SECTE : Les services fiscaux réclament 300 millions de francs

Le fisc tombe sur les Témoins de Jéhovah

Les Témoins de Jéhovah n'ont vraiment pas de chance. Eux qui vivent dans l'attente d'une apocalypse régulièrement annoncée, mais sans cesse repoussée, sont aujourd'hui aux prises avec un phénomène imprévu, mais bien réel celui-là. Les foudres des services fiscaux viennent en effet de s'abattre sur leur tête. L'administration leur réclame quelque 300 millions de francs comme l'a annoncé "le Monde" hier. La somme est énorme. Elle correspond, pour moitié, à la "taxation sur les dons manuels", instaurée par la loi du 19 mai 1992 (l'autre moitié représente des pénalités de retard et des intérêts). Il s'agit d'un impôt de 60 % sur les dons et offrandes des fidèles, que doivent acquitter les associations non reconnues comme "cultuelles". Or la fédération chrétienne des Témoins de Jéhovah de France n'arrive pas à bénéficier, à son grand dam, du statut de religion officielle. Aujourd'hui, elle se voit taxée sur quatre années de dons, et redressée pour ne pas avoir payé l'impôt dans tes délais.

Secte "apocalyptique"
Pour être reconnue comme "cultuelle", une association à caractère religieux doit remplir deux conditions: avoir exclusivement pour objet l'exercice d'un culte et ne pas porter atteinte à l'ordre public. C'est cette seconde condition que les Témoins de Jéhovah ne remplissent pas, aux yeux des ministres de l'Intérieur successifs. D'abord, les adeptes ont toujours refusé d'effectuer leur service militaire ou civil et ils refusent aussi les transfusions sanguines. Ensuite, leur association a été classée comme une secte par la fameuse commission d'enquête parlementaire dont le rapport a été publié en décembre 1995. Les Témoins de Jéhovah y sont répertoriés parmi les sectes "apocalyptiques", celles qui annoncent régulièrement l'imminence de la fin du monde. En ce qui les concerne, ils ont déjà annoncé l'Apocalypse en 1874, puis en 1914, en 1925 et en 1975. Pour les policiers des renseignements généraux (RG), ils représentent la secte la plus importante en France, en termes d'effectifs (130 000 adeptes) et de richesses. Les Témoins de Jéhovah ne veulent pas régler les 300 millions. Ils protestent contre ce qu'ils qualifient d'interprétation erronée de la loi. Ils attaqueront le redressement fiscal devant les tribunaux, faisant valoir que plusieurs décisions de justice les ont autorisés à exonérer de taxe foncière certains lieux de culte. Enfin, ils se posent en victimes d'une persécution religieuse, dénonçant ceux qui souhaiteraient les rayer du paysage religieux français, comme ce fut le cas des huguenots, il y a 300 ans. Au ministère des Finances, on se refuse à commenter cette affaire, au motif qu'elle est "couverte par le secret fiscal".

Témoins de moralité

Les Témoins de Jéhovah ont d'abord réagi individuellement à l'interpellation de l'A.D.F.I. La réaction officielle est venue d'Elie Tollari, le "représentant de la communauté" dans le Var. Il estime que les 5.000 témoins recensés dans notre département ne se tiennent pas à l'écart de la société. Ils vivent en famille, vont à l'école et travaillent au milieu des autres. Concernant les responsables "il ne s'agit pas de gourous et autres charlatans". Nous avons une direction collégiale comparable à celle que constituaient les apôtres au premier siècle de notre ère et n'ont comme gourou que Jésus-Christ, ce qui est après tout, une bonne référence et nous ne sommes pas des charlatans... sinon la justice pénale se serait intéressé à nous depuis longtemps.
Précisant que les "témoins" n'ont pas adhéré à la "fédération internationale des religions et philosophies minoritaires" Elie Tollari ne considère pas son "association cultuelle" comme une religion minoritaire mais comme "la cinquième religion de France". Il accuse l'ADFI qui n'a jamais demandé le moindre entretien aux ministres du culte des témoins dans le Var, d'entretenir une discrimination religieuse disant à tort que la jurisprudence accorde désormais la garde des enfants aux conjoints de Témoins de Jéhovah.
Elie Tollari conclut: les Témoins de Jéhovah qui forment une communauté pacifique ne demandent qu'à vivre paisiblement avec leurs concitoyens. PM NDLR: Sons vouloir reprendre point par point les arguments d'Elie Tollari, il est utile de préciser que l'ADFI cite de nombreuses décisions de justice, confiant la garde des enfants de couples mixtes aux parents "non témoins" Exemple de délibéré: "pour motif du non respect de l'engagement de neutralité religieuse envers les enfants, pouvant entraîner leur marginalisation" Le Journal du Var