« L'approche du nouveau millénaire va certainement provoquer un renouveau sectaire. Même si l'on peut juger le phénomène absurde, il est bien difficile de l'empêcher si ces sectes ne violent pas les droits de l'homme », a récemment estimé Raymond Perrault, parlementaire canadien observateur auprès de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe, lors du débat sur les activités illégales des sectes.
UN OBSERVATOIRE
« Nous admettons que les services secrets soient contrôlés ainsi que les gouvernements : pourquoi les activités des sectes ne le seraient-elles pas ? », lui a indirectement répondu Adrian Nastase, député socialiste roumain, rapporteur du projet de recommandation visant à renforcer en Europe la transparence et la visibilité des activités des sectes.
Pour y parvenir, la recommandation, adoptée à l'unanimité, invite les gouvernements à créer, ou à soutenir s'ils existent déjà, des centres nationaux ou régionaux d'information sur les groupes à caractères religieux, ésotérique ou spirituels et à fonder un observatoire européen sur ces groupes ainsi que sur leurs activités pour faciliter les échanges entre les centres nationaux.
EXPLOSION A L'EST
Le problème sectaire est d'actualité aussi bien en Europe de l'Ouest que dans les pays de l'ex-bloc communiste où le vide organisé par plusieurs décennies d'athéisme politique a créé une immense aspiration en matière spirituelle. Pour ne citer que la Roumanie, depuis la chute du Ceaucescu en décembre 1989, il se créé dans ce pays un nouveau mouvement sectaire par semaine. « Au cours des dix dernières années, plus de 700 associations ou fondations à caractère religieux, ésotérique ou spirituels, ont été créées », souligne Adrian Nastase.
Toute la difficulté pour l'Assemblée parlementaire était de concilier la liberté individuelle de conscience, protégée par l'article 9 de la Convention européenne des Droits de l'homme, et la nécessaire protection des individus et de la société vis-à-vis de groupements qui, parfois, n'hésitent pas à enfreindre la loi. « Le danger de certains groupes, a résumé le rapporteur, tient à l'opacité qui les entoure. Leur force, c'est d'avancer caché. Ceux qui y entrent sont libres, mais souvent non éclairés et lorsqu'ils sont éclairés, ils ne sont plus libres.»
INTERVENTION AMERICAINE
Plusieurs parlementaires français ont rappelés les démêlés avec la justice de certains mouvements sectaires. Yvette Roudy, sénateur français, a ajouté qu'un récent « rapport du Parlement dénonce en particulier la puissance financière des sectes et formule une série de propositions pour lutter contre les dérives et les fraudes.»
La Recommandation adoptée, très modérée puisqu'elle ne vise qu'à informer et non à prendre des mesures restrictives à l'encontre des sectes, a toutefois réussi à émouvoir le Congrès des Etats Unis qui, dans un courrier à l'assemblée de Strasbourg, s'est inquiété de l'organisation d'un débat sur ce thème.
« C'est la première fois que le Congrès américain intervient dans un domaine qui relève de la vie quotidienne des Européens », a commenté le rapporteur en observant que beaucoup de sectes actives en Europe ont leur siège aux Etats-Unis.
L'Allemagne en guerre contre la Scientologie
Les récentes péripéties judiciaires françaises concernant l'Église de Scientologie posent à nouveau le problème de la lutte contre les sectes.
Depuis juin 1997, l'Allemagne a engagé un véritable combat contre la Scientologie.
Unanimes, l'Etat fédéral et les seize Länder régionaux voient en l'Église de Scientologie une organisation à but lucratif, aux méthodes « quasi totalitaires », accusée de noyauter l'économie du pays et de remettre en cause les fondements démocratiques de l'Allemagne en prônant un « nouvel ordre social ». Pour l'Allemagne, la Scientologie, sans rapport avec une communauté religieuse, menace la sécurité intérieure dont l'Etat est garant au terme de la Constitution.
A ce titre, Bonn a lancé la contre-offensive à l'été 1997, en réplique à une campagne agitée des Scientologues contre les autorités allemandes. Deux ans et demi plus tard, « le nombre de Scientologues en Allemagne est passé de quelque 10.000 à moins de 6.000 », affirme une porte-parole des renseignements intérieurs, même si l'organisation en revendique 30.000 et 8 millions dans le monde.
Surveillance généralisée
Depuis l'hiver 1996, date à laquelle la Bavière, pionnière, a interdit l'accès des Scientologues à la fonction publique, les adeptes de la secte n'ont cessé de crier à la discrimination, jusqu'à adresser une lettre ouverte au chancelier Helmut Kohl. En vain. Le Bade-Wurtemberg avait aussitôt imité sa voisine bavaroise, avant que l'Etat fédéral ne décide la surveillance généralisée, à l'instar des terroristes et des extrémistes.
Cette décision avait suscité une vive polémique aux Etats-Unis (où la Scientologie est basée et où elle dispose du statut de communauté religieuse depuis 1993) et des tensions diplomatiques entre Bonn et Washington.
L'Allemagne, convaincue de la légitimité de sa vigilance, n'a pas assoupli ses mesures. Confortée par les rapports alarmants des renseignements intérieurs, elle a décidé en novembre dernier de maintenir son étroite surveillance. « Il n'y a aucune raison que cela change, puisque la scientologie n'a en rien modifié ses méthodes », estime la porte-parole des renseignements intérieurs.
En Allemagne, les agences pour l'emploi sont tenues de signaler dans leurs offres les entreprises liées à la Scientologie. Une Scientologue s'est vu interdire de tenir un bureau de placement pour jeunes filles au pair. Des numéros d'appel ont été installés dans plusieurs Länder pour les victimes de la secte.
Vaste consensus
La lutte contre la Scientologie fait l'objet d'un vaste consensus en Allemagne, notamment de la part des partis politiques : l'Union chrétienne-démocrate avait même exclu trois membres scientologues en 1997. L'organisation est en effet vue de toutes part comme « une pieuvre qui étend sournoisement ses tentacules ».
La Scientologie possède en Allemagne un « service secret » aux desseins totalitaires, d'après les renseignements fédéraux. Fort d'une centaine « d'espions » pratiquant la « guerre psychologique », il a pour objectif d'« infiltrer » les gouvernements régionaux et les milieux économiques.
Et de saper toute opposition par une « diffamation systématique ». Pis, selon la Bavière, la scientologie serait aussi un « système organisé de mauvais traitements envers les enfants », basé sur une « pédagogie du robot » : exécuter sans réfléchir.
* IMBROGLIO : Un nouvel imbroglio judiciaire s'est noué hier en France autour de l'Église de Scientologie après qu'un avocat nancéien, Me Alain Behr, eut affirmé que des pièces manquaient dans un dossier opposant une jeune femme à sa mère et à sa tante, qui l'accusent d'appartenir à la secte. Toutefois, la cour d'appel de Caen et le tribunal de Verdun ont démenti les propos de l'avocat. Selon la présidente du Tribunal de grande instance de Verdun , Isabelle Fabreguettes, deux procédures se sont télescopées et si des actes paraissent avoir disparu, c'est que l'une de ces procédures, datant de 1991, est prescrite.