Le “Père Samuel”
un retour à l’Église primitive ? 

 


Par Jacques Lemaire

 

Un prêtre catholique romain qui attaque son évêque en justice, ce n’est pas banal ! Le célèbre Charles-Clément Boniface, dit le “Père Samuel”, a fait un tabac médiatique en intentant un procès à l’évêché de Tournai pour obtenir la restitution de son salaire de vicaire. Que doit-on penser, d’un point de vue biblique, de ce prêtre folklorique et ensoutané ?

Le journaliste Pierre Guelff, de “Publi-Choc” est l’auteur d’un ouvrage consacré à notre personnage “Père Samuel : prêtre, guérisseur et exorciste, le retour à l’Église primitive”, Editions Savoir pour Etre, Bruxelles, 1993. Ce livre a été rédigé en parfaite symbiose avec le Père Samuel... Le père Samuel a lu, relu et complété le manuscrit de l’ouvrage. Il ne l’a jamais censuré (p. 16). Nous avons donc une source de première main approuvée par l’intéressé.

 

Le prêtre

Samuel Boniface appelé "Père Samuel"

 

Samuel Boniface est donc prêtre catholique romain. Il a été ordonné le 29 juin 1967 par l’archevêque Ephrem Jarjour à Daroun-Harissa-Liban dans le rite syrocatholique (pp. 21 & 169).

Selon la doctrine catholique traditionnelle, le prêtre Samuel représente le Christ dont il a reçu le sacerdoce. Mais nous somme mal à l’aise devant la déclaration d’un fidèle qui attribue au” père” l’éloge de Jean-Baptiste adressé à Jésus (Marc 1: 8) : “Nous ne sommes même pas dignes de nouer ses sandales, tant il représente le Christ” (p. 50).

L’Ecriture Sainte conteste radicalement la notion catholique romaine du sacerdoce : ceci est classique. Que l’on se réfère à l’Epître aux Hébreux :

“Mais Christ, parce qu’il demeure éternellement, possède un sacerdoce qui n’est pas transmissible”
Hébreux 7: 24.

Comment peut-on encore justifier l’organisation romaine sacerdotale et hiérarchique ?

Que ses fidèles présentent un “père” comme un représentant de Dieu, passe!

Mais qu’il accepte qu’on l’appelle “un Christ ressuscité” (p. 69), ne laisse présager rien de scripturaire dans son attitude.

Le Jeudi-Saint 1993, ce nouveau christ a désigné ses douze apôtres (p. 70), qui ont “hérité d’un sixième sens” (p. 73). Toute personne un tant soit peu familière avec l’occultisme ne se méprendra pas au sujet de ce sens supplémentaire.

Quoi qu’il en soit, l’Ecriture nous met en garde contre les faux prophète déguisés en apôtres du Christ (2 Corinthiens 11: 13). Il est donc nécessaire, pour le moins, de faire preuve de discernement spirituel devant ces prétendus “apôtres ressuscités” (p. 74).

Ceci nous amène à nous demander si C.- C. Boniface ne se prend pas pour le Christ en personne. Il est troublant de lire les témoignages qu’il a transmis à l’auteur pour publication dans son livre.

Madame Marie-Anne Coqueriaux écrit : “Nous ne définissons pas le Père Samuel comme un simple curé mais bien comme un saint et nous osons même aller plus loin : il est, pour nous, l’incarnation de Notre Seigneur Jésus-Christ sur la terre” (pp. 126-127).

Pourquoi le “père” fait-il publier une telle lettre ? “Ne connaît-il pas la mise en garde du véritable Jésus ? “Si quelqu’un vous dit alors : Le Christ est ici, ou : Il est là, ne le croyez pas. Car il s’élèvera de faux christs et de faux prophètes; ils feront de grands prodiges et des miracles, au point de séduire, s’il était possible, même les élus” (Matthieu 24: 23-24).

Le guérisseur

Le “Père” Samuel clame haut et fort que ‘seul le prêtre a reçu le pouvoir d’exorciser et de guérir’ (p. 45). Il avertit : “Il ne faut ps confondre n’importe quel guérisseur avec le prêtre” (ibidem). Pourtant nous ne sommes pas convaincus quant à l’origine de son don de guérison.

Qu’on en juge ! M. Boniface écrit : “Je crois encore pouvoir dire que j’ai un grand charisme ainsi que des dons de prophétie, de voyance, de guérison. Je sonde les âmes et les coeurs. C’est vrai que j’ai encore beaucoup d’autres dons mais je reste très discret à ce sujet et je ne désire pas les révéler” (p.27). En fait, seul Dieu sonde les coeurs et les reins ! (Jérémie 17: 10).

Nous avons donc affaire à un voyant. Ailleurs, le mot “clairvoyant” est même avancé :

“C’est vrai que j’étais clairvoyant très jeune”
(La Petite Lanterne”, n° 2683, interview par Céline).

Nous apprenons que ce don est inné, il ne s’agit pas d’un charisme reçu à l’ordination sacerdotale :

“Lorsque je demandai à Père Samuel comment il s’était découvert guérisseur, il n’a pas réfléchi longtemps : ‘C’était inné chez moi... ’ .
(La Petite Lanterne, n° 2693, interview par Céline).

Mieux ou pire, le P. Samuel se laisse présenter comme médium.

“Vous êtes voyant, et même médium ? – Oui. Et je suis absolument convaincu que l’ordination donne ce pouvoir”
(ibidem, voir également le titre de l’interview).

D’après le dictionnaire “Petit Robert”, un médium est une “personne réputée douée du pouvoir de communiquer avec des esprits”. Charles Boniface pratiquerait-il le spiritisme, la divination et la clairvoyance ? En tout cas, il ne rejette pas les pratiques des guérisseurs : “Que pensez-vous des guérisseurs qui ne sont pas prêtres ? – Ils savent aider” (ibidem).

Passons sur les contradictions de ce prêtre à la doctrine sur la guérison très incertaine. Mais le fait qu’il amalgame les guérisons de l’Evangile avec la médiumnité et la clairvoyance pose un fameux problème au regard de la Bible.

L’Ecriture sainte condamne, en effet, sans appel la pratique des sciences occultes.

“Qu’on ne trouve chez toi personne qui exerce le métier de devin..., d’enchanteur..., personne qui consulte ceux qui évoque les esprits..., car quiconque fait ces choses est en abomination à l’Eternel”
Deutéronome 18: 10-12.

L’exorciste

Le “Père” Samuel fait un long exposé sur l’exorcisme dans le livre de P. Guelff (pp. 179-188). En fait, nous constatons que sa pratique relève plus du paganisme et du culte des anges que de l’Evangile.

D’abord, il est piquant de remarquer qu’il cite en exemple les exorcistes juifs qui durent s’enfuir nus et blessés, lorsqu’ils voulurent exorciser un homme (Actes 19: 13-20).

Les Actes des Apôtres, ch. 19 -vt. 13, nous le (l’exorcisme) présentent, avec la signification nouvelle et aujourd’hui usuelle :

“Quelques-uns des exorcistes juifs qui couraient le pays essayèrent aussi d’invoquer le nom du Seigneur Jésus sur ceux qui avaient des esprits malins, en disant : Je vous adjure par Jésus que Paul prêche” (p. 179).

Justement, c’est l’exemple de ce qu’il ne faut pas faire : prendre le nom de Jésus comme une adjuration et une formule magique ! Le texte est ici cité à contresens et ce qui veut être un argument devient une contre-preuve.

Mieux encore, la pratique de l’exorcisme est justifiée par les croyances des Egyptiens et des Grecs : “Les Egyptiens mettaient sur le compte des démons beaucoup de maladies et d’autres misères humaines. Ils croyaient à l’efficacité des incantations et des rites magiques pour s’en délivrer. Les morts en particulier avaient, pensaient-ils, grand besoin d’être fortifiés par des pratiques de ce genre, pour leur périlleux voyage d’outre-tombe... Dans la Grèce antique, c’étaient surtout les femmes qui exerçaient l’art des exorcismes. On dit que la mère d’Epicure (+ 270 av. J-C.) et celle d’Echine (+ 314 av. J-C.) auraient pris part à des pratiques de ce genre” (pp. 179-180).

Qu’y a-t-il de commun entre l’art des exorcismes des femmes de la Grèce antique, les incantations et les rites magiques des Egyptiens et l’ordre donné  par le Seigneur Jésus-Christ aux croyants de chasser les démons en son nom (Marc 16: 17) ? Charles Boniface approuve-t-il la magie ? Et si non, pourquoi en tire-t-il argument pour justifier ses exorcismes ?

Nous lisons encore que “Sa Sainteté le pape Léon XIII (+ 1903), 254è pape, nous a laissé une des plus puissantes prières d’exorcisme... Prière à Saint-Michel. Ô Prince très glorieux des armées célestes, Saint-Michel Archange, défendez-nous dans les luttes...” etc. (pp. 86-187).

Ce genre d’exorcisme n’est rien d’autre qu’un culte des anges qui a été sévèrement condamné par l’apôtre Paul :

“Qu’aucun homme, sous une apparence d’humilité et par un culte des anges, ne vous ravisse à son gré le prix de la course” (Colossiens 2: 18).

Bref, les exorcismes du “Père” Samuel n’ont rien à voir avec ce que le Seigneur Jésus appelle “chasser les démons en son nom” dans l’Evangile.

Nous ne pouvons que mettre en garde contre de telles pratiques.  

Conclusion

Le “Père” Samuel affirme connaître la Bible par coeur (p. 21). Il est clair pourtant qu’il ne se tient pas à la recommandation de l’apôtre Paul :

 “Ne pas aller au-delà de ce qui est écrit” (1 Corinthiens 4: 6).

Sa démarche ne constitue pas un retour à l’Église primitive, telle qu’elle est décrite dans le Nouveau Testament rédigé par les apôtres. Nous avons fait comme les chrétiens de Bérée qui “examinaient chaque jour les Ecritures, pour voir si ce qu’on disait était exact” (Actes 17: 11). Pourtant ils étaient enseignés par l’apôtre Paul. Le même test est négatif pour l’enseignement de Charles-Clément Boniface, dit le “Père Samuel”.

Qu’on ne se trompe pas, le prêtre Samuel n’est pas que l’initiateur d’un catholicisme intégriste dissident. Ses doctrines et ses pratiques contraires à la Bible pourraient bien être à l’origine d’une nouvelle secte ésotérique redoutable d’un point de vue spirituel. A bon entendeur, salut !

Tiré de la route droite n°7