Voici 2 articles de L’Express, sans commentaires,  

 


http://www.lexpress.fr/Express/Info/Societe/Dossier/scientologie/dossier.asp?id=212254

La pieuvre scientologue

L’Express du 17/10/1996
Calvaire d’une scientologue
par François Koch

 

Secrétaire au chômage, elle répond à une annonce proposant de devenir «auditeur dianétique». Comme elle n’était pas assez «pure», il lui en a coûté 1 million de francs en deux ans. A Lyon, elle témoignait à charge

Aujourd’hui, elle a honte d’avoir été victime d’une telle escroquerie intellectuelle. Elle se cache. Elle se sent coupable! Un peu comme la victime d’un viol. «N’écrivez pas mon nom», supplie cette ex-adepte de la Scientologie. Pourtant, il y a deux semaines, face à 23 responsables de la secte accusés d’escroquerie, d’abus de confiance ou d’homicide involontaire, cette célibataire de 60 ans a trouvé le courage de témoigner à la barre du tribunal correctionnel de Lyon.

Entre deux sanglots, cette ex-secrétaire de direction a expliqué comment les scientologues lui ont arraché ses économies et l’héritage de son père, soit, au total, 1 million de francs en deux ans! «J’ai subi une pression psychologique insensée; j’avais perdu mon libre arbitre.»

«Aidez les autres à être mieux dans leur peau. devenez auditeur dianétique.» A l’automne de 1988, c’est cette petite annonce obscure, lue dans un hebdo lyonnais gratuit, qui l’attire au centre de dianétique de la place des Terreaux, cache-sexe de la secte. Elle était naïve et chômeuse. «Auditeur? Je pensais que c’était un nouveau métier.» Alors, docile, elle achète La Dianétique. La puissance de la pensée sur le corps, livre culte du gourou américain Lafayette Ron Hubbard, et répond au fameux test de QI en 200 questions. «On m’a dit que les résultats étaient mauvais. J’étais irresponsable. Je devais m’améliorer pour parvenir à l’état de « clair », mot clef du jargon scientologique.» Bonne fille, elle accepte de payer 1 500 francs pour des cours de communication et d’intégrité personnelle, puis 11 500 francs pour le cours HQS – entendez: hautement qualifié scientologue.

Comme une ogue…

«Petit à petit, je suis devenue obsédée par l’envie de connaître cet état de félicité.» L’étape suivante, la cure de purification, coûte 30 000 francs: sauna, gymnastique, surdoses de vitamines.. «Avec cette « purif », tu seras préservée en cas de guerre atomique», lui fait-on croire. Vient alors l’étape la plus dangereuse, les auditions à l’électromètre. Il faut répéter des centaines de fois le même geste, le même mot, revivre des moments pénibles de son passé… et raconter ses vies antérieures, parfois jusqu’à 108 000 milliards d’années avant Jésus-Christ! Vendu 39 000 francs aux adeptes, l’«électromètre» n’est, en fait, qu’un médiocre ohmmètre (quelques centaines de francs dans le commerce), qui mesure la résistance électrique du corps d’une main à l’autre. Mais, pour les scientologues, c’est une invention capitale, propre à détecter les pensées douloureuses!

«L’audition était devenue pour moi un besoin, comme une ogue», reconnaît l’ancienne adepte. C’est alors qu’a commencé le harcèlement. Un engrenage: impossible de finir une série de cours ou d’auditions sans donner son accord pour la suivante. Avec une règle d’or: payer d’avance. Et vite! A défaut, plusieurs scientologues débarquaient à son domicile. «Une fois, ils sont restés de 20 heures à 2 heures du matin: j’ai signé les deux chèques demandés, un de 129 000 francs, l’autre de 49 000.» Elle raconte aussi avoir été séquestrée à Copenhague, siège «avancé» de la Scientologie européenne, alors qu’elle voulait rejoine en France son père mourant. Ce qu’un témoin a confirmé. Les scientologues ont même utilisé un adepte – pourtant prêtre catholique – pour aller récupérer chez elle 58 000 francs! «Ils me disaient que, si j’interrompais les auditions intensives, je risquais d’avoir un grave accident», explique-t-elle.

Aujourd’hui, elle espère que les 23 scientologues jugés à Lyon seront lourdement condamnés, le 22 novembre. Et si, comme le murmurent déjà certains, les peines sont minimes? Si le dossier d’instruction se révèle être trop mince? «Je resterai soulagée d’avoir pu crier publiquement mon calvaire», confie la principale victime des gourous lyonnais. Avec l’espoir que son exemple aura au moins servi d’avertissement aux victimes potentielles de la Scientologie.

Les comptes de la secte

L’«�glise» de scientologie a été fondée en 1954 par Ron Hubbard, décédé en 1986.

Elle revendique 8 millions d’adeptes dans plus de100 pays, dont 40 000 en France.

Ses centres vendent des livres, des séances d’audition, des cures de purification.

Un compte bancaire a été découvert au Luxembourg, où les �glises européennes paieraient leur redevance à la maison mère américaine:310 millions de francs par an.


http://www.lexpress.fr/Express/Info/Societe/Dossier/scientologie/dossier.asp?nom=place

La pieuvre scientologue  

L’Express du 12/04/2001
Un logiciel scientologue Place Beauvau
par Jérôme Dupuis

L’antivirus informatique Panda, acheté par le ministère de l’Intérieur, est fabriqué par une société appartenant à un généreux membre de la secte

Le ministère de l’Intérieur a-t-il financé, à son insu, l’�glise de scientologie? La question agite les couloirs feutrés de la Place Beauvau depuis quelques jours: une enquête interne a en effet révélé que le ministère avait souscrit un contrat avec une société informatique dirigée par un célèbre scientologue. Selon nos informations, la Direction des transmissions et de l’informatique (DTI) a signé, en 2000, un contrat avec Panda Software pour une utilisation illimitée d’un logiciel antivirus baptisé «Global Assurance Antivirus 24 h/24-365 jours/an». Montant du bon de commande:200 000 francs. Selon le ministère de l’Intérieur, 12% de son parc informatique, qui alimente aussi bien l’administration centrale que les commissariats ou les préfectures, utiliserait le logiciel Panda. «Nous n’avons aucune possibilité légale d’évincer d’un marché une entreprise dirigée par un scientologue», explique-t-on chez Daniel Vaillant.

© DR

L’annuaire de Wise, l’institut mondial des entreprises scientologues, dans lequel figure Panda Software, qui a signé un contrat avec le ministère de l’Intérieur.

Fondé en 1990 à Bilbao, Panda Software est aujourd’hui le quatrième éditeur au monde de logiciels antivirus, ces produits qui évitent aux ordinateurs d’être envahis par des parasites du type ILOVEYOU. Le nom du fondateur de cette multinationale implantée dans 50 pays, Mikel Urizarbarrena, apparaît dans le n° 66 d’Impact, le magazine sur papier glacé de la secte, pour avoir fait un don de 40 000 dollars (soit 240 000 francs), en 1996, à l’Association internationale des scientologues. Un petit cadeau, réitéré régulièrement depuis, qui lui a valu le titre honorifique de «patron». Un responsable de la succursale française de Panda est lui aussi un adepte de la «religion» fondée par Ron Hubbard.

Conseils généraux et importantes sociétés

Plusieurs conseils généraux – dont ceux de la Gironde, du Gard ou de l’Indre-et-Loire – et d’importantes sociétés – Naf Naf, Carrefour, JC Decaux… – ont également signé avec la firme espagnole. Panda se prévaut même, dans un document, de contrats avec des «agences de renseignement»… La société de Mikel Urizarbarrena n’est pourtant pas tout à fait un groupe comme les autres. Elle verse en effet un pourcentage de ses bénéfices au World Institute of Scientology Enterprises (Wise), une organisation basée aux Etats-Unis qui regroupe près de 2 500 sociétés dirigées ou contrôlées par des scientologues (voir le fac-similé). La France en compte une petite quarantaine. Une partie du montant du contrat signé avec le ministère de l’Intérieur français – on parle de 6 à 9% – a donc logiquement dû approvisionner les caisses de Wise. Officiellement, cette «dîme» rémunère l’utilisation de la «technologie Ron Hubbard» par les entreprises affiliées à l’organisation.

Mais, au-delà du financement de la secte, le contrat signé avec le ministère de l’Intérieur suscite des interrogations plus… techniques. Est-on bien certain que les mises à jour régulières du logiciel par Panda ne permettent pas de pénétrer dans les bases de données ultraconfidentielles du ministère? «Notre réseau est sécurisé et ne permet aucune intrusion extérieure», assure-t-on Place Beauvau. Il y a dix ans déjà, une polémique était née de la signature d’un contrat entre une entreprise informatique proche de la Scientologie et le groupe d’intervention de choc du ministère, le Raid.

Fin 2000, le ministère de l’Intérieur allemand a, lui aussi, dû affronter un problème similaire: Berlin s’était aperçu que le logiciel Diskeeper, présent dans le programme Windows 2000 de Microsoft, était fabriqué par une société informatique dirigée par un scientologue notoire. Très à cheval sur la lutte contre les sectes, le gouvernement de Berlin a demandé à Microsoft d’inclure un «déprogrammateur» du logiciel «suspect» sur Windows 2000. La firme de Bill Gates a cédé à l’amicale pression du ministère de l’Intérieur allemand…

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