Le Devoir: 11 mai 2017 | Lisa-Marie Gervais | Actualités en société

 

Très décentralisée en postes de quartier, axée sur les stratégies de proximité dans le but de créer des liens avec la communauté, la police montréalaise connaît de beaux succès. Mais dans un contexte de radicalisation, sa lutte pourrait s’avérer moins efficace avec une telle structure.

 

Dans le cadre de ses recherches exploratoires, Véronique Laprise, doctorante en études du religieux contemporain à l’Université de Sherbrooke, a comparé dans les grandes villes canadiennes les diverses stratégies des corps policiers qui doivent maintenant composer avec le phénomène montant de la radicalisation menant à la violence.

 

« En l’absence de perspectives communes en sécurité publique canadienne, les services policiers improvisent localement », a-t-elle observé.

 

Même si ces stratégies « maison » ne sont pas mauvaises en soi, elles constituent des obstacles lorsque surgit un cas réel d’individu qui se radicalise. « La lutte contre les extrémismes violents, c’est canadien. Il faut que l’enquêteur puisse sortir de son milieu et faire des liens avec d’autres corps policiers. Ce n’est pas le policier tout seul dans son poste de quartier qui va pouvoir le faire », soutient Mme Laprise, qui a agi comme officière des finances et conseillère-analyste en sécurité au sein des Forces armées canadiennes.

 

La diversité des stratégies peut compliquer la communication. « Regardons simplement le SPVM et la police de Longueuil : ils n’ont pas les mêmes postes de vis-à-vis qu’ils peuvent appeler. Ils n’ont peut-être même pas la même définition d’un individu qui se radicalise et la même vision de la prévention », explique-t-elle.

 

Cette différence s’accentue quand on compare les initiatives et les stratégies de lutte d’ici avec celles dans le reste du Canada. Et peut rendre moins efficace la lutte à l’échelle du pays, voire à l’échelle de la planète.

 

« Au Québec, c’est le Centre de prévention de la radicalisation [menant à la violence] qui gère les signalements. Ce n’est même pas la police », contrairement à ce qui se fait à Toronto.

 

Quelques incohérences

 

Au fil de ses recherches, la chercheuse a remarqué quelques incohérences dans la façon dont est organisé le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), très décentralisé et axé sur les relations avec la communauté pour prévenir et sensibiliser. « Mais est-ce que c’est suffisant pour lutter contre l’extrémisme violent ? C’est clair que non », soutient la chercheuse.

 

L’une d’elles vient du fait que les corps de police éparpillés géographiquement sur leur territoire sont certes très au courant des particularités de leur milieu, mais ratent à l’occasion des comportements de radicalisation. « La radicalisation, ça se fait beaucoup dans le virtuel, sur Internet. Ça dépasse les frontières du quartier », rappelle Mme Laprise.

 

Autre incohérence : la police de proximité qui base son intervention sur le dialogue ne peut rien contre un individu ou un groupe radicalisé qui est justement en rupture avec son milieu.

 

« Si tu es un policier habitué à être dans une logique de négociation avec la communauté, comment vas-tu ouvrir le dialogue avec une partie qui est rigide et comprendre son fonctionnement interne ? » demande la chercheuse. Elle propose l’introduction de chercheurs spécialistes du phénomène au sein du corps policier. Et encore beaucoup de recherche qu’elle se promet de mener.

 

www.ledevoir.com/societe/actualites-en-societe/498460/la-police-de-proximite-serait-moins-efficace-contre-la-radicalisation

 

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