnes ayant une relation durable.


TABLEAU


Ce tableau doit être considéré proportionnellement : les Témoins de Jéhovah comptent le plus de membres, l’Eglise de Scientologie a beaucoup moins de membres, il y a donc proportionnellement plus de contacts pour l’Eglise de Scientologie que pour les Témoins de Jéhovah.

Les groupements dont on parle plus dans les médias, comme “ l’Œuvre ”, donnent aussi lieu à plus de contacts. Le tableau n’indique donc rien à propos des mouvements en tant que tels.

Pour quelles raisons fait on appel à l’association ?

Il y a lieu de distinguer deux groupes de personnes : les anciens adeptes des sectes et les familles :


a) Les anciens adeptes de sectes peuvent être confrontés à un certain nombre de problèmes. La VVPG estime néanmoins qu’il n’existe pas à proprement parler de “ syndrome post cult ”, même si certains problèmes peuvent effectivement surgir en fonction de la personnalité, de l’intensité et de la durée de l’appartenance, du type de groupe, des relations avec le monde extérieur, ¼ :


– sentiment de vide, d’inutilité et de perte (lié à des états dépressifs, des difficultés de concentration);

– sentiment de culpabilité tant en raison de l’appartenance à la secte en général, du recrutement d’autres adeptes, de choses qui ont ou n’ont pas été faites tant au sein de la secte qu’à l’égard de son entourage direct;

– sentiment de colère à l’encontre du chef et du groupe. Par exemple, colère pour avoir été trompé par une information trop vague au moment de “ l’adhésion ”;

– sentiment d’isolement, l’entourage ne comprenant pas ce que l’ex adepte a vécu;

– sentiment de méfiance à l’encontre d’organisations, de situations de groupe par crainte d’être à nouveau manipulé;

– méfiance également par rapport à ses propres capacités;

– sentiment de crainte que les prédictions annoncées par le groupe en cas de départ se produisent effectivement. Peur également que les prédictions (par exemple la fin des temps) ne se réalisent et qu’en tant qu’ancien membre on ne figure pas parmi les élus;

– manichéisme;

– difficultés de prendre des décisions;

– perte financière.

L’ensemble de ces problèmes ne se posent pas à tous les anciens membres et ne se posent pas avec la même acuité. La plupart des problèmes surviennent au cours des premières semaines ou des premiers mois.


b) Les familles des membres de sectes sont confrontées à d’autres problèmes :

– relâchement des relations familiales;

– application d’autres normes.

Il peut s’agir de l’écoute d’une certaine musique; de la lecture de livres, de l’absorption de médicaments, de l’alimentation, de la manière de vivre sa sexualité, de la célébration de fêtes, etc.;

– problèmes de communication. Ces problèmes sont notamment dus à une autre manière de penser (pensée manichéenne) excluant toute critique. Les membres de la famille perçoivent aussi souvent les conversations comme une pression visant à les enrôler;

– une autre manière de vivre son “ temps libre ”.

Les membres de sectes consacrent une partie importante de leur temps libre au groupe, et ce, tant à l’extérieur (rassemblements, réunions, voyages à l’étranger) que chez eux (s’isoler pour méditer, s’absorber dans la littérature du mouvement).


En d’autres termes, les familles peuvent se retrouver isolées socialement. Il n’y a très souvent plus d’activités familiales (excursions, visites chez les amis — les amis ne viennent souvent plus non plus étant donné qu’ils en ont assez de toujours devoir écouter la même litanie — hobbies, vacances). Il arrive aussi que l’on modifie son emploi de temps, par exemple, on se lève très tôt pour pouvoir faire tous les exercices avant d’aller au travail;

– dans un certain nombre de cas, le temps que l’adepte consacre au groupe peut être si important qu’il abandonne son travail ou, s’il est encore aux études, qu’il néglige celles ci. Les journées de travail au sein du mouvement peuvent atteindre 15 ou 16 heures;

– tensions autour des enfants deviennent souvent l’objet de discussions. Le membre de la secte souhaite que les enfants adoptent son mode de pensée, tandis que son partenaire ne le souhaite pas. Chez les enfants, ces tensions peuvent se traduire par des cauchemars, du désarroi et une attitude renfermée. Dans quelques cas, les enfants sont changés d’école ou même envoyés à l’étranger;

– modifications de la personnalité : une personne qui était charmante et aimable peut adopter un comportement extrêmement dur et une personne qui était sociable, active dans la société, s’enferme dans sa chambre et ne s’occupe plus que du groupe;

– il arrive également que l’adepte utilise son budget différemment et/ou qu’il prenne des risques financiers en empruntant de l’argent.


3. M. L. De Droogh, vice président de la “ Vereniging ter verdediging van persoon en gezin ”


Les sectes jouissent en principe de la même liberté de religion que d’autres courants religieux, églises et groupes philosophiques. Elles jouissent de la liberté d’association.

L’Etat doit en principe adopter une position de neutralité. Dans certains cas, on est toutefois parfois trop réticent, tandis que dans d’autres, on intervient trop vite.

Un groupe religieux ne peut bénéficier d’un statut d’exception à l’égard de la justice : la connotation religieuse ne peut constituer une entrave à une intervention.

L’individu n’est pas tenu par l’obligation de neutralité qu’a l’Etat et peut donc formuler des critiques à l’égard des sectes.

D’autre part, c’est précisément l’obligation de neutralité des pouvoirs publics qui doit les inciter à se prononcer et à fournir des informations sur les sectes. L’Etat de droit pluraliste doit empêcher que différents groupes qui prétendent détenir la vérité, mais qui ne peuvent en apporter la preuve, n’acquièrent une trop grande influence dans la société.

Il incombe aux organisations philosophiques, aux églises aux organisations religieuses, aux associations laïques et aux mouvements sociaux de formuler des critiques à l’encontre des sectes qui prétendent détenir la vérité exclusive sur le plan religieux. Une telle affirmation est en effet contraire à notre éthique démocratique.

De nombreuses sectes commettent en outre des erreurs morales et juridiques tant au moment de l’adhésion de nouveaux membres qu’au départ de membres.

Par analogie avec l’éthique médicale (le principe du consentement libre et informé), les personnes qui s’affilient à une secte devraient recevoir des informations complètes sur la structure de l’organisation et ses fondements religieux ou philosophiques avant de prendre une décision définitive. Au sein des Témoins de Jéhovah et de l’Eglise de Scientologie, par exemple, il y a des membres qui ne sont toujours pas informés à ce sujet après plusieurs années.

Un autre aspect concerne la portée de l’autorité parentale. L’intervenant estime que les parents ne peuvent prendre des décisions qui mettent la vie de leurs enfants en danger sur la base de leur conviction religieuse. Les autorités ont l’obligation éthique et morale de donner la primauté à la vie des enfants plutôt qu’à la conviction des parents (par exemple, en cas de transfusion sanguine ou de vaccination). Les adultes ont le droit de faire ce choix pour eux mêmes mais pas pour leurs enfants.

Une autre question est celle de savoir si les parents ont le droit d’éduquer leurs enfants dans un milieu tout à fait coupé des valeurs et des normes de la société (par exemple les écoles de Sahaya Yoga ou de Krishna). Le témoin peut difficilement l’accepter mais comprend que les pouvoirs publics puisssent difficilement intervenir.

Il ne faut pas confondre la tolérance avec l’indifférence sociale. Nous avons le devoir moral d’engager le débat avec les sectes, même s’il est particulièrement difficile d’avoir un débat fondamental avec elles, du fait qu’elles refusent de remettre leur doctrine en question.

L’orateur estime que le succès des sectes est lié à l’augmentation croissante de l’indifférence sur le plan moral et philosophique.

La prévention peut consister à inciter les gens à parler de leurs convictions religieuses et philosophiques.

M. De Droogh estime en outre que le rapport français et les documents préparatoires de cette commission d’enquête montrent la difficulté de formuler une définition précise de la notion de secte. Il est vain selon lui de tenter de résoudre le problème des sectes en formulant une définition claire et précise de ce phénomène.

Le rapport français constitue un pas important dans l’élaboration d’une approche pragmatique qui repose sur un certain nombre de critères. C’est la bonne méthode pour appréhender le phénomène. L’application de ces critères pragmatiques montre que si l’ordre rosicrucien, la franc maçonnerie, le Bahaï, l’Arche et des dizaines de groupements de la mouvance New Age peuvent être considérés comme des associations ésotériques, des sociétés secrètes ou fermées, il ne s’agit manifestement pas de sectes.

Certains groupes ont évolué. C’est ainsi que les Mormons, tels qu’ils se présentent aujourd’hui en Belgique, ne peuvent plus être qualifiés de secte. Des Mormons posent aujourd’hui des questions critiques sur les véritables fondements et sources de leur Eglise, comme cela s’est fait précédemment dans les Eglises protestante en catholique.

Baghwan était, dans les années 1970, un groupement relativement ouvert et s’est transformé en une communauté sectaire.

L’appellation “ secte ” ne peut pas être utilisée comme étiquette. Chaque groupe doit faire l’objet d’une évaluation spécifique. Les sectes peuvent également, d’une certaine manière, avoir des effets positifs : sentiment de sécurité et exutoire pour l’idéalisme. Certains se sentent heureux au sein de leur secte, ce qui ne signifie cependant pas qu’une secte soit une bonne chose : certains se sentent bien en prison ou dans un camp de concentration. Bref, on ne peut donc pas clôturer définitivement la liste des sectes. Les critères peuvent être plus ou moins remplis et il y a de nombreux cas limites.

Pour la VVPG, les sectes sont des groupes fermés, caractérisés par une forte cohésion interne et dirigés par un leader charismatique (homme ou femme) qui s’attribue souvent une autorité divine. Le groupe promet toujours à ses adeptes, d’une manière ou d’une autre, qu’ils se verront conférer des pouvoirs extraordinaires, qu’ils deviendront “ clear ” ou illuminés, qu’ils acquerront des caractéristiques divines ou qu’ils guériront. On n’espère pas le salut dans l’autre monde mais dans l’immédiat et uniquement en adhérant à ce groupe.

Les sectes sont des excroissances dogmatiques dans le domaine religieux.

Mme Eileen Barker, directrice d’un centre britannique d’aide et d’information sur les sectes, (subventionné par les pouvoirs publics), part du principe qu’il existe une situation potentiellement dangereuse lorsqu’un mouvement se sépare du reste de la société, lorsque la vision du monde des adeptes dépend de plus en plus de celle de la secte et lorsque ceux ci ne peuvent plus lire autre chose que la littérature propre à la secte.


Le mouvement définit des limites claires et qui ne peuvent être remises en question entre le bien et le mal, entre le divin et le satanique (le monde de pensée “ blanc ou noir ” caractéristique). Les leaders prennent des décisions importantes concernant la vie des adeptes (par exemple chez Moon, le choix du conjoint) et s’attribuent des pouvoirs divins.

M. Kranenborg, le spécialiste néerlandais des religions affirme que les sectes ne sont pas dangereuses mais signale cependant un certain nombre de facteurs de risque que les pouvoirs publics doivent surveiller : tensions dans les relations, endoctrinement, instabilité psychique, rupture avec l’entourage, leader autoritaire, pensée manichéenne et isolement.

Deux facteurs connexes augmentent le risque : la pensée eschatologique (Jonestown, l’Ordre du Temple Solaire, David Coresh) et la promesse d’une augmentation des pouvoirs et des connaissances, non pas après la mort mais ici bas.

Dans le milieu des sectes, quiconque est attaché à l’idéal de tolérance éprouve une impression de malaise.

La liberté de religion était à la base des droits de l’homme. On peut se demander où sont les limites de la tolérance.

Le témoin partage le point de vue du professeur Dobbelaere, selon lequel l’Eglise de Scientologie constitue, dans un sens plus large, un groupement religieux, mais que ce n’est pas parce qu’un mouvement est religieux que l’on ne peut poser des questions à son sujet.

Les pouvoirs publics doivent intervenir au cas où la loi est enfreinte. La liberté de religion ne peut servir à couvrir des pratiques répréhensibles (par exemple, sur le plan financier, voir l’ouvrage d’Alain Lallemand).

Il ressort par ailleurs du rapport Witteveen que les sectes disposent de capitaux dont l’origine peut difficilement être connue. Les autorités doivent veiller au respect des lois (fiscales, sociales, etc.) et protéger les personnes vulnérables et les enfants.

Le témoin plaide en faveur de l’instauration d’un code d’éthique par le prosélytisme : le prosélytisme doit être soumis à un certain nombre de règles, afin que les nouveaux membres reçoivent des informations correctes. Il estime que les autorités devraient avoir à l’égard des sectes la même attitude qu’à l’égard de l’alcool : bien qu’il nuise à la santé (mentale), nous n’optons pas pour sa prohibition mais nous proposons d’imposer diverses normes et règles afin de limiter sa nocivité.


La VVPG, qui lutte contre les sectes, ne peut pas être considérée elle même comme une secte, contrairement à ce que certains affirment. Le conseil d’administration se compose de personnes dont les convictions philosophiques sont très diverses et qui exercent par ailleurs des activités dans de nombreux domaines. En outre, l’association prône la plus grande tolérance. Il n’existe pas non plus d’organisation de membres, les gens s’adressent spontanément à l’association. Celle ci ne se base pas sur une philosophie bien définie.

L’association est opposée à la déprogrammation et l’a déjà fait savoir de manière explicite depuis quelques années.

Cette pratique existe surtout aux Etats Unis où la situation est d’une extrême gravité.

L’association discute effectivement avec des adeptes de sectes mais il n’y a ni enlèvements ni séquestrations. Ces entretiens ont généralement lieu à la demande des familles.

Les statistiques sont établies sur la base des entretiens avec les intéressés et en appliquant les critères qui peuvent être considérés comme une espèce de définition de travail. Comme cela a été précisé par ailleurs, il s’agit d’une définition pragmatique basée sur une multitude de critères.

Certains groupes attendent très longtemps avant de faire connaître leurs véritables intentions et préparent peu à peu les intéressés à un rituel initiatique (exemple : l’Ecole de Philosophie). Toutes les personnes contactées ne deviennent pas membres (selon Eileen Barker, trois personnes sur dix mille deviennent membres dans le cas de l’Association pour l’unification du christianisme mondial). D’autres quittent la secte après un certain temps. Les personnes qui s’intègrent totalement à la secte sont les seules qui connaissent des problèmes. Ce sont les sectes qui vivent en communauté ou qui isolent leurs membres qui font l’objet du plus grand nombre de plaintes.

Le “ background ” social des adeptes diffère assez fortement selon la secte. Les Témoins de Jéhovah comptent davantage de membres peu instruits, tandis que d’autres groupes, tels que Bhagwan, attirent plutôt les intellectuels. L’attrait de la pensée dogmatique ne s’exerce assurément pas seulement à l’égard des catégories inférieures de la population.

Le fait que le centre ait eu à prendre en charge 601 cas en cinq ans, tandis que très peu d’affaires ont été constatées au niveau des parquets pendant cette période, s’explique peut être par le fait que les personnes qui ressentent un sentiment de malaise concernant leur appartenance à une secte ne s’adressent pas toujours à la justice. On n’est pas convaincu que l’exploitation psychologique puisse être portée devant les tribunaux.

Un certain nombre d’affaires (divorce, droit de garde, etc.) sont liées aux sectes mais ne sont pas enregistrées en tant que telles. Les avocats déconseillent parfois à leurs clients de parler de la secte.


Beaucoup souhaitent rester discrets sur leur ancienne appartenance à une secte. Ils veulent oublier cet épisode et recommencer une nouvelle vie.

Jusqu’à présent, les membres de l’association n’ont pas été vraiment agressés par les sectes dans leur vie privée. Les discussions sont parfois désagréables mais elles sont importantes.

L’attention consacrée par les médias au phénomène des sectes et la création d’une commission d’enquête parlementaire ont provoqué une augmentation du nombre des demandes d’aide et des demandes d’information. Les demandes ont littéralement explosé à la suite d’une émission de télévision.

Il ne s’agit pas d’un problème qui ne touche que les jeunes. Les groupes chrétiens, le dogmatisme de l’église catholique plaisent, dans une très grande majorité des cas, aux personnes un peu plus âgées.

La “ philosophie ” intéresse apparemment plutôt les gens une fois qu’ils ont fait leur entrée dans la vie professionnelle.

Les parents obligent généralement leurs enfants à devenir membre de la secte.

On raconte que des enfants qui ont subi une transfusion sanguine contre le gré de leurs parents sont rejetés par leur famille, et que si ce n’est pas le cas, c’est la famille elle même qui est exclue de la secte. Il ne s’agit pas d’un ordre à proprement parler, mais d’une pression exercée par le groupe.

Les petits groupes peuvent être aussi dangereux que les sectes plus grandes et plus connues. Quelquefois il n’y a qu’une dizaine de personnes groupées autour d’un dirigeant.

Les groupements psychothérapeutiques ou les “ human potential movements ” doivent, eux aussi, être considérés comme des sectes dans certains cas.

La notion de religion a en effet considérablement évolué par suite de la sécularisation de la société. Dans ce cas aussi, le dirigeant invoque souvent des capacités extraordinaires, qui n’ont pas nécessairement un rapport avec l’image classique de Dieu.


4. Audition de M. Ch. Berliner, docteur en médecine et représentant de l’Association des victimes des pratiques illégales de la médecine



M. Berliner a fondé en 1992 l’Association des victimes des pratiques illégales de la médecine à la suite du décès de la petite Anaëlle B., le 8 octobre 1991. Celle ci avait été soignée dans des conditions dramatiques par des guérisseurs anthroposophes, dont un médecin généraliste homéopathe aujourd’hui rayé de l’Ordre des médecins.


Le but de cette association était de venir en aide aux victimes de telles pratiques et de récolter un maximum de témoignages afin d’en informer la population. C’est à travers les témoignages recueillis que le docteur Berliner a abordé le phénomène des sectes dans la mesure où il s’est avéré que nombre de cas étaient en fait directement liés à des activités sectaires.

Le témoin constate qu’il semble y avoir une certaine tolérance, tant au niveau de la justice que du public, vis à vis de ce genre de pratiques. Les seuls cas où il a réellement pu venir en aide aux victimes sont ceux où un médecin était impliqué, car l’Ordre des médecins pouvait alors intervenir.

Selon le témoin, il est urgent de créer un centre officiel pluridisciplinaire, regroupant l’ensemble des personnes désireuses de s’attaquer à ce problème avec efficacité et cohérence. Toutefois, le gouvernement a refusé de libérer les crédits nécessaires à cet effet.

Au terme de plusieurs années d’activité, M. Berliner constate que les sectes touchent toutes les couches sociologiques et s’articulent autour de médecines non conventionnelles.

Selon lui, les médecines douces sont dangereuses parce qu’elles empêchent de poser le diagnostic correct et orientent les malades vers des techniques d’examen qui n’ont jamais fourni la preuve scientifique de leur efficacité, comme, par exemple, l’iridologie, la prise du pouls ou la cristallisation sensible pour déterminer si une personne se trouve dans un état précancéreux. Ces médecines parallèles déconseillent les traitements classiques comme les radiothérapies, les chimiothérapies, les vaccins et les antibiotiques. Il est même souvent demandé aux malades d’interrompre des traitements confirmés et efficaces pour leur substituer des pratiques médicales alternatives dont l’efficacité n’est pas reconnue. Il leur est parfois aussi imposé des régimes drastiques et carencés.



Les médecines douces rencontrées dans les sectes sont notamment l’homéopathie, la médecine chinoise (acupuncture), la médecine ayurvédique, l’arômathérapie, les élixirs floraux de Bach et le régime macrobiotique Zen. Il est également recouru à la prière.


La majorité de ces pratiques sectaires reposent sur une vision pessimiste des choses, où le monde extérieur est diabolisé.

Sur le plan médical, M. Berliner souligne également le danger des manipulations mentales. Empruntant leurs techniques à des psychothérapies récentes généralement venues des Etats Unis comme l’analyse transactionnelle, la bio énergie, la PNL et autres hypnoses, les sectes visent à développer un état de dépendance chez des êtres généralement fragilisés. En soi, ces techniques sont scientifiquement valables mais elles sont ici détournées de leur finalité thérapeutique originelle à des fins perverses.



Il y a également les accidents dépressifs rencontrés chez certains membres de sectes au moment où ils prennent conscience qu’ils ont été dupés et qu’ils vont devoir reprendre contact avec le monde extérieur, chose extrêmement difficile, comparable à ce que ressentent les toxicomanes qui doivent arrêter d’absorber une drogue. Ce sont des moments critiques qui peuvent être à l’origine de dépressions sévères, de bouffées délirantes, voire de suicides.

Le témoin cite plusieurs exemples de pratiques médicales inacceptables :

— la théorie de Hamer affirme que tous les cancers sont provoqués par des conflits psychologiques et qu’il ne sert donc à rien de les traiter par chimiothérapie, radiothérapie ou ablation. En Belgique, cette théorie a été appliquée par le docteur Coste, aujourd’hui radiée de l’Ordre des médecins;


— les vocations guérisseuses par la prière et l’imposition des mains (cf. la secte antoiniste, le père Tardif dans le cadre du renouveau charismatique et le père Samuel à Gosselies);

— le système des chakras développé par l’IERehu (Energie humaine et universelle) de Luong Minh Dang;

— Sûkyô Mahikari qui critique sans nuance la médecine traditionnelle et prône une médecine faite essentiellement d’imposition des mains, de “ passes ” permettant à chacun de devenir guérisseur;


— Ecoovie : les adeptes vivaient dans des tipis, sans aucune hygiène et étaient soumis à des régimes sévèrement carencés; ils devaient fournir des efforts physiques intenses et avaient trop peu de sommeil; il n’était jamais fait appel à un médecin;


— la secte Horus en France: un enfant a développé le tétanos alors que son carnet médical mentionnait faussement qu’il avait été vacciné;

— Yvonne Trubert, qui dirige la secte IVI (Invitation à la vie intense), prétend guérir les maladies les plus graves en ayant uniquement recours à des théories énergétiques, à la spiritualité hindoue et aux médecines douces : pour IVI, il n’y a pas de maladie inguérissable. Il s’agit de rétablir l’harmonisation entre le corps physique, le corps énergétique et le corps astral en ouvrant le chakra bloqué par la maladie, permettant ainsi de faire circuler l’énergie et d’obtenir toutes les guérisons. Georgina Dufoix, ancien ministre français de la Santé, a marqué de l’intérêt pour cette secte.


Les gourous sont souvent des figures charismatiques. Ils détruisent les familles, entraînant une grande misère affective, mais également financière.

M. Berliner formule ensuite plusieurs suggestions :

— la création d’un numéro d’appel gratuit;


— la création d’un centre de documentation sur les sectes, qui serait l’équivalent de l’ADFI (Association de défense des familles et de l'individu) à Paris : un centre comprenant un service d’accueil pour les victimes, des consultations spécialisées, une bibliothèque, regroupant notamment l’ensemble des archives et dans lequel travailleraient en étroite collaboration des médecins, des psychologues, des sociologues, des juristes et tous ceux qui peuvent être d’une quelconque assistance envers les personnes touchées par les sectes;

— favoriser la collaboration européenne, voire mondiale car les sectes changent très facilement de nom et d’adresse;

— organiser des conférences de sensibilisation dans les classes terminales des écoles secondaires, en présence de témoins;

— inclure une large formation sur les médecines parallèles et le phénomène sectaire dans les études de médecine et les études paramédicales;

— créer une association de médecins s’occupant du problème des sectes sous l’angle médical;


— créer un fichier reprenant les thérapies alternatives connues, accompagné d’une solide étude critique, procédé déjà utilisé avec succès par des cancérologues suisses;


— mettre fin aux activités des écoles de naturopathie où sont enseignées des médecines parallèles. Les personnes qui sortent de ces écoles ne peuvent pas pratiquer la médecine. Dans les faits, elles sont toutefois tolérées. Ces institutions fabriquent en fait de futurs gourous.

Le témoin souligne également le rôle parfois dangereux joué par les médias.

De nombreuses revues telles que “ Médecine nouvelle ”, “ Médecine douce ”, “ Le lien ”, “ La vie naturelle ” ou encore “ Equilibre ”, qui traitent exclusivement des médecines parallèles sans aucun esprit critique, sont largement diffusées et sont disponibles dans les salles d’attente de nombreux médecins.

Le magazine des arts et du divertissement (“ MAD ”), supplément du Soir, contient des annonces de conférences “ new age ”, qui sont en fait des pièges utilisés par les sectes pour recruter des adhérents.

Sans vouloir minimiser le rôle positif que peuvent jouer les médias en dénonçant les agissements de certaines sectes, le témoin déplore que des journalistes publient parfois des articles élogieux concernant certaines pratiques (cf. par exemple, le cocon holophonique utilisé par un médecin de Rixensart), sans s’être préalablement suffisamment informés du danger de ces pratiques.


Enfin, le témoin regrette que certaines associations de consommateurs, notamment Test Achats, vantent le recours aux médecines parallèles sans aucune argumentation scientifique. Selon lui, ces médecines ne font pas l’objet d’une réglementation suffisante.

En réponse à la question de savoir comment faire pour concilier un juste souci de combattre le charlatanisme, d’une part, et le respect de la liberté individuelle du choix de la thérapeutique à suivre, d’autre part, M. Berliner estime qu’il faudrait au moins faire en sorte que les médecines alternatives soient exclusivement pratiquées par des médecins, qui, de par leur formation scientifique, sont mieux protégés contre certains excès. De plus, tout comportement anormal d’un médecin peut être sanctionné par le Conseil de l’Ordre.

Le témoin constate que les groupements sectaires utilisent essentiellement certaines médecines parallèles dans un but de manipulation, d’une part, et d’enrichissement, d’autre part. A cet égard, la législation actuelle est insuffisante.

Au sein du Conseil de l’Ordre, les médecins ont l’obligation de dénoncer les mauvais traitements dus à certaines pratiques médicales inconsidérées. La procédure est toutefois beaucoup trop lente. Un système permettant une intervention urgente devrait être instauré afin d’éviter des conséquences dramatiques (pouvant entraîner la mort du patient) dans le cas de maladies dont le traitement ne peut souffrir aucun retard.


M. Berliner estime qu’il faudrait encore sensibiliser davantage les conseils de l’Ordre même si, suite à son action, on constate déjà une plus grande fermeté vis à vis de ce genre d’excès. Le Conseil de l’Ordre des médecins de la province de Luxembourg demeure à cet égard plus laxiste, ce qui pourrait expliquer pourquoi beaucoup de sectes viennent s’installer dans cette province.


b. A l’étranger


1. Audition de Mme Tavernier, présidente de l’UNADFI (France)


Mme Tavernier est présidente de l’Union nationale des associations de défense des familles et de l’individu. L’association, qui vient d’être reconnue d’utilité publique et qui est en voie d’obtenir la capacité juridique, regroupe, depuis 1982, 21 ADFI dans toute la France. Elle n’est pas confessionnelle et est apolitique, ayant pour but la défense des familles et de l’individu, victimes de la manipulation mentale pratiquée dans les sectes. Les objectifs sont les suivants :

— conduire une large information préventive dans les différents types d’associations et dans les écoles;

— alerter les pouvoirs publics;

— étudier l’évolution des groupes sectaires;

— accueillir les familles et les amis des adeptes et, de plus en plus, les victimes des sectes.


Une large collaboration est engagée avec les ministères, qui, outre un soutien moral, offrent également un appui financier.

L’intervenante regrette cependant l’absence de structures d’accueil pour les personnes sortant des sectes. Elle ajoute que les associations ne se livrent pas à la chasse aux sorcières mais qu’elles agissent lorsqu’il y a atteinte à la liberté individuelle, aux droits de l’homme et de l’enfant et à la dignité humaine. Au niveau européen, des associations sont regroupées au sein de la FECRIS (Fédération européenne des centres de recherche et d’information sur le sectarisme).

Mme Tavernier insiste sur les difficultés de définir la notion de “ secte ”. Elle estime cependant que l’on dispose de suffisamment de critères pour définir leur nocivité.

Le témoin regrette aussi l’appellation “ nouveaux mouvements religieux ”, nouveau masque qu’utilisent les sectes, profitant de la crise de spiritualité, de solitude et désespérance présentes dans notre société.

L’unadfi a cependant essayé de se livrer à la définition d’une secte. Ainsi, selon elle, une secte est un groupe dans lequel il y a une manipulation mentale et affective, qui entraîne une triple destruction (de la personne, de la famille et de la société), avec à la base une triple escroquerie (intellectuelle, morale et financière).


On se fait piéger par une secte en suivant un triple processus (séduction, destruction et reconstruction à l’image de la secte). La secte s’articule sur trois pivots (un gourou ou un maître, une doctrine et un groupe ou une nouvelle famille).

Mme Tavernier insiste également sur l’intérêt de renforcer le dispositif législatif concernant la notion “ d’abus de faiblesse ”. En effet, souvent, lorsque des personnes constatent qu’elles ont été piégées, elles ne disposent plus de leur libre arbitre, voire de leur capacité de juger. Elles sont alors dans l’impossibilité de s’en sortir.

Pour le reste, il vaut mieux appliquer les lois existantes, par exemple, celles relatives au travail, à la protection des enfants, etc.

L’intervenante déclare s’inquiéter aussi face à la prolifération du phénomène sectaire et à l’augmentation de sa dangerosité.

Les sectes sont, en effet, puissantes et infiltrent tous les rouages de la société, notamment en piégeant des personnalités politiques. Mme Tavernier estime que le cas de l’Eglise de Scientologie est significatif à cet égard. Cette secte pose ses pions partout. Ainsi, des témoignages font état du fait que la Scientologie informatisait un service sensible du ministère de la Défense nationale et aurait infiltré la DST.




Ayant fait l’objet de menaces de mort et de harcèlements, Mme Tavernier fait valoir que la Scientologie est très active en ce domaine. Cette église dit notamment qu’il faut diffamer toutes les personnes qui luttent contre elle et qu’on a le droit de les éliminer physiquement, sans être considéré comme un criminel par les scientologues. A cet égard, le livre de Ron Hubbard “ Introduction à l’éthique de la Scientologie ” constitue une véritable incitation au meurtre.

Dans ce livre, il est question d’une formule “ de puissance pour la troisième dynamique ”. On explique ce qu’il faut faire si l’on a des ennuis financiers, par exemple. Il est notamment suggéré : “ Quand vous quittez une position de puissance, payez immédiatement toutes vos obligations, déléguez le pouvoir à tous vos amis et partez, armé jusqu’aux dents, avec les moyens de faire chanter tous vos anciens rivaux, des fonds illimités sur votre compte privé, des adresses de tueurs à gages expérimentés; allez vivre en Bulgarie et soudoyez la police. ”.

Autre extrait :

“ S’il se présente une menace à long terme, vous devez immédiatement l’évaluer et provoquer une campagne de propagande noire afin de détruire la réputation de la personne responsable et de la discréditer, de telle manière qu’elle soit mise au banc de la société.

La personne — c’est à dire celle qui dit du mal de la Scientologie — peut être privée de ses biens ou blessée par n’importe quel moyen, par n’importe quel scientologue, sans que celui ci soit passible d’aucune mesure disciplinaire de la part de la Scientologie.


On peut tromper une personne non scientologue, la poursuivre en justice ou la détruire. ”

Pour le reste, Mme Tavernier précise qu’un observatoire des sectes est en cours de création en France. Elle demande également depuis longtemps qu’un responsable s’occupe des sectes au sein de chaque ministère et qu’il y ait aussi un Monsieur “ Sectes ”.


En réponse à une question en ce sens, Mme Tavernier réfute l’accusation selon laquelle l’UNADFI constituerait une “ secte anti sectes ”. Elle fait observer qu’il ne s’agit pas d’organiser une chasse aux sorcières mais de dénoncer les agissements nocifs de ces mouvements. Ceux ci essayent par tous les moyens de lui faire abandonner cette lutte. Ainsi, les sectes font régulièrement des procès à l’UNADFI. Elles perdent souvent en première instance, puis vont en appel. Dans la mesure où elles perdent encore, elles vont en cassation. Même si elle gagne, l’UNADFI perd non seulement son temps mais aussi son argent. Les subventions servent alors en effet à couvrir les frais d’avocats et de procédure.


L’oratrice indique que peu de plaintes sont déposées à l’encontre des sectes, car les ex adeptes en sortent fort meurtris. Ils ont du mal à porter plainte, dans la mesure où ils subissent encore des harcèlements. De plus, ils ont souvent été “ programmés ” en ce sens. Souvent, ils ont été amenés à participer à des faits répréhensibles, parfois même à caractère sexuel, et ils craignent que cela ne soit rendu public.


De plus, dans la mesure où la justice est démunie devant le problème des sectes, nombre de plaintes sont purement et simplement classées sans suite. Cela décourage donc le dépôt de nouvelles plaintes.


Mme Tavernier indique par ailleurs que la création de nouvelles ADFI est freinée par son organisation. D’abord, pour éviter les tentatives d’infiltration. Ensuite, pour éviter de multiplier des mouvements qui finiraient par devenir “ sectaires ” à leur tour. De nombreuses précautions sont d’ailleurs prises avant de qualifier un mouvement de “ secte ”. On ne se basera jamais sur un seul témoignage. Par contre, quand une vingtaine de personnes viennent expliquer une même situation, lorsqu’il y a déstabilisation de l’individu, rupture avec la famille ou avec la société, ou encore quand il y a des escroqueries morales, financières ou médicales, on peut, au bout d’un temps, conclure qu’il s’agit bien d’une secte.



L’intervenante ajoute que bien que les sectes recrutent à tous les niveaux de la population, elles comptent en fait très peu d’analphabètes ou de SDF. Par contre, elles recrutent beaucoup d’intellectuels, de personnes pratiquant des professions libérales, de scientifiques et de plus en plus de médecins. Ainsi, la secte IVI (Invitation à la vie intense) fonctionne également avec un “ masque ” médical, qui la rend fort dangereuse. On ne propose pas seulement aux gens de guérir mais aussi de leur donner le don de guérison. On aborde ainsi la guérison de maladies comme le cancer ou le sida, par simple imposition des mains. Cependant, l’Ordre des médecins se montre quelque peu frileux dans ses réactions. Les contacts sont cependant meilleurs avec la police et la gendarmerie, qui sont des demandeurs réguliers d’informations. Mme Tavernier indique qu’il y a environ 230 sectes en France et 600 000 personnes touchées par le phénomène. Les plus dangereuses sont les sectes apocalyptiques, puisque les membres sont préparés à la possibilité d’un suicide collectif.

Concernant le mouvement du Graal, le témoin indique qu’il y est conseillé de ne pas soigner les malades pour qu’ils aient un meilleur karma dans l’au delà. Selon elle, une jeune fille serait ainsi décédée d’un cancer tout à fait soignable.



Répondant à une question relative aux ressources de l’Eglise de Scientologie, Mme Tavernier indique qu’elle reçoit des victimes qui y ont laissé 700 000 francs français en trois ans (Il y a tellement de grades à passer ¼).

Les adeptes signent, par exemple, un contrat pour un milliard d’années. Ils peuvent également devenir “ patrons ”. Pour cela, ils doivent alors donner 20 000 à 30 000 francs français par an. D’ailleurs, lorsque les gens n’ont pas de grands moyens, la Scientologie leur apprend à faire des emprunts. Dans la mesure où la Scientologie vend des cours, des biens, etc, ce n’est donc plus une association relevant de la loi de 1901, c’est un commerce. Cependant, les personnes qui dirigent les centres sont d’origine étrangère et sont domiciliés sur un bateau en zone libre.


Un redressement fiscal a cependant été opéré plus récemment. Après ce redressement, le local de la Scientologie à Paris a été fermé judiciairement. Le lendemain même, les scientologues se retrouvaient dans un local plus grand, plus beau, situé dans le 12e arrondissement.


2. Audition de M. J. A. Fisch, président du “ Cercle de défense de l’individu et de la famille ” (CDIF) au Grand Duché de Luxembourg


(Résumé de l’audition à huis clos, avec l’autorisation du témoin)


M. Fisch souligne les liens entre les théories nazies et la problématique sectaire et renvoie à cet égard à l’ouvrage de Nicholas Goodrick Clarke : “ Les racines occultistes du nazisme ”. Il y est notamment indiqué que Hitler était membre de sociétés occultes comme la “ société de Thulé ” et avait pour maître à penser Jorg Lanz von Liebenfels, Guido von List, Rudolf von Sebottendorff et Helena Petrovna Blavatsky. Hitler semble également avoir été très proche d’Aleister Crowley, le rénovateur du satanisme moderne. Selon l’orateur, il n’est pas rare de rencontrer des groupements sectaires, totalitaires et destructeurs, qui prônent les théories néo nazies, notamment celle du surhomme.


Le témoin fournit les renseignements suivants concernant divers groupements sectaires :


La Famille : selon lui, un journaliste japonais, Yuji Hirooka, résidant à Paris, possèderait une cinquantaine, voire une centaine de cassettes représentant des scènes pornographiques avec des enfants européens de moins de 15 ans.

Le témoin souligne que des enfants sont envoyés se prostituer pour attirer des hommes occupant généralement des positions importantes dans l’industrie ou le monde politique.


Satanisme : une société française de diffusion de cassettes pornographiques, DEFI, établie à Perpignan , met, entre autres, en vente des cassettes sur le satanisme. Certaines de ces cassettes, qui ne figurent dans aucune brochure de la société, mettent en scène des adolescents, dont il est difficile de dire s’ils sont âgés de plus ou de moins de 16 ans. Pour pouvoir obtenir ces cassettes dans les magasins spécialisés, il faut disposer d’un code secret apparemment connu des seuls membres des sectes sataniques.

Par ailleurs, le témoin signale que la femme d’un gendarme d’Athus est une des représentantes des satanistes en Belgique. Elle a été consultée lors de la disparition d’une jeune fille à Aubange (séances de radiesthésie).

Au cours des dernières élections à Pétange, le dirigeant d’une secte satanique s’est présenté sur une liste. Il organisait régulièrement des cérémonies sataniques. Il s’est enfui en République dominicaine (il se sentait surveillé par le témoin). La secte est toujours active aujourd’hui et est dirigée par Marie Jeanne Viviani.

Un dirigeant de la secte fut initié à Paris par Yul Ruga : l’adepte est soumis à 4 épreuves correspondant aux 4 éléments, après avoir ingurgité un hallucinogène provenant d’une racine mexicaine. L’initiation est suivie d’une partouze, parfois avec des mineurs de moins de 16 ans.


Il existe une bonne dizaine de sectes sataniques au Grand Duché de Luxembourg.

Le témoin déclare avoir rencontré un jeune homme, chargé d’amener des jeunes filles mineures dans la secte à Luxembourg. Il est aujourd’hui régulièrement soigné dans un service psychiatrique.


Le mouvement raëlien : le témoin cite plusieurs extraits des ouvrages de Claude Vorilhon, gourou de la secte, qui, selon lui, font apparaître les éléments suivants :


1) l’incitation au meurtre :

“ (¼) un être qui souffre trop a le droit de se suicider ¼ Si une personne que tu aimes souffre trop et souhaite mourir sans avoir la force de se suicider, aide la à se supprimer ”. (Les extra terrestres m’ont emmené sur leur planète, p. 113);



2) l’incitation contre l’ordre public, les institutions :

“ Il faut supprimer les élections et les votes ” (Le livre qui dit la vérité, p. 126);


3) la propagation des idées nazies, de discrimination et de haine raciale, de la théorie du surhomme :


“ Il faut que des hommes malades ou difformes, symboles d’un échec et insupportables aux yeux des créateurs, ne se présentent pas devant eux ” (Le livre qui dit la vérité, p. 52).

“ Ne seront éligibles à quelque poste public que ce soit, que les individus ayant un coefficient intellectuel supérieur de 50 % à la moyenne et ne pourront être électeurs que ceux ayant un coefficient intellectuel supérieur de 10 % à la moyenne ¼ Il s’agit de placer le génie au pouvoir, vous pouvez appeler cela la géniocratie ” (Le livre qui dit la vérité, p. 127).

Les extra terrestres déclarent : “ Nous souhaitons que notre ambassade terrestre soit édifiée en Israël sur un territoire que le gouvernement vous donnera. S’ils refusent, vous pourrez le construire ailleurs et Israël subira un nouveau châtiment pour n’avoir pas reconnu notre envoyé. ” (Les extra terrestres m’ont emmené sur leur planète, p. 84).

“ L’humanité n’est qu’un parasite ” (ibid., p. 137);



4) la négation du droit de propriété, du droit à l’héritage :

“ Il faut supprimer la propriété ¼ L’héritage doit être complètement aboli, sauf pour la maison familiale ” (Le livre qui dit la vérité, pp. 128 129).


“ Conformément à ce qui est écrit dans le Livre, tu ne laisseras pas d’héritage à tes enfants en dehors de l’appartement ou de la maison familiale. Le reste, tu le lègueras au Guide des Guides et si tu as peur que tes descendants ne respectent pas tes dernières volontés en voulant par la justice humaine récupérer tes biens, tu en feras don de ton vivant au Guide des Guides afin de l’aider à faire diffuser le message de nos créateurs sur la terre ” (Les extra terrestres m’ont emmené sur leur planète, p. 112);



5) le versement d’une dîme :

“ Tu feras au moins une fois par an un don au Guide des Guides, égal à au moins un centième de tes revenus annuels, afin de l’aider à pouvoir se consacrer à temps complet à sa mission et à voyager à travers le monde pour diffuser ce message. ” (ibid., p. 87).

Selon le témoin, les adeptes doivent verser 10 % de leur salaire mensuel à l’organisation, plus 1 % au compte privé de Claude Vorilhon;




6) la condition féminine : dans les ouvrages de Vorilhon, la femme est représentée comme une sorte de robot biologique dont il peut disposer à sa guise; abus graves contre les enfants, incitation à la débauche, voire même au viol de ses propres enfants :


“ ¼reçois les hommes qui te plairont et qui seront autant d’exemples masculins pour ton enfant ” (Les extra terrestres m’ont emmené sur leur planète, p. 198).

“ Tu éveilleras l’esprit de ton enfant, mais tu éveilleras aussi son corps, car l’éveil du corps va de pair avec l’éveil de l’esprit; ¼ l’éducation sensuelle doit apprendre comment l’on peut avoir du plaisir par ses organes, en ne cherchant que le plaisir; sans rechercher forcément à utiliser ses organes dans le but utilitaire qui est le leur. ¼ il faut leur expliquer comment ils peuvent s’en servir pour en retirer du plaisir. ” (La méditation sensuelle, l’éveil de l’esprit par l’éveil du corps).



A cet égard, le témoin renvoie également aux attendus du jugement DS 059963 du 19 juin 1984 de la cour d’appel de Liège :

“ Attendu que l’examen de la documentation soumise à la cour par l’intimée, plus spécialement la lecture du livre écrit par le sieur Raël sous le titre “ La méditation sensuelle, l’éveil de l’esprit par l’éveil du corps ” fait apparaître que les adeptes de cette religion doivent notamment apprendre à leurs enfants à se toucher, à les toucher, à être touchés, car ils doivent se souvenir combien de fois certains d’entre eux auraient souhaité être embrassés par leur père autrement que du bout des lèvres ou sur leur front, caressés, pétris, manipulés, pressés contre leur poitrine au lieu d’être tenus à distance comme des pestiférés et considérer que ce manque de contact physique est responsable de nos blocages sur ce plan ¼ ”.


Le témoin signale également l’existence de cassettes vidéo, notamment à Liège, démontrant les tendances pédophiles prônées par le gourou.

L’emblème de cette communauté pseudo religieuse est une croix gammée incrustée dans l’étoile de David.

Il s’agit d’un empire financier énorme, l’argent de la secte transitant notamment par Genève.


Raël, alias Claude Vorilhon, a déjà désigné son fils comme successeur.


Le Nouvel Age : beaucoup de groupements appartenant à cette mouvance préconisent également des thèmes nazis (théorie du surhomme, ¼)


La Fraternité blanche universelle : Oomram Mikhael Aivanhov, le fondateur, a été un collaborateur important de la Gestapo. Il fut d’ailleurs condamné pour ces faits.

Il semble d’ailleurs que beaucoup d’anciens membres de la Gestapo ou de la Hitler Jugend fassent partie de mouvements sectaires, comme, par exemple, Paul Werner, haut responsable de la secte Moon.


La Méditation transcendantale : selon le témoin, la théorie du surhomme se retrouve également dans la doctrine de cette secte: contre paiement, on y apprend, soi disant, à voler, à traverser les murs, à se rendre invisible, à voir et à écouter à distance, ¼ Si un adepte n’y réussit pas, c’est qu’il n’a pas bien suivi les cours et qu’il doit tout reprendre à zéro, bien évidemment moyennant de nouveaux versements.

L’argent de cette secte transite par la Kredietbank de Luxembourg, pour arriver finalement à Jersey. M. Michel Hubert, l’actuel administrateur délégué du Kreditrust, est en même temps le principal dirigeant de la secte.


L’Eglise de Scientologie : d’après le témoin, la Kredietbank de Luxembourg gère ou en tout cas a géré plus ou moins un milliard de US dollars pour le compte de l’Eglise de Scientologie. Ce renseignement a été donné par Peter Vossmerbäumer (Inside Scientology, p. 23). Il s’agit d’un des leaders de la scientologie en Allemagne, qui a quitté le mouvement il y a trois ans. Il prétend qu’après la mort de Ron Hubbard, David Miscavage, qui s’est emparé du pouvoir, a réussi à forcer les succursales de l'Eglise de Scientologie de verser l’entièreté de leurs avoirs sur ce compte au Luxembourg. Il explique notamment comment les succursales de Stuttgart, Munich, etc. ont dû procéder.

Le témoin déclare qu’il possède des factures qui ont été envoyées par des représentants de l’Eglise de Scientologie de Copenhague à certaines personnes à Bruxelles, indiquant le montant à verser sur des comptes à la Kredietbank au Luxembourg.


Par ailleurs, Peter Vossmerbäumer a dû suivre des cours pour être déprogrammé des théories scientologiques dans le but d’être envoyé en Afrique du Sud pour y suivre une délégation de l’Eglise protestante allemande. Il s’est fait engager comme chauffeur et a ainsi pu photocopier tous leurs documents si bien que l’Eglise de Scientologie a pu démontrer que l’Eglise protestante d’Allemagne a soutenu financièrement l’ANC.

Le témoin indique également que l’Eglise de Scientologie aurait réussi à se procurer les codes secrets des fusées atomiques des sous marins atomiques français (cf. S. Faubert, Une secte au cœur de la République).

Par ailleurs, l’intervenant connaît un jeune homme de Vianden qui a versé 250 000 francs à Narconon pour une cure de désintoxication qui n’a finalement duré que trois jours : il s’est enfui et est mort d’une overdose, lors d’une réunion à trois.


Enfin, le témoin affirme que des doses trop élevées de produits, comme la Nyacine et l’Oxadylène, sont administrées à certaines personnes de manière à briser leur résistance et à les convaincre d’adhérer.


L’Ange Albert : le témoin présente un organigramme de la secte :

— Ketty Donnersbach : médium non parlant de la secte; elle s’est proclamée “ Führer ”. En 1984 (jugement confirmé en 1985), Ketty Donnersbach a été condamnée pour exercice illicite de la médecine.


— Hilda Rau Scholtus, épouse de Fernand Rau, ancien député du parti chrétien social; élu député sur la liste de l’ADR; ex administrateur délégué du Crédit Européen à Luxembourg.



M. et Mme Rau sont au courant de nombreux délits commis au Grand Duché de Luxembourg en rapport avec la drogue, le commerce d’armes, la prostitution, des attentats à la bombe, ¼ Ils pourraient faire d’importantes révélations sur certaines affaires dans lesquelles tant la justice que le monde politique luxembourgeois ont des choses à se reprocher. Or, déclare le témoin, le Luxembourg veut préserver sa réputation de place financière.

M. et Mme Rau semblent également avoir été avertis de la dévaluation du franc belge en 1982, alors que même le gouvernement luxembourgeois n’en savait rien.

Après la mort de son époux, décédé dans des conditions mystérieuses, Mme Rau a fondé un nouveau parti : le NOMP.

Mme Rau a entraîné la femme du témoin (ainsi que sa fillette née avec de graves problèmes physiques) dans la secte : elle l’emmena rendre visite à Ketty Donnersbach en 1985, après sa condamnation.


Grâce à Mme Rau, la secte aurait réussi à piéger des personnalités politiques belges de premier plan. Selon le témoin, Mme Rau aurait également falsifié la correspondance qu’elle a adressée à M. Santer, à l’époque ministre d’Etat. Elle aurait aussi falsifié la signature d’un député luxembourgeois.


— Bernard Rockenbrod : ancien membre de la Hitler Jugend; son père fut Oberlandbauernführer. A cause de lui, beaucoup de personnes ont été déportées.

— Yvonne Theisen : médium parlant.

— Le dr. Carmela Ragaglia : devenue le médecin de la secte, elle applique les “ thérapies des anges ”.

Par arrêté ministériel du 30 mars 1990, le ministère de la Santé luxembourgeois a suspendu son autorisation d’exercer la profession de médecin pour une durée d’un an, suite à un état pathologique qui la rendait inapte à exercer sa profession (maladie de Kräplin et Dupres) (expertise réalisée par 3 médecins psychiatres de l’Université de Liège).


Un an et demi plus tard, elle a à nouveau été autorisée à exercer sa profession après que F. Rau eut posé une question parlementaire en sa faveur au gouvernement. Le ministre compétent a demandé au collège médical luxembourgeois de soumettre le problème au conseil de discipline. La présidence de ce conseil a été confiée au juge Weitzel, dont l’épouse est une amie d’école de l’ex épouse du témoin, ainsi que de Mme Rau. L’enquête a toutefois été bloquée car le juge Weitzel exigeait que les membres du conseil de discipline ne soient pas membres de l’association des médecins et médecins dentistes de Luxembourg. Or cette exigence est impossible à respecter car ils sont tous obligés d’être membres de cette association. Deux erreurs ont donc été commises : le ministre aurait dû demander une nouvelle enquête et le juge a bloqué l’intervention du conseil de discipline.

— Mme Dondelinger Martiny : elle est l’épouse du premier échevin d’Aubange. Il s’agit d’un des membres les plus durs de la secte; des séances de spiritisme ont lieu au domicile du couple et dans certains offices de la commune. Mme Dondelinger est active à Athus et dans toute la province du sud Luxembourg belge.

La secte refuse tout recours à la médecine traditionnelle et préconise des traitements à l’aide de deux pierres (une dans chaque main) et de l’eau de Melickshaff (infectée par le lindane, un des pesticides les plus dangereux). La fille du témoin a fait l’objet d’injections d’un mélange de sang et de jus de choucroute. Selon l’orateur, plus de 20 personnes sont mortes des suites directes de ces thérapies.

Il cite plusieurs cas individuels :

— une adepte a eu un grave accident en se rendant au siège de la secte. Malgré son hospitalisation pour blessures graves, l’Ange Albert a prétendu qu’elle n’avait rien. Comme elle refusait de retourner dans la secte, l’Ange Albert a conseillé à son époux de divorcer, en invoquant que la femme en question avait une relation incestueuse avec son fils. Ce dernier a finalement dû être placé en pension parce que son père voyait en lui un rival;

— la mère d’une habitante du Grand Duché de Luxembourg est décédée faute de soins (elle avait été uniquement traitée par les pierres et l’eau de Melickshaff);

— une habitante de Vianden est décédée d’un cancer du sein qui ne fut pas soigné correctement suite à l’intervention de la secte : son thorax était littéralement pourri. Le certificat de décès délivré par le Dr. Ragaglia a été refusé et une autopsie a eu lieu.

Plutôt que de soigner les enfants, ceux ci sont placés sous des pyramides. Ces pyramides ont également fait l’objet d’une tentative d’escroquerie de l’Etat belge (1).


(1) Projet d’assainissement de la décharge de Mellery par la seule influence énergétique de la pyramide de type KTICIC (cf. Alain Lallemand, Les sectes en Belgique et au Luxembourg, Bruxelles, 1994, pp. 174 75).


Selon le témoin, Ketty Donnersbach a toujours bénéficié de la protection politique de Mme Rau Scholtus.

Le ministère luxembourgeois de la Santé publique a prouvé depuis 1985 que les effets de l’eau de Melickshaff étaient de la pure fantaisie. Suite à une enquête du SCAS (Service central d’assistance sociale du tribunal de la Jeunesse), il a été constaté que “ les pratiques de cette communauté ont déjà provoqué de graves et profonds troubles, tant physiques que psychiques, chez des enfants comme chez des adultes. Elle présente de ce fait de réels dangers pour les personnalités fragiles et influençables ”.


Selon le témoin, le médecin chef, le Dr. Duhr, aurait même affirmé qu’il y allait de la vie des malades. Pourtant rien n’a pu être entrepris contre la secte.

Le témoin déclare avoir été diffamé, calomnié, et même ruiné par la secte.

Il affirme que Mme Rau aurait essayé de le faire assassiner avec l’aide du colonel Fernand Diderich de la gendarmerie luxembourgeoise, qui était à l’époque des faits directeur de la police de Luxembourg ville.


Enfin, le témoin signale que le secrétaire général de la police judiciaire de Luxembourg, M. Fischer, fut président de l’a.s.b.l. “ Dolphin Swimming Club ”, créée par l’Ange Albert. Il a donné sa démission après une campagne de presse menée contre lui.



Les Trois Saints Cœurs : Roger Melchior, alias le pape Jean, a été condamné à 18 mois de prison ferme à Mons pour l’enlèvement d’une jeune fille mineure (elle fut dissimulée dans une chaudière lors d’une perquisition à Brunoy). La papesse, Isabelle Westphal, fut, quant à elle condamnée à 4 mois de prison ferme. Ils se sont toutefois enfuis au Grand Duché de Luxembourg, à Wincrange, où ils ont construit un nouvel empire représentant aujourd’hui plus d’un milliard de francs.


Ils ont comparu à Mons en faisant le salut nazi.


Roger Melchior prétendait guérir toutes les maladies, y compris le sida, avec son fameux produit, le “ Pianto ”.

Une société luxembourgeoise (Arxhe) fait aujourd’hui encore l’éloge du Pianto et du Bio Saint Joseph, produits qui auraient été créés, selon la société, dans un laboratoire de l’UCL par André Melchior et Joseph Fraiteur, chanoine défroqué.

Les éditions Biologos sarl (société appartenant au groupe) ont publié une brochure qui cite diverses maladies et la manière dont elles peuvent être traitées par le Pianto. Selon l’intervenant, il s’agit bien ici d’exercice illégal de la pharmacie.



Les Témoins de Jéhovah : ils ont un tribunal intérieur (cf. les ouvrages internes KS71, KS77, KS81). Au sein de la communauté, il existe un système de délation obligeant jusqu’aux membres d’une même famille à dénoncer tout fait (même anodin), contraire aux préceptes de la secte, qui aurait été commis par l’un d’entre eux.

Selon l’intervenant, les Témoins de Jéhovah étaient pro hitlériens. Mêmes ceux qui ont été internés dans un camp de concentration bénéficiaient d’un régime de faveur. Himmler avait prévu de les implanter comme zone tampon en Russie dès qu’il aurait occupé ce pays, car ils étaient à la fois anti catholiques, anti communistes et anti sémites.

Les Témoins de Jéhovah refusent non seulement le service militaire, mais également toute forme de service civil.

L’orateur cite le cas d’une habitante de Düsseldorf, membre de la secte, qui refusait que son enfant subisse une opération du cœur, pourtant urgente, aucune transfusion sanguine n’étant admise. Grâce à l’intervention du père, en collaboration avec le témoin, le droit de garde fut retiré à la mère au profit du service de la jeunesse et l’enfant put être opéré.




Le Patriarche : les membres de ce mouvement sont très actifs en Espagne. Ils font signer des documents contre le sida, la drogue, ... à la sortie des supermarchés, dans la rue, aux corridas, ¼ Lorsqu’ils ont recueilli suffisamment de signatures, ils se rendent à la Chambre des députés afin d’obtenir des subsides. En France également, ils ont obtenu 5 millions de francs français de subsides.


Ils menacent de mettre tous les drogués dont ils s’occupent à la rue si les autorités officielles entreprennent quelque chose contre eux.


Sûkyô Mahikari : la secte a racheté le château d’Ansembourg (le comte Gaston d’Ansembourg est d’ailleurs un membre important de la secte) pour 39 millions de francs luxembourgeois seulement. 10 % du traitement mensuel des adeptes sont versés sur le compte de la secte au Luxembourg.

La secte refuse, selon le témoin, le recours à la médecine traditionnelle. Les membres pratiquent l’imposition des mains.

Le frère Luc, directeur de la section secondaire de l’ISMA à Arlon, ainsi qu’au moins cinq professeurs, sont adeptes de la secte.


Moon : selon le témoin, ce mouvement a financé l’avant dernière campagne électorale de Jean Marie Le Pen, qui a ainsi pu envoyer deux députés à Strasbourg (les premiers contacts furent établis en 1984). Ces faits sont relatés dans le journal publié par la Licra Luxembourg, ainsi que dans l’ouvrage de Cotta Martin : “ Dans le secret des sectes. L’extrême droite à la française : l’espace naturel des sectes ” (Flammarion, 1992). En outre, lors de l’émission télévisée “ L’heure de vérité ” du 22 mai 1989, Jean Marie Le Pen n’aurait pas nié avoir accepté le financement mooniste.

Par ailleurs, lors du vote de la résolution Cottrell le 22 mai 1984 à Strasbourg, Otto von Habsbourg, député, a fait du lobbying pour la secte. Il a quitté la séance en protestant lors du vote.

Enfin, d’après l’intervenant, le juge de paix, Paul Frank, serait le leader de la secte au Luxembourg et aurait reçu la femme de Moon à l’hôtel Intercontinental à Luxembourg.

La secte “ Moon ” travaille également sous le couvert de nombreuses associations, telles que “ Les femmes pour la paix mondiale ”, afin de se donner une certaine respectabilité


Kinésiologie : le directeur de l’école technique de Luxembourg ville, M. L. Thein, a suivi des cours de kinésiologie en Allemagne (cours payés par l’Etat). Il enseigne actuellement ces pratiques à ses élèves (environ 3 000) pour la somme de 3 500 francs. L’initiation de quatre jours permet de devenir kinésiologue.


Le témoin indique que plusieurs sectes (Eglise de Scientologie, Le Patriarche, Trois Saints Cœurs) présentent des caractéristiques semblables :

— exploitation des membres qui se sont tellement endettés dans la secte qu’ils sont obligés de travailler gratuitement pour le groupe;

— les adeptes ont tout juste de quoi manger et, faute de moyens, sont obligés de porter de vieux vêtements;

— absence de protection sociale (à Diekirch, un adepte des Trois Saints Cœurs a intenté un procès à la secte pour essayer de recupérer l’argent qu’il a versé et obtenir son inscription à la caisse de maladie invalidité et de pension).


Trois sectes, dont Méditation transcendantale, ont déjà présenté des listes électorales en Belgique.


Le témoin affirme que personne n’a voulu le croire dans sa lutte contre les sectes, à l’exception de la Sûreté luxembourgeoise. Certaines sectes (notamment Les Trois Saints Cœurs, l’Ange Albert, Moon, Méditation transcendantale) bénéficient, selon le témoin, d’une protection particulière de la part des autorités luxembourgeoises. L’argent de nombreuses sectes transite en effet par le Luxembourg. Ainsi, par exemple, concernant la Méditation transcendentale, le témoin possède des exemples de virements télex de la Kredietbank à Jersey pour le compte de la secte.


Lorsque des questions parlementaires sont posées concernant les agissements de certaines sectes (Ange Albert, Trois Saints Cœurs), le témoin constate que le gouvernement luxembourgeois répond toujours de manière évasive.

Il rappelle qu’une condamnation (au franc symbolique) a été prononcée contre lui et un journaliste, le juge ayant estimé qu’ils ne pouvaient prouver que les Trois Saints Cœurs étaient une secte.




H. Adeptes, ex adeptes et membres de la famille d’(ex )adeptes


1. Audition de M. D. Vandenneucker



M. Vandenneucker, ingénieur civil en électronique, est adepte de l’Eglise de Scientologie depuis l’âge de 18 ans. Il a aujourd’hui 31 ans.

Il insiste sur la liberté de chaque citoyen à pratiquer la religion de son choix. Cette liberté de religion paraît toutefois négligeable face aux campagnes médiatiques qui créent un climat de méfiance dans la population vis à vis des religions minoritaires.



Dans l’ouvrage de R. Hubbard, “ La Dianétique, la science moderne de la santé mentale ”, le témoin a découvert une méthode d’approche scientifique appliquée au domaine du mental qui produit des résultats précis. La dianétique lui a permis de mieux comprendre son mental et ses réactions dans la vie et ainsi d’améliorer son bien être et ses aptitudes à affronter et à résoudre les problèmes de la vie courante.



La Scientologie lui a proposé un ensemble d’outils applicables dans la vie de tous les jours :


— en quelques jours d’étude et d’exercices pratiques, le témoin a appris à vaincre sa timidité, à s’ouvrir aux autres et à communiquer;


— il a également appris les règles de base d’un mariage heureux et affirme obtenir 100 % de résultats dans son couple;


— les découvertes d’Hubbard dans le domaine des valeurs spirituelles lui ont permis de trouver “ un équilibre d’éthique et de bonheur ”, tant dans sa vie privée que professsionnelle;


— Hubbard a également mis en évidence quelques règles de base visant à améliorer l’aptitude de l’individu à étudier;

— le témoin a créé sa propre affaire informatique sur la base d’une technologie administrative efficace mise au point par la Scientologie.

Selon M. Vandenneucker, la Scientologie est une religion à laquelle il a adhéré librement. Elle considère l’homme comme un être spirituel et non “ comme un animal matériel et intelligent ”. Elle n’est pas dogmatique mais demande à ses membres d’observer par eux mêmes ce qu’est la vie. Elle développe une méthodologie scientifique appliquée au domaine de l’esprit, dont les résultats ne se font pas attendre.



N’importe quel groupe philosophique ou religion doit respecter les lois et les droits de l’homme vis à vis de ses membres et de la société en général. C’est, selon l’orateur, le cas de la Scientologie.


Comment est il entré en contact avec la Scientologie ? Après avoir lu pendant deux ans plusieurs ouvrages de R. Hubbard, prêtés par une voisine, le témoin a suivi un premier cours de communication à l’Eglise de Scientologie, et ce avec l’accord de ses parents.

Ses parents, alertés par son changement de comportement, se sont informés auprès de divers mouvements et personnes opposés à la Scientologie. Une étude, selon lui, objective des documents réunis à cette occasion et la rencontre de diverses personnes (psychologues, aides sociaux, personnes responsables de mouvements anti sectes) lui a permis de conclure qu’il n’y avait dans ces textes aucun raisonnement logique et que les gens opposés à la Scientologie n’avaient aucune connaissance cohérente du sujet qu’ils attaquaient.



Malgré les tensions extrêmes qui sont apparues en 1985 1986 avec ses parents suite à l’influence de ces personnes et de la presse, le témoin déclare vivre aujourd’hui en très bons termes avec ses parents. Il se demande si des groupes comme l’ADIF peuvent impunément se lancer dans une inquisition généralisée contre toute doctrine religieuse minoritaire.


A cet égard, il y a lieu de constater que le mouvement anti sectes CAN (Cult Awareness Network) a été dissout par un juge américain et condamné à une amende de plus d’un million de dollars pour avoir pratiqué le “ deprogramming ”.


Selon M. Vandenneucker, le psychiatre Jean Marie Abgrall utilise toujours les mêmes termes généralisés de “ manipulation mentale ” et nie en bloc toute efficacité en évitant soigneusement toute analyse des enseignements religieux attaqués. Or, à ses yeux, la psychiatrie se voit de plus en plus attaquée de par le monde : aux Etats Unis, en Australie, en Afrique, en Italie et en Grèce, des conditions dignes de camps de concentration ont été découvertes dans des hôpitaux psychiatriques (suicides, crimes violents, ¼ en sont la conséquence).




L’Eglise de Scientologie a été reconnue comme religion aux Etats Unis en 1993, après une enquête de trois ans menée par l’administration fiscale américaine (Internal Revenue Service).

Si la présente commission d’enquête se doit de détecter toute pratique frauduleuse ou tout abus en matière de droits de l’homme, il est tout aussi essentiel qu’elle cherche à protéger le citoyen qui veut vivre librement sa religion.

Le témoin répond ensuite à diverses questions :


Quel est le niveau atteint par le témoin au sein de L'Eglise de Scientologie ?

Il est un “ public ”, c’est à dire une personne qui souhaite suivre des cours, des formations et étudier des livres. Il ne fait pas partie du staff de l’organisation.

A t il dès lors une connaissance des différents niveaux (OT) et des textes et questionnaires qui correspondent à ces différents niveaux ou bien sa connaissance des échelles à franchir pour atteindre les hauts grades est elle limitée ?


Le témoin doit admettre qu’il est loin de maîtriser tous les aspects de la Scientologie. A ce propos, il déclare ne pas avoir connaissance de la réglementation édictée par R. Hubbard le 18 octobre 1967, selon laquelle les ennemis de la Scientologie “ peuvent être privés de propriété ou blessés par tous moyens, par tout Scientologue, sans qu’il encoure aucun reproche de la part de la Scientologie. On peut le tromper, le poursuivre en justice, lui mentir ou le détruire. ”.




A la question de savoir si de telles menaces sont punissables au sens pénal du terme, le témoin répond par l’affirmative mais il ajoute que ces propos sont sortis de leur contexte.

Comment l'Eglise de Scientologie conçoit elle la liberté individuelle et la liberté de conscience ? Respecte t elle l’opinion des non scientologues ?

M. Vandenneucker répond par l’affirmative. Le principe de base de R. Hubbard est que rien n’est vrai tant qu’on ne l’a pas observé par soi même. Aucune opinion ni croyance n’a été imposée au témoin.


Les adeptes de la Scientologie peuvent ils librement quitter leur église ?

Bien que le témoin ne suit plus de cours depuis plusieurs mois, il affirme n’avoir subi aucune pression ni menace.

La critique et l’attaque des personnes hostiles à la Scientologie font elles partie de son enseignement ?


Le témoin affirme se baser sur sa propre expérience pour critiquer les mouvements anti sectes qui ont harcelé ses parents. Quant aux assertions de M. Abgrall en commission, il les a découvertes dans un article de presse. Selon lui, la contre attaque est normale à partir du moment où on se fait attaquer pour avoir simplement fait un choix religieux.



Quel est le prix des cours suivis par le témoin ?


Le témoin ne connaît pas le coût exact mais affirme que le bénéfice qu’il en a retiré a toujours été largement supérieur à sa contribution financière. Il n’a par ailleurs jamais signé de reconnaissance de dette à l’égard de l’Eglise de Scientologie. Le témoin précise toutefois qu’en 1986, il a acheté un service à l’avance pour 10 000 francs belges, que ses parents ont payé par la suite.

Le témoin possède t il un électromètre ? Quel en est le coût ?

Il a versé 19 000 francs pour l’achat d’un électromètre. Il s’agit d’un appareil qui permet au praticien de la Scientologie, l’auditeur, de localiser plus facilement les zones où il y a une charge qui gêne la personne au niveau spirituel.

Contrairement à la psychiatrie et ses nombreux effets négatifs, les techniques développées par R. Hubbard permettent d’atteindre des résultats concrets.

M. Hubbard est il vénéré en tant que fondateur de l’Eglise de Scientologie ?

Le témoin éprouve uniquement une grande admiration pour Hubbard, qui a réussi a améliorer les conditions de vie de l’individu.

Les activités de son entreprise informatique sont elles liées à la Scientologie ?

Ses clients principaux sont des sociétés de développement auxquelles il offre de l’étude sur mesure. Cela n’a, selon lui, rien à voir avec l’Eglise de Scientologie.

Le témoin s’incline t il devant les décisions judiciaires intervenues à l’encontre de la Scientologie ?

Il déclare ne pas disposer de données suffisantes pour s’exprimer en la matière. Il remarque que l’aspect anti secte est très poussé en Allemagne et signale que l’Eglise de Scientologie a, selon les informations dont il dispose, gagné ses procès à de nombreuses reprises.

La Scientologie est elle réellement une religion ? Peut on être croyant ou athée et en même temps un scientologue ?

La Scientologie représente Dieu comme étant l’infini et laisse à chacun l’interprétation en fonction de sa propre réalité. En ce sens, ce n’est pas une religion exclusive : on peut très bien être scientologue et catholique, musulman ou athée.


Quant au précepte chrétien d’amour du prochain, y compris celui qui n’a pas nécessairement la même religion, le témoin affirme être entièrement d’accord avec les fondements de l’église catholique.



2. Audition de M. Y. Verriest


M. Verriest a été membre pendant huit ans de la “ Gemeente van Christus ”, un mouvement proche des “ Pinkstergemeenten ”. Son épouse l’y a accompagné un certain temps.

Au départ, il a assisté à des réunions sur invitation d’un ami d’enfance. Les principes de base du groupe lui furent enseignés à travers la Bible. Il était à l’époque en recherche spirituelle et le groupe montrait beaucoup de compréhension à l’égard de sa situation familiale et professionnelle.

Après un certain temps, il fut mis en quarantaine, puis exclu du groupe il y a trois ans parce qu’il avait osé critiquer certains dogmes et qu’il avait tenté d’obtenir des renseignements auprès d’autres couples. Il s’est rendu compte que les membres du groupe n’appliquaient pas leurs propres principes. Un membre du mouvement a essayé de le convaincre de réintégrer la communauté.

Le mouvement a des centres à Louvain, Bruges, Roeselaere, Gand et Hasselt. Auparavant, ils étaient également présents à Bruxelles et en Wallonie. Il y a environ 1 500 membres en Belgique et aux Pays Bas. Il existe également une communauté importante et très connue aux Etats Unis et au Canada (“ The Church of Christ ”), qui dispose d’une école.

Les adeptes sont invités à verser une contribution, en principe sans aucune obligation. Toutefois, si le membre ne s’en acquitte pas, il est interpellé et on l’encourage à verser un certain pourcentage de son revenu, différent suivant le siège. Le témoin déclare n’avoir cependant versé que 50 000 francs en 8 ans.



Contrairement à une communauté pentecôtiste, il n’est pas parlé en langues; les instruments de musique sont interdits.

Il n’existe pas de véritable hiérarchie pyramidale au sein du groupe : toute personne ayant la capacité nécessaire peut être formé comme professeur ou prédicateur. Ces derniers sont soutenus par les différentes communautés. Les enseignants viennent généralement du continent américain. Seul un Belge en a fait sa profession. Lorsqu’il est formé, l’adepte est responsable de son propre entretien et doit lui même essayer de trouver des “ sponsors ”.

Les réunions ont lieu au domicile d’un membre ou dans un centre culturel. Aux Pays Bas, des églises ont été construites avec le soutien financier des membres.

Le culte de cette communauté exige un engagement complet, incompatible avec l’adhésion à une autre religion. On a d’ailleurs reproché au témoin son intérêt pour d’autres religions et mouvements.



3. Audition de Mme F. Paulis


Mme Paulis a été membre des Assemblées de Dieu de Verviers de 1976 à 1987. Selon le témoin, cette secte présente des similitudes avec les Témoins de Jéhovah.

En instance de divorce, seule avec trois enfants, elle est venue habiter à Wegnez, à côté d’adeptes de ce mouvement. Elle se trouvait dans le désarroi et s’est immédiatement retrouvée sous leur tutelle.


Le pasteur était un véritable dictateur, qui manipulait les gens par un fort sentiment de culpabilité basé sur les écrits bibliques. Il dictait tous les actes des adeptes, interdisant, par exemple, le remariage.


Chaque mois, le témoin versait une dîme : 10 % de son salaire, ainsi que 10 % de ses allocations familiales et de la pension alimentaire versée par son ex époux pour les enfants.


Cette dîme servait, entre autres, à payer la location de la salle de réunion. Selon le témoin, une part allait également à l’église mère de Belgique. Il existe également des Assemblées de Dieu aux Etats Unis.

Comme Mme Paulis ne recevait pas l’assistance spirituelle qu’elle attendait, elle a suivi M. Philippe Angot, ex adepte des Assemblées de Dieu, qui avait décidé de créer sa propre église dans les Ardennes : l’Action Evangélique de Pentecôte (AEP).


Il a persuadé le témoin de vendre sa maison pour en acheter une autre à Malmédy, dans un état vétuste. Un montant de 340 000 francs remis par le témoin (prélevé sur le montant du préavis versé par son employeur), ainsi que d’autres dons (dont un million de francs versés par un Suisse) ont permis au gourou de s’acheter à son tour une maison.


Mme Paulis déclare avoir perdu tout bon sens au contact de la secte. Angot lui proposait de l’aide, la flattait, la manipulait. Il possédait un pouvoir de séduction très fort. La famille du témoin ne comptait plus du tout à ses yeux. Elle n’avait plus aucun contact avec ses amis, ses collègues. Son langage était devenu totalement différent.

En outre, suite à son transfert d’Heusy à Malmédy, le témoin a perdu 14 heures de travail par semaine. Depuis les modifications apportées à la législation sociale, elle ne peut plus toucher d’allocation de chômage pour temps partiel et se retrouve donc dans de graves difficultés financières.

Mme Paulis fut nommée diaconesse au sein de la secte et fut amenée à faire du recrutement dans la rue (distribution de prospectus, chants, ¼). Elle n’était toutefois pas rémunérée et continuait à verser sa dîme.

Lorsqu’il lui semblait que le gourou n’agissait pas de manière logique ou n’appliquait pas sa propre doctrine, le témoin condamnait automatiquement son propre jugement. Le gourou ne peut en effet pas faire l’objet de critiques. Il est le chef absolu. Les adeptes ne peuvent même pas discuter entre eux de ses agissements. C’est un véritable enfermement.

Le monde extérieur est représenté comme le monde de Satan. Les membres de la secte sont les enfants de Dieu. Eux seuls possèdent la vérité, la lumière.

La secte comptait une vingtaine d’adeptes.

Le plus jeune de ses fils a également été embrigadé. Angot, qui venait souvent au domicile du témoin, a, entre autres, réussi à le persuader de donner son matériel hi fi, d’une valeur de 100 000 francs, au mouvement. Le gourou déterminait pour une grande part leur vie; ils n’avaient quasi plus aucune liberté.


Son fils s’est rendu compte qu’il était manipulé; il n’a pu que très difficilement récupérer son matériel.


Le témoin constate que ses enfants ont été victimes de la secte, en étant coupés de leur école, de leurs copains. L’un d’eux a dû arrêter ses études, faute de moyens financiers.


En 1992, Mme Paulis a finalement décidé de porter plainte contre Angot, qui vit actuellement en France. Elle lui réclame la somme de 340 000 francs, sans compter les nombreuses autres offrandes. Ces dons servaient à payer le loyer du gourou, ses notes de téléphone, l’achat d’une voiture, ¼


Le témoin insiste sur le fait que les petites sectes font parfois autant de dégâts qu’une grande.

Le gourou l’a relancée à plusieurs reprises par téléphone à son bureau. Il proférait des menaces, disant que quiconque quittait la secte connaîtrait des malheurs, des accidents. Le témoin déclare qu’il est très difficile de se dégager totalement de l’emprise du gourou. Même plusieurs années plus tard, lorsqu’un de ses fils a eu un accident, elle n’a pu s’empêcher de se demander si ce n’était pas une conséquence des événements passés.


4. Audition de M. R. Devillé et d’anciens membres de L’Œuvre, Mmes A. Cochet, G. Decock, I. Brabants Martens, F. Van Bulck et L. Wynants


(Résumé de la partie publique de l’audition)



a) Exposé de M. Devillé (1)


(1) Rik Devillé, Het Werk. Een Katholieke sekte ? Van Halewijck, Louvain, 1996.


M. Devillé a commencé à s’intéresser à L’Œuvre après la publicité de plus en plus large donnée à un certain nombre de plaintes émanant d’anciens membres, tant en Belgique qu’à l’étranger, et surtout après l992. Il estime que l’on peut conclure avec certitude, sur la base de ces témoignages, que L’Œuvre est une secte. C’est ainsi que la personnalité des membres est, pour ainsi dire, anéantie par le recours à des techniques de dépersonnalisation et d’infantilisation, ce qui est d’autant plus grave lorsqu’il s’agit de mineurs ou d’enfants. Les victimes de ces pratiques en gardent des séquelles pour le restant de leur vie. Beaucoup d’anciens membres ont encore besoin, aujourd’hui, d’aide psychologique ou d’accompagnement.

Un certain nombre d’éléments spécifiques qui se retrouvent dans L’Œuvre démontrent clairement qu’il s’agit d’une secte :


Rôle du confesseur


Dans l’Eglise catholique, le confesseur est tenu de manière très stricte au secret de la confession. Ce n’est pas du tout le cas au sein de L’Œuvre. Le membre y est tenu d’écrire sa confession sur des “ feuillets de confession ”, qui sont remaniés par la mère supérieure. Leur contenu peut ensuite être confessé par le membre. Cette démarche a pour but de susciter une bonne impression auprès du confesseur, en vue du recrutement. Elle permet par ailleurs également d’interroger le pénitent, une fois recruté, de manière approfondie. Il s’agit donc de toute manière d’une violation grave du secret de la confession.


Impossibilité d’avoir des conversations ouvertes


La seule forme de communication qui subsiste se situe entre les membres et le conseiller personnel qui leur est attribué. L’information est monopolisée au sommet de L’Œuvre : les membres communiquent vers le haut mais ne savent rien des autres membres ni des anciens. Ils sont totalement coupés du monde extérieur.

Le droit à l’information est pourtant un droit fondamental, qui est étroitement lié au droit de nouer et d’entretenir des relations de confiance (maintien des contacts avec sa famille), au droit au délassement (écouter et regarder des émissions de radio et de télévision), bref, au droit d’avoir un comportement ouvert et d’avoir des relations sociales, relations dont l’absence se traduit, dans notre société, par la fragilité, l’isolement et le désarroi.


Manque de relations fondamentales avec les autres


Les témoignages ont fait apparaître que les membres ne peuvent entretenir de contacts avec leur famille, même lorsqu’il s’agit de proches comme les frères et sœurs, et que L’Œuvre dissimule même ses membres à leur famille. Le mouvement se replie dans les “ catacombes ”, au sujet desquelles on ne sait rien. Il est souvent impossible, pour la famille, de savoir où résident les membres.

Les membres n’ont pas davantage la possibilité de confier leur détresse à des tiers; il leur est même défendu de se rendre chez un médecin. D’après L’Œuvre, être malade est un péché.

Les membres de L’Œuvre sont également obligés de rompre les liens avec leur famille, sous le prétexte que la mère naturelle est mauvaise et que L’Œuvre leur en fournit une nouvelle (et meilleure).


Le monde de L’Œuvre est un monde d’isolement prude, moral et psychologique (L’Œuvre est la “ lumière blanche ”), par opposition au monde extérieur, qui est mauvais, même si l’Eglise est présente dans ce monde. L’Eglise est toutefois ouverte et tolérante. Il est également frappant de noter à quel point les dirigeants de L’Œuvre s’intéressent, de manière systématique, aux faux pas, même insignifiants, que les membres ont pu commettre dans le passé, et les utilisent pour faire en sorte que les membres aient toujours d’eux mêmes une image négative. L’Œuvre décide elle même qui peut devenir membre; les personnes extraverties (que l’on peut mieux connaître) font de meilleures recrues que les personnes introverties.

Selon certains témoignages, L’Œuvre pratiquerait également l’exorcisme et le magnétisme.


Violation du secret des lettres


L’intervenant signale que des pratiques telles que l’ouverture de la correspondance adressée aux membres, le refus de lettres recommandées, la non communication de lettres destinées aux membres (lettres provenant de la famille), la censure de lettres adressées à l’extérieur, etc. sont des pratiques courantes au sein de L’Œuvre.


Conséquences sur les droits en matière de sécurité sociale


Par suite de leur infantilisation et de leur dépersonnalisation, les membres cèdent une partie importante de leurs revenus ou de leur patrimoine à L’Œuvre. Certains “ frais ” leur sont par ailleurs imputés et il arrive souvent que les membres ne soient pas rémunérés pour le travail qu’ils prestent au service du mouvement. Aucune cotisation sociale n’est en outre versée en faveur de ces membres. On leur dit que la société veillera sur eux plus tard.

On ne peut que constater que les questions financières sont toujours entourées du plus grand secret. Si des comptes détaillés sont demandés aux membres en ce qui concerne leurs dépenses, leurs revenus vont, quant à eux, directement aux dirigeants, par le biais de procurations. C’est ainsi qu’ont été cités d’innombrables exemples de successions échues à des membres, mais qui, en fait, ont été captées par les dirigeants de L’Œuvre.


Avoirs des membres


Ceux ci sont immédiatement accaparés par L’Œuvre, qu’il s’agisse de futurs héritages ou d’objets ayant une valeur sentimentale, tels que des photos, etc. L’Œuvre possède beaucoup de richesses et de biens placés à l’étranger, alors que les membres n’ont aucun loisir et n’ont plus la moindre parcelle de responsabilité personnelle. Les choses sont même allées si loin que certains malades étaient privés de soins (les médicaments étaient gérés par la mère supérieure, qui les “ administrait ” ou en consommait parfois).


Mentalité


L’attitude de L’Œuvre est celle d’une institution qui monopolise la vérité et présente le reste du monde (y compris l’Eglise) comme étant mauvais, ce qui est une caractéristique typique des sectes. Trois règles de base dominent l’attitude de L’Œuvre vis à vis de ses membres : ne pas réfléchir, ne pas discuter et ne pas critiquer. Ce sont là des caractéristiques anti démocratiques que l’on retrouve également dans les idéologies totalitaires. L’intervenant estime que toute la philosophie de L’Œuvre doit d’ailleurs être considérée comme totalitaire : les membres subissant d’ailleurs des pressions (par exemple, on doit être mort à 50 ans, sinon on n’a pas assez travaillé, la sexualité est une faiblesse, etc.) de sorte que ceux qui veulent quitter le mouvement se trouvent devant un dilemme (le monde extérieur est mauvais).


Sentiments


Les sentiments sont dictés au sein de L’Œeuvre : les membres ne peuvent montrer leurs sentiments et il est interdit d’en parler; les membres ne sont pas autorisés à voir les faire part annonçant le décès de leurs parents; en cas d’hospitalisation, les membres sont invités à renoncer “ volontairement ” aux visites de leur famille.


Conclusion


M. Devillé estime que l’on peut, sans la moindre difficulté et de manière incontestable, définir L’Œuvre comme étant une secte. Des caractéristiques telles que la dépersonnalisation, l’infantilisation et la manipulation sont présentes au sein de L’Œuvre. Les membres ont, soi disant, la liberté de prendre des décisions mais il s’agit, en fait, de décisions “ toutes faites ” : on décide ce que les dirigeants souhaitent que l’on décide, on décide ce que les dirigeants veulent que l’on décide. Ce sont eux qui détiennent la vérité.

L’Œuvre ne peut être assimilée à un couvent, car les couvents acceptent aussi d’autres groupes et admettent la diversité de la société. L’Œuvre prétend faire preuve d’ouverture, mais ce n’est qu’une apparence : il y règne une obsession du secret et la vie du mouvement est régie par de nombreuses règles non écrites (c’est ainsi que la mère supérieure a quotidiennement une vision sur les règles à imposer). On ne peut pas non plus perdre de vue que Rome ne reconnaît pas L’Œuvre.

Le règlement d’ordre intérieur se fonde sur une obéissance inconditionnelle. Les membres sont, en permanence, contrôlés, manipulés et isolés, de sorte que la plupart d’entre eux traversent une crise d’identité. A cela s’ajoute encore l’exploitation financière.

L’Œuvre a une conception dualiste du monde : il y a L’Œuvre, une communauté quasi idéale, et, en dehors d’elle, il y a le reste du monde, et aussi l’Eglise, qui est mauvais. A l’extérieur, L’Œuvre se présente toutefois comme humaine, amicale et inoffensive.



b) Témoignages d’anciens membres de L’Œuvre (Mmes Cochet, Decock, Brabants Martens, Van Bulck, Achten Wynants)


Au cours de la séance publique, cinq témoins ont été entendus. Tous avaient quitté L’Œuvre depuis quelque temps, après en avoir été membres parfois pendant plus de vingt ans.


La formation


La plupart de ces témoins sont entrés fort jeunes dans la communauté après avoir suivi des cours à l’asbl Paulusheem (aide aux familles). D’après les témoins, les cours ressemblaient fort à des séances de lavage de cerveau, en ce sens qu’il s’agissait, avant tout, de poser des questions sur les candidats eux mêmes, de sorte que L’Œuvre entrait en possession d’informations très personnelles.

Au début, les élèves pouvaient retourner à la maison après quinze jours, les fois suivantes, à des intervalles de plus en plus longs (une fois par mois, tous les deux mois, tous les six mois, etc.). On interdisait strictement aux aspirants membres de révéler quoi que ce soit concernant l’institution (“ parce que le monde extérieur, est étranger à ce milieu, n’y comprendrait quand même rien ”). L’internat était particulièrement sévère.

La formation n’était cependant pas sanctionnée par un diplôme. L’intention initiale, qui était de créer des humanités sociales, n’a jamais été concrétisée, parce que la mère supérieure redoutait un contrôle extérieur (autorités laïques et religieuses).


Les “ familles catacombes ” jouaient également un rôle lors du recrutement (des familles dont les enfants deviendraient automatiquement membres de L’Œuvre).

Les possibilités de délassement étaient rares et modestes.

Ces témoins mettent également l’accent sur les trois piliers de L’Œuvre : ne pas raisonner, ne pas discuter et ne pas critiquer. Ils prétendent que des techniques d’hypnose (axée sur une pensée unique) ont été appliquées.

Les vêtements, bijoux, objets de famille, photos et nécessaire de correspondance étaient confisqués dès l’admission.


La dirigeante


En ce qui concerne les contacts avec la mère supérieure, Julia Verhaeghe : les conversations étaient généralement axées sur l’apologie de L’Œuvre et de sa dirigeante et le dénigrement des familles et des parents des élèves. Lorsque des parents donnaient des signes d’opposition, on allait même jusqu’à placer les futurs membres sous la surveillance et l’autorité d’un membre de L’Œuvre, tandis que l’on continuait à critiquer les parents. En effet, ceux ci étaient possédés du démon et l’aspirant membre devait se libérer de son passé et de ses liens familiaux (photos, lettres et autres, étaient déchirées).


En tout état de cause, la fondatrice exerçait une fascination sur les jeunes candidats et tout était mis en œuvre pour préserver la mystique qui entourait sa personne. Elle était honorée avec le plus grand soin.

La mère supérieure serait fascinée par la vie et les œuvres de grands dictateurs comme Hitler et Staline, qu’elle considérerait comme une source d’inspiration. Elle exige en tout cas de ses membres une obéissance religieuse et une abnégation inconditionnelles.


Les membres et la sécurité sociale


Les anciennes membres auditionnées n’ont jamais été rémunérées pour les activités qu’elles ont exercées (comme infirmières, aides pastorales, etc.).

En fait, le sommet de L’Œuvre ne faisait que profiter du travail des membres : exploitation financière, instructions et absence de toute justification.


Les conditions de travail au sein de la communauté ont été décrites comme relevant de l’esclavagisme, surtout lorsqu’il s’agissait des soins personnels à la mère supérieure, qui était particulièrement exigeante. Celle ci avait d’ailleurs aussi des visions quotidiennes qui devaient être consignées et qui servaient de ligne de conduite pour la “ politique ” de L’Œuvre.


En tant qu’“ employeur ”, L’Œuvre n’était pas en règle vis à vis de différentes législations sociales (pas d’assurance contre la maladie ou les accidents, pas de cotisations de pension, etc.). Les membres n’avaient pas de véritable statut social, ce qui provoquait de sérieux problèmes lorsqu’ils quittaient le mouvement et les obligeait à demander le minimum de moyens d’existence. Les membres n’étaient d’ailleurs jamais inscrits dans la commune où ils résidaient.

A l’âge de 50 ans, les membres n’avaient pas encore rempli leurs obligations vis à vis de la communauté et lorsqu’ils atteignaient 60 ans, ils étaient censés s’en remettre à l’Etat et faire appel à des mécanismes comme le revenu garanti ou l’aide sociale. L’Œuvre n’avait donc aucun souci à se faire.

Une ancienne membre avait été recrutée en tant que collaboratrice “ indépendante ”, ce qui impliquait qu’elle devait travailler quelque part au dehors. Par la suite, elle a acheté en son nom propre une propriété destinée à être utilisée par L’Œuvre (propriété qu’elle devait toutefois mettre à la disposition de celle ci par testament). A la fin de sa carrière professionnelle, elle a dû se mettre entièrement au service de L’Œuvre. Elle a parfois avancé de l’argent, qui ne lui a jamais été remboursé.


Dépersonnalisation


Le processus de destruction de la personnalité commençait dès l’adhésion officielle (qui allait, par ailleurs, de pair avec la signature d’un certain nombre de documents vierges). Cette adhésion impliquait la fin d’un mode de pensée normal et réaliste, ainsi qu’une disponibilité permanente au profit de la communauté. Les contacts avec le monde extérieur étaient totalement exclus : il était interdit de correspondre avec la famille ou des amis, d’écouter les nouvelles à la radio ou de regarder les programmes à la télévision.

Les parents avaient rarement des nouvelles de leurs enfants et vice versa. Les parents ignoraient même généralement où leurs enfants séjournaient : ces derniers voyageaient beaucoup, résidaient souvent dans des centres de L’Œuvre situés à l’étranger et ne pouvaient informer leur famille de leur lieu de séjour (on parle même d’“ enlèvement ”). Un témoin parle même d’une interdiction de voir sa famille pendant 10 ans.

Certains membres ont été forcés de rédiger un testament suivant un modèle bien déterminé. Ils étaient souvent “ invités ” à écrire une lettre à leurs parents afin d’exiger leur part d’héritage à l’avance. Si les parents refusaient, c’était le signe d’une intervention du diable. Les membres devaient également souvent signer des documents vierges en faveur de L’Œuvre.


Atteintes à la santé des membres


L’intégrité physique des membres était également menacée : un certain nombre de témoins ont vu leur santé décliner pendant leur séjour à L’Œuvre. C’est ainsi que l’on n’avait apparemment pas le droit de recevoir des soins médicaux, parce que la maladie n’était pas autorisée. La maladie était surtout le fruit de l’imagination et l’œuvre du diable. Un témoin a même parlé d’une personne qui s’était gravement brûlée dans la cuisine et qui ne pouvait pas se faire soigner. Les médicaments n’étaient même pas administrés aux malades. Dans certains cas, il a même été question de gestes déplacés et de harcèlement sexuel.

Quand un membre était hospitalisé ou affaibli pour cause de maladie, L’Œuvre tentait d’abuser de ces circonstances en lui faisant signer des procurations en blanc, afin de désigner l’association elle même comme bénéficiaire en cas de succession.



Quand des parents ou des proches des membres de L’Œuvre décédaient, il n’était pas permis aux membres d’assister aux funérailles. Plus grave encore : on leur cachait que leurs parents étaient malades, de sorte qu’ils ne pouvaient même pas leur rendre visite. Des témoins se sont, par la suite, sentis culpabilisés parce qu’ils trouvaient qu’ils avaient démérité. Il leur était par ailleurs également interdit d’exprimer leurs sentiments.


La relation avec l’Eglise catholique


L’Œuvre n’a, en réalité, rien à voir avec l’Eglise catholique ni avec sa mission. Elle est au dessus de la société et des religions. Ses dirigeants font, en fait, ce qu’ils veulent sans être soumis à une quelconque forme de contrôle. Il n’existe apparemment pas de lois qui leur interdisent de se livrer à de telles expériences. Certains avocats relèvent même jusqu’à dix infractions dans les agissements de L’Œuvre.


Selon certains témoins, de hauts dignitaires, tant dans la société civile que dans la hiérarchie de l’Eglise, se sont laissés soudoyer pour obtenir des avantages au profit de L’Œuvre.

Des membres auraient également dû se rendre souvent à l’étranger afin de placer des montants importants sur des comptes étrangers.

Le secret de la confession n’a nullement été respecté. On ordonnait quand et auprès de quelle personne déterminée il fallait aller se confesser. Dans certains cas, on dictait même à l’avance ce que l’on devait confesser et un contrôle était ensuite exercé par la mère supérieure.

Quitter la communauté semblait impossible, surtout à cause de l’angoisse profonde à laquelle chacun était en proie (retour vers le monde diabolique, le monde du péché). On s’était, en outre, coupé du monde normal. Dès que la communauté était au courant de l’intention qu’avait un membre de partir, celui ci était durant des mois, la victime de tracasseries (coups de téléphone, calomnies, ¼).


Conclusion


Selon les témoins, L’Œuvre est sans aucun doute une secte sur base des critères suivants :

— destruction de la personnalité;

— interdiction de tout contact avec les parents/la famille;

— appropriation des héritages et des biens;

— pratique consistant à dicter des lettres;

— présentation manichéenne du monde (L’Œuvre est bonne, le reste est mauvais);

— utilisation de techniques telles que le lavage de cerveau;

— “ enlèvement ” de membres, qui sont généralement recrutés à un très jeune âge (la famille ignore où quelqu’un réside);

— aucun statut social;

— idée fausse que L’Œuvre a pour mission secrète de réformer l’Eglise catholique.



*

* *


Ces faits ont été très largement confirmés par 3 témoins entendus à huis clos.



c) Questions


Apparemment, diverses infractions ont été commises : cessions forcées de biens, vol, captation d’héritages, non paiement de salaires, trafic international de fonds, défaut coupable d’assistance, travail au noir, enlèvement de mineurs, violation du secret des lettres, obstacle à l’exercice des droits civils, etc. A t on cependant effectivement déposé plainte ou engagé des poursuites et, le cas échéant, y a t il eu des condamnations, et dans la négation, pourquoi n’y en a t il pas eu ?

Pourquoi les familles n’ont elles jamais déposé plainte, si les membres ne l’ont pas fait eux mêmes ?


M. Devillé répond qu’aucune plainte formelle n’a encore été déposée et que, par conséquent, aucune condamnation n’a encore été prononcée. Le fait que l’on ait pas porté plainte peut être dû aux lavages de cerveau pratiqués en profondeur, dont les effets peuvent durer de 10 à 20 ans.

L’Œuvre se situe dans les milieux religieux : les familles d’anciens membres ont déjà eu des discussions avec des ecclésiastiques de Rome, mais elles n’ont apparemment pas encore eu l’idée d’entreprendre des démarches au sein de la société civile. Ce ne serait d’ailleurs pas si facile, vu les ramifications internationales (le siège central se trouve en Belgique).

Apparemment, les membres peuvent difficilement déposer plainte : ils n’ont pas d’argent et ne peuvent rémunérer un avocat, ils sont découragés (ils ne sont pas de taille à se mesurer à L’Œuvre), ils n’osent pas, ils ont perdu leur personnalité et l’idée d’obéissance domine, même après avoir quitté la communauté.


La détresse dans laquelle se trouvent de nombreux membres est elle une conséquence de la manipulation mentale ?


Il est un fait que les membres sont manipulés durant des années et sont, par conséquent, traumatisés. Il est très grave qu’une telle chose ait pu arriver, mais il est peut être très difficile de le prouver, parce que les membres n’osent probablement pas en parler. Cela devient dangereux quand ce genre de tendances prévaut au sein de la société.

Il est particulièrement regrettable que l’on puisse apparemment opérer au sein d’institutions connues, sans que celles ci ne soient au courant (par exemple, recrutement de membres parmi des adolescents dans les collèges).


L’Œuvre spécule apparemment sur une certaine confusion avec l’Eglise catholique. Quelle est la réaction de l’Eglise ? L’Œuvre est elle une secte au sein de l’Eglise catholique ou veut elle sincèrement servir la société ?


Selon l’orateur, l’Eglise catholique ne sait pas bien quel comportement adopter à l’égard de L’Œuvre. Elle a également besoin de plus amples informations. En 1988, une analyse détaillée a été remise à la Conférence épiscopale. Consulté, le Vatican a répondu qu’il s’agissait d’une association pieuse et charitable et qu’il n’était donc plus nécessaire d’examiner le problème plus avant.

Il est très important de bien examiner la signification des messages de Rome : il s’agit en effet souvent de décisions et d’avis de personnes qui ont un lien direct ou indirect avec L’Œuvre.


Pour le reste, il n’y a jamais eu d’autre réaction de la part de l’Eglise.

M. Devillé pense que l’on peut probablement considérer que L’Œuvre est une secte implantée au sein de l’Eglise catholique plutôt qu’une secte implantée dans la société. L’Eglise catholique fait évidemment partie intégrante de la société, de sorte que L’Œuvre a, indirectement, un lien avec la société. Il semble que L’Œuvre infiltre le monde des hauts dignitaires de l’Eglise afin, de pouvoir exercer, par ce biais, une certaine influence sur la société.


Les membres de L’Œuvre ont ils le même statut que les religieux ?


L’Eglise ne reconnaît pas à L’Œuvre le statut de congrégation monastique.


Pourquoi n’a t on posé des questions concernant L’Œuvre que dans l’évêché de Gand ?


L’Œuvre était peu connue jusqu’il y a quelques années. L’organisation apprécie la discrétion. Depuis la fin des années 1980, quelques anciens membres ont contacté certains évêchés et une enquête a été ouverte notamment à Tournai, sans résultat, il est vrai. Une deuxième enquête, qui était apparemment plus approfondie, a été menée dans l’évêché de Gand, mais on a quand même hésité à ébruiter le dossier.


Si les seules critiques sont venues de Gand, c’est probablement parce que L’Œuvre avait l’intention d’acquérir une maison dans cette ville. Ce projet s’est heurté à l’opposition de l’évêché. L’Œuvre aime en effet acquérir des maisons dont se dégage un certain rayonnement, qui ont une valeur symbolique et qui contribuent à rehausser l’image de l’association (cf. la “ Newman house ” à Oxford). Aussi cherche t elle à acquérir de vieux couvents, des maisons ayant appartenu à d’anciennes congrégations, etc.


Quelle réaction les témoins attendent ils de la commission d’enquête parlementaire ?


Les témoins ont parcouru un long chemin et sont surtout préoccupés par l’avenir. Il faut protéger les jeunes des pratiques sectaires et veiller à la transparence des groupes et des associations. Si des personnes habitent effectivement au sein d’une communauté, leurs droits élémentaires, tels que le droit au secret des lettres, doivent être garantis.



On dit que L’Œuvre n’autorise pas la critique et que les membres doivent accepter une série d’axiomes. N’est il cependant pas normal que, lorsque l’on devient membre d’une association, on en accepte les règles; sinon, il faut la quitter ?



Il est, certes, permis de devenir membre d’une association, mais il est normal que l’on sache à l’avance quelles en sont les règles. Il s’agit d’une véritable manipulation. Les règles de L’Œuvre n’apparaissent pas vraiment comme telles. Elles peuvent toujours être modifiées de façon unilatérale (par exemple, suite aux révélations de la mère supérieure), mais il faut quand même les accepter inconditionnellement à l’avance.


Comment se déroule le recrutement des jeunes (internats) ? Comment le recrutement a t il évolué depuis les années 1950 ? L’Œuvre a t elle vraiment appliqué une politique de recrutement active (elle ne recherchait certainement pas des membres importants) ?


Le recrutement de membres se faisait auparavant par le biais de l’aide aux familles, alors qu’à présent, il s’effectue davantage par le biais des écoles (sessions, retraites). C’est un danger réel, parce que les jeunes esprits sont très accessibles aux idées propagées. Un témoin affirme que c’est son médecin qui l’a envoyé à l’établissement de L’Œuvre de Villers Notre Dame pour “ pouvoir mieux se reposer ”.


Existe t il des données concernant le nombre de membres et de familles catacombes ?


Le nombre des membres de L’Œuvre a bien augmenté, en tout cas au niveau international. A l’origine, on ne recrutait que des femmes, mais, à présent, on recrute de plus en plus d’hommes, surtout parmi les prêtres et dans les communautés de frères (une première ordination aurait récemment eu lieu en Autriche, ce qui est impossible selon le droit canon, puisque L’Œuvre n’est pas reconnue).

En Belgique, L’Œuvre compterait environ 150 membres. La liste des “ familles catacombes ” n’est pas disponible. Parfois, les familles ne se rendent pas compte de leur statut.


5. Audition de M. R. Janssen


Suite à une procédure de divorce par consentement mutuel, les deux enfants du témoin séjournent alternativement une semaine chez leur père et une semaine chez leur mère, membre des Témoins de Jéhovah. Ils sont donc soumis à l’influence de la secte une semaine sur deux et cela a un impact indéniable sur leur comportement social, entre autres, à l’école. Ils ne peuvent participer à aucune activité (fête de Saint Nicolas, de Noël, anniversaires, fêtes familiales, ¼).

Le témoin craint également pour la santé de ses enfants car leur mère a confirmé devant le juge qu’elle refuse toute transfusion sanguine. Suite à cette déclaration, il a uniquement été décidé qu’en cas de nécessité, elle sera (provisoirement) déchue de ses droits parentaux. Cette procédure sera t elle suffisamment rapide ? Ne va t elle pas entraîner de nombreuses complications administratives ? Le témoin déclare vivre sous pression constante.

Il indique qu’il ne peut être question de liberté individuelle au sein des sectes car celles ci pratiquent une forme subtile d’endoctrinement, de lavage de cerveau dès la première rencontre. Elles s’attaquent de préférence à des personnes se trouvant dans un état de faiblesse (déception amoureuse, divorce, décès, ¼). Elles n’hésitent pas à détruire des familles sous prétexte de sauvegarder la liberté de religion.

Le témoin se plaint que dans le cadre d’une procédure de divorce, les tribunaux ne tiennent pas compte des intérêts des enfants dont un des parents est membre d’une secte, même après une enquête sociale. La protection des droits et libertés individuels semble être réservée aux seuls membres des sectes.


La plupart des plaintes en cette matière font l’objet d’un classement sans suite par la justice. A cause de l’impuissance et du manque d’information des tribunaux, des décisions irresponsables sont parfois prises, avec des conséquences dévastatrices pour l’éducation des enfants.

En outre, les Témoins de Jéhovah critiquent ouvertement nos institutions. Le témoin s’étonne que ce mouvement puisse prôner le refus d’aller voter, de faire son service militaire ou encore de siéger comme juré dans un tribunal sans faire l’objet d’une condamnation.


6. Audition de M. A. Ouardi


(Résumé de la partie publique de l’audition)



Lorsque M. Ouardi a rencontré son épouse en 1989, celle ci avait été excommuniée par les Témoins de Jéhovah. Ses beaux parents, au départ opposés à leur mariage, étaient restés des adeptes fanatiques de ce mouvement. Ils ont finalement proposé d’héberger le jeune couple, leur fille étant enceinte. M. Ouardi a toujours refusé de les accompagner aux réunions, le soir, ainsi que le samedi et le dimanche matin, malgré les fortes insistances des parents. Il a finalement été mis à la porte, sous prétexte qu’il était un homme dangereux, prêt à prostituer sa femme. Celle ci a néanmoins décidé de le suivre.




Après un certain temps, les contacts ont repris avec les parents de son épouse, et simultanément, les insistances répétées pour assister aux réunions des Témoins de Jéhovah. Le témoin a même reçu des brochures et une Bible en langue arabe.


Les parents sont ensuite partis avec toute leur famille au Portugal dans une communauté du mouvement.

Le témoin a accepté d’emmener sa femme au Portugal, et ce suite à une invitation des parents pour assister au soi disant mariage de sa sœur. Leur but était en fait de récupérer leur fille, le seul membre de la famille resté en Belgique. Elle y a séjourné trois semaines avec leurs deux enfants et est revenue entièrement transformée. Elle a attendu que son époux reprenne le travail pour quitter le domicile conjugal et retourner vivre définitivement dans la communauté au Portugal. A l’époque, elle était enceinte d’un troisième enfant, que le témoin n’a jamais vu. La police était présente lors de son départ.


Plainte a été déposée par le témoin pour enlèvement d’enfants mais celle ci est restée lettre morte. Une requête a été déposée en référé par l’avocat de son épouse au tribunal de première instance de Courtrai en vue de réclamer des mesures urgentes et provisoires pour la garde des enfants. En outre, une procédure en divorce a été entamée.


Le jugement rendu le 14 octobre 1993 par le tribunal de première instance de Courtrai confie la garde des enfants à la mère, en faisant état des constatations suivantes :

Het feit opgenomen te zijn onder de getuigen van Jehova vormt geen enkel argument om daarin een bedreiging te zien voor de kinderen.

Integendeel, een dergelijke geloofsovertuiging kan alleen maar egoïsme en materialisme indijken en hen een hoog ethisch besef aanbrengen.

De te onpas aangehaalde incidenten met de kinderen zijn duidelijk te situeren in het spanningsveld waarin eiseres verkeerde voor de feitelijke scheiding.

Er is bovendien geen reden om de moeder van twee kinderen die in het Europese Portugal verblijven te verplichten het voorlopig bestuur in Vlaanderen uit te oefenen, wanneer vaststaat :

— dat de wens van de echtgenote om haar verblijfplaats in het buitenland te vestigen geen list is om zich te onttrekken aan haar wettelijke verplichtingen naar Belgisch recht, maar een verantwoord verlangen om in haar eigen familie de nodige steun te vinden in een kritische fase in haar bestaan;

— anderzijds dat de grootouders van de kinderen hen een affektieve uitstraling bezorgen die een zeer positieve weerslag heeft in de angstige periode die zij thans doormaken ingevolge de onenigheid tussen hun ouders. ”

Le témoin s’étonne que le tribunal “ légalise de cette manière l’enlèvement de ses enfants ”, en prenant position en faveur des Témoins de Jéhovah alors qu’il s’agit, selon lui, d’une secte réellement dangereuse. Il rend la justice responsable de son drame familial et souligne le fait qu’il n’a reçu aucune aide de la police ou de la justice pour pouvoir protéger ses enfants de la menace qui pèse sur eux. Aucune enquête sociale n’a été effectuée et aucun juge d’instruction n’a été désigné.



Dans un premier temps, son ex épouse a respecté le droit de visite. Le témoin affirme que lors de ces visites, ses deux aînés étaient malades et se trouvaient dans un état déplorable. Ceci a d’ailleurs été constaté dans un procès verbal dressé par la police. De plus, à l’hôpital, un pédiatre a observé des traces de coups et un manque de soins.


Depuis lors, M. Ouardi a déjà porté plainte à plusieurs reprises pour non respect du droit de visite. Sans résultat à ce jour.


7. Audition de Mme M. Sterk et de M. V. Nösselt


Mme Sterk est impliquée depuis plus de dix ans dans une procédure de divorce. Une décision de justice lui a retiré la garde de ses enfants au profit de son ex époux, qui est membre de Siddha Shiva Yoga. Les enfants avaient environ 6 et 7 ans à l’époque. M. Nösselt fait observer qu’aujourd’hui, bien qu’ils soient encore mineurs, les enfants sont retenus depuis dix ans déjà au sein de la secte contre le gré de leur mère.


Récemment, ils ont tenté de s’évader. Un huissier a toutefois convaincu le fils de Mme Sterk de retourner auprès de son père, parce que “ s’il fuyait son père, il était un délinquant juvénile ”. Mme Sterk estime que son fils a été brisé psychologiquement. Lorsqu’on tente de le raisonner, il promet tout pour avoir la paix. Quoi qu’on lui dise, il dit toujours oui.


La fille de Mme Sterk a toutefois réussi à tenir tête et a affirmé qu’elle voulait habiter chez sa mère. L’huissier est parti, mais, quelques jours plus tard, le père s’est fait justice lui même et l’a emmenée dans la secte. Il l’avait attendue devant l’école et attirée dans sa voiture. Depuis lors, Mme Sterk n’a plus revu ses enfants.


Le seul rapport qui ait été établi au sujet de la secte est un rapport de la brigade spéciale de recherche (BSR) de la gendarmerie, rapport qui, apparemment, concorde avec un passage de l’Encyclopédie Winkler Prins. L’assistante sociale qui a été chargée d’enquêter, a tout confondu et, selon les témoins, a fait preuve d’une méconnaissance totale de la situation.

M. Nösselt précise que les sectes sont un phénomène d’une ampleur internationale, auquel il faut s’attaquer au niveau européen. Il estime qu’une des caractéristiques essentielles des sectes est qu’elles nient d’être des sectes.

La maltraitance des enfants, le satanisme, les meurtres rituels dans les sectes constituent aujourd’hui, selon M. Nösselt, un prolongement direct de l’affaire Dutroux. Il n’y a qu’un seul journaliste qui ait eu le courage d’écrire un article au sujet des enfants de Mme Sterk. La presse se tait généralement, parce qu’elle craint que la secte qu’elle aurait attaquée, n’entame une procédure judiciaire contre elle. La liberté de la presse est ainsi de facto vidée de sa substance par les sectes. Le ministre de la Justice devrait publier une liste officielle des sectes, liste qui serait communiquée aux médias.

Il ressort des rapports des procureurs généraux que les plaintes à l’égard des sectes sont quasi inexistantes, c’est du moins ce qu’a déclaré le ministre de la Justice (Doc. n° 313/5 95/96, p. 7) et on devrait donc en conclure que les sectes ne commettent pas d’actes répréhensibles. Comment pourrait il en être autrement si chaque plainte contre les sectes est classée d’office ?

M. Nösselt estime que les sectes sont des chancres qui menacent l’Etat de droit. Elles abusent de la tolérance inhérente au régime démocratique pour détruire celui ci. La liberté de culte est un des grands mythes, au même titre que la séparation des pouvoirs. Les sectes commettent un type d’infraction qui leur est propre et qui n’est pas prévu par le Code pénal.

La liberté de culte implique t elle que l’on tolère les sacrifices humains ou la maltraitance des enfants ?

Le Siddha Shiva Yoga est dirigée par Armando Acosta, un réalisateur de cinéma américain qui, au sein de la secte, porte le nom de Shiva Mukta Swami Ganapati; il se fait également appeler le “ Baghwan de Gand ”.Le mouvement a établi son quartier général à Gand, mais il dispose également de sièges à Bruxelles, à Anvers, à Hasselt, à Rome et à New York. Il s’agit d’une secte tantriste qui recourt à la méditation, à l’hypnose, à la transe, à l’extase, ¼ Ces pratiques peuvent avoir un effet très déstabilisateur pour la psyché, principalement chez les enfants. Organisée de façon hiérarchisée, cette secte compterait quelques centaines de membres. Son objectif serait le développement spirituel de l’individu et de l’humanité par l’organisation de toutes sortes d’activités, de conférences, de cours, par la méditation et par la réalisation et la production de films, de livres et de documentation audiovisuelle. La secte vise par ailleurs à soutenir, organiser et gérer des établissements d’enseignement dispensant une formation qualifiée à des “ enfants spéciaux et hors du commun ”. Le Siddha Shiva Yoga prétend ausi vouloir soutenir tous les projets profitables à la santé humaine. Tels sont également les objectifs poursuivis par une branche de la secte camouflée en une A.S.B.L. aux apparences innocentes et dénommée “ SEVA ”.

Les témoins affirment qu’en réalité les enfants sont brisés psychologiquement et que leur santé est même négligée. Les techniques d’hypnose sont utilisées de façon abusive. Une plainte a d’ailleurs été déposée pour utilisation de techniques d’hypnose sur des enfants. Les enfants de Mme Sterk — âgés actuellement d’environ 16 et 17 ans — doivent suivre des cours de méditation et s’agenouiller devant le gourou qui les bénit à l’aide d’une plume de paon. On leur fait croire que d’innombrables réincarnations leur ont permis d’atteindre le niveau supérieur dans la vie civile et qu’ils ont à présent trouvé la personne pouvant les aider à atteindre la plénitude de soi. Le gourou ne peut toutefois atteindre son objectif parce que leur mère n’est pas d’accord et le contrecarre. C’est la raison pour laquelle il faut l’écarter.


De l’avis des témoins, il est question de négligence tant sur le plan physique, médical et psychique que sur le plan de l’éducation.

Les témoins se sont adressés à la justice de Tongres et de Gand, mais sans le moindre résultat. Au tribunal de Tongres, l’affaire a totalement dégénéré. L’ex époux de Mme Sterk a fait appel : il souhaitait même empêcher les enfants de voir leur mère en invoquant l’influence négative qu’elle exerçait sur eux. La police judiciaire a acté que les enfants étaient sous hypnose. Mais aucune suite n’a été donnée à cette constatation. La justice de Gand, ville où est établie la secte, a notamment prétexté ne pas connaître l’allemand afin de ne pas devoir prendre connaissance des rapports sur les sectes rédigés en allemand dont disposent les témoins.


Il est clair que les mouvements sectaires ont les moyens de faire appel à d’excellents avocats en face desquels un simple avocat ne fait pas le poids.


M. Nösselt déplore qu’aucun juge ne puisse demander directement aux enfants où ils souhaitent vivre.

Les témoins estiment dès lors qu’il est capital qu’un magistrat national soit nommé pour pouvoir se consacrer, avec toute la compétence requise, à ce genre d’affaires.

Les témoins trouvent également inadmissible que la Justice viole la convention de l’ONU sur les droits des enfants et bafoue la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme.


8. Audition de M. B. Declercq


M. Declercq est le porte parole d’une association de soutien aux familles victimes des sectes. Cette association dénonce les dangers des associations sectaires :

— danger d’enfermement provoqué par la coupure avec la famille, les amis, le milieu professionnel et la société en général;

— danger psychique provoqué par le sentiment exacerbé de la faute, du péché, de l’enfer, de la dépendance totale vis à vis du formateur, du gourou au sein de la secte;

— danger financier (“ dons volontaires ”);

— danger pour la santé physique de l’adepte (manque de sommeil, ¼).

L’association témoigne également de la souffrance des familles qui éprouvent souvent des difficultés à se faire entendre et aider.

Elle insiste sur le rôle essentiel de la prévention. Il y a lieu d’informer les parents concernant les mécanismes sectaires et les attitudes appropriées à adopter (une certaine sérénité aidera à briser le silence lorsque l’adepte quittera le mouvement). il faut également pouvoir aider les adeptes qui quittent la secte à retrouver un équilibre grâce à l’expérience d’autres ex adeptes. La rapidité de discernement et d’intervention de la famille est capitale lorqu’un de ses membres adhère à un mouvement sectaire.



Un membre de la famille du témoin a adhéré à l’Eglise du Christ de Bruxelles (Boston). L’Eglise du Christ de Boston, qui compte 700 membres à Paris et 4 000 en Angleterre, est très active dans le monde étudiant. En Belgique, le nombre d’adeptes est passé d’une centaine à 60 70.

L’Eglise du Christ de Bruxelles, à l’exemple d’autres sectes, utilise plusieurs masques :

— “ l’Eglise du Christ ” est en réalité le nom d’une église protestante existant depuis plusieurs dizaines d’années à Laeken. L’Eglise du Christ de Bruxelles tient d’ailleurs ses réunions dans un temple protestant, rue Léon Lepage (600 000 francs de location de salle par an);

— un membre de l’église s’est proposé d’aider les jeunes en fin de formation — donc dans une période de fragilité — à trouver du travail et a pris contact avec diverses personnalités politiques bruxelloises. Ainsi, il a notamment obtenu un stand à la bourse du travail organisée dans une commune bruxelloise (cf. article très positif dans Le Soir du 3 juin 1995).


Lorsqu’on assiste à un culte, les gens y semblent heureux. En réalité, ils sont accaparés et culpabilisés. Si un adepte se propose de passer une soirée avec un membre de sa famille, la secte lui trouvera une autre activité (baby sitting, etc.). Il y a rupture avec le milieu familial, les parents n’étant plus considérés que comme des géniteurs.



Chaque semaine, les adeptes versent un dixième de leur salaire et, une fois par an, vingt fois ce qui a été donné chaque semaine. Un des proches du témoin a ainsi déboursé quelque cent mille francs en six mois.

L’Eglise du Christ de Bruxelles repose sur une structure pyramydale. L’adepte est sous la dominance totale de son formateur, qui ne peut toutefois faire état d’aucune formation : il est souvent recruté dans la rue. L’adepte doit lui confier ses moindre pensées. Il doit également lui rendre bénévolement de menus services, comme, par exemple, aller faire ses courses.


Le témoin est d’avis que l’ensemble de la société a un rôle à jouer dans la lutte contre les sectes. A moyen terme, l’association de soutien souhaiterait que la fondation Roi Baudouin réunisse tous les acteurs concernés : familles et ex adeptes, médecins, organismes de protection de l’enfance et des droits de l’homme, universités, le comité national des parents, les associations de familles, des juristes, les services de police et de renseignements, des représentants des administrations sociale et fiscale ¼

Selon le témoin, tant les médias que les enseignants jouent un rôle essentiel au niveau de la prévention.

Au sein de la secte, on observe un enfermement collectif, destructeur de la personnalité. L’adepte d’une secte, généralement une personne fragilisée, est à la recherche de chaleur humaine. La secte va attirer sa victime par un “ bombardement d’amour ”. On va lui dire qu’elle est formidable, avant de tenter de la dominer. Dans cette optique, il est dommage qu’on ne réussisse pas à communiquer ce même sentiment aux jeunes au cours de leurs études.

La méthode utilisée par les sectes relève de la “ pédagogie de la domestication ”, décrite par le Brésilien Paulo Frere.

Le gourou est le sujet agissant, qui éduque, pense, sait, discipline, humilie. Le sentiment de culpabilité provoqué par cette pédagogie verticale, par un “ savoir pouvoir ” empêche la communication. Au lieu de guérir de sa fragilité, l’adepte va s’enfoncer dans l’enfermement. Le groupe s’exclut de la société et, à la limite, s’autodétruit.


Le témoin se dit frappé par les similitudes entre les sectes et l’extrême droite : la présence d’un führer, la pensée unique, l’abandon de l’esprit critique, l’appartenance à une élite (seule sauvée), la haine du monde extérieur.


Compte tenu de ces éléments, l’enseignement doit aller au delà de l’information. En classe, il faut guérir les blessures, apprendre à vivre ensemble, éduquer au respect de l’autre, quel que soit son mode de vie, sa pensée, sa fragilité. Il faut éduquer à la prise de la parole, à l’écoute et à l’autonomie. En d’autres termes, des lieux d’écoute et de prise de parole entre élèves et professeurs doivent voir le jour dans nos écoles. Il s’agit de la “ pédagogie de la libération ”, décrite par Paulo Frere.





I. representants des organisations qui ont demande a etre entendues



Comme cela fut d'ailleurs le cas pour l'ensemble des témoins entendus par la commission, les résumés des auditions des organisations qui avaient demandé à être entendues, leur ont été soumis avant publication.

La commission a cependant estimé ne devoir retenir que les seules modifications allant dans le sens des propos sous serment repris dans le compte rendu sténographique intégral de ces auditions, qui leur a été transmis pour correction et qu'ils ont ensuite signé, déclarant ainsi persister dans leurs déclarations. Or, au vu de leurs corrections des résumés, il est apparu que certaines organisations souhaitaient revenir, parfois fondamentalement, sur ces mêmes déclarations.



Compte tenu de la procédure fixée dans ce domaine, la commission s'en est, par ailleurs, tenue à la publication des résumés des auditions faites sous serment sans retenir des documents qui ont été transmis et dont certains contredisent, parfois de manière flagrante, des éléments essentiels de ces mêmes auditions.


Enfin, l'Eglise de Scientologie a adressé le 4 avril 1997 une lettre à l'ensemble des membres de la Chambre des représentants, dans laquelle elle se livre à un véritable réquisitoire contre les travaux de la commission, à un moment où le rapport final de celle ci n'était pas encore adopté.


*

* *


1. Audition de MM. J. Vaquette et L. Vermeulen, représentants de l’Eglise de Scientologie



a) Exposé de M. Vaquette, administrateur de l’Eglise de Scientologie


Les libertés historiques d’association et de culte sont actuellement en grand péril en Belgique et en Europe. On y assiste à une véritable chasse aux sorcières. Certains psychiatres, comme, par exemple, le docteur Abgrall, vont même jusqu’à considérer toute forme de mouvement religieux comme l’expression d’une dévisance mentale. D’une manière plus générale, les mouvements spiritualistes sont qualifiés de “ sectes ”.

L’inquisition relève la tête. Apparemment, l’intolérance est profondément ancrée dans la nature humaine. Il y a un siècle, les protestants étaient encore soupçonnés de pratiquer des lavages de cerveau. Jusqu’au début du sicèle, même l’Armée du Salut était dénigrée en tant que secte “ antisociale ”.

L’être humain a toutefois bénéficié des deux dons de Dieu : le bon sens et la conscience.

La Scientologie a dès lors attiré, de par le monde, des hommes venus de tous les horizons. Parmi les célébrités qui sont devenues membres de l’Eglise de Scientologie, on compte des acteurs comme Tom Cruise et John Travolta et des musiciens comme Chick Corea et Isaac Hayes.

En 1993, le mouvement a obtenu le statut d’église aux Etats Unis.

Depuis 1973, date de sa création en Belgique, la Scientologie n’a jamais encouru un seule condamnation devant les tribunaux.

La Scientologie est une religion appliquée. Certains l’ont appelée le “ bouddhisme technologique ”. C’est également une université ouverte où certaines personnes viennent suivre des cours aussi bien pour se former à certaines techniques de management que pour se parfaire sur le plan individuel et spirituel.


On assiste actuellement à un réveil du religieux. La Scientologie y apporte sa modeste contribution. Le reproche que l’on pourrait adresser au “ rapport Guyard ” réalisé en France, est que son horizon se confine dans les limites de l’hémicycle parlementaire et qu’il ne tient pas compte des grands courants de l’Histoire. La commission d’enquête française n’a entendu aucun expert indépendant. Le phénomène des “ sectes ” a été étudié après avoir été sorti de son contexte. On ne le comprend pas. On ne fait pas preuve de compréhension à cet égard. Et finalement, on le charge de tous les péchés d’Israël.

L’Etat de droit est également en danger. Mais cette menace n’est pas le fait d’églises comme l’Eglise de Scientologie, qui attire des gens issus des milieux les plus divers et exerçant des professions également très diverses, et, pourquoi pas non plus des fonctionnaires, des magistrats et des policiers. Déclarer que l’adhésion à l’Eglise de Scientologie est incompatible avec l’exercice de certains emplois publics, comme veulent le faire certaines autorités, constitue une violation de l’une des règles les plus élémentaires de l’Etat de droit, à savoir le principe selon lequel aucun citoyen ne peut faire l’objet de discriminations en raison de ses convictions religieuses.

Aucun des critères sur la base desquels on espère clouer les “ sectes ” au pilori — le rapport français en énumère une dizaine —, ne constitue une infraction. Or, dans notre société libérale, ne dit on pas que tout ce qui n’est pas interdit est permis ?


Lorsque paraît dans la presse un article selon lequel l’Eglise de Scientologie serait dangereuse —comme ce fut encore le cas récemment, lorsque le commissaire en chef de la police judiciaire, Christian de Vroom, fut cité —, il s’avère par la suite que ce sont des raccontars. C’est ansi que le commissaire en chef m’a confirmé expressément qu’aucun reproche ne pouvait être adressé à l’Eglise de Scientologie.

Si certains membres de l’Eglise de Scientologie ont commis des actes répréhensibles dans le but de nuire, qu’on stigmatise ces actes publiquement, et non de façon camouflée.

La Scientologie prônait elle des principes qui sont contraires aux droits de l’homme ou qui constituent une menace pour la sécurité nationale ? Si tel n’est pas le cas, que reproche t on concrètement à l’Eglise de Scientologie ?

On a plutôt l’impression que l’on lance de fausses accusations — comme M. Willems récemment à la radio — qui ne reposent de toute façon sur aucune preuve. Cette situation s’apparente au maccarthysme observé dans les années cinquante aux Etats Unis.

Cette psychose de la persécution n’est pas réellement neuve : en effet, dès les années soixante, des personnes ont été enlevées par des mouvements dits “ antisectaires ” et le fondateur de l’Eglise de Scientologie, Ron Hubbard, a dû développer toute une stratégie pour se défendre contre des attaques malveillantes.

Au cours de ses vingt cinq ans (ou presque) d’existence en Belgique, l’Eglise de Scientologie a rendu service à des milliers de personnes sans faire l’objet d’une seule condamnation par les autorités judiciaires.

L’Eglise de Scientologie souscrit du reste pleinement à la conception démocratique selon laquelle le gouvernement doit œuvrer dans l’intérêt général. Aux Etats Unis, on a effectué une enquête approfondie, qui a duré trois ans, afin d’accorder l’exonération fiscale à quelque 150 entités juridiques dépendant de l’Eglise de Scientologie. Il est souligné, dans les conclusions de cette enquête, que la Scientologie “ ne poursuit qu’un but religieux, qui est d’utilité publique ”. Il y est également reconnu que “ les fonds collectés ne servent aucun intérêt privé ”.

Différents tribunaux australiens, italiens, allemands, ¼ ont rendu des jugements comparables.


Certains spécialistes, tels les professeurs Wilson (Oxford), Dericquebourg (Lille), Dobbelaere (KUL), Voyé (UCL), ¼ ont par ailleurs confirmé le caractère religieux du mouvement.

A l’instar de Martin Luther King jadis, la Scientologie a un rêve, à savoir l’amélioration de la qualité de la vie sur terre en privilégiant la dimension spirituelle de l’homme.


b) Exposé de M. Vermeulen, responsable de la campagne de lutte contre la drogue menée par l’Eglise de Scientologie dans les écoles


La campagne antidrogue menée par l’Eglise de Scientologie visait à promouvoir la valeur d’un mode de vie exempt de drogues et à inciter les jeunes à prendre eux mêmes des initiatives en ce domaine. Les bourgmestres, les directions d’école et, surtout, les élèves ont toujours réservé un accueil favorable à ces campagnes.

Si on n’a jamais caché aux responsables qu’elles étaient une initiative de l’Eglise de Scientologie, cela n’a jamais été mentionné lors des présentations dans les écoles.

Le 17 janvier 1996, alors que le projet avait été clôturé avec succès, une directrice a fait savoir qu’elle avait reçu la visite d’un agent de la Sûreté de l’Etat, qui lui avait demandé s’il y avait un des tentatives de propagande pour la Scientologie. L’intéressée a répondu par la négative.

Le 3 octobre 1996, M. Willems déclara sur les ondes de la BRT1 radio que la campagne visait à recueillir des noms et des adresses. Ces allégations ont également été contestées par divers témoins. M. Willems prétend néanmoins disposer de témoignages qui contrediraient cette affirmation.

On remarque que le gouvernement américain vient de s’engager à verser 250 000 dollars au profit des campagnes antidrogue de l’Eglise de Scientologie.


c) Questions des membres


Cheminement spirituel


Quel type de religion l’Eglise de Scientologie véhicule t elle ? A quels niveaux de cheminement spirituel les témoins se trouvent ils ?

La Scientologie n’est pas une religion révélée. Elle n’est pas une religion chrétienne. Il s’agit plutôt d’une forme de bouddhisme. L’individu découvre petit à petit sa propre valeur. Comme le Christ, l’Eglise de Scientologie fait du prosélytisme, ce qui signifie qu’elle cherche toujours à recruter de nouveaux membres. La Scientologie véhicule un message de joie. La notion de Dieu n’est pas définie, chaque scientologue étant appelé à découvrir personnellement Dieu en tout homme.

M. Vaquette précise qu’il se trouve au dessous du niveau de cheminement spirituel appelé operating thetan, soit au niveau clear. Ce terme désigne un niveau de conscience auquel on s’est débarrassé de certaines inhibitions intellectuelles. A ce stade, on se trouve en quelque sorte au milieu du gué.


M. Vermeulen se trouve au bas de l’échelle. Il explique qu’il a suivi un processus de purification corporelle, afin d’être purifié des drogues consommées dans le passé.

De quelle manière des membres sont ils recrutés ? Des tests de personnalité (des formulaires comprenant 200 questions) sont ils proposés à des passants ?

C’est surtout par le bouche à oreille que s’opère le recrutement de nouveaux adeptes. Il est évident qu’une religion veut révéler son message à de nouveaux membres. C’est pourquoi tous les scientologues sont censés faire du prosélytisme, même si l’essentiel n’est pas là. Le questionnaire est effectivement un des instruments utilisés à cette fin.

Pourquoi les scientologues réagissent ils avec agressivité à l’égard des personnes qui répondent au questionnaire, mais refusent de communiquer leurs nom et adresse ?

M. Vaquette répond qu’il s’agit dans ce cas d’une perte de temps. Les scientologues désirent informer davantage ces gens sur la Scientologie. Si certaines personnes ne désirent plus recevoir cette information, même des années plus tard, elles doivent le signaler.

Les membres suivent une formation graduelle (des auditions sont organisées sur la base de questionnaires, distincts selon que la personne est un enfant ou un adulte). Pourquoi les questionnaires — par exemple, le confessionnal sur la deuxième dynamique (niveau II de Scientologie, soit avant les niveaux OT) — vont ils parfois jusqu’à contenir non seulement des questions sur des comportements sexuels déviants, mais encore des questions tendant à savoir si la personne interrogée a fait l’amour avec des personnes d’une autre race ou d’une autre caste ?

Les personnes qui ont commis des fautes — appelées “ péchés ” dans les religions chrétiennes — en souffrent, car elles ont transgressé leur propre code éthique. Celles qui désirent être libérées du fardeau de ces fautes ont la possibilité de les confesser au moyen des questionnaires. Certaines questions ont trait à des comportements sexuels déviants, mais elles doivent toujours être replacées dans le contexte de la morale dominante du pays de la personne qui y répond.

Les questions relatives à d’éventuelles relations sexuelles avec des personnes d’une race autre et celles portant sur des rapports entre personnes de castes différentes doivent être replacées respectivement dans le contexte de l’apartheid en Afrique du Sud et dans celui de l’Inde. Pour le reste, c’est la règle du secret professionnel qui s’applique.

Qu’advient il des réponses à caractère intime ou politique ?

Les réponses sont fournies librement. Elles sont tenues absolument secrètes. Ces données ne seront jamais utilisées contre la personne qui les a exprimées. Le règlement de l’Eglise de Scientologie est formel à ce sujet. Quelqu’un qui reconnaît par exemple avoir été communiste est le premier à en être malheureux. De plus, il s’agissait à l’époque aux Etats Unis d’un fait répréhensible, voire, dans certains cas, punissable. Les dossiers des membres qui quittent la Scientologie sont néanmoins détruits en leur présence. Au cours des dernières années, il n’y a que deux cas en Belgique.

Combien coûtent les cours ? Et combien faut il payer pour l’électromètre ?

L’Eglise de Scientologie ne perçoit pas de subventions. Un étudiant d’université coûte aussi plusieurs millions à la collectivité. De nombreux services coûtent 1 000 à 2 000 francs. Le cours le plus cher, qui est destiné aux cadres, coûte 715 000 francs. Nombre de membres bénéficient de réductions; certains reçoivent les cours gratuitement en échange de services rendus. Les électromètres, qui sont des appareils très sophistiqués, qui permettent, après vingt ans de mise au point, de fixer l’“ image mentale ” de quelqu’un, coûtent entre 20 000 et 100 000 francs. Il n’y a que 50 000 appareils sur le marché de par le monde. Leur entretien est très onéreux. Ils sont sensibles aux variations de température. La marge bénéficiaire ne représente que 20 %.

Ces cours doivent ils être suivis régulièrement ? Combien d’heures par semaine ?

En moyenne, 12 heures par semaine, le soir ou le week end.

Les guérisons spirituelles, dont il est question dans un certain nombre de publications de l’Eglise de Scientologie, ne constituent elles pas un exercice illégal de la médecine ?

Les Scientologues croient que certaines maladies, surtout les maladies psychosomatiques, sont dues au fait que certaines énergies sont bloquées. Mais pour les maladies graves, donnant lieu à des symptômes physiques, l’accent est toujours mis sur la nécessité de consulter d’abord un médecin.

Qu’advient il lorsqu’un membre souhaite quitter l’Eglise de Scientologie ?

Cela se produit rarement. Mais lorsque cela se produit, il est logique que l’on demande à quelqu’un qui a commencé à suivre des cours et à adopter un certain style de vie pourquoi il renonce soudainement. Le fait que, par le passé, des membres ayant quitté le groupe ont reçu de nombreux coups de téléphone, y compris la nuit, s’explique essentiellement par un excès de zèle de certains membres. Mais chaque religion n’a t elle pas ses zélotes ?

Pourquoi certains membres sont ils obligés de signer des reconnaissances de dettes ?

Cela ne peut se faire qu’avec les membres permanents, qui suivent les cours gratuitement. En aucun cas, des arriérés de frais de cours ne sont récupérés par l’intermédiaire d’un avocat. Il s’agit d’un engagement moral. Chaque chose a son prix. Un cours “ management ” vaut bien un service de deux ans au profit de l’organisation. Si l’Eglise de Scientologie ne pouvait travailler de la sorte, les cours devraient être payés intégralement par chacun des membres.

Que signifie s’engager pour des milliards d’années, comme dans un contrat de la “ Sea Organization ” ?


Un engagement moral vaut pour la vie, en fait “ pour l’éternité ”.

Comment faut il interpréter aujourd’hui les textes de Ron Hubbard de 1967 (Hubbard Communications Office, HQC Policy Letter du 18 octobre 1967, Saint Hill Manor, East Grindstead, Sussex), qui prévoient des sanctions disciplinaires très sévères, dont la séquestration et l’exclusion ? Et il est précisé, s’agissant de tout ennemi de la Scientologie, qu’il “ peut être privé de propriété ou blessé par tous moyens par tout scientologue sans qu’il encoure aucun reproche de la part de la Scientologie. On peut le tromper, le poursuivre en justice, lui mentir ou le détruire ”.


Il existe encore un autre texte, publié d’abord dans “ Ability ”, no 199, en 1967, et republié le 27 août 1987 dans “ Hubbard Communications Office ”, qui est libellé comme suit : “ Nous allons nous intéresser aux crimes des gens qui tentent de nous arrêter. Si vous vous opposez à la Scientologie, nous allons vite faire des recherches et nous découvrirons vos crimes pour les porter à la connaissance du public. Si vous nous laissez tranquilles, nous vous laisserons tranquilles. C’est très simple, même un imbécile peut comprendre cela ¼ Et n’allez pas sous estimer notre aptitude à le faire. Notre affaire est d’aider les gens à mener une vie meilleure. Nous aidons même ceux qui ont commis des crimes car nous ne sommes pas là pour punir. Mais ceux qui essaient de nous rendre la vie difficile, courent d’emblée un risque. ”.


Selon M. Vaquette, ce règlement, appelé “ Fair Game ”, a été mal interprété. L’interprétation qui en est donnée par certains provient sans doute des mouvements “ antisectes ”. M. Hubbard n’a jamais recommandé ni autorisé l’usage de mesures illégales, et encore moins l’utilisation de violences à l’encontre de personnes. Le règlement “ Fair Game ” d’origine est né dans la période sombre du mouvement “ antisectes ” CAN (Cult Awareness Network) qui a sévi aux Etats Unis dans les années soixante (voir les enlèvements et déprogrammations fréquentes de membres).


Qu’est ce qui justifie l’exclusion des cours d’un membre dont la famille est critique à l’égard de l’Eglise de Scientologie ?

Un problème se pose lorsqu’une famille agit contre l’église dont fait partie un de ses membres. Cela signifie que le membre en question n’a peut être pas expliqué clairement les objectifs de l’église. C’est pourquoi sa participation aux cours est suspendue. Il faut d’abord résoudre ce problème. Pour le membre lui même, il est en général impossible de suivre efficacement les cours s’il est brouillé avec sa propre famille.


Fonctionnement et organisation


Combien de membres de l’Eglise de Scientologie compte t elle en Belgique ? M. Vaquette estime à six ou sept mille le nombre de personnes qui sont en contact avec l’Eglise de Scientologie, qui lisent des livres de R. Hubbard et appliquent ses principes dans leur vie quotidienne. Il y a environ 5 000 membres actifs qui suivent (assez) régulièrement les cours. Il y a en outre une quinzaine de membres permanents, qui s’occupent en permanence de l’organisation.

Quelles organisations appartiennent à la Scientologie ?

L’a.s.b.l. “ Eglise de Scientologie ”. Il existe également différents centre de “ dianetics ”. L’Ecole “ Education harmonieuse ” a.s.b.l. a été fermée. L’a.s.b.l. “ Business Ethics ” a également été fermée, il y a plusieurs années, parce que le projet avait été mené à son terme. C’est également le cas de “ Narcocoon ”, bien que M. Vemeulen ait repris le fil de ce projet. L’association “ European Human Rights and Public Affairs Office ” s’occupe des relations publiques au niveau européen. La “ National Commission on Law enforcement and Social Justice ”, qui a existé pendant vingt ans, a été dissoute à la suite de la conclusion d’un accord avec Interpol par lequel cette dernière se serait engagée à ne plus s’intéresser à la Scientologie en tant qu’église. L’a.s.b.l. “ Hubbard College of Administration Belgium ” n’appartient pas, à proprement parler, à la Scientologie; des scientologues y recourent pour faire des affaires. L’a.s.b.l. “ Creatief Onderwijs ”, à Anvers, est sans doute dirigée par un membre, mais M. Vermeulen n’en est pas tout à fait sûr. La S.A. “ U Man Belgium ” applique également les principes de la Scientologie. Il s’agit d’une société commerciale. Il y a également “ Valgo International Consult ” et “ Light Diffusion ”, qui assurent la diffusion de livres sur la Scientologie. Enfin, M. Vaquette ne connaît pas l’association “ Orgtech ” de Malines.

Comment l’Eglise de Scientologie est elle organisée au niveau mondial ?

Un comité, présidé par David Miscavage, a repris les responsabilités de son fondateur, Ron Hubbard. Ce comité définit la politique à suivre.


Qu’en est il au niveau européen ?

L’organisation représentant l’Eglise de Scientologie en Europe se trouve à Copenhague.

Quel est l’objet de l’“ International Association of Scientologists ” ?

L’IAS — une association internationale de scientologues — intervient financièrement dans les grandes campagnes (notamment en Chine, Russie, ¼). Elle n’est pas financée par l’Eglise, mais par ses membres mêmes. Le pape ne reçoit il pas également des dons provenant du monde entier ?

Quel est son chiffre d’affaires ? Combien gagne son administrateur ? Paie t il des impôts ?

Monsieur Vaquette déclare qu’en Belgique, le chiffre d’affaires de l’Eglise de Scientologie s’élève à quelque vingt millions de francs. Il se compare plutôt à un moine qu’à un salarié. La plupart des membres effectifs ne perçoivent que le salaire minimum. Des indemnités pour frais exposés sont cependant prévues. Des charges sociales sont payées sur tous ces salaires.

Monsieur Vaquette paie des impôts sur les revenus accessoires qu’il perçoit du chef de sa deuxième profession, qu’il exerce pour avoir des rentrées complémentaires.

Des fonds — on cite un montant annuel de 1 900 000 francs — sont ils placés au Grand Duché de Luxembourg ?

Monsieur Vaquette n’en est pas informé et nie qu’en Belgique, l’Eglise de Scientologie ait quoi que ce soit à voir avec ces investissements.

Des bénéfices sont ils rapatriés aux Etats Unis ?

Le groupe “ U Man ” utilise le matériel d’Hubbard et paie des droits à l’organisation qui possède le copyright. Pour le surplus, la législation sur les associations sans but lucratif est appliquée, législation en vertu de laquelle des bénéfices éventuels sont réinvestis. L’Eglise de Scientologie doit supporter de nombreux frais, lorsqu’elle envoie par exemple, des techniciens suivre une formation à l’étranger, ou même aux Etats Unis.

Pourquoi l’Eglise de Scientologie a t elle été condamnée en France ? Et en Italie ?

L’arrêt rendu en France était lié au fait que la Scientologie, en tant qu’église, a tenté pendant vingt ans d’obtenir une exonération fiscale. Le statut d’église — qui a été demandé pendant dix ans — lui a été refusé. L’Eglise de Scientologie se plie cependant à cet arrêt.

En Italie, 73 membres ont été condamnés en première instance, mais acquittés en appel. Le tribunal y a reconnu le caractère religieux de la Scientologie.


En Bavière, on veut interdire aux membres de cette église d’exercer des emplois publics en déclarant ceux ci incompatibles avec la qualité de membre de l’Eglise. Un échevin bruxellois envisageait de prendre une mesure analogue. Une telle mesure porterait toutefois atteinte à l’Etat de droit.

Quelle est la mission de l’Office of Special Affairs ?


Ce bureau s’occupe de questions publiques et juridiques. Un bureau d’avocats détermine la manière de traiter ces questions. Il ne s’agit pas d’un service secret. Il s’agit d’un service spécial qui s’occupe de matières délicates qui pourraient éventuellement compromettre l’existence de la Scientologie. Il analyse certaines tendances, certains climats, comme par exemple, les stratégies qui peuvent être mises en œuvre par les associations antisectes. M. Vaquette dirige le bureau en Belgique. M. Vermeulen informe régulièrement M. Vaquette des travaux de la commission d’enquête.




Ancrage social


Que pense l’Eglise de Scientologie du régime belge ?

Un régime démocratique, où prime l’intérêt général, est le type de régime auquel des scientologues pourraient apporter leur soutien sans réserve.


Des parlementaires sont ils approchés ?

Jusqu’à présent, seuls des députés européens l’ont été, à propos d’un projet de l’Eglise de Scientologie contre les abus en psychiatrie, dans le cadre de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme.

Des policiers font ils partie de l’Eglise de Scientologie ? Des gendarmes ? Des titulaires d’autres fonctions ?

Un inspecteur de la police judiciaire a été membre, il y a dix ans, mais a ensuite quitté la police judiciaire pour être en accord avec sa conscience. Il n’y a pas de gendarme parmi les membres de l’Eglise de Scientologie (il y en a eu par le passé). Il y a, par contre, un certain nombre de fonctionnaires et de magistrats, ainsi que des architectes, des avocats, des enseignants, etc.

Comment décide t on si quelqu’un peut adhérer à l’Eglise de Scientologie ?

Les questionnaires constituent un élément important. Le comportement de l’intéressé aussi. Les membres infiltrés dont le but est de nuire à l’Eglise de Scientologie ne sont pas tolérés.


Relations extérieures


Comment expliquer que l’Eglise de Scientologie qui prêche l’amour du prochain intervient de manière agressive contre tous ceux qui mettent en doute les objectifs véritables du mouvement ? Présente t elle l’autre joue ?

Les adversaires de l’Eglise de Scientologie dont les objectifs consisteraient à vouloir anéantir cette religion seront nécessairement combattus. La liberté de religion est sacrée. Ceux qui attaquent l’Eglise de Scientologie doivent s’attendre à rencontrer des scientologues sur leur chemin, sauf lorsque le dialogue est possible.

Comment expliquer l’attitude des scientologues à l’égard de Mme Tavernier, présidente de l’UNADFI ? Et à l’égard du psychiatre Abgrall ? Est il exact qu’un membre de l’Eglise de Scientologie a dérobé des documents de ce dernier ?

Mme Tavernier est une adversaire déclarée de la Scientologie et doit en supporter les conséquences. Le psychiatre Abgrall, est dans le même cas, mais le vol de documents a été un acte condamnable, commis par un membre animé par un zèle excessif.

Des données relatives aux membres de la commission d’enquête ont elles été transmises à la maison mère aux Etats Unis ?

Seulement des articles de presse et de brefs rapports de réunions publiques.


2. Audition de representants de Sahaja Yoga



Le 22 novembre 1996, c’est à dire la date prévue pour l’audition, M. Cuvellier a adressé, au nom de Sahaja Yoga Belgium, la lettre suivante au président de la commission :


“ Monsieur le Président,


C’est avec regret que je dois vous demander de bien vouloir annuler ou reporter l’audition que nous vous avions demandée et que vous nous aviez accordée pour ce jour.

J’ai appris ce matin en effet que des contacts avaient été pris avec la Cour des Croits de l’homme de Strasbourg pour voir ce qui pouvait être fait pour faire respecter nos libertés les plus élémentaires. Comme je l’ai mentionné dans la lettre ouverte que vous avez reçue cette semaine, nous avons subi depuis quelques mois des attaques provenant de différents côtés. Ces attaques nous nuisent collectivement en essayant de nous empêcher de nous réunir et individuellement certains membres de notre groupe ont été attaqués personnellement dans leur vie privée ou dans leur travail.

Cette situation se répétant dans différents pays comme l’Autriche, la France, la Suisse et la Belgique, nous avons décidé d’étudier la possibilité d’acter collectivement à Strasbourg. En conséquence, nous souhaitons qu’il n’y ait pas actuellement de la part de Sahaja Yoga Belgique de prise de position publique pouvant interférer avec une probable action à Strasbourg.

Cependant, ceci n’enlève en rien à notre désir de faire la plus grande clarté sur le fait que nous ne sommes pas une secte, et au contraire que Sahaja Yoga peut apporter une réelle évolution et un puissant équilibre à tout être humain qui le désire. Je suis donc entièrement prêt, si ceci est souhaité par vous même ou un membre de votre Commission, à vous rencontrer cet après midi ou à un autre moment pour vous donner en privé tous les éclaircissements que vous pourriez souhaiter.


Veuillez croire, Monsieur le Président, en l’expression de nos sentiments les plus distingués. ”


3. Audition du professeur J. Ries et de Sœur Bommerez, représentants de “ L’Œuvre ”



(Résumé de la partie publique de l’audition)



a) Exposé du professeur J. Ries (UCL), membre de “ L’Œuvre ”


Le professeur Ries scinde son exposé en deux parties : quelques considérations générales, en qualité d’expert, et un témoignage sur “ L’Œuvre ” en particulier, en qualité d’ecclésiastique.

Le professeur Ries est docteur en théologie, licencié en philologie et histoire orientales (Leuven), auteur de nombreuses contributions scientifiques (notamment sur le manichéisme). Il a été professeur d’histoire des religions à l’UCL (1968 1990) et est un spécialiste des sectes et des “ nouveaux mouvements religieux ”.


1. Considérations générales


1.1. Typologie des sectes


Sur le continent européen, de nombreuses sectes ont vu le jour depuis le début de notre ère : au cours du premier siècle, au moyen âge, au cours de la Réforme et aux XVIIIe et XIXe siècles. Après la Seconde Guerre mondiale, on a surtout assisté à l’éclosion de sectes non européennes. Pour la commission d’enquête, c’est toutefois la vague de sectes occidentales née après l968 qui est intéressante, dans la mesure où ce sont précisément ces sectes qui sont à l’origine des mouvements actuels.

Il convient, à cet égard, de se référer à l’important ouvrage du pasteur allemand, F.W.Haack, paru sous le titre “ Jugendreligionen ” (Munich, 1974), qui fait un tour d’horizon des sept sectes les plus importantes de notre temps.


1.2. Analyse


La vague de sectes née après l968 ne se prête pas aux méthodes d’analyse de grands sociologues tels que Max Weber, Ernst Troeltsch ou Joachim Wach. Depuis l968, le phénomène des sectes dépasse en fait tous les phénomènes historiques analogues et cause de graves soucis aux hommes politiques et même aux Etats.

L’analyse du phénomène est avant tout la tâche des spécialistes, tels que les historiens des religions, qui peuvent notamment se pencher sur les causes de l’apparition de ces sectes.


1.3. Le phénomène en tant qu’idéologie.


L’expansion des sectes est incontestablement l’expression d’une nouvelle sorte de religiosité dans le monde.

Il s’agit avant tout d’une idéologie présentant plusieurs facettes : on retrouve des références à l’hindouisme, au bouddhisme, à l’islam et au judéo christianisme dans une forme de religiosité coupée des institutions authentiques. Ce constat vaut certainement pour les mouvements, importés d’Orient en Europe, via les Etats Unis, après 1968, tels que la secte Moon.





Une seconde caractéristique est la quête du spirituel, du sacré, la recherche de nouveaux exemples et de nouveaux modèles choisis, le plus souvent, en Asie. La société occidentale, sécularisée et affaiblie par le règne de la technologie, subit un phénomène de pseudomorphose (1), qui est à l’origine de la gnose (2). Devenu étranger à un monde en pleine mutation, l’individu cherche un nouveau sanctuaire.


(1) Pseudomorphose : le phénomène par lequel une religion ou une philosophie née dans une culture déterminée est assimilée par une autre d’une manière telle qu’il en résulte un modèle culturel fortement modifié (terme introduit par Spengler).

(2) Gnose : connaissance plus approfondie des vérités religieuses.


Enfin, la troisième caractéristique est la quête du sentiment religieux par l’éveil de l’énergie divine (recherche d’harmonie et d’union, typique pour les sectes venues d’Inde et du Japon).

Les trois caractéristiques précitées relèvent de ce que l’on appelle le “ holisme ”.


1.4. Sectes et comportement social.


De l’adhésion à une idéologie déterminée résulte un comportement social déterminé.


a. Le phénomène de la micro société

Il s’agit de groupes antinomiques, c’est à dire de groupes qui se trouvent dans un état d’opposition totale à la société organisée, ses lois, ses structures et ses rapports sociaux. Ici se situe précisément la différence entre une secte et un mouvement religieux nouveau, authentique, qui s’appuie sur des valeurs évangéliques afin de les réaliser dans la société moderne.


b. L’objectif de transformation sociale, sous la direction d’un gourou

L’idée d’un guide possédant la sagesse provient principalement d’Asie et se retrouve dans les sectes inspirées de l’Orient. En Europe occidentale, on fera plutôt appel à l’autorité d’un guide qui dirige son groupe de façon autoritaire. Ici aussi, il convient de faire une distinction par rapport à de nouveaux groupements religieux qui se basent sur une forme de charisme dont il est question dans les écrits de saint Paul et qui a été un des thèmes des travaux du Concile Vatican II. Il s’agit de deux mondes totalement différents, en ce qui concerne les fondements, l’organisation et le comportement à tous les niveaux. Seule l’Eglise peut reconnaître le charisme dans un mouvement qu’elle est appelée à approuver.


c. La tendance à l’isolement social

Il existe un certain retour aux sociétés secrètes, à l’occultisme, la magie, etc.


1.5. Psychologie et thérapie dans les sectes


Dans son ouvrage “ La spiritualité totalitaire ” (Paris, 1995) le professeur français Michel Lacroix met en lumière la problématique des sectes intellectuelles qui, de toute évidence, répondent à des besoins de développement personnel dans un climat de crainte généralisée et à des questions à caractère culturel de l’homme post moderne.

De soi disant idéologies de substitution devraient permettre l’Homme du Verseau (Aquarien) de se transcender en une personnalité sans limites. Cette théorie a fait le succès du mouvement “ New Age ”, né en Californie et qui annonce l’avènement d’une humanité nouvelle.


1.6. Spécifiques de ce que Haack appelle “ Jugendreligionen ”, sont encore les caractéristiques de la mystique d’un chef de groupe (maître du rituel d’initiation), la gnose et la séduction émanant du groupe qui entoure le novice. Une différence par rapport à la foi catholique est qu’il n’y a pas de véritable conversion, mais une incitation, une manipulation, un langage propre et la perte de contact avec la réalité.


1.7. L’Eglise catholique n’est pas indifférente au problème des sectes. Deux enquêtes ont déjà été effectuées par des conférences nationales et épiscopales.


*

* *


2. Témoignage concernant L’Œuvre


Le professeur Ries est attaché depuis le 19 mars 1960, au Paulusheem (dénommé depuis 1973 “ L’Œuvre ”) et est dès lors parfaitement au courant des objectifs de cette association, de la vie évangélique et de l’esprit et de la méthode de formation.


2.1. Les personnes


La Mère Fondatrice, Julia Verhaeghe, laisse une forte impression. Le témoin la connaît depuis 36 ans et, après des centaines de rencontres, il parle d’elle comme d’une personne d’une grande force spirituelle qui s’engage pour les autres, simple, humble et équilibrée. Elle est pleine de respect pour son prochain et a le sens de la réalité et de la communauté. Elle possède en outre une grande clairvoyance, des connaissances étendues et une bonne faculté de jugement.

Dans son chef, il n’a jamais été question d’intérêts politiques ou économiques. Elle ne désirait ni subissait l’influence de personnages comme Mao, Lénine, Staline ou Hitler.

Plusieurs évêques et ecclésiastiques, qui l’ont suivie de près pendant des dizaines d’années (également à Rome), n’ont que des éloges pour elle et pour sa fidélité au charisme.

Elle sait faire une nette distinction entre l’élément religieux et l’élément humain, entre l’Eglise comme institution divine et les faiblesses des hommes.


Une estime analogue vaut pour Sœur Maria Katharina Strolz, responsable internationale des sœurs, et pour le Doyen Theo van Galen, prêtre responsable régional pour l’Europe du Nord.



2.2. Les groupes


L’Œuvre comprend :

a. les sœurs rendent divers services à l’Eglise, à la demande des évêques, des autorités de Rome ou même des autorités civiles. Ces services sont rendus dans un véritable esprit d’humanisme chrétien, au niveau religieux, social, culturel ou éducatif;


b. les frères contribuent au charisme, dans un esprit d’unité, de paix, de joie et de fraternité;

c. les prêtres, dont un groupe des prêtres diocésains associés et un groupe de prêtres appartenant à la communauté sacerdotale par l’alliance au sein des trois conseils évangéliques.

Les missions du groupe de prêtres diocésains consistent essentiellement en divers services à la communauté ecclésiale : sacrements, prédication, catéchèse, formation, travail social et culturel, ainsi que travail académique. Les prêtres du deuxième groupe sont membre de L’Œuvre au sens strict, conformément au code de droit canon de 1983. Ils sont formés à Rome, au Collegium Paulinum, et ordonnés prêtres par des évêques qui sont désignés par les autorités ecclésiastiques;


d. les laïcs et les familles qui souhaitent s’engager volontairement à L’Œuvre, mais sans aucune obligation financière vis à vis de l’association.



2.3. Statut   organisation


En Belgique, L’Œuvre a la forme juridique d’une association sans but lucratif dont les statuts ont été publiés au Moniteur belge (1). Sur le plan ecclésiastique, L’Œuvre dépend entièrement de l’Eglise catholique, qui est seule compétente pour examiner les statuts de l’organisation et porter un jugement sur la vie spirituelle et religieuse de ses membres.


(1) Voir Moniteur belge du 27 septembre 1990 et du 9 janvier 1997.



Le Concile Vatican II et la publication, le 25 janvier 1983, du nouveau code de droit canonique par le pape Jean Paul II, revêtent une grande importance dans l’existence de la communauté, qui a été fondée en 1938.

Deux structures essentielles de l’Œuvre doivent recevoir l’approbation et la reconnaissance de l’Eglise, à savoir : L’Œuvre en tant que telle, et la communauté de prêtres. Parallèlement à l’évolution progressive de son charisme, l’association a obtenu sa reconnaissance, chaque fois par diocèse et sous la responsabilité de l’évêque du diocèse. En Belgique, l’Œuvre a été erigée dans le diocèse de Tournai en 1959. L’approbation lui a été accordée à Liège en 1985 et à Hasselt en 1991. L’Œuvre et sa communauté de prêtres ont également été reconnues à l’étrangers dans 17 diocèses, dont celui de Rome, où l’Œuvre a son siège.


2.4. Charisme et spiritualité au sein de L’Œuvre


Par charisme, il faut entendre un don spirituel spécifique pour le bien et le service à la communauté. Le mot a été souvent utilisé au cours du Concile Vatican II pour décrire la spécificité et l’authenticité de nouvelles communautés religieuses. Le charisme de L’Œuvre est reconnu officiellement par l’Eglise catholique, tant au niveau diocésain qu’au niveau collégial, par les vingt évêques, parmi lesquels des cardinaux, qui chacun ont reconnu L’Œuvre. Tous les actes d’érection et d’approbation ont été confiés au Vatican en 1994.


Le charisme de L’Œuvre est basé surtout sur les idées et les écrits de saint Paul (le nom originel de L’Œuvre était “ Paulusheem ”), qui voulait édifier l’Eglise en s’appuyant sur la foi, l’espérance et la charité. Ces trois piliers sont encore spécifiés dans trois conseils évangéliques destinés aux membres consacrés : la virginité, la pauvreté évangélique et l’obéissance de la foi. On sert le Christ en se mettant au service de ses frères et sœurs : soins aux malades, enseignement, assistance pastorale, catéchèse, travail de secrétariat, aide aux familles, aide sociale, recherche scientifique, vocation sacerdotale, etc.



Lorsque ces valeurs sont vécues dans le cadre familial, la famille devient le lieu où ceux qui la composent peuvent s’épanouir. Dans ce sens, la famille, le foyer, devient une “ catacombe ”, un symbole fort et suggestif, qui a été emprunté aux premières communautés chrétiennes. Dans la Rome antique, les catacombes étaient les lieux proches des tombes des premiers martyrs, où se célébraient les messes. L’Œuvre a repris ce symbole de dévouement désintéressé et de la réalisation des vertus théologales de la foi, de l’espérance et de la charité, sans toutefois faire obstacle à la liberté des membres de la famille. D’autres symboles sont les ornements liturgiques habituels.

Le charisme de L’Œuvre, les Constitutions, les écrits de la Mère Fondatrice et divers documents de l’association religieuse ont été examinés par des théologiens et des universitaires et leurs constatations ont été déposées au Vatican.

Dans une lettre du 22 avril 1994, adressée à Mgr. Cauwe, secrétaire de la Conférence épiscopale de Belgique, Mgr. Re, substitut au secrétariat d’Etat du Saint Siège, évoque non seulement la reconnaissance diocésaine de L’Œuvre, mais aussi la préparation d’une reconnaissance papale.


L’Œuvre bénéficie en outre d’une forme de sécurité doctrinale interne : des dizaines de membres — prêtres et sœurs — sont titulaires d’un grade universitaire (docteur ou licencié) dans des domaines tels que le droit canonique, la théologie, la philosophie, la médecine, la philologie et l’histoire orientale, la sociologie, la pédagogie, les sciences économiques et administratives, les sciences naturelles, etc.


2.5. Conclusion


a. Le professeur Ries estime, sur la base de sa compétence et de son expérience, que L’Œuvre n’est pas une secte, mais un mouvement religieux au sein de l’Eglise catholique, qui signifie pour la société une promesse et un enrichissement.

b. En ce qui concerne les accusations de violation du secret de la confession, le droit canonique prévoit pour cette faute la peine la plus lourde qui soit, à savoir l’excommunication. Il est cependant impensable que de telles pratiques s’installent dans une association qui a été reconnue dans vingt diocèses.

c. En ce qui concerne le prétendu intérêt de la Mère Fondatrice pour des dictateurs et des idéologies fascistes, le professeur Ries ne peut que constater que les bibliothèques de L’Œuvre ne possèdent aucun ouvrage de cette tendance.

d. Quant aux accusations de lavage de cerveau, d’atteinte à la liberté personnelle et de manipulation, l’intervenant estime qu’elles sont dénuées de tout fondement.


b) Questions


L’Œuvre et l’Eglise catholique


a. Quelle est la différence de conception entre L’Œuvre et l’Eglise catholique ?


Le professeur Ries fait observer que L’Œuvre fait partie de l’Eglise catholique. Toutefois, l’Eglise n’est pas une masse uniforme mais possède un certain nombre de propriétés et de catactéristiques spécifiques et se compose d’ailleurs d’un très grand nombre d’organisations comme par exemple les dominicains, les franciscains et les jésuites. L’Œuvre est l’un des nouveaux groupements qui sont apparus, surtout après le Concile Vatican II. L’Eglise examine le statut juridique propre à chacun.


b. L’Œuvre est elle reconnue par l’Eglise catholique ?


L’Œuvre et sa communauté sacerdotale sont reconnues dans 20 diocèses de l’Eglise catholique. Les actes d’érection et d’approbation sont enregistrés à Rome et, d’après le professeur Ries, une approbation papale devrait intervenir prochainement. L’Œuvre en tant que telle pourra donc être approuvée par l’Eglise. Actuellement, le Vatican ne s’est pas encore prononcé, mais la procédure normale d’examen est en cours.

En Belgique, trois diocèses ont reconnu L’Œuvre : Tournai, Hasselt et Liège. Chaque diocèse a une compétence juridique dans ce domaine. En revanche, l’Eglise de Belgique, en tant que telle, n’a pas cette compétence : celle ci est réservée à chaque évêque pour son propre diocèse.


c. Que peut apporter L’Œuvre à l’Eglise catholique ?


Le professeur Ries estime que L’Œuvre peut avoir un certain rôle stimulant en tant que tenant de l’humanisme chrétien et en tant que facteur d’équilibre en ces temps d’incertitude morale. L’Œuvre peut contribuer au rétablissement d’un sens plus élevé des valeurs morales. Dans cette optique, L’Œuvre se présente d’ailleurs sous un jour pluraliste (le mouvement collabore avec des religions ou des courants de pensée non catholiques, voire non chrétiens).


d. La devise attribuée à la responsable, citée par des témoins, “ ne pas penser, ne pas discuter, ne pas critiquer ” est elle compatible avec la doctrine de l’Eglise catholique ?


D’après le professeur Ries, la devise citée est une caricature de la foi, de l’espérance et de la charité. Ce sont précisément ces trois éléments qui permettent de ne pas s’écarter de son objectif. Ils doivent être compris à la lumière du charisme et d’un humanisme chrétien qui doit être vécu par chacun d’une manière personnelle.

La force de L’Œuvre réside précisément dans une communauté au sein de laquelle l’apport individuel occupe une place centrale.


Manipulation mentale ?


a. Certaines sectes manipulent elles leurs membres ? Comment cette manipulation s’opère t elle ? A t on décelé au sein de L’Œuvre des phénomènes tels que la dépersonnalisation et l’infantilisation ?


Le professeur Ries confirme qu’il existe des sectes qui se livrent à ce type de pratiques. Pour plus d’informations concernant ces sectes, on peut se référer à l’ouvrage déjà cité de Haack, qui a donné lieu à des recherches approfondies en Allemagne, et au rapport Vivien en France.

Il n’est, en effet, pas toujours facile de faire la différence, d’un point de vue méthodologique, entre l’initiation, d’une part, et la fascination ou la répétition systématique d’une idéologie aboutissant à une sorte de lavage de cerveau, d’autre part.


L’infantilisation et la dépersonnalisation n’existent pas au sein de L’Œuvre, dès lors que la formation est dispensée suivant des programmes officiels d’études et d’apprentissage et par des professeurs agrégés venant du monde de l’enseignement.


b. Une vision collective a t elle été imposée aux membres comme étant la seule vraie vision ?


Il n’existe pas de vision collective; par contre, il y a, comme dans toute famille, la force de la communauté, qui est amplifiée par la force de ses membres (la “ communio ”, c’est à dire l’unité dans la diversité des dons, occupe une place centrale dans l’église).


Le nombre de membres et de sympathisants en Belgique


A la question de savoir s’il y a plus de 500 membres, Sœur Bommerez répond par la négative.

Il y a en Belgique une cinquantaine de membres, dont une trentaine de sœurs, quelques prêtres et laïcs ou familles de sympathisants.


Recrutement et procédures de formation


a. Comment se déroule le recrutement des membres ? L’Œuvre organise t elle dans ce but des séminaires spéciaux ou des séjours gratuits à l’étranger ?


Selon Sœur Bommerez, les membres sont contactés de diverses manières, généralement par une rencontre personnelle au sein de familles, chez des prêtres ou dans le cadre d’activités. L’adhésion au mouvement doit procéder d’un choix fait par des personnes arrivées à l’âge de la maturité, et le membre doit s’appliquer à affirmer son choix et sa conviction. Il est faux que les enfants sont “ embrigadés ”.

Des séminaires ou séjours sont organisés dans le but d’approfondir la foi, et non de recruter. Il peut cependant arriver qu’à ces occasions, des personnes veuillent suivre leur vocation au ministère sacerdotal, à la vie consacrée (dans l’Œuvre ou dans d’autres communautés ecclésiales), à la vie conjugale ou à une vie célibataire dans le monde.



b. Existe t il des procédures de formation spécifiques destinées aux nouveaux membres ?


L’Œuvre propose en effet un noviciat (gratuit).


On ne demande ni argent, ni legs, ni vêtements aux membres lors de leur adhésion. Les membres ne sont pas du tout isolés de leur famille. La plupart d’entre eux ont conservé de bons contacts avec leur famille et celle ci s’associe même aux événements importants au sein de L’Œuvre.


Réactions négatives à l’égard de L’Œuvre


a. Comment peut on expliquer le fait qu’en Belgique, l’Eglise catholique se soit montrée très réservée à l’égard de L’Œuvre (l’évêché de Gand émet apparemment beaucoup de critiques) ?


Lors de l’acquisition d’une maison dans l’évêché de Gand, nous nous sommes heurtés à la résistance d’un petit groupe d’action qui était clairement opposé à L’Œuvre. Sœur Bommerez nous signale que L’Œuvre a reçu, par cession, une maison des sœurs de Saint Nicolas. Ces dernières ont immédiatement reçu la visite de quelques anciens membres de l’association pour les convaincre que L’Œuvre serait une secte et qu’ils continueraient à mener des actions contre ce mouvement. La maison a été restituée par la suite. L’évêché de Gand est au courant de cette situation.

Toute cette histoire est liée à la teneur du livre de Rik Devillé et, comme on l’a dit, à l’action de quelques anciens membres.


b. Comment peut on expliquer les nombreuses plaintes à l’égard de L’Œuvre ?


Selon les témoins, des plaintes ont surtout été enregistrées après qu’un individu eût mis sur pied une action déterminée et, probablement, incité d’autres personnes à lancer un flot de rumeurs étayées ou non par de soi disant preuves.



c. Le nombre important des plaintes est quand même remarquable. Pourquoi est ce précisément L’Œuvre qui est accusée, alors que d’autres ordres existant au sein de l’Eglise catholique ne sont manifestement pas présentés sous un jour défavorable ? Est ce que cela ne prouve pas qu’il y a quelque chose qui ne va pas ?


Personne ne prétend, souligne le professeur Ries, que l’Œuvre ne soit pas confrontée avec des difficultés. Des problèmes se sont d’ailleurs posés à travers l’histoire de l’Eglise dans différents ordres et différentes congrégations de l’Eglise catholique.

Néanmoins, le fait que des plaintes presque identiquement formulées reviennent dans plusieurs témoignages, trahit une action concertée, une machination dirigée contre L’Œuvre.


d. L’Œuvre considère t elle les affirmations de Rik Devillé comme diffamatoires ?


L’Œuvre a fait examiner la question par un avocat, mais n’a, jusqu’à présent, pas encore pensé à déposer une plainte officielle. Le professeur Ries estime de toute façon que les témoignages formulés contre L’Œuvre ne correspondent pas à la réalité et sont donc contraires à la vérité.

Les témoins veulent, preuves en main, démontrer que ces faits dénoncés ne sont pas avérés.


Les moyens financiers de L’Œuvre


a. D’où L’Œuvre tire t elle ses ressources (dons, salaires des membres) ? Selon certains témoins, elle profite des moments de faiblesse de certaines personnes pour leur faire signer des engagements (en blanc).


Certains membres ont un travail fixe et disposent, par conséquent, d’un salaire. La règle de vie des membres consacrés étant celle de la communauté des biens, le salaire est mis à la disposition de la communauté. C’est la conséquence du libre choix de la vie en communauté.

Il va de soi que les ressources de L’Œuvre peuvent aussi être complétées par des legs et des dons. Chacun est libre de faire des dons et, quand une personne décide faire un don, c’est toujours en étant pleinement consciente de ce qu’elle fait. Le fait est que les membres ont leur mot à dire quant à l’utilisation des ressources.

Sœur Bommerez affirme que les histoires concernant la captation d’héritages, etc., ont été inventées ou déformées. Les membres ne sont pas obligés de signer des documents en blanc. Ce n’est que lorsqu’un membre devait se rendre soudainement à l’étranger, qu’il a fallu, dans un ou deux cas, prendre des dispositions exceptionnelles pour régler des questions familiales urgentes, ce qui ne saurait être confondu avec des documents en blanc.


Il est exact que le vœu de pauvreté librement émis fait partie des conseils évangéliques. Ainsi un membre consacré peut mettre des biens, y compris des héritages, à la disposition de la communauté.

Il y a également beaucoup de personnes — oui ou non membres de l’Œuvre — qui veulent témoigner leur sympathie ou leur reconnaissance envers la communauté par un soutien financier ou par des dons en nature.


b. Que penser de ce que l’on raconte à propos du placement de ces fonds (à l’étranger) et des gains qui en découlent ?


Sœur Bommerez nous fait remarquer qu’il existe également d’autres témoignages qui prouvent le contraire. L’Œuvre est, en tous cas, en règle en ce qui concerne toutes les formalités. Elle ne vise pas à réaliser des bénéfices, et ce n’est pas l’objectif de l’A.S.B.L. Les fonds nécessaires pour la subsistance quotidienne des membres et le fonctionnement des associations, se trouvent dans les pays où résident les membres.


La vie quotidienne des membres. Leur statut social


a. Quelles est, en ce qui concerne leurs droits à la sécurité sociale, la situation des membres qui désirent quitter L’Œuvre après 10 ou 20 ans ? Ont ils un statut social et ont ils droit à des allocations de chômage ? Au moment du départ, fait on le bilan de ce que le membre a apporté à la communauté (travail, legs, biens, etc.) et de ce que le membre a reçu de celle ci (un toit, de la nourriture, etc.) ? Ou bien, quitte t on L’Œuvre comme une sorte de paria ?



Contrairement aux divers témoignages d’anciens membres, Sœur Bommerez explique que pour les membres qui ont un emploi rémunéré, toutes les cotisations sociales sont payées; pour les autres membres, l’Œuvre prend les dispositions nécessaires afin que leur soient dûment assurées prévoyance, sécurité sociale et assistance médicale. Les personnes qui quittent la communauté ont donc des droits, un “ statut ”, mais parfois, elles négligent d’entreprendre les démarches nécessaires afin d’exercer leur droit à certaines indemnités ou prestations.

Selon le droit ecclésiastique, une personne qui quitte légitimement la communauté dont elle fait partie ou qui en a été légitimement renvoyée ne peut rien lui réclamer pour quelque travail que ce soit, accompli dans l’institut, mais ce même droit canonique incite l’institut à l’équité et à la charité évangélique à l’égard du membre qui se sépare. L’Œuvre fait preuve d’esprit caritatif vis à vis des personnes qui le quittent : si possible, elle leur remet une somme d’argent qui leur permet de prendre un nouveau départ; souvent elles ont obtenu durant leur formation et leur engagement dans l’Œuvre un diplôme supérieur à celui dont elles étaient titulaires à leur arrivée, elles ont acquis une plus grande expérience et de meilleurs qualifications professionnelles, de manière à ce qu’elles puissent acquérir un statut social plus favorable.

On a également affirmé qu’un membre qui a quitté la communauté avait été dépouillé d’un héritage important. Sœur Bommerez déclare que cet argent est toujours resté sur le compte personnel de cette personne et qu’elle en a fait libre usage après avoir quitté l’Œuvre.


b. A t on interdit aux membres d’assister aux funérailles de leurs parents ? Les a t on forcés de rompre avec leur famille (de déchirer des photos) ?


Sœur Bommerez affirme que l’on ne déchire pas de photos. La preuve en est qu’elles existent toujours. En général, la relation avec les parents des membres est normale et les représentants de L’Œuvre accompagnent même les membres aux funérailles. Des circonstances exceptionnelles (par exemple, un séjour à l’étranger) peuvent, en effet, empêcher un membre d’assister à une cérémonie importante telle que les obsèques d’un parent très proche.



c. Pourquoi n’a t on apparemment pas respecté le secret de la confession au sein de L’Œuvre et comment peut on concilier ce non respect avec la doctrine de l’Eglise catholique ?


Ce que l’on affirme est, selon le Professeur Ries, inexact. A côté de la confession, il y a également la “ pastorale ” de la confession, ce qui correspond à la préparation aux sacrements. Les jeunes doivent être préparés à la confession et apprendre ce que cela signifie exactement. On leur dit de manière générale ce qu’il peuvent éventuellement confesser.

Cependant, lors du sacrement de la confession, le prêtre est tenu au secret de la confession de la manière la plus absolue et ce principe a dans tous les cas été respecté au sein de L’Œuvre. Pour l’Eglise, la confession est strictement personnelle et totalement secrète.


d. L’Œuvre considère t elle la maladie comme un péché ? Les membres n’ont ils pas droit à des soins médicaux ?


Sœur Bommerez affirme avec force qu’il n’en est rien. Les histoires concernant des personnes qui n’auraient pas reçu de soins ont été déformées et ne correspondent pas à la vérité. Les témoignages tirés du livre de Rik Devillé ne donnent qu’une vision unilatérale des faits; il s’agit en fait de mensonges et d’accusations diffamatoires. L’oratrice dispose de témoignages à ce propos.

Sœur Bommerez affirme également que les nombreuses histoires concernant des abus sexuels ne sont que des mensonges.

La vision que L’Œuvre a du mariage et de la sexualité est fondée sur le respect et le bon sens. L’Œuvre défend précisément l’institution familiale. Ses membres assurent la pastorale familiale et accompagnent les jeunes dans la voie du mariage. Il y a également un certain nombre d’infirmières qui travaillent entre autres dans une maternité.


e. Rédige t on toujours des déclarations quand un membre de la communauté tombe malade ou se blesse ?


Sœur Bommerez explique que l’association dispose toujours des prescriptions médicales, des documents relatifs à l’hospitalisation, etc. Les témoignages ne sont consignés que depuis peu, vu l’actuelle campagne de diffamation. Quand quelqu’un raconte des mensonges, la personne concernée est libre de rétablir elle même la vérité.

Le témoin assure que l’on a toujours dispensé les soins nécessaires aux membres.


f. Le secret des lettres est il violé ?


Sœur Bommerez explique qu’on ne peut pas parler de violation du secret des lettres, mais que, dans les communautés religieuses, les séminaires, les écoles et internats, etc. il arrivait assez souvent, jusqu’aux années soixante, que les responsables ouvraient le courrier. Ce fait était accepté comme une procédure tout à fait légitime et normale. Cette situation a cependant évolué et, à présent, les membres de L’Œuvre reçoivent leur courrier fermé.


g. Existe t il des statistiques concernant les frais d’entretien des membres ? L’Œuvre achète t elle des vêtements, de la nourriture ? Peut on calculer ce que chaque membre a coûté séparément ?


Les membres qui ont fait vœu de vivre les conseils évangéliques sont entièrement entretenus par L’Œuvre pour la vie. Les familles, les collaborateurs et les sympathisants doivent subvenir eux mêmes à leurs besoins. On pourrait normalement calculer ce que l’entretien d’une personne coûte.


h. Pourquoi les membres de L’Œuvre sont ils obligés de rédiger un rapport mensuel ou bimestriel de leurs activités ? Si ce n’est pas obligatoire, ce n’en est peut être pas moins vivement souhaité. Doit on parler des autres membres dans les rapports ?


Sœur Bommerez précise qu’il faut faire une distinction. D’une part, il y a des rapports normaux et indispensables concernant le déroulement efficace des activités (missions prévues, tâches effectuées, tâches à effectuer). D’autre part, il y a le respect pour le cheminement personnel de chaque personne, qui peut faire des communications personnelles en toute liberté, comme elle le veut et quand elle le veut.


Comme dans toute communauté poursuivant un but, on fait de temps à autre le point.


Il n’est cependant pas exact que les membres doivent s’espionner l’un l’autre. La vie au sein de L’Œuvre se déroule comme dans une famille, où les uns prennent soin des autres par charité et sens des responsabilités et non pas pour se contrôler mutuellement.


i. Existe t il au sein de L’Œuvre des techniques spécifiques pour faire disparaître la tension psychologique ou physique (imposition des mains, massages) ?


La communauté vit dans une ambiance franche, décontractée, familiale et sereine, en permettant à chacun de jouir de la détente dont il a besoin. On ne recourt à aucune technique spéciale (massages relaxants, ¼). Sœur Bommerez qualifie les témoignages d’anciens membres concernant des abus sexuels de faux et vulgaires.

On n’a jamais pratiqué d’exorcisme.


Les membres qui quittent la communauté


a. Combien de membres ont, jusqu’à présent, quitté L’Œuvre ?


Un grand nombre de ceux qui affirment avoir quitté L’Œuvre, n’étaient pas de véritables membres. Il y a, comme dans toutes les communautés, des membres qui décident vraiment de partir, mais ils ne sont pas nombreux.


b. Comment peut on expliquer que des membres qui quittent la communauté, ne reçoivent apparemment pas toutes leurs données personnelles ?


Ceux qui en ont fait la demande par écrit reçoivent leur dossier. Avec certains anciens membres, les relations sont restées bonnes et normales dans un respect réciproque. Quand un membre souhaite quitter l’Œuvre pour des raisons personnelles et conformément aux règles du droit ecclésiastique, cela peut se faire en bonne entente commune. Pour ceux qui ont quitté l’Œuvre, contrairement aux engagements réciproques, l’Œuvre ne peut pas supporter les conséquences de leur geste.



4. Audition avec MM. R. de Carvalho et J. L. Corne, représentants de Ogyen Kunzang Chöling (OKC), et Mme I. Wouters (avocate)



a) Observations préliminaires


M. de Carvalho, qui représente le mouvement en raison de l’absence des quatre lamas qui assurent la direction de l’école, tient à faire observer au préalable que, jusqu’à présent, personne n’a expliqué de manière convaincante pourquoi la commission d’enquête française avait fait figurer ce mouvement sur une liste de sectes. Le Président de la commission a dû lui même reconnaître dans un courrier son ignorance à ce sujet.


b) Présentation du mouvement — Liens avec le bouddhisme tibétain


Ogyen Kunzang Chöling est un des premiers centres bouddhistes tibétains en Occident, fondé en 1972 par M. Robert Spatz à la demande de Kangyour Rinpotché, autorité spirituelle reconnue par toutes les écoles du Bouddhisme tibétain. M. Spatz a reçu de celui ci le titre de lama et le titre de Lama Kunzang Dorje.


Le lama Kunzang n’est nullement la seule autorité religieuse à laquelle le centre se réfère. Lui même s’est toujours référé à son propre lama et à ses héritiers spirituels.

D’autre part, les trois fils de Kangyour Rinpotché, responsables d’un important centre bouddhiste tibétain en Dordogne, enseignent régulièrement dans les centres d’OKC.

Sa Sainteté le Dalaï Lama, prix Nobel de la paix et autorité suprême de toutes les écoles du bouddhisme tibétain, a visité le centre et y a enseigné en avril 1990.

En outre, en 1994, le président de son cabinet a certifié dans un document officiel l’authenticité des centres à Bruxelles, en France et au Portugal.

En ce qui concerne la relation du centre avec le Bouddhisme, M. de Carvalho déclare que le centre Ogyen Kunzang Chöling dépend directement des autorités spirituelles tout à fait reconnues du bouddhisme tibétain. C’est un centre bouddhiste tibétain à tout titre.

La pratique du yoga est destinée à permettre une meilleure approche de la méditation du Bouddhisme tibétain.

Le Bouddhisme tibétain en tant que voie religieuse propose des pratiques méditatives. Le yoga est destiné en premier lieu à aider les pratiquants à trouver une sérénité qui leur permette d’aborder ces pratiques.

M. de Carvalho nie que ces pratiques auraient des spécificités qui ne seraient pas bouddhistes. Il nie également tout lien avec des philosophies de type new age et en particulier d’avoir fait la promotion, en tant qu’association, d’une exploitation agricole qui prônait la biodynamique et l’anthroposophie.


Il y a certes eu un reportage dans la feuille du restaurant “ Le Paradoxe ” (qui fait partie des activités commerciales du centre) mais il était destiné à donner des informations au sujet du fait que la nourriture était biologique, donc sans produits chimiques, et ne visait dont pas une quelconque adhésion à la philosophie de la biodynamique.


Il y a actuellement un centre en Belgique, un centre en France dans les Alpes de Haute Provence, deux centres au Portugal et un centre en Polynésie française. Tous les centres sont organisés sous forme d’A.S.B.L. — une A.S.B.L. par pays — et possèdent donc la personnalité juridique.

Les particularités de l’organisation sont les suivantes :

1. il s’agit d’une structure communautaire;

2. elle subvient à ses propres besoins;

3. elle est composée de pratiquants laïques;

4. elle a un large contact avec le public.


Tout comme certaines communautés religieuses occidentales, la communauté a recours à des activités lucratives pour subvenir à ses besoins.

Ce qui est moins fréquent en Occident est que la communauté est composée de pratiquants laïques. Il convient de relever que dans le Bouddhisme tibétain, l’engagement religieux est accessible tant aux moines et moniales qu’aux laïcs et n’exclut nullement la vie de famille.

Dans le cadre des activités destinées à assurer le fonctionnement de la communauté — magasins, restaurants, centre médical, distribution alimentaire —, les membres sont en contact permanent avec le public.

Comment devient on membre ?

Tout d’abord, il n’est pas indispensable de faire partie de la communauté pour pouvoir participer à ses activités.

Les membres entretiennent d’excellentes relations avec la plupart des anciens membres de la communauté. Ceux ci fréquentent souvent les centres de l’OKC ou d’autres centres bouddhistes.

Le public peut assister à des sessions d’étude et de pratique du Bouddhisme, ouvertes à tous.


Il n’y a aucune politique de recrutement. Au cours des six dernières années, il y a eu une dizaine de nouveaux membres en Belgique, dont aucun n’est arrivé par le biais des activités commerciales, mais il y en a davantage qui sont partis.



Toute décision importante concernant le centre est prise par les lamas, en concertation avec les différents responsables.

En Belgique (uniquement à Bruxelles) il y a un peu moins d’une centaine de membres (entre 80 et 90).

Mme Wouters confirme qu’il existe une structure internationale. Il y a une structure religieuse et une structure opérationnelle.

Les activités commerciales n’impliquent pas la transmission d’un quelconque message bouddhiste ou autre. Le Bouddhisme n’a pas du tout une attitude prosélytiste.

Le plus souvent, la personne qui entre dans la communauté connaît quelqu’un qui y habite. Il faut que sa motivation à pratiquer le Bouddhisme soit forte. Il faut aussi qu’elle sente que la vie communautaire lui convient; ceci n’est pas évident car cette attitude de vie est très exigeante.


c) La vie familiale — L’éducation des enfants



La vie familiale reste à l’entière appréciation de chacun. Chacun reste libre de se marier ou non, d’avoir des enfants ou non et de se séparer ou non.



L’éducation et la scolarité des enfants sont assurés dans le midi de la France, au château des Soleils, dans les Alpes de Haute Provence.


Selon M. de Carvalho cette solution s’avère jusqu’à présent être la plus adéquate. Les enfants y bénéficient d’une éducation privilégiée, cumulant les avantages de l’éducation occidentale et des valeurs traditionnelles bouddhistes, dont la pertinence est de plus en plus reconnue en Occident et dont le Dalaï Lama est le plus éminent porte parole.

Dans le cadre de l’ouverture de cette école, une enquête a été diligentée par le Juge des enfants de Digne; elle serait très favorable à l’association, dans la mesure où aucune remarque négative n’est formulée sur les lieux d’accueil et la communauté en général.

Les enquêteurs ont effectué cinq visites entre les mois de février et de juin 1996, dont trois à l’improviste.

Les enfants y suivent également des études secondaires. Il y a deux professeurs pour le cycle primaire et deux pour le secondaire. Il y a également des cours à distance (organisés par l’enseignement privé catholique par correspondance). Ceux qui souhaitent faire des études universitaires doivent réintégrer une ville (Lisbonne ou Bruxelles).

Parmi les enfants (32) il y a environ un tiers de Français, un tiers de Portugais et un tiers de Belges.

Les enfants qui n’ont pas leurs parents sur place (la moitié) n’ont pas de manque affectif; ils vont chez les parents de leurs copains.

Pendant les vacances (chaque trimestre), leurs parents sont avec eux et le travail dans OKC est organisé de façon à ce que les mamans aient la possibilité de passer ici ou là une semaine avec leurs enfants dans le courant de l’année. Cela offre l’avantage que quand les parents sont avec leur enfant, il n’y a aucun stress. Ils sont complètement avec lui, dans la mesure où ils ne doivent pas penser à leur travail.

M. Corne nie que les enfants manquent de contact avec la civilisation; du point de vue culturel, ils ont la télévision, ils ont de la musique et ils lisent beaucoup.

Il nie également que le chauffage ne serait mis en route qu’avec l’accord de M. Spatz. Depuis qu’il y a des enfants, on chauffe normalement.

Les enquêteurs se sont d’ailleurs intéressés au problème de l’éducation, de la santé, de l’hygiène des enfants sans relever le moindre élément négatif.


Dans un second temps, les enquêteurs ont eu avec chacun des enfants concernés des entretiens confidentiels, sans que le moindre élément pouvant révéler que l’un des enfants pouvait être mécontent de son sort et de ses perspectives d’avenir n’ait été relevé.

La conclusion est qu’il n’y a pas lieu à assistance éducative.

En réponse à la question de savoir pourquoi les enfants de 3 ans sont emmenés, séparés de leurs parents et regroupés dans un seul centre où les règles de vie sont tout à fait strictes, spartiates même (prières obligatoires pour des jeunes enfants qui n’ont pas l’âge de raison, etc.). M. Corne répond qu’il comprend qu’une telle situation puisse éveiller certaines inquiétudes mais il affirme que cela ne se passe pas du tout ainsi ! Les choses se sont en fait toujours passées spontanément pour tout ce qui touche l’organisation de la communauté en général. Même le fait de vivre en communauté n’a pas été décidé un jour par quelqu’un; cela s’est fait au gré des circonstances.



Au départ, le Lama Kunzang habitait rue de Livourne avec son épouse et sa petite fille. Un jour, une personne, qui avait suivi un enseignement et qui jugeait qu’il était trop tard pour rentrer chez elle, a demandé de loger chez lui. Petit à petit, d’autres ont fait la même démarche et finalement, une communauté s’est créée.

En ce qui concerne les enfants, ils sont généralement envoyés dans le centre vers l’âge de 5 6 ans et non pas à l’âge de 3 ans. Comment cela se passe t il ? On n’a jamais décidé qu’on allait mettre tous les enfants dans ce centre en France qui s’appelle “ Le Château des Soleils ”. Cela s’est fait spontanément.


En effet, il y avait des périodes d’enseignement et des réunions diverses qui avaient toujours lieu là bas; on y retrouvait des adultes et des enfants. Afin que les adultes puissent participer aux enseignements, il y avait une espèce de garderie. Petit à petit, les enfants se sont retrouvés en gage. On s’est alors rendu compte qu’ils avaient une vie sociale très intéressante; ils s’épanouissent.

Lorsqu’en 1977, une institutrice est arrivée au Château des Soleils, il a été décidé de ne pas envoyer les enfants, dès cet âge là, à l’école de Castellane, qui est assez éloignée de là.

Selon la loi belge tout comme la loi française, l’instruction est obligatoire mais pas la fréquentation d’une école (contrairement à la loi allemande où l’école est obligatoire).


La femme de M. Corne est institutrice et tout à fait qualifiée. Elle a commencé à enseigner à ces enfants. Puis, les plus petits ont grandi et d’autres enfants sont arrivés. Il y avait donc une école sur place. Les enfants se sentaient vraiment bien dans ce groupe; ils demandaient à y rester car le milieu leur plaisait. C’est une vie très saine, en montage, à 800 m d’altitude avec un air très pur et une nourriture très saine. Cela convient bien aux enfants.


La communauté a toujours eu comme premier souci de faire le bien des enfants, qu’ils soient heureux, bien élevés, bien éduqués avec une bonne instruction, une bonne santé et les meilleures conditions de vie. La formule est quelque peu originale mais tout à fait compatible avec la loi du pays; elle est aussi tout à fait compatible avec la façon de vivre au Tibet. M. Corne souligne d’ailleurs que c’était beaucoup moins dur que ce qui se passe au Tibet. Au Tibet, les petits moines se lèvent très tôt et ils ont un programme très chargé. C’est quelque chose qui leur convient car ils vivent dans un milieu où cela se passe ainsi.

Au Château des Soleils, la vie des enfants est une synthèse entre la vie dans un village de Provence et une certaine instruction religieuse bouddhiste.


Il se lèvent chaque matin à 7 heures 30. Le petit déjeuner est prévu de 8 à 9 heures.

Le matin à neuf heures, comme première heure d’instruction, les enfants ont un cours de religion bouddhiste. On apprend des textes, on raconte la vie des maîtres. Le soir, il y a l’équivalent de la messe, qui consiste en prières, méditations et pratiques religieuses diverses. Les autres cours sont concentrés entre 10 et 13 heures.

Il y a en moyenne 1/2 heure par jour d’étude de la langue tibétaine. M. Corne fait remarquer que cette éducation n’est pas très différente de celle dans un internat catholique.

L’après midi est consacré à des travaux manuels : du tissage, du tricot ou de la couture pour les filles, du bricolage pour les garçons. Les grands s’occupent du potager, des vaches et des poules. Ainsi, ils participent à la vie du village. Ils sont très friands de ces occupations. Ils ont tous un coffre à outils qu’ils se sont fait offrir à leur anniversaire, etc.


L’après midi se termine par de la danse pour les filles ou du sport pour les garçons, qui pratiquent les arts martiaux traditionnels, qui font partie intégrante du Bouddhisme japonais.

Les arts martiaux ont été introduits au Japon. Le tir à l’arc est d’ailleurs un sport qui fait partie de la tradition du bouddhisme zen.

A 18 heures 30 est prévu le souper et à 19 heures 30, il y a l’équivalent de la messe, qui dure jusqu’à 20 heures 30. Ensuite, ils ont temps libre jusqu’au coucher. Le dimanche est consacré à des activités telles que les promenades, les fêtes, les anniversaires, ¼.

Un jugement du 24 juin 1988 du tribunal de grande instance de Tours qui délègue l’autorité parentale d’une adepte du Lama Spatz aux grands parents paternels de son enfant. La mère a reconnu qu’au sein du groupement, qu’elle ne souhaitait pas quitter, il était difficile pour elle s’assurer la surveillance et l’éducation des enfants.



M. Corne répond qu’il s’agit d’un cas de séparation qui s’est produit dans des circonstances extrêmement pénibles pour cette femme. Elle en a été fortement bouleversée. Elle a été entraînée dans une procédure, sans l’assistance d’un avocat. Elle n’a pas été informée ni conseillée. Du fait qu’elle était très bouleversée, elle ne sait même plus exactement ce qu’elle a répondu aux questions qui lui étaient posées. Finalement, on lui a fait signer des papiers sans qu’elle les ait lus. Elle est formelle sur ce dernier point.


M. Corne nie que les repas donnés aux enfants doivent se dérouler dans le plus parfait silence. Un jour, cette décision avait certes été prise, mais en réalité, les repas ne se sont jamais pris entièrement en silence.


d) Les finances de l’association


Les divers articles de presse parus au sujet du centre ont toujours reconnu la transparence des comptes.

Le budget de l’a.s.b.l. sert exclusivement à assurer la subsistance de ses membres, à financer l’acquisition et la construction de biens destinés à la pratique religieuse et à couvrir les frais de fonctionnement liés aux enseignements et pratiques bouddhistes (frais d’enseignement, statues, peintures, encens, livres, textes, voyages des enseignants).


Le lama Kunzang met à la disposition de la communauté une partie importante de son patrimoine personnel, principalement immobilier, qui lui a été légué par son père. En effet, la communauté occupe plusieurs immeubles appartenant au lama Kunzang sans la moindre compensation.

L’association a aussi racheté, lorsqu’elle a eu suffisamment de fonds, la propriété du sud de la France occupée par les enfants, propriété qui appartenait au lama Kunzang et qui avait été achetée avec les fonds de son père.

Cette acquisition par l’association a été rendue possible grâce à la revente d’un domaine dans les Ardennes dont elle était propriétaire.

Cette transaction avait pour but de protéger la communauté d’éventuelles revendications de la part des héritiers du lama Kunzang en permettant à la communauté de devenir propriétaire des biens qu’elle occupe à prix plus que raisonnable.

Toute la structure juridique des diverses sociétés commerciales du groupe tend à assurer la plus grande stabilité possible dans l’actionnariat.


L’association pourvoit à tous les besoins de ses membres : logement, nourriture, soins de santé, vêtements, etc.

Contrairement à ce qui a été affirmé dans certains articles de presse, les membres sont libres d’aller se faire soigner où et comme ils le désirent, aux frais de l’association, pour autant que cela demeure de l’ordre du raisonnable.

Mme Wouters explique que la structure de l’OKC est basée sur le principe des communautés monastiques où les gens entrent et mettent leur travail au service de la communauté. C’est une structure très traditionnelle, assez commune, même davantage en Occident qu’en Orient.

Dans cette structure, il y a d’une part l’a.s.b.l. Ogyen Kunzang Chöling, qui n’a pas d’activités commerciales propres, et d’autre part des sociétés commerciales, dans lesquelles travaillent une partie des membres de la communauté. Ainsi, ces travailleurs vivent dans la communauté et leur travail permet à la communauté de vivre, tout en leur assurant une couverture sociale. En effet, tous les revenus de ces sociétés commerciales reviennent finalement à l’a.s.b.l.

Si une participation est demandée au public pour assister aux cours de Bouddhisme, la formation est par contre absolument gratuite pour les membres de la communauté.

En ce qui concerne les activités commerciales, le chiffre d’affaires de l’OKC réalisé en Belgique par les diverses sociétés satellites qui s’occupent de la vente de produits biologiques, de restaurants végétariens — “ Le Paradoxe ” et “ La Tsampa ” —, et d’immobilier et la question de savoir si le centre est une organisation commerciale ou une organisation religieuse, M. de Carvalho répond que le centre bouddhiste tibétain subvient à ses besoins.


Le résultat de ses activités commerciales sert à faire vivre la communauté, à construire les éléments directement en rapport avec la pratique religieuse et à financer les dépenses du culte. Il nie que le centre tibétain de Tihange, reconnu par le Dalaï Lama, considère le centre comme une excroissance commerciale du Bouddhisme.


M. de Carvalho indique que les propos attribués par un journal au Lama du centre ont été démentis par ce dernier qui a affirmé de façon péremptoire, n’avoir jamais rien dit de négatif au sujet d’OKC.


En ce qui concerne les détails des activités commerciales, le conseiller du centre, Mme Wouters, se réfère aux documents qu’elle a transmis.


Ogyen Kunzang Chöling a.s.b.l. constitue le centre autour duquel quelques sociétés commerciales sont spécialisées dans certaines activités :

— la société Vajra spécialisée dans la distribution alimentaire agrobiologique;

— la société Tara possède deux restaurants, le Paradoxe et la Tsampa, et deux magasins;

— la société Kubera s’occupe de comptabilité purement interne;

— la société Torma s’occupe de rénovation et de travaux de construction;

— une société immobilière (Persampe S.A.) qui, elle, appartient strictement à M. Robert Spatz mais a tout de même son importance dans la communauté.

En tant que Lama laïque, M. Spatz n’a aucune obligation de pauvreté, et celui qui a un patrimoine n’est pas du tout obligé de le disperser. Son patrimoine lui vient de son père. M. Spatz a hérité de son père d’un patrimoine immobilier très important dont il met gratuitement une partie à la disposition de la communauté, tout en demeurant propriétaire.


Dans les documents se trouve la liste des immeubles qui lui appartiennent, principalement rue de Livourne, chaussée d’Ixelles et dans le quartier d’Ixelles. Une partie des immeubles lui appartiennent en propre et une partie à une société immobilière. La quasi totalité des maisons dont il dispose et dont il est propriétaire proviennent de son père par héritage. C’est extrêmement facile à vérifier.


C’est un des rares cas où un lama, en l’occurrence M. Robert Spatz, met à la disposition de la congrégation religieuse des biens personnels qu’il n’a jamais acquis par l’intermédiaire de l’association.


Le fait que M. et Mme Spatz sont les actionnaires de presque toutes ces sociétés ne veut pas dire qu’ils en touchent un revenu quelconque.

M. Spatz touche environ 4 millions de francs de loyers par an, sur lesquels il est imposé.

La valeur des immeubles est dès lors estimée à environ 50 millions de francs.


Des amalgames ont été faits entre Ogyen Kunzang Chöling et la personne du Lama Kunzang. Il y a effectivement autour de Ogyen Kunzang Chöling quelques sociétés commerciales qui sont détenues à 80 % chacune par l’épouse de M. Spatz. Ce sont des membres de la communauté qui détiennent les 20 % restants.

Son épouse est actionnaire à 80 %, mais cela ne signifie pas qu’elle perçoive des revenus en sa qualité d’actionnaire. Toute la structure juridique des diverses sociétés commerciales du groupe tend à assurer la plus grande stabilité dans l’actionnariat. L’objectif en est d’assurer la continuité. Il faut savoir que dans la communauté beaucoup de gens sont venus et sont partis. Maintenant, c’est plus stable.

De plus, les biens et revenus de la famille Spatz permettaient d’apporter l’argent nécessaire, ce qui n’était pas toujours le cas de la communauté.


Chacun des 20 % des membres, qui sont associés actifs des diverses sociétés, reçoit des rémunérations d’associé actif. Ils sont donc payés par la société au moyen de ses bénéfices attribués aux membres de la communauté. Mme Spatz recevait, au moment de l’audition, une rémunération à charge d’une des sociétés (Vajra) de 60 000 francs bruts par mois en sa qualité de gérante d’une des sociétés (elle est associée active de la société Vajra).


Aucun dividende n’est distribué aux actionnaires, qui ne retirent donc aucun bénéfice de leurs parts. Au contraire, les gains des sociétés sont répartis entre les associés actifs, sous forme de rémunérations d’associés actifs. Après paiement des cotisations de sécurité sociale visant le reliquat à l’a.s.b.l., sous forme de dons. L’a.s.b.l. pourvoit à tous leurs besoins, ainsi qu’à ceux des autres membres de la société.


Ces rémunérations, une fois perçues par les membres de l’association, sont remises à l’a.s.b.l. “ Ogyen Kunzang Chöling ”, après paiement des cotisations de sécurité sociale. Cela revient à un montant de l’ordre de 8 millions de francs. Le chiffre d’affaires total de ces sociétés est d’environ 130 millions de francs, mais après paiement des marchandises, de tous les frais inhérents, des associés, des cotisations de sécurité sociale des associés actifs, on arrive à un montant de l’ordre de 8 millions de francs, qui revient intégralement à “ Ogyen Kunzang Chöling ”, à l’exception des sommes précitées, qui sont payées à Mme Spatz.


Grâce à ce montant, l’association “ Ogyen Kunzang Chöling ” pourvoit aux besoins de membres de l’association (logement, nourriture, soins de santé, tout ce que la vie quotidienne implique), des dons importants étant également consentis à l’association “ Ogyen Kunzang Chöling ” France, où les enfants sont pris en charge. Une autre partie est destinée à la partie plus religieuse, à ce qui est le cœur de la vie en communauté.

Le château de Castellane appartenait depuis la moitié des années 1970 en copropriété à M. Spatz et à son père, qui l’avait acheté pour une somme d’ailleurs très raisonnable à l’époque.

Le château a été utilisé depuis le début exclusivement par la communauté et non par M. Spatz, ni par sa famille personnellement. Il se fait que ce Château des Soleils est un actif très important pour la communauté. Or, l’association “ OKC ” n’avait pas les liquidités nécessaires pour pouvoir racheter ce bien. La vente d’un château lui a permis de fournir des liquidités.

En effet, OKC avait acheté par le passé le château à Fanson. Un certain nombre de donations ont été effectuées à cette occasion, dont la liste est reprise au dossier qui a été communiqué. Il y a eu des contestations pour une personne qui a quitté, mécontente, la communauté. Dès lors, l’argent lui a été restitué.



Avec l’argent qui a été acquis de la sorte, l’a.s.b.l. OKC a acheté le château de Fanson pour la somme d’environ 25 millions de francs.

Il a été revendu aux environs de 50 millions de francs, toujours pour compte de OKC. Une fois cette opération effectuée, “ Ogyen Kunzang Chöling ” disposait des liquidités nécessaires pour acheter le Château des Soleils. En effet, le Château des Soleils appartenant à M. Robert Spatz, il était plus intéressant pour l’a.s.b.l. de l’avoir à son nom, ce qui la protégeait de toute revendication de la part des héritiers. Cette opération s’est faite du prix du marché, conformément à une expertise réalisée à l’époque et qui était de 42 millions de francs.


Il est vrai que le prix d’achat était dans les 20 millions de francs.


Mme Wouters conteste qu’un bon bénéfice eut été réalisé à l’occasion car 15 ans séparaient les deux opérations. De plus, si cette vente s’était faite au dessous du prix de marché, elle aurait pu être remise en cause par les héritiers. A ce moment là, “ Ogyen Kunzang Chöling ” est devenue propriétaire incontestable d’un bien qu’elle avait toujours occupé gratuitement. Elle a fait alors une très bonne opération immobilière.


En ce qui concerne les sociétés commerciales, il est exact que celles ci appartiennent principalement à la famille de M. Robert Spatz, mais, comme indiqué ci dessus, il ne reste que 8 millions de francs de bénéfices à la fin, même si le chiffre d’affaires est de l’ordre de 130 millions de francs par an. Ils ne touchent aucun dividende.

M. Corne nie que le lama bénéficie d’un régime spécial; il est normal d’avoir des bénéfices propres sur ses biens propres.

Tout son temps et son intelligence sont mis au service de la mission qu’il a reçue, qui est de créer des centres bouddhistes tibétains et d’y donner l’enseignement, d’inviter les maîtres et de dispenser les enseignements du Bouddhisme.

La mise en commun ne concerne finalement que la rémunération des associés actifs des sociétés commerciales. Elle ne concerne pas le patrimoine des membres, ni d’ailleurs leurs rémunérations pour un travail ailleurs que dans lesdites sociétés.

A la question de savoir si l’organisation belge reçoit de l’argent d’ailleurs ou, au contraire, si elle finance elle même une autre organisation, Mme Wouters répond qu’aucun transfert d’argent ne provient de l’étranger pour être utilisé dans l’organisation.

En revanche, il y en a qui vont dans l’autre sens, à deux niveaux. Tout d’abord, — et ce ne sont pas à proprement parler des transferts — lorsqu’un Lama est invité à donner des enseignements en Belgique, ses frais de transport sont pris en charge. C’est traditionnel.

D’autres transferts se font sur un compte ouvert au nom de M. Robert Spatz, qui n’y touche jamais; il est alimenté par deux membres de la communauté qui travaillent aux Communautés européennes (ils versent 200 000 à 250 000 francs par mois). Ces sommes servent exclusivement à faire certaines dépenses relativement importantes en rapport avec le Tibet. C’est ce qu’on appelle les dépenses tibétaines.


Il y a eu une intervention financière lorsque le Dalaï Lama est venu à Paris, des interventions pour le Fonds d’entraide bouddhiste en France, une intervention financière aussi dans les éditions Padmakara qui sont une maison d’édition assez importante en France, qui publient des ouvrages bouddhistes.

Une intervention financière aussi qui sert à la construction d’un Chédra, c’est à dire d’un collège monastique au Népal.

Il y a donc des transferts qui sont tous justifiés, expliqués, et sur lesquels il est possible de communiquer de plus amples informations.


5. Audition du Lama Kunzang Dorje Robert Spatz, fondateur de l’Ogyen Kunzang Choling (OKC) en Belgique


a) Exposé introductif de M. Spatz


Les difficultés actuelles rencontrées par l’OKC sont la conséquence des conclusions de la commission d’enquête française, publiées en 1995. Celle ci attribue au mouvement un indice de dangerosité de un sur dix, suite aux critiques formulées à l’encontre de l’école bouddhiste fondée à Castellane au château des Soleils. A l’époque (en fait de 1990 à début 1996), le témoin était en retraite et n’a pu s’expliquer.



Depuis lors, une enquête a été menée par des experts nommés par un juge d’instruction de Digne. Les enfants et les parents, ainsi que les autorités locales ont été interrogés. Après plusieurs mois de travail, il a été conclu que les résultats obtenus par les élèves de l’école bouddhiste étaient très au dessus de la moyenne obtenue par les élèves fréquentant les écoles traditionnelles françaises. Les responsables français ont même exhorté l’OKC à officialiser leur initiative. En outre, les contacts de l’association avec les autorités locales des Alpes de Haute Provence se sont eux aussi nettement améliorés.



Il n’a toutefois plus été possible de modifier les conclusions de la commission d’enquête, puisque son mandat était entretemps venu à expiration.


b) Questions


L’OKC et les grandes religions


Etant jeune, le témoin était animé d’une foi profondément chrétienne. Il effectua de nombreuses retraites à l’abbaye Notre Dame d’Orval. Au cours d’une longue recherche spirituelle, il vécut de nombreuses années en Extrême Orient auprès des maîtres bouddhistes les plus réputés, qui, selon ses dires, lui ont enfin apporté ce qu’il cherchait.

Il compte encore de nombreux amis parmi les prêtres et les moines chrétiens, tant en Belgique qu’en France et au Portugal. Le bouddhisme n’est assurément pas une religion qui veut détruire les autres courants religieux pour s’affirmer.


Les travailleurs bénévoles et leur couverture sociale


Lorsque l’association fut créée en 1972, le nombre de membres était peu élevé et le bénévolat quasi intégral. Le mouvement n’exerçait aucune activité à caractère lucratif.

Avec le temps, le nombre d’étudiants a augmenté et comme le Bouddhisme tibétain est une discipline qui demande un grand nombre d’heures d’études, il s’est ouvert une petite table d’hôte pour leur permettre de se sustenter.

En un quart de siècle, ces activités se sont développées, toujours en fonction des besoins des membres de l’OKC, et les restaurants et les magasins de produits diététiques ont pris plus d’importance à Bruxelles.

Il est alors devenu indispensable de modifier les statuts de l’association, de créer des sociétés coopératives et d’assurer une couverture sociale aux membres occupés dans ces diverses sociétés.


Actuellement, quelque 40 à 50 personnes sont occupées de la sorte. D’autres membres ont une activité professionnelle à l’extérieur du mouvement. D’autres encore, eu égard à leur âge ou à leur manque de qualification, ne travaillent pas et préfèrent étudier et pratiquer le bouddhisme. Ils sont aidés matériellement par les autres membres de l’association.


La vie sociale et familiale des membres de l’OKC


Selon le témoin, la vie au sein de l’OKC ne diffère pas grandement de la vie quotidienne de la plupart des ménages en Belgique. Les membres de l’OKC vivent en communauté, du moins pour ce qui est des cérémonies religieuses, des prières et du repas de midi. Pour le reste, les célibataires disposent d’une chambre et chaque famille d’un petit appartement privé.

Dans les centres ruraux, le temps consacré aux prières et aux méditations est un peu plus important. Au monastère de Castellane, la vie communautaire est plus intense : les membres se rendent au temple le matin à 6 heures (7 heures au Portugal), ainsi que pendant une heure le soir.

Les repas sont accompagnés d’un peu de musique et les convives devisent agréablement. Contrairement à ce qui est souvent affirmé, il n’est donc pas question de prendre les repas en silence.


Quant aux loisirs, chacun s’occupe comme il l’entend et peut participer à toutes sortes d’activités culturelles, sportives et autres, en fonction de ses propres affinités. Chacun sort quand bon lui semble; aucun contrôle n’est assuré.

En réponse à la question de savoir s’il est réellement interdit aux adeptes d’utiliser un moyen de chauffage, le témoin rappelle que lorsque son père acheta le château des Soleils en 1974, il n’y avait ni électricité, ni chauffage, ni téléphone. A l’époque, seules trois personnes occupaient le château. Les conditions de vie se rapprochaient de la situation tibétaine.

Le témoin a lui même vécu de nombreux mois dans l’Himalaya dans une cabane en bois, sans chauffage, à 3 000 mètres d’altitude. Le matin, il éprouvait beaucoup de joie à sentir la chaleur du soleil. Toutefois, il n’a jamais imposé un choix similaire aux adeptes de l’OKC. D’ailleurs, après deux ou trois ans, l’électricité a été installée à Castellane et tout le monde a pu disposer d’un petit appareil de chauffage.

Sur le plan du travail, un tour de rôle est organisé entre les différents membres en fonction de leurs convenances, la pratique et l’étude du bouddhisme tibétain ne permettant pas de fournir des prestations professionnelles de 8 ou 10 heures par jour.


Les membres de l’OKC rencontrent régulièrement leur famille : soit ils se rendent chez leurs parents, soit ce sont ces derniers qui viennent leur rendre visite, même à l’étranger.


L’éducation des enfants


Aux dires de M. Spatz, les règles de vie au château de Castellane sont loin d’être spartiates. Les enfants sont invités à respecter une éthique de vie qui favorise une bonne étude tant du Bouddhisme tibétain que de la culture générale. Comme indiqué ci dessus, il a été reconnu officiellement que les élèves de l’école bouddhiste obtiennent d’excellents résultats en comparaison avec les élèves des écoles françaises.


Les enfants sont en pension et vivent le programme de tout pensionnat, qu’il soit catholique, boudhiste ou laïque. Les parents les voient presque tous les mois, parfois davantage et passent également toutes les vacances scolaires en leur compagnie.

Jamais le témoin n’a imposé aux parents, membres de l’OKC, d’envoyer leurs enfants à Castellane. Depuis leur plus jeune âge, les enfants viennent passer l’été au château des Soleils et émettent souvent eux mêmes le souhait de rejoindre leurs amis dès l’âge de 5 ou 6 ans. Le témoin estime que les enfants vivent une situation privilégiée, dans un domaine de 120 hectares, à 600 mètres d’altitude, où l’air est pur et la beauté de la nature extraordinaire.

En fait, 80 % des critiques à l’égard de l’éducation des enfants au sein de l’OKC proviennent de rumeurs concernant 3 ou 4 couples confrontés à des problèmes relationnels et ce, en 25 ans d’existence du mouvement.

Au fil du temps, ces problèmes ont pris une proportion démesurée, jusqu’à être communiqués aux associations de défense des victimes de pratiques sectaires, qui les ont alors rendus publics.


Le témoin est ensuite confronté à un jugement rendu le 24 juin 1988 par le tribunal de grande instance de Tours. Celui ci délègue l’autorité parentale d’une adepte de l’OKC aux grands parents paternels de ses enfants, attendu que “ J. P. (la mère) reconnaît qu’elle ne peut, au sein du groupement, qu’elle ne souhaite pas quitter, veiller à la surveillance et à l’éducation de ses enfants ”. M. Spatz constate qu’il s’agit d’un des 3 ou 4 cas malheureux qui ont abouti à une procédure en divorce. Dans un climat de mensonge (constat d’adultère), de haine et de vengeance, particulièrement éprouvant sur le plan psychologique pour la mère, le couple s’est disputé la garde des enfants. Le père a emmené un de ses enfants, atteint d’un eczéma de naissance, chez un médecin en disant que cet eczéma était dû aux mauvais traitements reçus au château des Soleils. Le médecin, et ensuite la gendarmerie ont pris acte de ces faits. M. Spatz nie toutefois énergiquement l’existence d’une quelconque maltraitance à l’égard des enfants.



Le père a également menacé sa femme de déclarer à la presse qu’elle résidait dans une “ secte où on torture les enfants ”. On aurait alors conseillé à la jeune femme, pour pouvoir garder ses enfants, de dire que c’était l’OKC qui l’empêchait de bien veiller à la garde de ses enfants plutôt que son propre état psychique. Le juge a finalement décidé de confier la garde des enfants aux beaux parents paternels.



Cette personne a aujourd’hui réintégré l’OKC (après s’être éloignée quelques années à la demande de M. Spatz pour éviter d’éclabousser la réputation du mouvement) et confirmerait ces faits.



Les biens immobiliers appartenant à l’OKC et à M. Spatz


Le témoin indique qu’il a entamé une procédure au Portugal pour que tous les biens de l’OKC et des membres qui le jugent utile, soient réunis en fondation de manière à assurer la pérennité de l’association. Il espère entamer une démarche analogue en Belgique, si du moins la législation le lui permet.


En tant que fils unique, le témoin a hérité de l’ensemble des propriétés situées à Ixelles, appartenant à son père. Il n’est pas en mesure de confirmer si ces biens immobiliers lui rapportent effectivement 4 millions de francs par an, étant donné que la gestion de ces biens est confiée à deux gérants, membres d’OKC, qui disposent d’une procuration sur ses comptes en banque.

Avec le temps, le témoin a perdu une partie de ces rentes, étant donné que plusieurs de ses maisons sont actuellement occupées gratuitement par des membres de l’OKC.

Concernant le château des Soleils à Castellane, le témoin rappelle qu’il a également hérité de ce domaine. Son père s’en était rendu acquéreur en 1974. Pendant 16 ans, le château a été mis gratuitement à la disposition de l’OKC.

Entretemps, l’A.S.B.L. Ogyen Kunzang Chöling avait réussi à revendre le château de Fanson pour un montant d’environ 50 millions de francs alors que, quelques années auparavant, elle s’en était porté acquéreur, avec le produit de donations, pour seulement 25 millions de francs.

L’A.S.B.L. disposant alors de moyens financiers suffisants, M. Spatz décida de lui céder le château des Soleils pour quelque 42 millions de francs (prix du marché).

A la question de savoir si, de cette manière, il ne s’est pas approprié une partie des 25 millions de bénéfices réalisés lors de la vente du château de Fanson, le témoin répond par la négative.

Il précise que l’évaluation de la valeur du château des Soleils a été confiée à un expert auprès des tribunaux, qui a également été amené à estimer le coût des constructions réalisées par l’OKC dans le domaine en question. Cette somme (2 ou 3 millions de francs français) a été rétrocédée par le témoin à l’association. Il s’agit donc d’une opération totalement claire et légale.

Toutefois, l’administration fiscale française a considéré le montant rétrocédé comme un don et a dès lors estimé que le témoin avait réalisé une plus value (le domaine a été vendu pour 7 millions de francs français; cependant, selon l’administration, sa valeur était inférieure, étant donné qu’un certain nombre de constructions ont été réalisées à cet endroit par l’A.S.B.L. OKC). L’affaire est toujours pendante.


Le témoin a d’abord envisagé de donner le château à l’A.S.B.L. mais en cas de donation, il aurait dû payer 60 % d’impôts alors qu’en cas de vente, l’impôt se limitait à 8 ou 9 % de la somme, dans la mesure où il s’agit de terrains agricoles.


Le témoin fait remarquer qu’à ses yeux, aucune de ces opérations n’a manqué d’éthique, un des six principes fondamentaux du Bouddhisme. Ces principes sont : la générosité, la patience, l’enthousiasme, la persévérance, la concentration, qui permet d’étudier, d’enseigner et d’atteindre un niveau de méditation beaucoup plus élevé et l’éthique de vie, c’est à dire disposer des moyens d’existence justes.



Les moyens financiers de l’organisation


M. Spatz indique que le logement, la nourriture et l’enseignement sont dispensés gratuitement par l’association. En échange, les membres mettent leur travail ou une partie de leurs rémunérations à la disposition de la communauté religieuse.

Le témoin confirme que la société Kubera a organisé la gestion financière des diverses sociétés commerciales du mouvement, de manière à ce que la rémunération perçue par les membres associés actifs soient reversée sous forme de dons à l’A.S.B.L. Ogyen Kunzang Chöling, après paiement des charges sociales et d’autres frais personnels des associés (notamment des rentes alimentaires), laquelle pourvoit à son tour aux besoins matériels de ses membres. Il est à noter que l’intégralité des bénéfices engendrés par les sociétés, après déduction des achats de marchandises et d’autres frais d’exploitation, sont octroyés aux associés actifs sous forme de rémunérations.

Le montant des offrandes est fonction des besoins de chaque adepte. Ainsi, un médecin, membre de l’OKC, a demandé à pouvoir conserver 50 % des revenus de son activité pour financer les études universitaires de son fils. Un autre adepte conserve 30 % de ses revenus afin de verser une pension alimentaire à son ex épouse. Ces demandes sont adressées à la société Kubera.


A ce propos, M. Spatz indique qu’il souhaite être déchargé de l’ensemble de l’organisation pratique du mouvement, de manière à pouvoir se consacrer à l’enseignement du Bouddhisme tibétain, comme le lui a demandé son maître Kyabjé Kangyour Rinpotché à Darjeeling en 1972.


Par ailleurs, le témoin confirme que depuis des années, deux fonctionnaires de l’Union européenne versent chaque mois une partie de leur traitement, soit environ globalement 250 000 francs, à l’OKC. Ces sommes sont exclusivement utilisées pour la fondation de monastères et centre d’études bouddhistes, la construction d’édifices religieux, en Europe comme en Orient, le soutien à une maison d’édition bouddhiste et l’invitation en Europe de grands lamas tibétains. Le solde est géré par le banquier du témoin qui a choisi de le placer comme réserve sur un livret au nom de ce dernier, en attendant son utilisation dans les dévéloppements futurs de ces projets ou d’autres similaires. Des dons aussi généreux sont assez rares au sein de l’organisation.


Le témoin fait encore remarquer qu’il est le seul à avoir mis des biens immeubles à la disposition de l’OKC.

L’ensemble des sociétés commerciales ont été mises sur pied avec ses biens propres au fur et à mesure du développement du mouvement. Les comptables prélèvent tous les fonds nécessaires sur ses comptes. Pour la création des sociétés susvisées, il a été prélevé des moyens financiers sur les fonds disponibles provenant des loyers de ses maisons.

M. Spatz rappelle également qu’il est père de famille. Dès lors, notre société ne trouverait elle pas anormal, voire scandaleux qu’il cède tout ses biens au mouvement, au détriment de ses enfants ?


A la question de savoir si ce n’est pas précisément ce que font les autres adeptes du mouvement, le témoin répond que les offrandes versées par ces personnes, de manière tout à fait volontaire, sont prélevées sur leur salaire et non sur leurs biens immeubles.


Comment l’OKC concilie t elle son objectif religieux avec ses activités lucratives, très importantes si l’on considère le nombre limité (quelque 300 ou 400 personnes) de ses adeptes et les différentes sociétés commerciales et immobilières constituées autour de l’A.S.B.L. Ogyen Kunzang Chöling (voir l’audition de MM. de Carvalho et Corne, point 4, d))



Comme indiqué plus haut, le témoin souligne que l’ensemble de ces activités sont nées et se sont développées en fonction des besoins des membres de l’OKC.

Il fait à ce propos référence au mode de vie dans les monastères chrétiens. Lors de ses retraites à l’abbaye Notre Dame d’Orval, il a en effet pu constater, avec admiration, qu’après les offices, la prière se continuait dans les diverses activités des moines (brasserie, fabrication de fromage, ¼).

Les moyens retirés des activités lucratives de l’OKC sont juste suffisants pour financer les diverses activités du mouvement : la restauration du château des Soleils, la construction d’un temple orné de statues en or réalisées par des artistes tibétains, dont il faut assurer le déplacement et l’hébergement, ainsi que ceux de leur famille, la construction d’une université monastique au Népal. Ce dernier projet, initié par le lama Dilgo Khyentsé Rinpotché, se poursuit actuellement sous la direction du petit fils de ce dernier.


A la question de savoir pourquoi les parts des sociétés commerciales sont détenues à 80 % par l’épouse de M. Spatz, celui ci répond que le capital de départ provient de ses rentes et biens personnels. De plus, il est important d’assurer une certaine pérennité, dans la mesure où les membres de l’organisation vont et viennent. Cette solution a été proposée par les comptables de l’organisation.

Le témoin confirme que son épouse reçoit pour l’instant une rémunération de 60 000 francs brut par mois en fonction de son activité de gestionnaire mais elle ne touche aucun dividende.

Toutefois si cela devait constituer un réel problème, le témoin se déclare prêt à modifier les statuts des diverses sociétés car, pour lui, cela ne revêt aucune importance, son objectif principal étant de construire des monastères pour que le Bouddhisme tibétain puisse se développer en Occident.



Enseignement


M. Spatz est le seul lama belge mais ses étudiants reçoivent également des cours d’une dizaine d’autres lamas et enseignants européens et tibétains. Ils peuvent également bénéficier des enseignements des “ kempos ”, titre universitaire obtenu après 21 ans d’études.

En Europe, il existe un certain nombre de personnes de nationalité portugaise, grecque, française et belge, qui ont étudié la philosophie bouddhiste pendant 3 ou 4 ans et qui peuvent aujourd’hui enseigner au même titre que le témoin.

Le fait de devenir lama n’entraîne pas le vœu de pauvreté mais il faut respecter l’éthique de vie du Bouddhisme.


Centres médicaux


La santé de l’homme régressant sans cesse dans le monde, l’OKC projette de mettre sur pied un centre médical au Portugal, à la demande du monde tibétain, dont les connaissances médicales extraordinaires sont tellement méconnues.

Il existe déjà un centre médical à Bruxelles, rue de Livourne, géré par l’A.S.B.L. Tanadou. Ces centres sont ouverts à tous.



10° Le yoga curatif


Selon le témoin, le yoga curatif se situe tout à fait dans la tradition bouddhiste. Le yoga est avant tout une attitude curative au niveau du corps, qui permet de mieux dormir, de mieux digérer. Au niveau de la parole, le yoga permet une meilleure compréhension et une meilleure élocution. Quant au niveau de l’esprit, il permet de trouver le bonheur et de vouloir l’offrir à ceux qui ne l’ont pas encore trouvé, sans pour autant adopter une attitude de missionnaire.



11° L’OKC a t elle des liens avec des initiatives “ New Age ” ? Pourquoi sa revue “ Paradoxe ” fait elle la promotion d’une exploitation agricole du Brabant (la ferme du curé de la flûte) qui prône la biodynamique et les méthodes anthroposophiques ?


Le témoin déclare n’avoir aucun contact avec des mouvements “ New Age ”.

Le restaurant “ Le Paradoxe ” publie une petite revue dans laquelle sont notamment mentionnés ses programmes musicaux. Pour que les tarifs postaux soient plus intéressants, le fascicule doit contenir un article d’intérêt général. Un des membres de l’OKC a donc dû insérer l’article susvisé dans ce but.



6. Audition de M. F. Figares, président de l’organisation internationale Nouvelle Acropole Belgique A.S.B.L.


a) Exposé de M. Figares


M. Figares indique que l’A.S.B.L. Nouvelle Acropole existe en Belgique depuis 18 ans. Son activité présente un caractère irréprochable. Elle n’a à ce jour jamais été poursuivie ni pour préjudice individuel, ni pour une quelconque infraction à la loi. Son financement est transparent et ses comptes sont publics.

L’A.S.B.L. Nouvelle Acropole souhaite mettre un terme aux malentendus résultant de documents diffusés sur l’association, qui sont non seulement très anciens (certains auraient plus de 30 ans et les plus récents plus de 15 ans), mais surtout contestés de longue date par l’association, notamment le prétendu “ Manuel du dirigeant ” dont le fondateur du mouvement, J. A. Livraga, auteur supposé de ce document, conteste l’authenticité depuis près de 20 ans.



Activités de l’A.S.B.L. Nouvelle Acropole


— Le témoin indique que les activités de l’association visent à développer l’autonomie et le discernement de la personne à travers la réflexion et l’étude philosophique, ainsi qu’en témoigne l’étude menée par le sociologue Antoine Faivre (publiée dans Pour en finir avec les sectes, Cesnur Di Giovanni, 1996). Celui ci déclare notamment que “ cette philosophie serait de nature à stimuler des modes de pensée qui permettent aux individus de choisir librement les conduites de vie adaptées à chacun et à chaque circonstance, compte tenu des limites de son propre jugement ” (p. 240) et que “ Nouvelle Acropole ne paraît nullement suivre (...) une démarche d’embrigadement (¼) ” (p. 241). En effet, Nouvelle Acropole, par son enseignement éclectique, combat tout asservissement de la pensée.


— Nouvelle Acropole a contesté officiellement le rapport de la commission d’enquête parlementaire française paru en 1995. Après sa publication, l’association a reçu le soutien d’éminentes personnalités, parmi lesquelles le sociologue Edgar Morin qui témoigne “ de la qualité humaine et intellectuelle ” de Nouvelle Acropole.

— Selon M. Figares, les membres de l’association sont bien intégrés socialement et, loin d’être coupés de leur environnement, renforcent au contraire leurs relations sociales et familiales. Les témoignages des familles d’élèves anciens et actuels de l’association en témoignent.


— L’association n’a pas de communauté de vie ni de biens. Seuls peuvent participer à ses activités des individus majeurs. Elle ne propose aucune activité pour les enfants.


— Les membres sont libres de leur participation à l’association. Ils peuvent la quitter à tout moment selon leur choix. Ici aussi, les témoignages d’anciens élèves de l’association le prouvent.

— Aux dires du témoin, la participation financière des membres n’a aucun caractère exorbitant. L’association n’a pas de but lucratif et ses recettes en 1995 — déposées au greffe du tribunal de première instance de Bruxelles pour les trois sièges de l’association en Belgique, à savoir Bruxelles, Liège et Anvers — se sont élevées à 2,4 millions de francs belges, dont 50 % proviennent des cotisations, 20 % des dons et les 30 % restants d’autres sources comme la vente de publications, les frais de participation aux activités culturelles, etc. Nouvelle Acropole ne possède aucun patrimoine immobilier en Belgique.


Principes et fondements


a. A propos de la société


— M. Figares indique que la démarche de l’association se fonde sur la vision platonicienne selon laquelle c’est l’individu qui est le moteur de la société par sa propre amélioration et moralisation.


— Le fondateur de l’association, Jorge A. Livraga, s’est toujours élevé contre la violence individuelle et sociale. Sur ce dernier chapitre, il s’est toujours opposé aux idées de révolution, de table rase, au terrorisme et aux méthodes violentes de toutes sortes, contraires, selon lui, à l’existence d’un Etat de droit et d’une justice sociale authentique.

— Il a défendu les valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité et de la démocratie, ainsi que le prouve la charte fondatrice de l’association :

“ Nouvelle Acropole apporte une réponse inscrite depuis sa fondation en 1957 dans les trois principes de sa Charte internationale, très proches, dans un sens de ceux de la Révolution française, à la différence qu’ils se présentent dans un ordre inversé et s’accompagnent de valeurs complémentaires, indispensables à leur intégration dans le comportement humain :

1. La Fraternité : réunir des hommes et des femmes de toutes croyances, races et conditions sociales autour d’un idéal de fraternité universelle.

2. L’Egalité : éveiller à une vision globale par l’étude comparée des philosophies, des sciences, des religions et des arts.

3. La Liberté : développer les aptitudes de l’individu pour qu’il puisse s’intégrer à la nature et vivre selon les caractéristiques de sa propre personnalité. ” (1).


(1) Fernand Schwarz, “ Quelles valeurs pour demain ? ”, Revue Nouvelle Acropole France, no 106, mars avril 1989 et “ Dossier Révolution Française ”, Revue Nouvelle Acropole France, no 107, mai juin 1989.


Si M. Livraga a critiqué les dysfonctionnements, notamment dans les régimes démocratiques douteux d’Amérique latine des années 1960, il a toujours réaffirmé, selon l’orateur, son respect des idéaux démocratiques.

— M. Livraga a orienté sa réflexion vers la nécessaire moralisation des responsables politiques, réflexion qui prend toute son importance au regard de l’actualité.

— A sa suite, tant le président de l’association belge, à savoir l’orateur, que le directeur européen de Nouvelle Acropole (NA), Fernand Schwarz, ont réaffirmé à plusieurs reprises leur attachement aux valeurs démocratiques et leur souhait de contribuer à ce qu’elles deviennent réalité.

L’intervenant cite à ce propos un article dont il est l’auteur et qui a été publié dans Ciné Télé Revue du 18 24 novembre 1994 :

“ Nouvelle Acropole est un mouvement humaniste international, présent dans cinquante pays au monde, dont la vocation est de permettre à des hommes de toutes ethnies, cultures, religions et origines sociales de mieux vivre ensemble. Son action est culturelle, philosophique et non politique. En tant que mouvement de pensée défenseur des idéaux de liberté, de fraternité et de solidarité, elle a depuis toujours dénoncé les extrémismes de gauche et de droite comme étant source de violences et d’exclusion. Nouvelle Acropole n’a jamais fait l’objet d’aucune plainte ni engendré la moindre victime. Elle ne détient aucune force paramilitaire ni subversive et a toujours respecté les lois de notre pays. ”


b. L’association est apolitique


— M. Figares déclare que l’association n’a aucun rapport avec la scène politique. Elle conteste formellement les amalgames abusifs qui l’assimileraient à un mouvement d’idéologie d’extrême droite, voire néo fasciste. Ses positions sur ce sujet sont sans ambiguïté.


— L’association lutte activement contre les résurgences totalitaires, notamment nazies, et les tendances révisionnistes, en organisant expositions, séminaires et voyages de la mémoire sur les lieux de l’holocauste, comme le voyage organisé à Auschwitz pour le cinquantième anniversaire de la libération des camps nazis.



— Face aux dérives antisémites, elle soutient la communauté juive et a reçu à plusieurs reprises des remerciements de la part des consistoires belge et français.


c. Le fonctionnement de l’association est respectueux des lois


— M. Figares affirme que l’association belge adopte un fonctionnement démocratique respectueux des principes de I’Etat fédéral belge, ainsi qu’en attestent ses statuts publiés au Moniteur belge.


— Ses activités respectent l’ordre public. Les affirmations concernant une quelconque tendance ou activité paramilitaire sont fausses.

— Cependant, des rumeurs, dont les sources pourraient émaner d’instances officielles, prétendent associer Nouvelle Acropole à certaines affaires de triste mémoire, notamment le cas du Westland New Post (WNP). En effet, la presse a affirmé à plusieurs reprises que des membres du WNP l’ont également été de Nouvelle Acropole. L’intervenant dément formellement ces rumeurs. Il reconnaît néanmoins qu’à la fin des années 1970, deux ou trois jeunes, qui fréquentaient l’association depuis quelques mois, ont présenté avec beaucoup de sérieux un projet de “ défense de l’Occident des hordes communistes ”, projet complètement aberrant. L’intervenant les a priés de ne plus participer aux activités de Nouvelle Acropole. Plus tard, la presse révélait qu’ils étaient des sympathisants du WNP.


Enfin, le témoin rappelle les conclusions de l’étude menée par Antoine Faivre au sujet de l’association qui révèlent “ non seulement que Nouvelle Acropole n’a jamais fait l’objet de poursuites mais aussi qu’aucun des critères retenus par la commission parlementaire (française) pour définir la notion de sectes ne paraît devoir s’appliquer à elle. ” (o.c., p. 244).



b) Questions


Implantation du siège mondial de l’organisation à Bruxelles. Structure de Nouvelle Acropole Belgique et nombre d’adhérents


M. Figares expose que le choix de Bruxelles pour l’implantation du siège mondial s’explique essentiellement pour des raisons administratives. En 1990 1991, Bruxelles est devenu un centre international qui rendait assez facile l’implantation de fondations internationales. Le secrétariat général de l’association se trouve par contre à Paris et à Madrid.

Aucune société ou organisation ne dépend de Nouvelle Acropole Belgique. Toutefois, il existe des associations constituées en A.S.B.L. qui participent des buts de la Nouvelle Acropole, surtout dans le domaine de la bienfaisance. C’est ainsi qu’une A.S.B.L. met en œuvre un programmme éducatif en Colombie pour essayer de sortir des familles de la violence et de la drogue et pour parrainer des enfants, en particulier à Medellin. Cette association a reçu l’agrément du Ministère de la Coopération au Développement. Les dons des parrains font l’objet d’une exonération fiscale.

Il existe également un service traiteur (Allô Bergine), créé en 1995, qui ne pratique pas d’activités commerciales dans le sens propre du terme — c’est presque privé — et qui soutient effectivement le financement de Nouvelle Acropole.


L’association “ Les Compagnons ” avait la même finalité, c’est à dire une participation au financement de Nouvelle Acropole, par le biais de travaux ménagers. Mais après quelques mois, étant donné les capacités insuffisantes des bénévoles et la complexité administrative, elle a été dissoute.


Actuellement, l’organisation compte une cinquantaine de membres en Belgique. Il y a plusieurs catégories de membres. Les membres dirigeants (conseil d’administration, etc.), les membres effectifs qui participent à l’assemblée générale et les membres non effectifs qui suivent les activités régulières de l’association, sans avoir manifesté le souhait d’appartenir à l’assemblée générale. Ces derniers n’ont donc pas le droit de vote.

Nouvelle Acropole comptait environ 8 000 membres répartis dans 44 pays, lors de la dernière assemblée générale internationale.

En réponse à la question de savoir si Nouvelle Acropole a une hiérarchie très structurée, M. Figares précise que son association est effectivement organisée de manière hiérarchique, mais uniquement dans le sens où elle compte un président, un secrétaire, un trésorier, un conseil d’administration et une assemblée générale, les membres formant la base des non effectifs. Il s’agit d’une organisation parfaitement cohérente.

Le Président fait ensuite état d’un extrait du Manuel du dirigeant (la Hache d’Or) de J. A. Livraga : “ Aussi, une fois les décisions prises, le dirigeant doit les appliquer en un minimum de temps et sans hésitations. Les pleurnicheries de la personnalité doivent être écrasées sans pitié; (¼). Le Dirigeant doit être dur et ne pas se faire de concessions ¼ ”.

M. Figares précise que Nouvelle Acropole conteste formellement les textes auxquels il est fait allusion. Ces textes ont été volés dans les archives de l’association en Belgique. M. Figares ajoute que son association possède une bibliothèque avec des livres et des documents scolastiques d’auteurs externes à l’association. Elle possède également des dossiers rédigés par des personnes qui l’ont attaquée ou critiquée.


Les documents volés ne sont pas de M. Livraga, qui a lui même officiellement contesté l’authenticité de cet ouvrage.

En fait, il s’agirait de notes prises en 1969 en Uruguay par des étudiants, au cours de séminaires. Ultérieurement, ces notes ont été déformées, traduites à plusieurs reprises et, enfin, elles sont entrées en possession d’associations anti sectes qui les ont diffusées.

Pour ce qui est du jugement du tribunal de grande instance de Paris du 10 novembre 1982, qui a débouté la Nouvelle Acropole d’une action en diffamation qu’elle avait portée à l’encontre de M. Woodrow, journaliste du Monde, ainsi que de l’“ Union des associations de défense de la famille et de l’individu ” et du “ Centre de documentation contre les manipulations mentales ”, M. Figares fait remarquer que ce jugement a été infirmé le 16 octobre 1984. Mais personne n’en a parlé, pas même le rapport Vivien, paru en avril 1985. Des huissiers de justice ont notifié ce jugement aux associations précitées.



Le président de la commission voudrait toutefois s’assurer que cette infirmation ne porte pas exclusivement sur des questions de dispositif ou de montant des dommages et intérêts liés à la condamnation.



Selon M. Figares, l’action menée par Nouvelle Acropole, depuis 18 ans en Belgique et environ 40 ans dans le monde, en faveur de la tolérance (notamment par des actions de soutien à la communauté juive), en vue de permettre aux hommes de toutes cultures et races de mieux vivre ensemble, est plus importante que la consultation d’un faux document.


Le corps de sécurité de l’association : une organisation paramilitaire ?


M. Figares conteste l’existence d’une organisation paramilitaire au sein de la Nouvelle Acropole.

Confronté à la couverture et à l’éditorial du bulletin n° 1 de décembre 1977 du corps de sécurité, M. Figares indique que ce bulletin a été écrit par J. M. Massé en vue de nuire à son association. Ce dernier l’a d’ailleurs reconnu dans une lettre adressée le 23 janvier 1978 à M. Schwarz, directeur européen de Nouvelle Acropole, après que celui ci lui ait donné congé de l’association pour motif que la publication visée ne répondait aucunement à l’esprit de Nouvelle Acropole (lettre du 17 janvier 1978).



Quant à la photo de Fernand Schwarz diffusée par le VSD d’avril 1992 et par la télévision (Canal Plus, février 1996 et Antenne 2, septembre 1996), avec un commentaire le présentant comme effectuant un exercice militaire, M. Figares rappelle qu’Antenne 2 a été obligée de présenter un droit de réponse et explique que cette photo est extraite d’un manuel de Hatha Yoga dans lequel sont enseignés des exercices respiratoires non violents. Selon le témoin, des sociologues qui ont vu les documents originaux, réprouvent cette forme de manipulation.



M. Figares conteste également l’authenticité des chants de marche, soi disant extraits du “ Chansonnier acropolitain ” de Nouvelle Acropole. Selon lui, ce genre d’information est diffusé par des mouvements antisectes et des journalistes utilisant des méthodes de travail qui les empêchent de mener à bien une réflexion approfondie sur son association.

Mis en présence d’une déclaration d’un des hauts dirigeants de Nouvelle Acropole figurant dans la revue “ Almena ” selon laquelle ce dernier affirme que Hitler est l’un de ses personnages historiques préférés, M. Figares déclare ne plus se rappeler de cette affaire. Il ajoute que s’il s’agit d’un dirigeant de Nouvelle Acropole, il est sûrement rayé de la liste des membres depuis longtemps.

Selon les statuts de Nouvelle Acropole, lorsqu’un membre adopte une attitude contraire aux principes de l’association, il est radié.

D’autre part, le témoin observe que si un membre d’une association quelconque fait des déclarations contraires aux principes de celle ci, cela ne justifie pas pour autant une mise en cause de l’organisation dans son ensemble.

M. Figares est ensuite confronté à une déclaration du fondateur de Nouvelle Acropole, J. A. Livraga publiée dans la Revue Nouvelle Acropole France (n° 107, mai/juin 1989, p. 7) selon laquelle “ la guerre terminée, les dirigeants des pays vaincus sont déclarés “ criminels de guerre ”. L’être humain n’a guère évolué depuis le Paléolithique. En effet, si les vainqueurs avaient été les vaincus de l’Axe, les “ criminels de guerre ” auraient été Churchill, Staline, Roosevelt ou Truman ”. A la question de savoir pourquoi M. Livraga n’a pas été exclu du mouvement à la suite d’une telle déclaration, M. Figares répond qu’il est difficile de porter un jugement sur un texte retiré de son contexte. L’orateur estime qu’il s’agit d’une simple constatation, précisant que si l’issue de la guerre avait été autre, il est probable que l’histoire aurait été écrite différemment.




Le recours à une série de symboles chargés d’une connotation fasciste tels que l’aigle, le salut à la romaine, le port d’uniformes, ¼


M. Figares explique que la pratique du salut à la romaine est liée au domaine des croyances, des gestes rituels et des symboles vrais. Ces aspects intéressent Nouvelle Acropole puisqu’elle essaye de réhabiliter la pensée de l’imaginaire. Il précise encore que Nouvelle Acropole étudie beaucoup de thèmes sans pour autant en faire des points de doctrine.


Quant aux uniformes bruns et noirs, M. Figares dément formellement l’existence d’uniformes paramilitaires au sein des forces vives de Nouvelle Acropole, dont il fait d’ailleurs partie. Il s’agit de membres engagés qui décident d’agir au bénéfice de la société (lutte contre les incendies, action de protection civile et de civisme citadin, comme le nettoyage des trottoirs, l’élimination des déchets, etc.). A ces occasions, les membres portent des salopettes de travail semblables à celles des brigades anti incendies. Il ne s’agit en aucun cas d’uniformes militaires. Pourtant cela a déjà donné lieu à maintes reprises à des associations et des comparaisons avec des mouvements paramilitaires. Nouvelle Acropole réagit à chaque fois par des droits de réponse contre de pareils amalgames.

Au sein des forces vives, chaque activité est dirigée par la personne ayant les compétences et les qualifications requises pour l’activité en question. La dernière action internationale a été organisée par Nouvelle Acropole dans les montagnes des Abruzzes en Italie.



S’agissant de l’aigle, l’orateur observe que c’est un symbole qui a été repris par beaucoup d’Etats de droit. Ce symbole ne revêt aucune connotation négative. Ce n’est pas parce que les nazis ont détourné une symbolique historique qu’il faut renoncer à tous ces symboles appartenant au patrimoine culturel de l’humanité. M. Figares ne voit pas en quoi le choix de tels symboles donnerait à son organisation une étiquette contraire à son action.



M. Figares est ensuite mis en présence d’un second extrait de l’article de J. A. Livraga paru dans la Revue Nouvelle Acropole France (n° 107, mai/juin 1989, p. 6) : “ Les USA s’arment précipitamment, bien que le Président Roosevelt dût feindre d’être une “ colombe ” pour accéder au pouvoir. Il est un admirateur personnel de Staline, son épouse va le mettre en contact chaque fois plus avec des groupes petits mais puissants, comme le “ lobby juif ”. ”


Le témoin indique qu’une étude des textes de Nouvelle Acropole a été menée par la cellule révisioniste belge du consistoire israélite, dirigée par M. Moïse Rahmani. A la demande du témoin, cette cellule a analysé des textes publiés en cette matière, notamment ceux de Nouvelle Acropole Belgique, suite aux critiques émises par la presse à l’occasion du voyage de membres de Nouvelle Acropole à Auschwitz (ils auraient évité de prononcer le mot “ juif ”). Le professeur George Schnek, président du consistoire central israélite de Belgique, a déclaré formellement que ces critiques n’étaient pas fondées et que les attaques du groupe de presse Rossel étaient abusives.


L’orateur tient à souligner qu’il est d’origine juive. Il s’oppose totalement à toute anecdote ou tout emploi de mots, en ce compris le terme “ lobby ”, dans un contexte péjoratif ou négatif. Il appuie la communauté juive parce qu’il considère qu’elle est un symbole — probablement le plus frappant — des peuples exclus et exterminés par la barbarie de la société occidentale. Il estime qu’il est normal qu’un groupe humaniste comme Nouvelle Acropole essaye d’appuyer cette communauté par diverses activités (voyages à Dachau et Auschwitz, participation à une semaine internationale menée par le grand rabbin d’Italie Elio Toaff, auquel était invité F. Schwarz, également juif d’origine).



A la question de savoir si Nouvelle Acropole est partisan du renforcement des dispositifs légaux en ce qui concerne la lutte contre les milices privées à caractère fasciste, M. Figares répond par l’affirmative.


Le mouvement Nouvelle Acropole a t il des activités ou visées politiques ?


En réponse à la question de savoir si Nouvelle Acropole a effectivement organisé, en France, des débats publics et des colloques où les intervenants étaient, pour la plupart, de l’extrême droite, du GRECE et du Front National, M. Figares indique qu’il y a une vingtaine d’années, M. Fernand Schwarz est arrivé en France sans vraiment connaître la mouvance idéologique et associative qui existait dans ce pays. Il a été invité à participer à de nombreux colloques pluridisciplinaires organisés par des groupes les plus divers. Trois ou quatre ans plus tard, ces cercles ont, d’une manière ou d’une autre, dévoilé leurs objectifs. Publiquement et à maintes reprises, M. Schwarz a fait savoir qu’il prenait ses distances à l’égard de ces cercles et, depuis lors, il n’a plus jamais eu de contacts avec des groupes semblables.

En ce qui concerne la participation de M. Schwarz à un colloque en 1987, placé sous la présidence d’honneur du recteur de l’académie de Lyon, initiative patronnée par l’institut d’études indo européennes de l’université de Lyon III (entièrement composé de membres du GRECE) et de Nouvelle Acropole, M. Figares tient à préciser que M. Schwarz n’a fait que répondre à une invitation émanant de l’université de Lyon, comme de nombreux autres professeurs et sociologues n’appartenant pas à la mouvance d’extrême droite.

M. Figares pense que l’information fausse selon laquelle J. P. Allard, membre du GRECE, effectuerait régulièrement des conférences à Nouvelle Acropole a été diffusée par TF1 en avril mai 1996. Ce programme, selon lui, diffamatoire, serait un montage conçu non seulement contre La Nouvelle Acropole mais aussi contre d’autres groupes.

L’orateur rappelle encore que Nouvelle Acropole a participé à des colloques et des séminaires partout dans le monde, où se trouvaient des communistes, des membres de l’extrême gauche et de l’extrême droite. Il s’agissait de colloques pluridisciplinaires. Ce n’est pas parce que Nouvelle Acropole est invitée à ceux ci qu’elle devient nécessairement associée à ces mouvements.


Assemblée générale 1996 de Nouvelle Acropole au château de la cour Pétral, un des sièges français de l’association


Un reportage télévisé diffusé par TF1 montre les mesures de précaution exceptionnelles prises par Nouvelle Acropole lors de cette assemblée générale : barrages filtrants, filatures, support aérien et prise en chasse de voitures suspectes, repérage et contrôle des journalistes présents notamment.

En réponse à la question de savoir pourquoi Nouvelle Acropole, une association en principe apolitique, se livre à ce genre de contrôles, M. Figares fait remarquer que les supports aériens ont en fait été mis en place par l’équipe de télévision elle même.

Il précise qu’il ne s’agit pas d’un château mais d’une abbaye en voie de restauration par l’association.

La réunion a rassemblé de 500 à 600 personnes provenant d’une trentaine de pays, logeant en dehors de cette propriété dans un centre hôtelier qui se trouvait à proximité. Il fallait déplacer les personnes parfois deux, trois, quatre fois par jour pour les séances de travail, etc. Il s’imposait donc de mettre sur pied un service de surveillance minimum et il est normal, dans une propriété de 5 hectares, de recourir à l’usage de walkies talkies.

Nouvelle Acropole a attaqué TF 1 en justice en raison des informations erronées qui ont été diffusées. Parmi les informations citées, il est question de l’infiltration des services de sécurité français, ainsi que de l’Aérospatiale. Les journalistes soulignent également l’immensité du patrimoine mobilier et immobilier que possèderait l’organisation de par le monde, et plus particulièrement en Belgique. En fait l’organisation internationale Nouvelle Acropole (Belgique) ne possède aucun patrimoine immobilier et ne loue qu’une partie des édifices filmés à Bruxelles et à Liège. Seule la maison que l’association a occupée à Anvers a été louée dans son entièreté. Il en va de même pour le siège italien, situé dans un petit appartement loué au cinquième étage d’un édifice donnant sur la piazza Colonna où se trouve le parlement italien. Les prises de vue des journalistes pouvaient laisser croire que Nouvelle Acropole possède l’ensemble des bâtiments de cette place.

Nouvelle Acropole compte à peine 50 membres en Belgique et 450 en France, et non des milliers comme il est dit erronément. En outre, M. Figares nie formellement être à la tête d’un “ centre fort de formation musclée ”, comme les journalistes l’ont affirmé.


M. Figares indique que NA Belgique a déjà organisé ce type de réunion. Toutefois, comme le nombre de participants était beaucoup plus restreint (environ trois cents), cela s’est passé à l’hôtel Sheraton, qui a lui même assuré la sécurité.


Mode de recrutement


M. Figares affirme qu’en Belgique, Nouvelle Acropole ne procède à aucune forme de recrutement mais se contente d’informer le public de ses activités civiques, culturelles et sportives, notamment par la publication de programmes d’activités, des affiches ¼ Les personnes intéressées sont libres de répondre à cet appel informatif.


Le règlement de Nouvelle Acropole stipule que les mineurs ne peuvent pas participer aux activités de l’association. Si c’est le cas, ceux ci doivent être accompagnés d’au moins un de leurs parents ou, le cas échéant, présenter une lettre signée par l’un d’eux. Mais en principe et au vu de la situation actuelle, l’entrée de mineurs est d’office refusée.



Conditions d’adhésion à Nouvelle Acropole



M. Figares répond que les personnes qui désirent devenir membres de Nouvelle Acropole sont celles qui fréquentent les activités culturelles de l’association. Le statut dispose que “ quiconque désire faire partie de l’association devra adresser sa demande à l’assemblée des associés. Celle ci statue au scrutin secret sur cette demande. Sa décision ne doit pas être motivée. Quiconque est admis comme membre de l’association accepte, par son adhésion, de se soumettre aux statuts de l’association. ”.

Aux yeux du témoin, il est normal que, lorsque qu’un membre non effectif demande son adhésion, Nouvelle Acropole prenne ses précautions afin de savoir s’il n’adhère pas à des idéologies ou à des tendances contraires à ses principes. Si tel était le cas (membre d’un parti d’extrême droite par exemple), il ne serait pas accepté.




Statuts et objectifs de l’organisation


L’article 3 des statuts de l’organisation internationale Nouvelle Acropole (Belgique) indique que l’objet de l’organisation est de “ contribuer à l’enseignement des sciences, des religions, des arts et de la philosophie spiritualiste, afin d’éloigner les menaces du matérialisme sous toutes ses formes ainsi que la dissolution des mœurs et des institutions traditionnelles ”.


Prié d’indiquer ce qu’il faut entendre par “ dissolution des mœurs ”, M. Figares explique que Nouvelle Acropole considère que toute civilisation est fondée sur une mentalité, en d’autres termes, une vision du monde, avec des textes qui corroborent cette vision du monde et qui correspondent à ses valeurs. Celles ci se reflètent dans les mœurs, les coutumes et l’histoire de la civilisation, considérées comme correctes et souvent reprises par la loi comme principes adhérant à cette mentalité ou à cette culture.


Il est évident, selon l’orateur, que lorsque l’on parle des mœurs et des principes traditionnels, l’on vise ce qui semble être à la base de l’éthique de l’espèce humaine.

D’après lui, les institutions traditionnelles sont représentées par la famille, l’Etat, les mœurs et coutumes d’un pays, l’Eglise, les institutions politiques, tandis que les valeurs traditionnelles sont l’éthique, la dignité, la fraternité, etc.

Partout en Europe, beaucoup d’affaires mettent en danger les principes fondamentaux de la démocratie. Il serait donc très utile, déclare le témoin, de renforcer ces valeurs traditionnelles pour barrer certaines tendances actuelles de retour à la barbarie.


En vue de lutter contre la dissolution des mœurs, Nouvelle Acropole prône une éducation axée prioritairement — c’est là qu’intervient l’influence platonicienne — sur l’éthique, la moralité des individus. En ces matières, l’éducation ne doit pas s’arrêter à 20 ou 25 ans après l’obtention d’un diplôme.


Nouvelle Acropole estime qu’il y a un dysfonctionnement au niveau des structures de l’éducation dans l’ensemble des pays occidentaux. En ce qui concerne l’éducation morale — qui a fait l’objet de débats importants dans divers pays —, elle déplore une lacune dans les outils pédagogiques permettant, en cette matière, une éducation beaucoup plus importante que la formation intellectuelle. En effet, si cette dernière n’est pas négligeable, elle n’est pourtant pas suffisante.

Se référant à l’exemple des intellectuels, des universitaires qui ont participé aux horreurs de la période nazie, l’orateur est partisan d’un renouvellement des structures, particulièrement au niveau de l’éducation et exprime le souhait de développer une méthodologie permettant d’inculquer et d’entretenir les principes d’une éthique fondamentale, notamment chez tous nos responsables politiques.


M. Figares rappelle que Nouvelle Acropole est une organisation internationale composée d’environ huit mille membres dans le monde. La plupart agissent et réfléchissent dans des pays occidentaux mais également dans quelques pays “ périphériques ” de la culture occidentale : le Japon, la Turquie et Israël. Le souci fondamental de ces huit mille personnes est d’apporter une réflexion pour essayer de trouver des alternatives, à très longue échéance, dans ce domaine.

L’orateur ne croit pas que la civilisation occidentale et ses principes soient éternels. En effet, toute civilisation connaît des cycles historiques, des renouvellements et des changements. Dans cette optique, si un jour la civilisation occidentale est amenée à transmettre ses valeurs pour les sociétés à venir, il serait normal de préserver l’essentiel de ce qui a été notre quête et conquête.


Dans ce contexte, M. Figares rappelle que Nouvelle Acropole marque un grand intérêt pour la pensée imaginaire et le monde des symboles dans la mesure où elle estime que la pensée imaginaire et le sacré font partie de la conscience humaine (cf. Mircéa Eliade, Durkheim, ¼). Selon M. Figares, il est urgent de développer le sacré car il figure toujours de façon inhérente parmi les éléments propres au mental et à l’imaginaire, que la “ raison raisonnante ” n’embrasse pas.

Pour Nouvelle Acropole, le mental — le terme anglais “ mind ” a un sens plus large — ne comprend pas seulement la raison. Il est aussi composé de l’élément imaginaire qui est essentiel pour tendre vers une évolution, dans le sens positif du terme.


Quant aux symboles, certains symboles changent dans l’histoire humaine, d’autres sont plus durables. Il faut étudier l’histoire pour pouvoir déterminer quels sont ceux qui appartiennent à la conscience collective (cf. Jung).

En réponse à une question, M. Figares indique par ailleurs que son association ne tient pas à prendre position pour tout ce qui fait référence à la vie privée, en ce compris le recours à une interruption volontaire de grossesse. Nouvelle Acropole laisse à chaque personne le droit de prendre en charge les éléments relevant de sa vie privée. Elle ne considère en tout cas pas que l’avortement fasse partie de ce qu’il faut entendre par “ barbarie ” ou “ dissolution des mœurs ”.


Le concept de l’élitisme


Si l’élitisme revêt la connotation négative qu’on lui donne généralement, M. Figares le considère comme tout à fait condamnable. Par contre, s’il s’agit d’une élite dans le sens spirituel, éthique et moral du terme (mère Thérésa, Malraux), il l’estime positif .


Selon l’orateur, les membres de Nouvelle Acropole ne constituent pas une élite mais travaillent pour le devenir dans le sens éthique et spirituel expliqué ci dessus. Comme indiqué ci dessus, leur objectif pour les sociétés à venir consiste à renforcer la formation et le développement des éléments éthiques inhérents à l’âme humaine, de manière à s’opposer à toutes les formes de barbarie.

Enfin, en réponse à une question, M. Figares indique que, sur le plan institutionnel, Nouvelle Acropole n’entretient aucune relation avec les mouvements rosicruciens ou les templiers.


7. Audition de MM. B. Corticelli et N. Aird, représentants de La Famille (ex Enfants de Dieu)


a) Exposé de M. Corticelli, missionnaire de La Famille à Bure


La Famille est une association de communautés chrétiennes missionnaires et indépendantes. De la cinquantaine d’adolescents qui constituaient le groupe à l’origine en 1968 en Californie, le mouvement compte à l’heure actuelle 3 000 membres adultes à plein temps, qui résident avec leurs 6 000 enfants au sein de la communauté, et 20 000 membres associés. Environ 25 % des membres actuels faisaient déjà partie des Enfants de Dieu.


En Belgique, il existe 6 communautés, regroupant une vingtaine d’adultes et une quarantaine d’enfants et adolescents.

La Famille s’est fixée trois objectifs principaux :


— partager et diffuser le message d’amour et de salut révélé dans la Bible. A cette fin, La Famille produit et diffuse des publications, des cassettes audio et vidéo à des millions d’exemplaires de par le monde. Des séminaires et des études bibliques (cours individuels ou de groupe) sont également organisés;

— montrer un exemple concret de l’amour prôné par le mouvement). Ainsi, des membres de La Famille participent à des galas musicaux de bienfaisance et à des opérations bénévoles de secours aux victimes de catastrophes et s’efforcent d’aider les personnes les plus démunies;

— veiller à ce que les enfants des membres reçoivent une éducation adéquate et chrétienne dans le meilleur environnement possible. C’est pourquoi la plupart des membres ont choisi de scolariser leurs enfants à domicile, du moins dans les pays où cela est légal.

Selon l’intervenant, la plupart des doctrines fondamentales de La Famille, mouvement chrétien d’inspiration biblique, sont identiques à celles des chrétiens du monde entier.

Une des croyances qui distingue toutefois La Famille des autres confessions est l’application de “ la Loi d’Amour ”, le Christ ayant, par son sacrifice, libéré l’homme de la Loi Mosaïque.


Cette loi s’applique aussi aux relations sexuelles. Les membres de La Famille ne pensent pas que les relations hétérosexuelles entre adultes consentants soient un péché à condition qu’elles soient motivées par l’amour désintéressé de Dieu, que personne ne soit lésé et que toutes les parties concernées aient donner leur accord, y compris les époux dans le cas de relations sexuelles extramaritales.


Un code de règles et de restrictions a été élaboré dans la Charte officielle de La Famille, le 1er avril 1995. Ainsi, la Charte interdit explicitement tout contact sexuel entre adultes et mineurs, toute perversion sexuelle et toute activité sexuelle qui représenteraient un quelconque danger d’ordre physique, affectif, mental ou spirituel. Elle interdit toute lecture ou activité à caractère pornographique, toute activité homosexuelle entre hommes ainsi que tout contact sexuel avec une personne qui n’est pas membre du groupe. Le non respect de ces règles est sanctionné par l’exclusion de la communauté.


La Famille prône le respect de la vie humaine, sous toutes ses formes. L’usage de drogues et la consommation excessive d’alcool sont strictement interdits. Il en va de même pour l’usage des armes et de la violence, d’une part, et du suicide, d’autre part.

Chaque communauté est autonome au sein de la Famille. La Charte formule de manière explicite les droits dont jouit chaque membre, qui continue à prendre toute décision concernant sa santé et celle de ses enfants, le contrôle des naissances, le mariage et les relations personnelles, l’exercice d’une profession et l’éducation des enfants.

Toute personne âgée de 16 ans minimum et membre depuis au moins 6 mois a le droit de participer à l’organisation interne de la communauté où il réside (activités, objectifs, gestion financière).


Selon M. Corticelli, les adeptes de La Famille sont également encouragés à maintenir des contacts réguliers avec leur famille.

Tout membre est libre de quitter le mouvement ou d’aller habiter dans une autre communauté. Sur les 38 000 adultes qui ont fait partie de La Famille, environ 34 000 ont quitté la communauté. Sur les 10 000 enfants qui y sont nés, 2 500 sont partis. Le mouvement aide d’ailleurs les adolescents qui le souhaitent à s’intégrer dans la société.


Le témoin affirme que les adeptes ne subissent aucune manipulation mentale. Chacun est encouragé à prendre ses propres décisions. Les communautés sont ouvertes à tous les observateurs extérieurs (certains y ont même séjourné pendant trois mois) et collaborent aux enquêtes menées par les pouvoirs publics, les autorités scolaires et les travailleurs sociaux. Suite à une enquête menée par la police judiciaire de Bruxelles en 1993, un dossier a été classé sans suite.

Contrairement à ce qui est affirmé dans le rapport de la commission d’enquête parlementaire française, les enfants ne furent, selon le témoin, jamais impliqués dans la pratique du “ flirty fishing ”, pratique d’ailleurs abandonnée depuis une dizaine d’années. Le rapport affirme également que l’inceste était régulièrement pratiqué. Cette affirmation se fonde exclusivement sur le témoignage de Déborah Davis, la fille de David Berg, qui a été exclue du mouvement il y a une vingtaine d’années.

Par ailleurs, M. Corticelli fait remarquer qu’au début des années 1980, des spécialistes en sciences sociales ont conclu qu’il n’existait aucune preuve scientifique de l’existence de la notion de “ lavage de cerveau ”, encore appelée “ manipulation mentale ” ou “ contrôle mental ”.


Les associations américaines de psychologie et de sociologie ont adopté une position officielle à cet égard, sur la base de laquelle les tribunaux américains et britanniques ont décidé d’exclure de la procédure judiciaire les témoignages d’experts relatifs au lavage de cerveau.

L’intervenant se demande pourquoi la commission d’enquête française a délibérément ignoré les conclusions officielles et détaillées des tribunaux et des services sociaux qui, dans plusieurs pays, dont la France, ont suivi de près la situation de la Famille depuis plusieurs années, et ce en faveur “ de témoignages douteux qui contenaient de nombreuses erreurs ”.

Le témoin souhaite répondre de manière détaillée aux accusations formulées à l’encontre de son mouvement :

— Le “ flirty fishing ” n’a, d’après le témoin, jamais été de la prostitution; le 15 novembre 1991, le tribunal de grande instance de Rome a acquitté David Berg et d’autres membres des Enfants de Dieu des charges de proxénétisme, d’incitation à la prostitution, de production et de commercialisation de publications obscènes.

— La Famille ne pratique plus le “ flirty fishing ” depuis 1987. Les règles actuelles interdisent formellement tout contact sexuel avec des personnes qui ne sont pas membres du groupe. Selon le témoin, plusieurs enquêtes policières et arrêts rendus par la justice dans divers pays (Espagne, Argentine, Angleterre, Pérou) attestent de ce fait.

— La dissolution des Enfants de Dieu n’a, d’après lui, rien à voir avec les accusations de prostitution. A l’époque, David Berg a reçu divers rapports faisant état de mauvaise conduite et d’abus de pouvoir de la part de certains responsables. Tous les dirigeants, y compris les responsables de chaque communauté, furent démis de leurs fonctions. Un tiers des membres choisirent de retourner à la vie séculaire; les autres formèrent un nouveau mouvement composé de communautés autonomes qui restèrent en contact avec David Berg par l’intermédiaire de ses lettres pastorales.



— La Famille n’a pas grand intérêt à recruter de nouveaux membres; la population adulte est d’ailleurs restée assez stable ces 15 dernières années.

— Comme indiqué ci dessus, M. Corticelli insiste sur le fait que la prostitution ou l’inceste n’ont jamais été pratique courante au sein du mouvement. Le “ flirty fishing ” ne consistait pas à prostituer des enfants. A aucun moment de l’histoire du mouvement, le “ flirty fishing ”, accompagné de relations sexuelles, n’a été autorisé pour les membres mineurs. Jamais la brutalisation d’enfants ou des actes pédophiles n’ont été tolérés. Plus de 600 enfants ont d’ailleurs été examinés par les experts dé