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Visa pour le Paradis |
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L'indulgence de la première croisade
En 1095, le pape Urbain Il proclama l'indulgence de la première croisade selon la devise: «Dieu le veut». Il promit à tous ceux qui se rangeraient de son côté pendant la guerre (du côté du sang, de la vengeance et de la mort) d'obtenir de cette manière l'indulgence des péchés et, par là même, un laissez-passer pour le ciel. Qui aurait refusé de participer à cette guerre? Le pape trompa les masses en invoquant Matthieu 16.18:
«Et moi, je te le déclare: Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église et la Puissance de la mort n'aura pas de force contre elle.»
Quiconque exécutait des hérétiques recevait une indulgence plénière, aussi bien ici-bas que pour l'éternité. Le peuple ne connaissait pas les paroles de Jésus et l'enseignement des apôtres. C'est ainsi qu'est né et qu'a été commis, «au nom de Dieu», un crime tel que l'indulgence. Jedin écrit:
«La justification théologique de l'indulgence succéda à sa pratique. Le canoniste Huguccio (1210) fut le premier à présenter l'indulgence comme étant un acte juridictionnel réalisé devant Dieu relativement aux peines du péché. Depuis Hugues de Saint-Cher en 1230, la question de savoir où la pénitence remise trouve sa compensation a trouvé une réponse dans la doctrine du ‘thesaurus ecclesiae' (trésor de grâce de l'Église), dont l'Église a le droit de disposer. Plus on dérivait sa capacité d'action du trésor de l'Église, plus l'indulgence devenait une réserve à la disposition du pape, qui seul détient le pouvoir de dis-poser de ce trésor [...].»[1]
Jedin écrit plus loin:
«C'est ainsi que le bas moyen âge entraîna une accumulation des indulgences parallèle-ment à une diminution constante des Oeuvres d'indulgence, ainsi qu'une exploitation fiscale (par l'Etat) sans scrupules des indulgences. L'indulgence pour les morts donna particulièrement lieu à cette pratique. Dès le XIIIe siècle, les théologiens et les canonistes avaient enseigné que l'indulgence était applicable aux défunts […]»[2]
L'ancien prêtre catholique Vogel, qui s'est séparé de l'Église catholique, décrit, dans son livre intitulé Du Dogme catholique à la Foi biblique, un phénomène qui était monnaie courante au moyen âge, mais qui est toujours répandu dans l'enseignement et la pratique populaire: Dans le ‘Tages-Anzeiger' de Zurich du 28 septembre 1944 est reproduit un document sans équivoque sur la tragédie de l'enseignement catholique des sacrements, sur la vénération des saints et sur la ‘certitude du salut'. En voici la traduction exacte:
«Visa pour le paradis. Durant les travaux de restauration de l'abbaye de Lifford en Irlande, il fallut ouvrir plusieurs anciennes tombes. Dans l'une d'elles était un squelette, ayant dans la main droite un parchemin soigneusement caché et impeccablement conservé. C'était un véritable passeport pour le paradis qui contenait en latin le texte suivant:
Patrick, Prieur du couvent de Lifford, à son ami et bienfaiteur St-Pierre, le gardien de la porte du ciel. Nous confirmons par la présente que le serviteur de Dieu, Daniel Rathord, Lord de Croahgorn est mort aujourd'hui même. Nous te prions de bien vouloir le laisser entrer sans tarder dans le royaume de Dieu. Nous l'avons absout de tous ses péchés et nous lui avons accordé notre bénédiction. Par conséquent, rien ne s'oppose à sa libre entrée. Nous sommes en droit de délivrer ce passeport à Daniel Rathord. Remis en notre couvent à Lifford, le 13 juin 1341. [3]
Le théologien catholique Jedin explique:
«C'est seulement depuis le milieu du XVe siècle que nous trouvons de véritables octrois d'indulgences pour les défunts du fait des papes – par exemple une indulgence de croisade contre les Maures décrétée par Callixte III (1457) et une autre décrétée par Sixte IV (1476) pour l'église Saint-Pierre de Saintes.» [4]
Le pape Sixte IV (1471-1484) avait besoin d'argent en quantité. Il avait offert la pourpre cardinalice à ses trois fils et ses femmes vivaient dans un cadre somptueux. Les licences accordées aux bordels rapportaient chaque année d'énormes sommes d'argent à ce funeste pape avide de pouvoir et de richesses. Les prêtres étaient obligés de payer des impôts à ce pape pour leurs maîtresses. Sa vie fut remplie de crimes et d'effusions de sang perpétrés dans d'innombrables guerres. Dans son mode de vie impie, il voulut se faire ériger un monument exceptionnel et se fit donc construire, avec de l'argent «sale», la chapelle Sixtine au Vatican. En outre, il fit considérablement progresser le culte des morts et plongea encore plus profondément le monde catholique dans l'occultisme. Les sommes versées pour les morts affluaient vers Rome. Le peuple pieux, qui donnait souvent tout ce qu'il possédait pour ses proches défunts qui souffraient si atrocement, tomba littéralement dans l'indigence. C'est dans cet édifice, érigé par Sixte IV grâce à toutes ces abominations, que les cardinaux élisent aujourd'hui encore les papes, sans la moindre pénitence et dans un simulacre de piété.
C'est dans un simulacre de sainteté que les théologiens catholiques glorifient aujourd'hui les atrocités de cet homme et trompent les fidèles en écrivant:
«Par ce décret sur l'indulgence Toties quoties devant bénéficier aux pauvres âmes le jour des Morts, saint Pie X (1903-1914) a couronné l'Oeuvre que le pape Sixte IV avait commencée avec sa bulle ‘Salvater noster' du 3 août 1476, bulle qui avait octroyé pour la première fois une indulgence plénière pouvant s'appliquer aux pauvres âmes du purgatoire.» [5]
Le jour du Jugement dernier, d'innombrables témoins muets d'enfants affamés, de mères, d'hommes et de femmes humiliés élèveront leur voix contre ces «saints» criminels en habits «chrétiens», qui ont eu l'impudence de leur prêcher avec grandiloquence les terribles tourments des pauvres âmes du purgatoire, et ont osé leur soutirer, à ces pauvres gens induits en erreur, le dernier sou pour pouvoir mener leur vie blasphématoire. En 1482, on peut lire cette pancarte affichée à la Sorbonne:
«A peine dans le tronc est tombée une obole, du purgatoire une âme au paradis s'envole.» [6]
Les papes se permettent n'importe quoi sous couvert du verset de Matthieu 16.18:
«Et moi, je te le déclare: Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église et la Puissance de la mort n'aura pas de force contre elle.»
Le pape Jules II (1503-1513) posa le 18 avril 1506 la première pierre d'un nouvel édifice qui allait devenir l'actuelle cathédrale Saint-Pierre du Vatican. Pour financer cette construction gigantesque, il promulgua une indulgence plénière. Le pape Léon X (1513-1521) renouvela cette indulgence. Il était devenu cardinal à l'âge de treize ans. A cette époque, il était déjà propriétaire du célèbre monastère du mont Cassin et il était même déjà abbé d'un monastère à Chartres. Il donnait de grands banquets avec plus de soixante plats, entretenait 683 courtisans pour ses actes de débauche et vendait les fonctions ecclésiastiques comme il lui plaisait. Tout cela coûtait cher, de sorte que l'indulgence était une source de revenus tout à fait appropriée.
A la Toussaint de l'année 1517, le moine catholique Luther contribua à la percée de la réforme longuement attendue en clouant sur le grand portail de Wittenberg 95 thèses sur les indulgences. Le pape Léon X excommunia Luther en 1520 «au nom de Dieu». Le 13 janvier 1521, Luther brûla publiquement la bulle d'excommunication dont il avait fait l'objet. Jusqu'à ce jour, l'Église catholique n'en a tiré aucune leçon et, même lors du concile Vatican Il, elle n'a pas été prête à se convertir et à croire à l'Évangile:
«Convertissez-vous et croyez à l'Évangile» (Marc 1.15).
A l'école, on nous avait présenté Luther comme un mauvais garçon irresponsable. Mais comment pouvions-nous savoir qu'on nous trompait?

Luther brûle la bulle d'excommunication du pape

Luther affiche ses thèse à l'église du chateau de Wittenberg
Par une imposture, B. Caetani arriva au pouvoir dans l'Église de Rome en 1294. Il se décréta pape et prit le nom de Boniface VIII. Le pape Célestin V, qu'il avait contraint à abdiquer, dit de lui:
«Tu as bondi sur le Saint-Siège comme un renard, tu régneras comme un lion, tu mourras comme un chien.»
Boniface comprit le message et se proclama Pontifex maximus, souverain pontife.
Afin d'assurer son trône parmi les familles qui se disputaient et rivalisaient pour obtenir les fonctions pontificales et vaticanes, il effectua une purge à Rome et autour. Son pouvoir entraîna la terreur. Près de 6000 hommes, femmes et enfants en furent victimes. Il vécut dans l'inceste et pire encore. Il haïssait les laïcs et dévora les biens des riches comme des pauvres. C'est ainsi que Boniface VIII proclama l'an 1300 comme première année d'indulgence de l'histoire.
L'esprit qui accompagna ce pape, et dont les fruits furent des atrocités, est aujourd'hui servi par l'Église aux fidèles ignorants, avec tout l'éclat d'une pseudo-sainteté, de la manière suivante:
«[...] L'octroi d'une indulgence plénière doit permettre de favoriser la sanctification des croyants. Pour la première fois dans l'histoire, le pape Boniface VIII proclama pour l'an 1300 une telle année ‘J' (jubilaire ou de jubilation); celle-ci devait se répéter tous les cent ans. Les papes qui suivirent ont réduit l'intervalle [...].» [7]
L'indulgence pouvait être gagnée uniquement à Rome. Un intervalle de cent ans avait été prévu. L'or et l'argent devaient affluer vers Rome. Le flot fut tel que, dès 1315, Clément VI décida qu'il convenait de célébrer tous les cinquante ans une année jubilaire (année sainte) avec indulgence plénière. Ensuite, les intervalles ont été régulièrement réduits.
Par cette décadence terrestre, Boniface VIII confirma d'ailleurs, comme la plupart des papes avant et après lui, en leur qualité de «successeurs de Pierre», ce que l'apôtre dit en 2 Pierre 2.2, 3: «Et beaucoup les suivront dans leurs débauches: à cause d'eux, le chemin de la vérité sera l'objet de blasphèmes, et, dans leur cupidité, ils vous exploiteront par des discours truqués; pour eux, depuis longtemps déjà, le jugement ne chôme pas et leur perdition ne dort pas. »
Dans son outrecuidance, Boniface écrivit en 1302 la bulle «Unam Sanctam». Celle-ci devait renforcer son pouvoir de par le monde et être gravée pour toujours et à jamais dans le cœur du peuple catholique et du monde – gravée à la plume, au glaive et avec du sang. S'opposant au roi de France Philippe le Bel, il souligna son pouvoir en ces termes:
«La foi nous oblige instamment à croire et à tenir une Église, sainte, catholique et apostolique. Nous y croyons fermement, nous la confessons simplement. Hors d'elle, il n'y a pas de salut ni de rémission des péchés [...].» [8]
Le pape voulait dire par là qu'il était impossible à celui qui ne se soumettait pas au gouvernement traditionnel du pape en place d'être un disciple de Jésus:
«Tous deux sont donc au pouvoir de l'Église, le glaive spirituel et le glaive matériel. [...] Le glaive doit donc être subordonné au glaive et l'autorité temporelle soumise à l'autorité spirituelle. [...] La puissance spirituelle doit l'emporter en dignité et en noblesse sur toute espèce de puissance terrestre, nous devons le reconnaître d'autant plus nettement que les choses spirituelles ont le pas sur les temporelles. [...] Quiconque donc résiste à cette puissance ordonnée par Dieu ‘résiste à l'ordre de Dieu' [...]. Dès lors, nous déclarons, disons, définissons et prononçons qu'il est absolument nécessaire au salut, pour toute créature humaine, d'être soumise au Pontife romain.» [9]
Le concile Vatican Il et le nouveau code de droit canonique maintiennent cette affirmation sans se laisser troubler: «Le Premier Siège [le pape] n'est jugé par personne» (can. 1404). Il peut donc enseigner, promulguer et régner quand et comme il lui convient.
En 1870, le premier concile du Vatican confirma les années saintes et leurs indulgences dans sa déclaration sur l'infaillibilité. Le concile Vatican Il et le nouveau code de droit canonique maintiennent eux aussi cette tradition bâtie sur le sang et la terreur et en font même une sainte tradition. Signalons toutefois que la conception pontificale des années jubilaires ne correspond pas à la notion de jubilé telle qu'on la trouve dans l'Ancien Testament. Comparer à cet égard Lévitique 25.8-17, 23-55.
Lorsque Clément V mourut en Avignon en 1314, les biens de l'Église avaient été dilapidés. Ses proches avaient été richement gratifiés par le pape. Quelle autre possibilité restait-il à Jean XXII, pape de 1316 à 1334, que de refaire couler encore plus abondamment les vieilles sources? Pour cela, lui non plus n'hésita pas à tordre le sens et à donner une interprétation différente aux paroles de Jésus qui se trouvent en Matthieu 16.18.
Un barème veillait à ce que tout catholique ait à s'acquitter d'une taxe en indulgences correspondant à chaque faute, et tout était réglé au ciel. Parmi ceux qui étaient tous catholiques de nom, fleurissaient le meurtre, la fornication, la guerre et toutes les abominations imaginables. L'argent coulait à flots. L'idolâtrie était encouragée «au nom de Dieu». Les paroles de Jésus et l'enseignement des apôtres étaient roulés dans la fange des abominations. Paul adressa cette exhortation aux chrétiens de Colosses:
«Faites donc mourir ce qui en vous appartient à la terre: débauche, impureté, passion, désir mauvais et cette cupidité, qui est une idolâtrie» (Colossiens 3.5).
Et aux chrétiens de Corinthe, il écrit:
«C'est pourquoi, mes bien-aimés, fuyez l'idolâtrie» (1 Corinthiens 10.14).
L'hérésie et l'idolâtrie du pape Jean XXII atteignirent leur apogée lorsqu'il déclara dans une bulle datée du 12 novembre 1323 qu'il était pervers (contre nature) d'enseigner que Jésus Christ et les apôtres ne possédaient pas de biens. Près de cent ans plus tôt, François d'Assise et ses frères avaient prêché l'Évangile de Jésus, tout comme Valdo et les vaudois. Jean XXII alla si loin qu'il déclara hérétiques et fit torturer et brûler au bûcher 114 pères franciscains restés fidèles à la volonté biblique de François. Que s'était-il passé ?
A l'époque, sous le règne du pape Grégoire IX (1227-1241), la majorité des franciscains s'était ralliée à l'idolâtrie pontificale, au grand dépit de François.
Pour les seigneurs féodaux du Vatican, François d'Assise et ses disciples poussaient trop loin le message de la Bible. Alors qu'il était encore cardinal, le pape Grégoire IX priva François d'Assise de sa mission biblique. Voici ce que nous lisons dans le grand livre catholique des saints:
«A la suite de la transformation de la fondation initiale en organisation permanente, sous l'influence de compagnons à l'esprit plus pratique et avec le concours du cardinal Ugolino, le futur pape Grégoire IX, saint François se retira de la direction en 1224 et se consacra à la solitude.»[10]
François ne pouvait concilier cette «organisation permanente», cette confiscation par le Vatican, avec l'Évangile de Jésus. C'est dans cette solitude que mourut deux ans plus tard François d'Assise, le 3 octobre 1226.
C'est à peine croyable, mais, le 16 juillet 1228, deux ans à peine après sa mort, François d'Assise fut canonisé (déclaré saint) par ce même homme, le pape Grégoire IX. Dès lors, et jusqu'à aujourd'hui, le disparu François fut condamné à servir de porte-drapeau à une théologie catholique avec laquelle ni Jésus ni les apôtres, ni même François d'Assise de son vivant, n'avaient ni ne voulaient avoir quoi que ce soit de commun. De par leur vie conforme à l'Évangile, de tels hommes canonisés étaient en contradiction avec les papes et leur système. Ils exerçaient une très grande influence sur ceux qui cherchaient la vérité. Aussi, pour saper leur opposition à l'Église catholique et leur influence bienfaisante sur le peuple, les stratèges catholiques préférèrent les canoniser et les incorporer ainsi à l'Église après leur mort. Là, il ne pouvaient plus se défendre!
Il n'empêche que, pendant des décennies, des élèves de François restèrent fidèles à la Bible, en opposition au Vatican, jusqu'au jour où le pape Jean XXII crut se rendre service ainsi qu'à Dieu par l'exécution des 114 franciscains.
Paul avait déjà mis en garde avec insistance les chrétiens de Corinthe:
«Nous ne sommes pas en effet comme tant d'autres qui trafiquent de la parole de Dieu; c ‘est avec sincérité, c‘est de la part de Dieu, à la face de Dieu, dans le Christ, que nous parlons» (2 Corinthiens 2.17).
Gregor DALLIARD
avec l'autorisation de l'auteur à JLM - 09 / 2001
1 Jedin, Handbuch der Kirchengeschichte, Herder, vol. IV, p. 45
3 Vogel, Du Dogme catholique à la Foi biblique. Ed. L. Vogel, pp. 87-88
5 HoIböck, Fegfeuer, Christiana-Verlag, Herder, p. 152
7 Fischer-Wollpert, Lexikon, Pustet, p. 255
8 Gervais-Dumeige, La foi catholique, L'Orante, 1975, n°422, p. 248
9 Ibid., n°422 et 423, pp. 249-250
10 Melchers, Das grosse Buch der Heiligen, Herder, p. 644
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© Gregor DALLIARD |